Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 22




  Gabrielle n'avait aucune idée d'où elle se trouvait. On l'avait poussée et tirée et poussé et conduite plus profondément dans la terre. Ses jambes lui faisaient mal, ses muscles et ses articulations avaient grand besoin de repos après avoir trop marché et trop peu utilisé le bâton dans sa main gauche.

Ces femmes féroces avaient refusé de la laisser s'en aller et l'avait poussée dans le temple où leur officier en chef avait rapidement expliqué la situation à une veille prêtresse. Ensemble la bande s'était rendu derrière l'autel et avait emprunté un escalier dissimulé, puis un autre.

Une fois là, elles étaient passées dans une pièce remplie d'or et de trésors. Gabrielle n'avait jamais rien vu de tel de toute sa vie. Elle se demanda si même la Conquérante avait autant d'or dans les voûtes de son palais à Corinthe.

Le long du chemin, elles avaient été rejointes par une escorte armée de plus de trente femmes. À la fin des voûtes, une porte dérobée s'ouvrit. Avant qu'elles n'aient commencé leur voyage, une des guerrières s'était empressée de pourvoir la blessure d'Éponin, lui prodiguant les premiers soins avant qu'elles ne puissent atteindre la hutte de la guérisseuse.

Cinq guerrières passèrent les premières par l'entrée, suivie par celles qui portaient le corps de la morte, alors, la guerrière aux cheveux bruns qui avait saisi Gabrielle la tira en avant et dix autres guerrières les suivirent. Les autres restèrent en arrière pour garder la porte qu'elles verrouillèrent.

Gabrielle fut entraînée dans un long tunnel, avec pour seule lumière, les torches disposées sur le mur à chaque dix pas. Les premières guerrières allumaient les torches au fur et à mesure qu'elles les rencontraient, l'oracle n'avait aucune façon de savoir quelle était la longueur du couloir. Il sembla ne jamais se terminer et la douleur commença à nouveau à se faire sentir dans ses membres inférieurs l'empêchant de penser.

"S'il te plaît," Dit-elle à la guerrière qui avait toujours une poigne ferme sur son bras, "lâche-moi. Je ne pourrais même pas m'enfuir si je le voulais."

Éponin regarda la jeune femme qui allait devenir sa futur Reine et lâcha un grand soupir contrarié. Sa main se retira, mais elle ne dit rien.

Sa meilleure amie était morte et avait donné son droit de caste à quelqu'un qui ne semblait pas digne de cet honneur. Et il y avait toujours Éphiny dont elle devrait s'occuper une fois qu'elles auraient atteint le village.

"Où m'amenez-vous ? Qu'est-ce qui se passe ?"

Le silence d'Éponin demeura inchangé. Clymera nous expliquera tout ça plus tard. Elle n'avait pas semblé étonnée du tout de la mort de Terreis et ni non plus de l'aspect de cette fille.

Éponin ne voulait rien avoir à faire avec cette situation, qui ne faisait seulement qu'empirer. Elles avaient besoin de quelqu'un qui puisse les mener en temps de crise. Pas de cette foutue fille.

Le niveau de frustration de Gabrielle atteignit une fois de plus son apogée. Cefan se demandait sûrement où elle était maintenant. Elle ferma les yeux, pour essayer de stopper les larmes qui menaçaient tout à coup de couler. S'il vous plaît, ne laissez pas la Conquérante penser que je me suis enfuie comme une bonne à rien. Non pas maintenant. Nous venons à peine de devenir des amies … et je n'en ai pas eu depuis si longtemps. J'ai été stupide de vouloir voir ce satané temple. Stupide, stupide, stupide.

Les larmes vinrent finalement laver sa frustration et furent bientôt remplacées par une douleur profonde tandis que Gabrielle regrettait ne pas pouvoir revenir en arrière. Tout ce qu'elle souhaitait maintenant était de ne jamais avoir quitté la bibliothèque où elle avait promis de rester. Comment saura-t-elle où me trouver ? Pour tout ce qu'elle en sait, je me serai embarquée à bord du premier bateau en partance pour la Grèce ou pour n'importe quelle autre destination. Et ça si seulement elle s'en souciait ?

La marche forcée continua pendant une autre marque de chandelle et se termina au moment où Gabrielle fut certaine qu'elle allait s'effondrer de douleur. Elle put enfin sentir l'air doucereux de la surface et une lumière brillante apparut devant elle, lui faisant cligner les yeux jusqu'à ce qu'ils se soient adaptés au changement.

Elles émergèrent d'une caverne et se retrouvèrent à l'entrée d'un petit village. Deux des sentinelles étaient accourues et s'en étaient retournées pour rassembler le village. Éponin, tout comme la chef de l'armée Amazone, se rendit compte qu'elle allait hériter de la terrible tâche d'informer la Nation de la mort de Terreis. Elle espérait seulement pouvoir trouver Éphiny d'abord.

Les cris des femmes du village se firent entendre quand la garde d'honneur qui portait le corps de la Reine sortit de la forêt avoisinante et entra dans le village. Soigneusement, Terreis fut déposée sur une des longues tables de la salle à manger.

Éponin laissa Gabrielle et marcha à grands pas vers une des femmes. "Où est Éphiny ?" Demanda-t-elle. Un cri ressemblant à celui d'un animal blessé répondit à sa question.

Effrayés, tous les yeux se tournèrent vers Éphiny, qui était debout à l'entrée d'une des huttes, les yeux fixés sur le cadavre de sa compagne. "Non !" Cria-t-elle de nouveau, réussissant cette fois à former un mot intelligible. Son corps tremblait violemment et deux de ses sœurs Amazones marchèrent vers elle pour la soutenir, tandis que ses jambes n'étaient plus capables de la supporter. "Non", balbutia-t-elle.

Gabrielle n'avait aucune idée de qui était cette femme, mais néanmoins elle sentit des larmes de sympathie couler sur ses joues. La femme aux cheveux bouclés lui rappelait elle-même quand elle avait trouvé les restes fumants de la maison de ses parents. Elle regarda la femme qui était soutenue par ses amies se frayer un chemin et s'effondrer sur le cadavre.

"Quel était son nom ?" Demanda Gabrielle à la guerrière qui était debout à ses côtés et la surveillait tandis qu'Éponin s'était précipitée vers Éphiny pour la serrer avec force dans ses bras.

La femme jeta un coup d'œil féroce vers l'oracle, démontrant son irritation et lui indiquant clairement qu'elle ne la considérait pas comme la Reine des Amazones. "Son nom était Terreis. Et elle était notre Reine."

"Et l'autre ?"

"Éphiny. Sa compagne."

Gabrielle inclina la tête solennellement. "Et la femme qui est avec elle maintenant ?"

Un autre regard exaspéré rencontra le sien. Comment cette jeune femme ne pouvait pas savoir ces choses et avoir été admis dans leur village ? "Sa sœur Éponin".

"Sa sœur ?"

Maintenant l'Amazone plaça ses mains sur ses hanches et parla d'un ton acide. "Nous sommes toutes des sœurs. Si tu as d'autres questions, tu devras les adresser au Conseil."

Gabrielle comprit l'allusion pas trop subtile et se tut.

Venant de l'Est, une autre femme entra dans le village, Gabrielle reconnut la prêtresse du temple.

La vieille femme vint immédiatement vers elle et referma ses deux mains sur celles de Gabrielle. Les mains de la prêtresse étaient froides, mais Gabrielle put sentir la force qui s'en dégageait.

Les yeux de la prêtresse rencontrèrent ceux de la jeune femme et elle la scruta pendant un long moment, découvrant apparemment quelque chose que Gabrielle ne pouvait pas discerner. Elle finit par lâcher un soupir de satisfaction. "Bienvenue à la maison."

Gabrielle fronça les sourcils quand la prêtresse termina sa phrase. "Je ne suis pas certaine de comprendre ce que vous voulez dire."

La prêtresse esquissa un petit sourire, "Tu comprendras. Je te vois dans mes rêves depuis un bon moment déjà. Excuse-moi, s'il te plaît." Avec une révérence, qui étonna Gabrielle, la prêtresse se dirigea vers Éphiny et Éponin.

"Terreis est en paix aux côtés d'Artémis maintenant, Éphiny," Dit-elle comme elle plaça la main sur l'épaule de celle-ci. "Elle connaissait sa destinée et l'avait acceptée."

Soudainement, les pleurs s'arrêtèrent et des yeux gris pâles se fixèrent sur la prêtresse. "Elle le savait ?" Murmura Éphiny. Éponin ferma les yeux, souhaitant que ce cauchemar se termine - la mort de Terreis et maintenant la révélation de Clymera. Son étreinte sur Éphiny se resserra comme elle se rappelait la promesse faite à son amie.

Clymera savait que cette vérité serait dure à encaisser pour Éphiny, mais il fallait qu'elle soit dite. La Nation devait accepter le passage du droit de caste de Terreis à cette étrangère. La seule façon de s'en assurer était de révéler que Terreis savait et que s'était la volonté d'Artémis. "Oui, elle le savait. Et cela lui a fait mal de laisser sa place à l'Élue d'Artémis.

"Elle était l'Élue d'Artémis," corrigea Éphiny, avec une lueur dangereuse dans les yeux.

"Oui, en tant que Reine des amazones elle l'était. Mais les visions m'ont révélé qui sera celle qui allait pourvoir à l'avenir de notre Nation. Elle est l'Élue d'Artémis et elle a reçu le droit de caste de Terreis."

"On n'est pas forcé de parler de tout cela maintenant," gronda Éponin.

"Tu as tort," répliqua Clymera, "maintenant est le meilleur moment d'entre tous."

Éphiny se retourna dans les bras d'Éponin et étudia le visage de la guerrière. "À qui Ter a-t-elle donné son droit de caste ? Toi ?" Elle cracha le dernier mot, dans le but de la blesser. Éphiny s'était toujours sentie jalouse du rapport que sa compagne partageait avec Éponin.

"Non. Elle." Dit Éponin en faisant un geste vers la jeune étrangère dont la bouche était grande ouverte et qui avait attentivement écouté cet échange.