Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 19




  La Conquérante commença descendre vers le temple juste après l'aube. Accompagnée d'un escadron de Gardes Royales qui restait à une distance respectable, son approche semblait donc solitaire. C'était une déclaration ouverte qu'elle faisait aux Amazones : je vous ai défaits toute seule en Grèce et je peux faire la même chose ici à Éphèse. Elle entendit un cri d'oiseau tandis qu'elle approchait du site et reconnut le signal des sentinelles Amazones. Un sourire sauvage se dessina sur ses lèvres, puis elle leva le bras derrière sa tête et défit le lacet qui retenait sa chevelure. La légère brise méditerranéenne souleva quelques mèches sombres, la faisant paraître encore plus primitive et dangereuse. C'était exactement l'image qu'elle voulait donner.

Elle ne l'admettrait jamais à personne, mais elle trouvait que le temple était magnifique, quoique ce soit une honte qu'il ait été consacré à Artémis. Bien-sûr, elle aurait encore moins voulu qu'il soit dédié à Arès.

Aucun des Dieux de l'Olympe n'était digne d'être adoré et elle le savait. Ils étaient aussi malléables que les mortels, et parfois même plus. Ils avaient aussi leurs petites querelles et leurs petits conflits et à vrai dire, elle les considérait comme des êtres pas très intelligents.

Tandis que cette pensée lui traversait l'esprit, elle frissonna instinctivement, ressentant la présence de son sombre mentor. "Hello, Arès."

Le Dieu de la Guerre se matérialisa à côté d'elle et se pencha en avant en laissant ses lèvres frôler sa joue. "Xena". Ses doigts tracèrent un chemin le long de son oreille jusqu'en bas de son épaule. "Tu t'es levée tôt."

Elle rencontra son regard fixe et fronça les sourcils, "Qu'est-ce que tu veux ?"

Le Dieu se redressa à sa pleine hauteur et caressa sa barbe pensivement. "Toi". Ses yeux vagabondèrent sur son corps musclé et ses mains suivirent.

La Conquérante roula ses yeux, les hommes - Dieux ou pas - étaient si prévisibles. "Je suis un peu occupée en ce moment." Dit-elle en secouant la tête, puis elle reprit sa route vers le temple.

"Artémis sait que tu viens. Les Amazones sont prêtes à te recevoir."

Xena s'arrêta encore une fois et se tourna pour faire face au Dieu. "Je n'ai pas exactement caché mon arrivée à Éphèse, Arès. Où veux-tu en venir ?"

"Il se pourrait qu'elles aient une ou deux surprises en réserve pour toi. Sois prudente. Je ne voudrais pas que mon Élue se fasse esquinter d'aucune façon que ce soit. Pas quand j'ai tant de projet pour elle." Il lui agrippa le menton et l'embrassa sauvagement, la revendiquant comme si elle était sienne. "N'oublie pas à qui tu appartiens."

Xena planta ses yeux fermement dans les siens. "À moi-même. Toujours, à moi-même."

"Nous verrons," lui promit-il pour ensuite disparaître dans un flash de lumière.

***

Éponin postée aux côtés de Terreis devant le temple, avait observé l'approche de la Conquérante. "Pourquoi s'est-elle arrêtée, Ter ?"

La Reine des Amazones haussa les épaules, "Je n'en sais rien." Aucune des deux femmes n'avait vu Arès se matérialiser devant Xena, l'empêchant du coup de progresser. "Combien d'hommes sont avec elle ?"

Éponin se tourna vers la sentinelle pour leur soutirer cette information, "Vingt. Ils sont à trente pieds d'elle, dispersés ici et là. Nous pourrions les vaincre, ma Reine."

"Non, pas encore. Quand nous attaquerons, Éponin, ce sera pour tuer la Destructrice, et pas seulement pour la blesser."

Éponin détestait ne pas passer à l'action quand l'objet de sa haine était à portée de tir. Sa main se porta à la poignée de son épée, pour s'assurer encore une fois qu'elle était bien en place. Rien n'aurait fait plus plaisir à la grande guerrière que dégainer son épée à l'arête tranchante comme un rasoir, lâcher un cri de guerre et courir engager la Destructrice en combat singulier. Son épée avait appartenu à sa mère, qui avait aussi été une vaillante guerrière. C'était la même lame qu'elle avait utilisée pour défaire Fila, la dernière grande menace de la Nation. "Je prie Artémis pour que ce soit bientôt."

Terreis se rappela les mots de Clymera et les répéta, "Bientôt la Conquérante sera à genoux." Et bientôt je serai aux portes des Champs Élysées. J'espère que je verrai la Conquérante mourir d'abord.

"Que fait-elle maintenant ?" Demanda Éponin, exaspérée de ne rien faire, et n'ayant pas confiance en sa propre vue. La Reine souleva les épaules, "Assise. Elle est assise."

Xena étouffa un rire comme elle s'installa sur le banc près de l'entrée du temple. Elle savait que les Amazones se demanderaient ce qu'elle faisait, et pourquoi elle n'essayait pas d'entrer au temple. Négligemment elle se pencha en arrière contre la pierre et ferma les yeux, en se détendant dans la chaleur du soleil et l'odeur saline de la mer. Levant sa main droite, elle fit signe à un de ses hommes.

Le soldat se dépêcha de donner à la Conquérante les articles qu'elle lui avait précédemment confiés. "Autre chose, Majesté ?"

En secouant la tête, elle remercia le jeune soldat fraîchement rasé. Déroulant le parchemin, elle commença à esquisser la disposition du temple avec le bâton de charbon de bois qu'il lui avait remis. Elle n'avait pas fait cela depuis la fois ou elle s'était préparée à envahir Corinthe, quand elle s'était assise sur une colline voisine et avait personnellement esquissé une carte complète de la ville. Cela avait été très avantageux pour elle, elle avait mémorisé chaque allée, chaque bâtiment, chaque sortie et entrée. Mémoriser les détails l'avait toujours bien servie.

Elle savait aussi que cela rendrait les Amazones folles. Et Xena fut contente de s'être assise là et les tenir toute la journée occupée à garder leur attention fixée sur elle et non pas sur son vrai objectif. Les hommes de César, la Conquérante sentit qu'elle allait venir à bout de ce petit problème. Même si les Amazones devaient s'allier à eux, ce sera seulement un plus grand défi. Fais-leur croire que c'est après leur or que tu en as - ce qu'elle prendrait peut-être en guise de prime pour sa Garde Royale - et reste près de leur temple.

Éponin pouvait à peine se retenir. Trois marques de chandelles étaient déjà passées et rien n'était arrivé. "Est-ce que cette maudite démone va rester là toute la journée à faire des croquis ? Nourrit-elle le projet de vendre à gros prix ses portraits aux visiteurs du temple?" La guerrière dégaina à nouveau son épée.

La Reine des Amazones se pencha et retira l'épée des mains d'Éponin. "Tu me rends nerveuse, Ep." Reposant sa lame à travers ses genoux, Terreis fixa à nouveau la guerrière aux cheveux noirs qui était toujours assise en train de dessiner. "Avais-tu jamais pensé la revoir ?"

Un grognement se fit entendre. "J'avais espéré la revoir sur un champ de bataille, quand nous aurions repris nos terres légitimes en Grèce."

"Je me rappelle l'avoir regardée tuer Melosa et, pendant des années, tout ce à quoi j'ai pu rêver était de prendre ma revanche. Mais quand elle nous a conduits hors de la Grèce et nous a forcés à nous retrancher ici… je me suis surprise moi-même à espérer ne jamais la revoir."

Éponin fut étonnée. "Tu ne veux pas venger la mort de ta sœur ? Elle l'a tuée Varia sous le drapeau blanc de la trêve."

La Reine repoussa une mèche rousse de ses yeux et fit tout son possible pour se calmer et garder une attitude calme. "J'ai toujours su que sa présence signifierait ma mort."

"De quoi parles-tu, Ter ?" Dit la grande femme en poussant son épaule, essayant de changer les idées de son amie. "Il y a une centaine d'Amazones qui mourront avant qu'elle ne puisse te faire du mal."

"Si le souhait d'Artémis est que je meurs, alors cent Amazones auront perdu leur vie en vain. Et je ne suis pas plus importante que la Nation." Terreis s'empara de la main droite d'Éponin, l'étreignant fermement. "Si quelque chose devait m'arriver, promets-moi que tu t'occuperas d'Éphiny."

Éponin n'aimait pas la façon dont Terreis parlait ; elle savait que les soldats qui parlaient de leurs morts, avaient déjà un pied dans la tombe. "Rien ne t'arrivera. Je ne ferai pas de promesses que je ne pourrai pas tenir."

"J'ai besoin que tu me le promettes, mon amie. Éphiny a toujours été un peu-"

"Fragile." La coupa Éponin.

La Reine hocha la tête, sa sœur de sang n'avait jamais été de forte constitution et était la plus gentille personne qu'elle connaisse. Elle était une guerrière adéquate, mais n'avait pas l'esprit féroce qui était nécessaire pour exceller au combat, comme Éponin d'ailleurs. Sa plus grande force résidait en sa capacité à négocier des accords entre des parties disparates. Terreis s'inquiétait pour sa compagne, elle voulait s'assurer que l'on s'occupe d'Éphiny après sa mort. Elle était certaine que la Nation s'occuperait des besoins physiques d'Éphiny - Les Amazones s'occupaient toujours très bien de leur amie, tout particulièrement de la veuve de la Reine - mais Terreis voulait que quelqu'un se charge spécifiquement des besoins émotionnels de sa compagne. Il est temps d'obtenir quelques faveurs, Pensa Terreis. "Ouais, fragile. Et si je ne suis plus ici pour la protéger, je m'attends, à ce que toi, ma meilleure amie, le fasse."

Éponin la regarda avec les yeux grands comme des soucoupes, "Tu veux que je me lie à elle ? Ter… nous nous entre-tuerions … ça ne marcherait jamais …" bafouilla-t-elle.

Terreis était atterrée. Elle n'avait même pas pensé un seul instant à ce que quelqu'un d'autre se lie avec Éphiny. "J'espère qu'elle me pleurera un peu plus longtemps que ça tout de même," fut la seule réponse qu'elle réussit à formuler. C'était inévitable, Éphiny était trop sentimentale pour ne pas tomber amoureuse de nouveau, Terreis n'avait juste pas pensé à cela encore. En refoulant ses larmes, elle continua, "Non, tu n'es pas forcée de te lier à elle, Ep. Promets-moi seulement que tu veilleras sur elle. Comme tu l'as toujours fait pour moi."

La guerrière vit le désespoir dans les yeux de Terreis et inclina lentement la tête, puis échangea une étreinte avec sa Reine, sa meilleure amie. "Je te le promets, mon amie. Et j'ai l'intention de faire en sorte que cette promesse ne soit pas applicable avant cinquante bonnes années."

"Merci, Éponin."

Les deux Amazones retournèrent leur attention vers la figure sombre et silencieuse de l'autre côté de la route.