Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 14




Elle émergea lentement du sommeil, le rythme du battement de cœur sous son oreille la ramena doucement à la conscience. La peau soyeuse sous sa joue était chaude et souple et elle ne put s'empêcher de grogner en resserrant sa prise sur la femme au-dessous d'elle. Comment par Artémis avons-nous abouti ici ? Je me rappelle le chant … la danse … et puis nous avons bu … et bu, voilà ce qui explique tout. En essayant de ne pas rire et ainsi éveiller sa compagne, elle enleva quelques brindilles de pailles qui s'étaient logées dans les endroits les plus inopportuns et qui la grattait par conséquent.

"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?" Murmura Terreis, qui s'était éveillée dès le tout premier grognement.

"Que s'est-il passé pour que nous terminions ainsi dans cette étable ?" Demanda Éphiny. Elle ne pouvait se rappeler clairement les événements de la nuit précédente.

"Ahh … ça c'était ton idée, mon amour." La main de Terreis glissa sur le dos de la guerrière blonde blottie à ses côtés. "Tu t'es fait assez explicite sur certains besoins et tu n'as pas voulu que je te ramène à la maison."

"Notre hutte est seulement à deux cents pas d'ici," gémit Éphiny, incrédule.

"Je sais." Sourit Terreis à sa compagne qui avait pris une teinte rouge profond . "J'ai été plutôt flattée ; vraiment, tu n'as pas à être embarrassée. C'est bon pour la réputation d'une Reine d'être à ce point désirée par sa championne. Mais… je pense que nous avons effrayé les animaux."

Éphiny souleva la tête et regarda les animaux au bas du grenier. "Le mouton semble un peu pâle, Ter."

En riant chaleureusement, la Reine des Amazones amena ses mains jusqu'aux joues d'Éphiny et l'embrassa. "Ils ont toujours cette couleur, chérie." Quand leurs lèvres se séparèrent, elle pinça le nez d'Éphiny. "Maintenant rentrons à la maison. J'ai de la paille dans tous les recoins."

Plusieurs marques de chandelle plus tard, une Terreis beaucoup plus présentable monta les marches du Temple et se dirigea vers l'alcôve de la Déesse. Se mettant à genoux devant la statue de bronze d'Artémis, elle appuya son front et ses paumes contre le granit frais. Elle ne pouvait pas se résoudre à lever les yeux vers la réplique de la déesse.

Clymera, qui était en train d'allumer un des braseros voisins, remarqua la jeune femme rousse qui semblait souffrir de façon évidente. "Douce Artémis," chuchota Clymera en se dépêchant de se rendre aux côtés de Terreis. "Ma Reine ?"

Terreis tressaillit quand elle entendit le titre, c'était comme si une épée lui avait transpercé le cœur. "Clymera, tu ne devrais pas te préparer pour la réunion du Conseil en ce moment ?"

La prêtresse haussa les épaules, tendant ses paumes vides devant elle. "Voulez-vous que je vous laisse seule, ma Reine ?"

"S'il te plait ne m'appelle pas comme ça. Surtout pas si Artémis a finalement arrêté son choix sur une autre Élue que moi."

Clymera regarda la gorge de la jeune femme se serrer plusieurs fois tandis qu'elle combattait contre l'émotion. "Peut-être que ce choix est temporaire." Mais Clymera savait que c'était un pieu mensonge; Artémis n'aurait seulement qu'une Élue. Traditionnellement c'était la Reine de la Nation Amazone. Puisqu'il en était autrement, Terreis devrait mourir pour céder sa place à l'autre femme.

"N'as-tu jamais eu tort auparavant ?" Terreis secoua la tête en réponse à sa propre question. "Peut-être qu'au fond je suis chanceuse. Au moins, j'aurai le temps et la capacité de mettre mes affaires en ordre." Et dire au revoir à ma façon. Dieux, Éphiny … je me languis déjà de toi. Pensa Terreis. Éphiny… elle ne s'en remettra pas. Terreis ferma les yeux, essayant de chasser ses craintes. "Est-ce que l'Élue vient avec la Destructrice ?" Demanda-t-elle doucement, effectuant des calculs mentaux.

Clymera serra doucement l'épaule de la jeune femme, "Je ne sais pas, ma Reine. Je sais seulement qu'elle approche."

"Un quart de lune ? Deux ? Une pleine lune ?" Et ensuite la question qu'elle ne pouvait pas demander l'assaillit : Combien me reste-t-il de temps à vivre, Clymera ? Artémis, comment ai-je pu te déplaire ainsi ? Suis-je une si piètre dirigeante qui ne vaut pas même l'ombre de sa sœur ?

"Reine Terreis, vous devez vivre au jour le jour. C'est tout ce que nous savons toutes les deux. Le Destin tisse ses toiles d'une bien mystérieuse façon, aucune de nous ne connaît exactement l'heure où notre fil de vie sera coupé." La vieille femme étendit sa main et prit le menton de la reine dans sa main ridée. "Vous avez bien servi Artémis. Vous avez réuni le reste de la Nation ensemble ici à Éphèse. Nous avons à nouveau des guerrières, grâce à vous. La Nation croit de nouveau en sa destinée."

"Mais pourquoi je ne peux pas continuer à régner ? Qu'ai-je fait de … mal ?"

"Mon enfant, peut-être est-ce la façon qu'a trouvé Artémis pour te récompenser. Tu seras éternellement jeune dans les Champs Élysées et dans le cœur de notre Nation."

Terreis frotta une main rêche contre ses yeux, "Pourquoi cela ne réussit-il pas à me consoler ?"

"Parce que ton cœur veut rester." Clymera sourit tristement à la femme qui avait récemment été liée à sa championne. "Si ça peut être une consolation pour vous, je soupçonne que je vous rejoindrai bientôt de l'autre côté. En fait, je pourrais même vous accueillir là-bas."

À cette déclaration, Terreis fixa ses yeux sur la prêtresse. "As-tu à nouveau ressenti ces douleurs ?"

Un regard désabusé répondit à sa question, "A cet âge, tout que je ressens c'est de la douleur. Je peux seulement espérer ne pas en être une moi-même, au point où ça en est."

À la plaisanterie de la prêtresse, Terreis rit doucement. "Eh bien, Clymera, nous avons une réunion du Conseil à préparer. Et une Destructrice dont nous devons nous occuper." La Reine se remit sur ses pieds et tendit la main à la vieille dame. La Nation est plus importante que n'importe quel individu, y compris moi. Particulièrement moi. Je suis sensée être prête à sacrifier ma vie pour la Nation. Je déteste juste qu'Artémis me demande de le faire.

"Quand parlerez-vous aux autres de la vision de l'Élue, ma Reine ?" Demanda Clymera comme celle-ci l'a tira sur ses pieds.

Terreis devint songeuse, "Quand je lui donnerai mon Droit de Caste; je suppose que se sera évident pour tout le monde alors."

***

Entrant dans la Hutte du Conseil, Terreis et Clymera saluèrent les cinq autres femmes chargées de la sécurité de la Nation. Une d'entre elles, une grande guerrière aux yeux mielleux ne fit aucune tentative pour cacher son amusement. "Bonjour. Comme ça, toi et Eph êtes la raison pour laquelle mon cheval est si capricieux ce matin ?"

Terreis remua un doigt en direction de sa meilleure amie, "Éponin, les poissons ne sont toujours pas revenus dans un certain étang depuis un incident antérieur impliquant certaines personnes que je ne nommerai pas. Je ne voudrais pas paraître suffisante." La reine prit sa place au bout de la table et prit une attitude majestueuse. "Quels préparatifs ont été faits au Temple ?"

Éponin sortit un rouleau qui détaillait les dispositions qui avaient été prises. Indiquant plusieurs points, elle commença son récit, "J'ai ajouté des gardes ici. Les sentinelles chevauchent maintenant par marque de chandelle. Et j'ai également élargi le périmètre de nos rondes. Si la Destructrice vient à un furlong près du Temple sans que nous le sachions, ça sera seulement parce qu'Arès y est pour quelque chose."

"Et le trésor ? Le marché ?" Demanda Clymera.

La guerrière fronça les sourcils, elle n'avait jamais cru que le temple serait employé à des fins lucratives. Elle augmenterait ses gardes pour protéger la Maison de la Déesse et les objets qui y étaient confinés, mais cela l'irritait de surveiller avec vigilance l'argent de ceux qui n'adoraient pas Artémis. "Ils seront aussi sous bonne garde."

Clymera roula les yeux, sa querelle avec la jeune femme à ce propos était de longue date. "S'ils ne le sont pas, le Proconsul voudra probablement reprendre l'administration du temple. Est-ce que c'est ça que tu voudrais ? Lui remettre notre site sacré pour satisfaire tes petits préjudices ?"

Un rouge profond obscurci le visage de la guerrière. Tremblant de colère, elle se leva à sa pleine hauteur et saisit le bord de la table du Conseil. "Ce que je veux c'est que notre Nation survive et devienne prospère, Clymera. Pas continuer à se mettre à plat ventre devant ces chiens de romains qui osent défier notre déesse. La Destructrice peut avoir leur or, je m'en fiche totalement."

"Ep, cela déplairait à Artémis de se faire dérober toutes les possessions de son temple. Et cela inclut l'argent des commerçants," Terreis parla doucement et fit un geste vers la guerrière peu encline à se rasseoir. "Toute la région ainsi que le temple est sous la protection d'Artémis et ça tant qu'elle n'en décidera pas autrement. Et nous comptons sur Clymera pour nous dicter ses désirs parce que notre Prêtresse a servi cette Nation pendant longtemps et mieux que quiconque. N'est-ce pas?"

Éponin commença à frotter le bois de la table avec son pouce. Elle ne voulait pas relever la tête et voir les reproches dans le regard de sa meilleure amie, ni dans les yeux de Clymera. "Elle a certainement servi pendant de longues années," se permit la guerrière. Le silence se fit. "Et de façon fidèle," termina-t-elle enfin.

Clymera se permit un bref sourire prudent, pour ne pas qu'Éponin le voit, de crainte de la froisser à nouveau. "Merci. Mais n'oubliez pas qu'Artémis nous a donné pour mission de chasser la Destructrice. C'est ce que nous devons faire pour le moment. Des plans de guerre, pas de protection. Elle est la cible que nous devons atteindre."

Énergiquement le Conseil, maintenant stimulé, se pencha en avant pour étudier le plan qui s'était déjà formé dans l'esprit de Terreis.