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Xena était tout à fait satisfaite du déroulement de sa journée. Cela avait été tellement amusant de rester assise là à torturer les Amazones. Le soleil était bon, l'air marin faisait toujours des miracles sur son humeur et elle n'avait pas dessiné depuis très longtemps. Elle était tout de même déçue que Gabrielle ne soit pas encore revenue de la bibliothèque quand elle arriva à la maison de Salmoneus, mais elle savait que sa jeune oracle ne tarderait pas à revenir. Palaemon arriva peu après la Conquérante. Plaçant son poing sur son cœur, il la salua profondément, puis lui adressa un sourire sauvage. "C'est fait, Majesté." "Bien. Donne-moi ton rapport, Palaemon." Répondit-elle en lui indiquant une chaise pour qu'il puisse s'asseoir, tandis qu'elle se recalait dans les coussins de velours de sa propre chaise. "Les armes de César seront expédiées demain. Son bras droit, Brutus, est en ville pour surveiller le convoi. Ils utiliseront la route sud et cela aura lieu à l'aube, Majesté." La Conquérante découvrit ses dents, elle pouvait déjà goûter la victoire du lendemain. "Excellent. Tu as laissé le Proconsul en vie, n'est-ce pas ?" "Je l'ai fait, Majesté. Mais il sera incapable de communiquer pendant quelque temps. À part, quelques mots très basiques. J'ai peur que sa mâchoire ait été fracturée, ainsi que tous ses doigts et tous ses orteils." Un regard amusé passa sur les traits du visage de la régente. "Ses orteils, Palaemon ?" Il haussa les épaules, se rappelant les cris perçants du Proconsul quand il les lui avait cassés un à un. "Je ne voulais pas qu'il décide de devenir créatif avec une plume. Ou encore qu'il se sauve en courant si jamais il nous avait menti." "Très bien anticipé." "Puis-je demander comment cela est allé au temple, Majesté ?" La Conquérante rit, "Parfaitement. Elles ont leur petite cervelle toute embrouillée maintenant, elles n'ont aucune idée de ce que je projette de faire. Elles sont si pitoyables et arrogantes de penser que je me soucie de leur petit village sans intérêt. "Éphèse et Artémis peuvent les garder pour eux, je m'en moque complètement ; Tant qu'elles restent loin de la Grèce." Elle redressa le menton pensivement, "Pas que je m'objecterais à prendre une partie de l'or qui garnit leur coffre. Mais je crois que je me limiterai à voler seulement César. Les Amazones ne représentent aucun défi et je préférerais garder Éphèse en tant qu'associé au niveau commercial... Pour le moment du moins." Pour sa question suivante, Palaemon essaya de dissimuler un petit sourire satisfait, mais sa tentative ne fut pas complètement couronnée de succès. "Avez-vous aimé le cirque hier soir, Majesté ?" Le regard de Xena se fixa ardemment sur le sien, répondant à certaines de ses questions muettes. "Oui j'ai aimé, en fait." "J'en suis heureux." Palaemon se demanda distraitement si Gabrielle n'avait pas une sœur pour lui quelque part. Pas autant que moi. J'aime tellement l'avoir auprès de moi. Elle est la première personne depuis très longtemps, de laquelle je ne ressens aucune menace. Elle ne me regarde pas, non plus, comme si j'étais une hydre à deux têtes. En plus, elle n'est pas mal du tout : des cheveux d'or rouges, des yeux verts tendres, un mignon petit nez et son sourire, le plus joli que j'ai jamais vu. J'aime quand elle parle dans son sommeil - même si c'est surtout des mots insensés et des rires bébêtes. En fait, elle semble toujours parler; remerciez les Dieux que j'aime le son de sa voix. Quand est-elle devenue plus que mon oracle de vérité ? Plus que la remplaçante de Lycéus, plus qu'une famille pour moi. Quoique je n'en ai pas vraiment une avec qui la comparer ces derniers temps. Palaemon regarda la douceur inondée le visage de la Conquérante et il bénit le jour où Gabrielle avait marché dans la salle du trône. Il s'était battu à côté de Xena pendant des années et n'avait jamais vu rien de tel sur son visage jusqu'à présent. Il désirait d'autant plus être debout à ses côtés pour combattre, et même s'il ne faisait que la protéger. Pour l'amour de Gabrielle. Claquant la paume de ses mains sur ses cuisses, elle se remit sur ses pieds. "Assez de cela, Palaemon, nous avons un détournement à préparer. Allons jeter un coup d'œil à la carte que les sentinelles ont dessiné et décidons où tendre nos filets." "Volontiers, Majesté. Demain sera un jour mémorable. Certainement une que César n'oubliera pas de si tôt en tout cas." Elle sourit tandis qu'elle repoussait une mèche de cheveux noirs comme la nuit de ses yeux, "J'ai l'intention de le hanter jusque dans ses rêves, Palaemon." Paré dans ses cuirs noirs, ses yeux bleus perçants brillaient d'un feu ardent, elle ressemblait à un fantôme. Xena expliqua son plan pour s'emparer des armes de César à Palaemon. Indiquant plusieurs points le long du chemin, elle indiqua où les soldats devraient être postés. Bien qu'ils aient l'itinéraire, elle savait qu'ils allaient probablement dévier de leur route. Les hommes de César ne feraient sûrement pas confiance à un gouvernement étranger pour protéger cette information. À la fin, Xena réfléchit ; elle tracerait un autre itinéraire que celui que le Proconsul lui avait donné, au cas où il aurait été dans le coup. Mais elle savait qu'un autre itinéraire était presque aussi valable que le vrai. Elle appela un des gardes de rang inférieur et lui remit un parchemin scellé. "Porte ça à Charis. Dis-lui de venir me rejoindre ce soir, une marque de chandelle après le coucher du soleil, nous avons à discuter de nos préparatifs." Le soldat la salua et sortit rapidement. Une fois, un messager était sorti un peu plus lentement qu'il n'aurait dû, le pauvre s'était retrouvé avec le poignard de la Conquérante planté solidement dans la cuisse. Xena et Palaemon discutaient des assignations de troupe quand Cefan fit irruption dans la pièce. La Conquérante n'avait jamais vu l'Égyptienne si affligée. Plaçant son poing sur son cœur, elle salua. "Majesté." "Rapport." À ce moment, elle réalisa 'qui' manquait. "Où est Gabrielle ?" Cefan sut qu'elle devrait agir prudemment en entendant le ton de la voix dangereux de la Conquérante. "Majesté, c'est ce pourquoi je suis ici." "A-t-elle été blessée ? Où est-elle ?" Xena fit un pas en avant et se redressa à sa pleine hauteur. "Majesté, elle est avec les Amazones." "Quoi ?" S'étrangla Xena, saisissant son lieutenant par les épaules, elle la poussa violemment contre le mur de plâtre. "Comment au nom de tous les Dieux as-tu permis qu'elles la capturent ?" "Elle n'a pas été capturée." "Alors comment ? Explique-toi, soldat." Cefan se lécha les lèvres et prit une inspiration aussi profonde que le poids de la Conquérante appuyée contre elle le lui permit. "Elle m'a demandé d'aller au temple, je l'ai donc amenée là-bas. Elle avait lu quelques parchemins dans la bibliothèque, j'ai donc supposé qu'elle voulait voir ce qu'ils avaient décrit. Quand nous sommes arrivées là, elle a grimpé les marches du temple et s'est précipitée dans les bras de plusieurs de leurs guerrières qui attendaient. Une d'entre elles, une grande femme, aux cheveux bruns, m'a attaquée, m'empêchant d'atteindre Gabrielle. Tandis que je me débattais, elle a disparu avec elles dans le temple. Une fois que j'ai été capable de prendre la clef des champs, je suis revenue directement ici." Pas tout à fait ce qui c'est passé, mais je ne peux pas dire à la Conquérante que je l'ai laissée seule ou encore ce que je faisais au temple. La poigne de la Conquérante diminua et la colère dans ses yeux se transforma en douleur. Cefan continua, "Majesté, je crains qu'elle ne soit une espionne pour le compte des Amazones et qu'elle ait l'intention de vous trahir." L'Égyptienne en avait déduit que ce devait être la vérité, incapable de voir aucune autre raison pour laquelle Gabrielle aurait risqué sa vie pour une étrangère. Palaemon secoua la tête, pas convaincu. "Une espionne ? Je ne crois pas !" L'Égyptienne fronça les sourcils, "Tu n'étais pas là, Palaemon. Tu ne l'as pas vue se jeter dans les bras des ennemis de notre dirigeante. Et, Majesté, la Reine des Amazones est morte. Elle a été atteinte par une flèche." Les sourcils de Xena se froncèrent. "Je viens à peine de quitter le temple. Comment tout cela a-t-il pu se produire ? Qui l'a tuée ?" Tout à coup tout sembla lui filer entre les mains, elle perdait le contrôle. Un autre mensonge, mais plus facile. "Personne ne sait, Majesté. Cela ressemblait à l'attaque d'un tireur isolé." Dit Cefan. "Et Gabrielle, qu'a-t-elle fait ? A-t-elle été impliquée dans l'attaque ?" "Non, Majesté, elle a tenté de sauver leur Reine. Et ensuite elle est partie avec les Amazones. Elle semblait être l'une d'entre elles." Palaemon se tourna vers la Conquérante. Risquant sa vie, il plaça une main sur son bras. "Gabrielle ne ferait pas ça, Majesté. Elle a maintes fois eu l'occasion de partir et elle ne l'a jamais fait. Elle a choisi de rester avec vous." Xena se trouva incapable d'entendre clairement, son cœur sombrait dans la douleur. "Elle n'a jamais eu de meilleure raison de partir," répliqua Cefan. "Elle connaît votre désir de vous emparer des armes de César, Majesté. Elle pourrait persuader les Amazones de former une alliance avec César." César, le nom se répercuta dans la tête de la Conquérante. Elle est comme César. "C'est insensé !" Répondit Palaemon. La Conquérante libéra entièrement son lieutenant, recula, et amena ses mains à ses oreilles. "Assez ! Fermez-la tous les deux !" Elle pouvait à peine entendre ce qui se disait, le son de son sang qui martelait ses tympans était assourdissant. Une douleur incroyable commença à s'insinuer dans ses tempes et se diffusa dans sa nuque et sa gorge. Elle avait la nausée et pouvait goûter la bile au fond de sa gorge. Ne fais confiance à personne. Ne fais confiance à personne. Ne fais jamais confiance à personne. Souviens-toi de ça dorénavant, Xena, la Conquérante. Tu as été idiote de te soucier de cette fille. Idiote d'avoir fait confiance à ses yeux doux et à ses paroles mielleuses. Une idiote de la pire espèce - celle qui a mené tes hommes vers le danger en étant une imbécile. Pendant dix ans, depuis la mort de Lycéus, tu t'es concentrée sur ce qui importait. Tu as permis à une distraction d'entrer dans ta vie. C'est la façon qu'ont trouvé les Moires pour te punir d'avoir oublié ce qu'était vraiment ta destinée. Concentre-toi. Ne fais confiance à personne. Concentre-toi. Quand elle releva les yeux, une dureté impassible apparaissait sur son visage et dans ses yeux, ceux-ci arboraient une couleur grise obscure. "Nous détruirons les Amazones une bonne fois pour toute," dit-elle lentement, en appuyant chaque syllabe. "Éphèse se rappellera mes deux plus sanglantes victoires - la destruction de la Nation Amazone et l'humiliation de César." Palaemon sentit son cœur se briser, voir la douleur dans laquelle se trouvait sa dirigeante lui était insupportable, il avait bien vu de la joie dans ses yeux un peu plus tôt. "Majesté, envoyez-moi pour enquêter sur ce qui s'est passé. Je suis certain qu'il y a une explication à tout ça. Je vous en apporterai la preuve, je le jure sur votre trône." Cefan ne put pas croire ce qu'elle venait d'entendre de la bouche de son Capitaine. Il ne comprend pas ce qu'elle a fait ? "Palaemon, sois honnête avec toi-même. Tu es amoureux de cette fille." Xena et Palaemon reculèrent tous les deux, frappés par ses mots. "Tu n'y es pas du tout, Cefan !" Ragea Palaemon. Cela devint soudainement très clair à l'Égyptienne. Les échos de la conversation qu'elle avait eue ce matin avec Palaemon lui revinrent en mémoire. Palaemon est la taupe ! Cefan se retourna vers la Conquérante et commença à exposer ses arguments. "Majesté, comment Gabrielle est-elle descendue de la croix sur laquelle vous l'aviez mise ? Comment aurait-elle pu retirer les clous et s'enfuir par ses propres moyens ? Ses jambes étaient cassées. Quelqu'un a dû l'aider à descendre. Quelqu'un a dû la sauver. Qui aurait pu se rendre aussi près des croix, à part un de vos hommes ? Et quelqu'un du rang de Palaemon ne se serait jamais fait questionner s'il avait permis à un prisonnier d'être décroché de la croix un peu plus tôt que prévu." "Majesté !" Palaemon secoua la tête, pour démentir férocement le tout. Il n'avait pas le temps de dénier les accusations qui pesaient contre lui, parce que la Conquérante s'avançait vers lui. "Ce n'est pas vrai." Étirant la main derrière ses épaules, Xena commença à tirer son épée. "J'ai remarqué que tu la surveillais avec intérêt depuis qu'elle est arrivée. Comment expliques-tu ça, Capitaine ?" En reculant vers la porte, Palaemon savait qu'il avait mieux à faire que tirer son épée. Il savait qu'une fois sa lame dégainée, la Conquérante attaquerait. S'il pouvait se dégager, il pourrait sauver sa vie et celle de Gabrielle. S'il était très chanceux. "Je vous sers corps et âme, Majesté. Vous me connaissez. Vous connaissez tout de ma vie et vous savez que mon épée est vôtre." La Conquérante inclina lentement la tête et un sourire sardonique gagna ses lèvres. "Ton épée ne suffit plus, je veux également ton cœur et ta tête." Elle fit tournoyer son épée de façon intimidante, cela indiquait également qu'elle ne jouait plus, elle allait le tuer. "Vous pourrez les avoir, Majesté, une fois que j'aurai défait vos vrais ennemis. Si vous pouvez toujours trouver une faute en moi après cela." Palaemon sentit les talons de ses bottes touchées le seuil de la grande porte. Il avait maintenant une ligne directe pour battre en retraite, s'il était assez rapide. Il balaya des yeux le secteur autour de lui dans l'espoir de créer une diversion, pour se gagner le temps dont il avait besoin pour atteindre la sortie. Sur la table basse tout près de lui, il avisa une urne, qui, l'espérait-il sincèrement, contenait les cendres d'un des parents morts de Salmoneus. Tout un chacun sembla se déplacer au même moment. Xena avança vers sa cible. Cefan dégaina son épée, pour se joindre à elle. Et Palaemon saisit l'urne et lança son contenu au visage de la Conquérante en furie. Tournant les talons, il courut à en perdre haleine, ne tenant plus compte de rien d'autre que son objectif. Xena toussa quand les cendres se répandirent sur son visage, l'aveuglant tandis que la poussière envahit ses yeux. S'essuyant avec rage, elle se tourna vers Cefan. "Trouve-le et ramène-le moi. Mort ou Vif. Peu m'importe." "Et la fille ?" Demanda Cefan. "Je m'occuperai d'elle plus tard. Ramène-moi d'abord Palaemon." "Ce sera fait, Majesté." Une lueur rageuse s'alluma dans ses yeux et elle bomba le torse. "Mort à ceux qui vous ont trahis." Puis elle partit à la recherche de celui qui avait osé se soulever contre la Conquérante. Xena ne répondit pas, au lieu de cela, elle se laissa lourdement choir dans une chaise, sentant tout à coup le poids du monde entier peser sur ses épaules. Atlas ne connaît rien du fardeau que je porte en ce moment. "Oh, Gabrielle, j'aurais pu t'aimer." |