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Gabrielle était debout au pied de la Bibliothèque de Celsus et laissait son regard vagabonder lentement sur l'étonnante façade. Dans sa brève marche vers la bibliothèque, elle n'avait pas oublié la décoration qui ornait le bâtiment et avait été transportée quand Cefan lui avait annoncé qu'elles pourraient la visiter ce matin. Elle avait été déçue que la Conquérante soit partie avant même qu'elle ne se réveille. Mais pas surprise puisqu'elle voyageait avec la dirigeante depuis assez longtemps pour savoir que Xena se levait toujours avant l'aube. Comment fait-elle ? Ce n'est pas naturel. Mais, en fait, elle ne fait rien comme les autres. Peut-être est-ce pour ça qu'elle est la Conquérante et que le reste d'entre nous ne l'est pas. Elle ne put s'empêcher de remarquer que Cefan n'avait pas l'air heureuse de l'accompagner. Cela surprit tout de même Gabrielle, parce qu'elle considérait la guerrière égyptienne comme une sorte d'amie. Elles avaient certes passé beaucoup de temps ensemble pendant le voyage depuis Corinthe, mais toujours en compagnie de la Conquérante ou de Palaemon. Les quatre statues sur la plus haute marche représentaient quatre Muses. En montant sur celle-ci, Gabrielle fut bientôt devant Calliopé, la muse de la poésie épique. Sa main se porta involontairement sur la tablette à écrire qui se trouvait dans la main de la statue. "Je chante la chanson de Zeus, Roi des Dieux…" chuchota-t-elle, s'imaginant être un barde, choisie par la muse. En arpentant le promontoire du bâtiment, elle remarqua que les trois autres muses dépeintes étaient Erato, Euterpe et Thalie. Elle trouva cela intéressant que les Éphésiens aient omis de représenter les muses de la tragédie, des hymnes sacrés, de l'astronomie et de la danse. C'était probablement une réflexion des valeurs de la communauté. En chassant cette pensée, elle entra par les grandes portes à deux battants et en eut le souffle coupé. Jamais auparavant, elle n'avait vu autant de parchemins en un seul et même endroit. Il y avait des rangées et des rangées de casier à parchemin, où ceux-ci étaient soigneusement roulés et attachés, tous catégorisés et classés. Elle se sentit gênée à l'idée de se retrouver dans une salle avec tant d'érudit passionné. Plus que cela, elle se sentit indigne. Elle regarda le bâton qu'elle tenait à la main, celui qui soulageait la pression sur ses jambes fatiguées, et eut honte du bruit qu'il faisait sur le plancher de marbre pendant qu'elle essayait de se déplacer à travers les interminables rangées. Ses vêtements aussi affichaient clairement qu'elle était étrangère à cette communauté littéraire, elle était toujours parée de ses vêtements de voyage, les mêmes qu'elle portait depuis qu'ils étaient partis de Corinthe, tandis que les savants de la bibliothèque portaient des toges colorées. Je ne cadre pas du tout avec cet environnement. Je ne suis plus la petite fille de Potidée, qui poursuivait les étoiles et qui rêvait d'aventures. Je ne suis plus le professeur de Corinthe, qui apprenait le Grec aux soldats sans instruction. Je ne suis même plus l'oracle de vérité que la Conquérante voit en moi. Je ne suis que Gabrielle. Et je pense que ce n'est pas assez. La voix rauque de Cefan la tira de ses pensées. "Est-ce que tu projettes de rester ici pendant un bon moment ?" Gabrielle hocha la tête, se souvenant où elle était et comprenant qu'une telle opportunité ne se représenterait peut-être pas. "C'est ce que j'espérais, lieutenant." Instinctivement, elle savait qu'elle ne devait pas se montrer trop familière avec la guerrière ce matin. "Si cela ne te fait rien, je vais aller à l'extérieur prendre un peu d'air frais. Je n'ai jamais été très attirée par la lecture. Je préfère vivre des aventures plutôt que les lire." À la surprise de Cefan, Gabrielle hocha vigoureusement la tête, "Je me sentirais comme ça si j'étais à votre place. Vous avez fait tant de choses que la plupart des gens ne rêvent même pas de faire. Je resterai à l'intérieur, juste ici. Je ne partirai pas sans vous, je le promets." Gabrielle commença à se promener entre les rangées, lisant les cartes d'index pour savoir où certains types de rouleaux étaient placés. Elle trouva la section sur l'histoire et le folklore des Amazones et commença à dérouler certains parchemins pour les lire. Convaincue de la sincérité de la jeune femme, Cefan grogna une réponse et alla attendre au grand air. Elle était toujours fâchée de la décision de la Conquérante, à savoir qu'elle surveille avec vigilance cette petite blonde. Un autre officier de la Garde aurait pu faire ce travail aussi bien. Elle était certaine que c'était une sorte de punition que lui infligeait la Conquérante. À la mi-matinée, le soleil avait réchauffé sa peau et elle rajusta son armure de cuir. Un filet de sueur roula au bas de son dos et de son cou, elle s'essuya distraitement, puis tira le poignard qu'elle cachait dans sa botte. En donnant de petits coups négligeants à la lame, elle se débattit pour ne pas tomber raide morte d'ennui. Jetant un coup d'œil vers le bas de la Rue des Curètes, Cefan se rendit compte que le temple n'était pas à plus de dix toises à pied. L'oracle de la Conquérante semble absorbé dans sa lecture depuis déjà plusieurs marques de chandelles. Aussi je pense que cela ne ferait pas de mal si j'allais jeter un coup d'œil sur ce qui se passe là-bas. Et peut-être pourrais-je trouver quelque chose de plus utile à faire. |