Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 15




"Le Proconsul d'Éphèse vous accueille, Xena, Conquérante de la Grèce et vous offre la paix tant que vous résiderez dans la ville sainte d'Artémis. Nous vous accueillerons à notre festival du printemps et vous invitons à jouir de l'hospitalité de vos voisins Éphésiens." Le messager du Proconsul se prosterna bien bas après la fin de son discours. Il avait été un peu inquiet de la partie "ville sainte d'Artémis." Ayant été mis au courant de l'aversion que la guerrière avait pour la déesse. Sa seule réaction avait été un léger plissement des yeux, elle n'avait pas dégainé son épée et il se considérait comme béni des Dieux.

Debout sur le pont de son bateau, entouré par sa Garde Royale, Xena était l'incarnation de tous les contes à jamais relatés sur elle. Portant sa signature, c'est à dire son armure de cuirasse noire, la Conquérante représentait tous les sombres cauchemars de ce monde. La seule allusion de lumière était le bleu pâle de ses yeux, bien qu'ils étaient presque sans couleur dans le brillant soleil d'après-midi. "Sincères salutations et paix au bon Proconsul et aux gens d'Éphèsus. La Grèce est heureuse d'effectuer cette visite et veut seulement profiter de vos bonnes faveurs durant son séjour ici." Répondit Xena d'une façon diplomatique assez standard.

Le messager atteint de calvitie inclina la tête, étonné du ton riche de la voix qui l'avait salué. Les contes concernant la brutalité de la Conquérante omettaient toujours les descriptions exubérantes de sa beauté, de son charme et de son charisme. Quelque peu encouragé par la réponse favorable qu'il avait obtenu, il continua d'une voix plus forte, "Le Proconsul vous transmet son désir le plus ardent d'avoir l'honneur de jouir de votre compagnie. Sa maison se verrait ravie si vous deviez consentir à un dîner avec lui ce soir et par le fait même vous joindre à lui pour proclamer l'ouverture du festival."

En plein ce que j'adore: des fonctions diplomatiques. Ils s'attendent toujours à ce que je mange de la viande crue à ces dîners. Peut-être devrais-je faire ça justement. "La Grèce serait heureuse de dîner avec le Proconsul et ainsi jouir de son hospitalité."

Le messager la salua bien bas et se retira, "le Proconsul attend votre venue avec impatience. Il vous offre de vous rafraîchir et prendre un peu de repos auparavant. Quand la lune aura atteint le quart de son voyage, le Proconsul vous accueillera dans ses quartiers."

"Parfait, messager. Dites à votre Proconsul que je viendrai." Xena observa tandis que le héraut se retourna vivement et disparut par où il était venu. Elle avait parlé à tant d'hommes comme ceux-ci auparavant, et chaque fois elle était ravie de les entendre tergiverser dans cette langue diplomatique pleine d'éloge prodigue et de compromis subtil. Après son siège à Corinthe, le seul membre de l'armée vaincu à qui elle avait permit de vivre était le héraut, car lui seul avait agi avec honneur. De tels hommes lui manquaient.

Elle claqua ses doigts, et Palaemon vint à ses côtés, en inclinant la tête. "Majesté ?"

"Vas transmettre les salutations de la Grèce au Proconsul. Impressionne le et rassure le sur les motifs de ma visite, dit lui bien qu'elle ne sera d'aucune conséquence pour lui ou sa cité." S'il me laisse botter les fesses de César en paix, je ne botterai pas les siennes.

La tête blonde de Palaemon s'inclina et ensuite il tourna les talons pour accomplir ses ordres. Passant près de Cefan il fit une pause et tira son lieutenant sur le côté, "Double le nombre de gardes autour de la Conquérante. Les citoyens d'Éphèse n'ont pas celle-ci en très haute estime. Et ce serait embarrassant pour nous si quelqu'un s'approchait assez d'elle pour lui porter préjudice."

L'Égyptienne étudia gravement son Capitaine, "Ce sera fait." En fait, elle avait déjà ordonné un tel changement. "Essai de ne pas traiter le Proconsul de chien ou de porc, ou quelque chose du genre."

La cicatrice sur le visage de Palaemon s'accrocha aux coins de sa bouche et un large sourire y apparut tandis qu'il se rappelait qu'une telle chose s'était déjà produite. "J'ai fais un petit accroc diplomatique et personne ne semblent l'avoir oublié. C'est un chien et un porc; tu te rappelles à quoi ressemblait son nez ?"

Cefan lâcha un grand rire, "je pense que c'était après que la Conquérante ait passé un moment avec lui." Échangeant une poignée de main à la façon des guerriers, Cefan poussa Palaemon vers la passerelle et se déplaça pour se tenir debout près de la Conquérante.

Xena regarda par delà les quatre collines qui entouraient la prospère métropole d'Éphèse, celles-ci créaient une zone de sécurité pour la cité. Peu importe les envahisseurs, ils devraient venir de cinq directions à la fois, et chacune de ses collines leur serait défavorable. Les quatre routes traversaient des pentes qui forceraient les troupes d'envahisseurs à lutter pour y monter, et seraient forcées de passer par la suite au travers d'étroits canyons, et s'ils avaient encore des hommes en vie pour se battre, ils devraient parcourir une vallée ouverte où ils seraient exposés aux embuscades et aux archers. Tenter de conquérir la cité en passant par la mer, était tant qu'à elle une stratégie moins qu'idéale. Le port d'Éphèse était peu profond et devait être continuellement dragué pour que les bateaux soient capables de se rendre en haute mer.

Heureusement, je ne veux pas vaincre Éphèse. Artémis peut l'avoir pour elle toute seule. Xena fit un geste vers la troisième colline. "C'est la route de la Syrie, Cefan. Quand César essaiera de déplacer ses convois d'armes, il devra passer par-là."

"Je ferai partir vos éclaireurs à la première lueur du jour. Vous saurez le nom de chaque caillou qui se trouve sur cette route."

"Assures-toi qu'il en soit ainsi. Et envoies quelques éclaireurs au temple, dis leurs d'être discret, mais assure-toi que les Amazones les voient. Je veux qu'ils fournissent une distraction et écarte les vrais motifs de ma présence ici." Xena marcha au côté du bateau et regarda vers les docks en contrebas qui grouillaient de porteurs occupés à vider les marchandises du navire.

Comme Xena fut sur le point d'appeler son contremaître, Gabrielle vint vers elle en se dépêchant, son bâton la propulsant rapidement. Les joues de la jeune femme étaient en feu et sa peau perlait de petites gouttes de sueur. "Majesté! Cet endroit est merveilleux!"

Xena se trouva dans l'impossibilité de ne pas sourire en réponse à l'enthousiasme de Gabrielle. "Où as-tu été ? En bas sur les docks ?" Elle n'aimait pas l'idée de l'attirante jeune femme errant seule sans escorte autour de cette ville hostile. Et le secteur portuaire de n'importe quelle cité était toujours le moins recommandé de tous, sans compter sur ses résidants.

"En bas sur les docks et un peu vers le marché. Ils ont tout! Et les gens et les couleurs. Tout est si brillant. Je me suis senti … si fade, si petite." Elle fit un geste vers ses vêtements de voyages, qui étaient fonctionnel, mais pas conçus à des fins esthétiques. "Les femmes ici sont si belles. Elles portent des robes exquises. Je ne peux même pas les décrire." Elle fit une pause pour reprendre son souffle, "Êtes-vous déjà venue ici par le passé ?"

"Non, j'ai été un peu occupée pendant ces dix dernières années," répondit Xena, avec une pointe de sarcasme dans la voix. "Je n'ai pas vraiment pu me permettre de prendre des vacances."

Gabrielle fut incertaine de comment interpréter la réponse de la Conquérante. Elle semblait avoir prit un ton presque mélancolique, mais elle ne pouvait pas être certaine de n'y déceler aucun reproche. "Saviez-vous que cette lunaison est consacrée à Artémis ? La ville entière ainsi que les gens des environs viendront pour le festival. Il y a des artistes venus de Perse. J'ai parlé à cet homme qui a dit que le spectacle au théâtre serait incroyable. Il a dit que ces artistes devaient être vraiment fous pour accomplir les exploits qu'ils promettent de faire."

"Combien de temps as-tu passé au marché ?"

Ce n'était pas la réponse que Gabrielle espérait. "Je n'en suis pas certaine. Peut-être la moitié d'une marque de chandelle. Je n'ai pas été partie bien longtemps. Je voulais seulement marcher sur la terre ferme. "Gabrielle mit une main sur son estomac et se balança un peu, indiquant comment elle avait souffert de la vie en mer." Alors j'ai suivi la foule en bas dans la rue et j'ai trouvé ces magasins … Je suis désolé, Majesté. Je n'aurais pas dû partir sans votre permission."

"Hé bien, c'est vrai, Gabrielle, mais ce n'était pas le but de ma question." Mes officiers auraient découvert la moitié de ce qu'elle a fait en deux fois de temps. "Nous sommes dans une ville qui est possiblement une ennemie non déclarée. Éphèse est la cité d'Artémis. Et Artémis est toujours un peu fâchée contre moi pour avoir annihilé ses Amazones de la Grèce. Mais, il est vrai que je ne les ai pas détruits. Et puisque ces dernières ont trouvé refuge ici, cela fait que j'ai encore plus d'ennemis dans cette ville. Et, puisque tu es avec moi, ils sont aussi tes ennemis. Tu te dois d'être très prudente pendant notre séjour ici. Je ne serai pas capable de te protéger continuellement." Xena marqua une pause, étonnée de ses propres paroles. Quand suis-je devenu son protecteur ? "Alors plus d'escapade en douce."

"Bien sûr, Conquérante. Ça n'arrivera plus."

Xena détesta voir l'enthousiasme présent quelques moments auparavant quittés les yeux de la jeune femme. Lycéus était exactement comme elle, tout de feu ou tout de glace. Aucun milieu, jamais. "Parle-moi un peu plus de ces artistes Persiens."

Une étincelle revint rapidement dans les yeux verts qui se soulevèrent pour rencontrer son regard. "Cet homme a dit qu'ils peuvent voler dans les airs sans aide. Et qu'ils se pendent au plafond, s'enroulent dans des cordes et se laissent descendre par terre, seulement pour s'arrêter au dernier moment. Il y a une femme qui peut mettre ses pieds derrière ses oreilles."

Cette dernière déclaration laissa la Conquérante pas très impressionnée, "Pourquoi quelqu'un voudrait faire ça ?"

Le nez de Gabrielle se plissa tandis qu'elle considérait la question. En frottant le bout de celui-ci avec hésitation, elle haussa les épaules, "je ne sais pas. Mais c'est intéressant de savoir qu'elle peut le faire."

"Des tas de gens peuvent faire des trucs intéressants, Gabrielle. Ça ne fait pas d'eux des héros."

Gabrielle avait le pressentiment qu'elle ne parlait plus seulement que de contorsions corporelles. "C'est vrai. Avec qui demeurerons-nous pendant notre séjour ici, Majesté ?"

La Conquérante ajusta la cape sur ses épaules. "Un marchand grec, Salmoneus, que j'ai rendu riche au-delà de ses propres espérances. Et elles étaient déjà passablement grandioses au départ." La Conquérante secoua la tête en se rappelant le petit homme qui l'avait harcelée pour obtenir ses faveurs. Elle avait finalement cédé juste pour le faire partir. En vérité, il l'amusait; il avait été la première personne depuis qu'elle avait vaincu Corinthe qui n'avait pas semblé terrifiée par sa présence.

"Comment avez-vous fait ça ?" Gabrielle était intriguée. Elle n'avait jamais considéré que la Conquérante puisse augmenter la richesse de quelqu'un d'autre que sa propre personne.

Les yeux de Xena errèrent sur les docks, observant les activités et les marchandises qui y étaient empilées. "Ici à Éphèse il y a beaucoup de richesse, et beaucoup d'argent à faire pour les gens entreprenants. Je ne vois aucun mal à ce qu'un grec devienne prospère ici. En fait, il augmente mon prestige, puisque certaines personnes voient maintenant les Grecs comme des gens puissants et pleins de bon sens. De ce fait cela les rend plus loyales vis à vis moi, car il compte sur moi et ma réputation pour rester libre et intouchable à l'étranger. Alors ainsi, j'ai donné à Salmoneus les droits exclusifs d'affrètement d'ici à Corinthe. Tous ceux qui veulent importer ou exporter quelque chose doivent passer par lui."

"Pas étonnant qu'il soit riche."

La Conquérante sourit d'un air satisfait, se rappelant le marchand qu'elle avait heureusement envoyé à l'étranger il y a deux hivers; avec lui ici, loin d'elle, elle n'avait plus à écouter ses diverses transactions sur une base quotidienne. "Je pense que tu l'aimeras. Il parle même plus que toi."

Cefan s'approcha de la Conquérante et la salua. "Majesté, tout est prêt pour le trajet jusqu'à la maison de Salmoneus : les éclaireurs ont patrouillé la route et votre cheval est prêt."

Xena inclina la tête et fit un signe pour que la Garde Royale se réunisse autour d'elle. En attrapant le regard d'un des Gardes, elle l'appela. "Tu devras escorter mon oracle pendant notre trajet en ville. Qu'il ne lui arrive rien de fâcheux. Ou tu regretteras que ça ne te soit pas arrivé à toi. Je me fais bien comprendre ?"

"Oui, Majesté." Le grand soldat marcha au pas et se planta directement devant l'objet de son attention.

Gabrielle vit la Conquérante se mettre en tête du cortège, seule et majestueuse, Xena portait sur ses épaules la réputation et l'honneur de la Grèce. La majorité des gens qu'ils rencontreraiet sur la route ne verrait jamais la Grèce, ne connaîtraient jamais la splendeur de ces villes, ne rencontraient jamais sa population. La seule connaissance des Éphésiens à propos de leur pays voisin était basée sur cette femme qui allait marcher par ses rues.

Elle sait que tous les yeux seront tournés vers elle. Et, c'est loin de l'effrayer, au contraire ça l'excite. Je ne pourrais jamais être l'objet de tant d'attention. Je me prendrais probablement les pieds et trébucherais, ou quelque chose d'affreux dans ce genre là. Et encore elle n'a aucune appréhension. Ou, du moins, elle n'en a pas l'air. Gabrielle observa soigneusement la Conquérante tandis que le cortège commençait à avancer. Elle et son escorte étaient trente pieds derrière Xena et sa garde d'honneur. Gabrielle était la seule non-soldat dans la cohorte et elle ne se sentait pas du tout à sa place.

En jetant un coup d'œil de chaque côté, elle nota le comportement de la Garde Royale. Du moment qu'ils s'étaient mit en branle sur les docks et avaient commencé à marcher au pas vers la ville, les soldats avaient semblé devenir plus grands. Ils s'étaient redressés encore plus droits, avaient rejeté leurs épaules en arrière, et avaient levé leurs mentons bien hauts. Ils étaient l'exemple parfait d'une organisation militaire professionnelle, reflétant l'attitude et le charisme de la Conquérante. Les échos de leurs pas retentirent dans les rues étroites, ce qui fit paraître l'armée encore plus grande et effrayante. Si j'étais Artémis, je serais inquiète, pensa distraitement Gabrielle.

Son attention fut capturée par la beauté de la ville tandis qu'ils la traversaient. Le cortège descendit l'artère centrale, la Rue des Curetes et descendit la pente qui les mena à la zone opulente de la ville. En voyant la Bibliothèque de Celsus, le cœur de Gabrielle manqua quelques battements. Sa façade de marbre d'une exquise beauté. Les deux structures historiques comptaient quatorze colonnes ioniques. Huit des colonnes inférieures étaient entourées par les sculptures de quatre des Muses, mais ils se déplaçaient trop vite pour que Gabrielle puisse les identifier. De grandes marches menaient jusqu'aux trésors contenus dans le bâtiment. Elle espéra que la Conquérante lui permettrait d'y revenir plus tard.

Comme ils passèrent par la Porte de l'Agora, son regard se porta sur le tourbillon d'activité plus loin sur la route. Un groupe de femmes scandait des propos haineux à l'intention de la Conquérante. Leurs mots se confondaient pendant que chacune d'entre elles se débattait pour que sa voix prenne le dessus sur les autres. Puis le silence se fit, quand Xena maîtrisa son cheval et se retourna lentement dans sa selle pour faire face à ses accusateurs.

Gabrielle et la Garde Royale s'arrêtèrent. Cefan et le Garde d'honneur encerclèrent la Conquérante, faisant un rempart protecteur autour d'elle. De sa monture, les yeux de Xena rencontrèrent les yeux de la femme qu'elle jugea être leur leader et permit à un sourire de s'étendre à travers ses lèvres. S'adressant à cette femme rousse elle pencha la tête sur le côté, "je me souviens de toi." Elle remit ensuite le cortège en route, ne s'arrêtant pas de nouveau avant qu'elle n'ait atteint la maison de Salmoneus.

Gabrielle ne fut jamais consciente qu'une autre paire de yeux malveillants l'avait observée à chaque mouvement.