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La vue d'Éphiny est déchirante, pensa Gabrielle. Assise sur le trône sur laquelle on l'avait proclamée comme étant la nouvelle Reine des Amazones, elle fit signe pour que débute la cérémonie funéraire… c'était trop pour la jeune femme. Elle se sentait comme au centre d'un tourbillon et était épouvantée de sa propre incapacité à s'en échapper. Elle regrettait la sécurité qu'elle avait ressentie auprès de la Conquérante et aussi la paix qu'elle avait connue à ses côtés. Comment peut-elle être mon ennemie quand tout ce que je veux c'est être avec elle ? "Ma Reine," dit Éponin, s'inclinant devant la femme aux cheveux blonds. Gabrielle se tourna vers la guerrière et attendit qu'elle continue. Elle rougit quand elle se rendit compte qu'elle venait de l'inviter à faire son rapport. "Oui ?" "Nous avons capturé un homme au temple. Il prétend qu'il détient des informations importantes pour vous. Je ne vous aurais pas dérangés à un moment si inopportun, mais il dit que c'est à propos de la Destructrice." Cela prit à la nouvelle Reine un moment pour se rappeler qui était la Destructrice pour ces femmes. "Est-il toujours au temple ?" "Non, nos guerrières l'ont escorté ici, afin que vous puissiez l'interroger, si c'est ce que vous désirez bien sûr." "C'est ce que je désire," Gabrielle se leva et avec elle toutes celles qui étaient sur l'estrade. Elle leurs fit signe de se rasseoir et suivi Éponin aux confins du village là où se trouvait la palissade. Comme les sons des obsèques s'assourdissaient, Gabrielle sentit son rythme cardiaque revenir lentement à la normale, elle était heureuse de se retrouver loin de tout ça. Ca avait été une journée tellement accablante. Pour se distraire, elle observa les muscles du corps de la forte guerrière devant elle. Éponin était la différence incarnée de la Conquérante et ce, de bien des façons. Xena était grande, ses muscles longs et effilés, Éponin était plus courte, tout juste plus grande que Gabrielle et ses muscles étaient plus saillants. Ils la faisaient paraître trapue, quand elle était en réalité juste plus corpulente. Elle se mouvait avec rigidité, Xena se déplaçait gracieusement, ses pas ne semblaient jamais venir entièrement en contact avec le sol. Gabrielle n'avait aucun doute qu'Éponin était une excellente guerrière. Elle n'avait aussi aucune illusion à savoir qu'Éponin ne durerait pas plus que quelques minutes contre la Conquérante en combat singulier. Depuis la réunion du conseil, Éponin avait prit Gabrielle en tutelle. Avec l'appui de Clymera, d'Éponin et d'Éphiny, la Nation n'avait vraiment pas d'autre choix, que de l'accepter comme Reine. Maintenant, voyons si je peux seulement m'accepter moi-même comme Reine. Répète après moi, Gabrielle : tu ne feras plus jamais faux bond à tes promesses à l'avenir plus jamais… jamais… Les deux Amazones qui gardaient la palissade se poussèrent sur les côtés aux ordres d'Éponin et les deux femmes entrèrent dans une petite pièce sans fenêtre. Cela prit un moment aux yeux de Gabrielle pour s'adapter à la seule lumière qui passait par l'embrasure ouverte de la porte. Alors elle reconnut Palaemon assit sur le sol, qui tenait son bras blessé contre lui. "Palaemon !" S'écria telle, en se laissant tomber à genoux à côté de lui. "Qu'est-ce qui t'es arrivé ?" Ses mains commencèrent à enlever le bandage pour pouvoir inspecter la blessure elle-même. Elle remarqua qu'il était sale et échevelée et qu'il ne portait pas son uniforme. Ses mains s'arrêtèrent et elle tourna des yeux froids vers Éponin. "Lui avons-nous fait cela ?" Le cœur de Palaemon s'arrêta au mot 'nous'. Peut-être Cefan avait-elle eut raison après tout, peut-être avait-il fait la plus grosse erreur de sa vie en fin de compte. Éponin secoua la tête. "Non, ma Reine. Il a été blessé avant d'être capturé." "Ma Reine ?" Répéta le Capitaine d'une voix blanche. Cette situation devenait de plus en plus embarrassante avec le temps. Gabrielle ignora sa consternation quand elle vit la profonde entaille sur son bras, juste au-dessus du coude. Il saignait toujours légèrement. "Éponin, va chercher Aria pour qu'elle s'occupe de sa blessure." "Ma Reine, je ne peux pas vous laisser seule avec le prisonnier." "Tch, ce n'est pas un prisonnier. C'est un ami. Maintenant, va." Supposant que l'on obéirait à ses ordres, Gabrielle retourna son attention sur Palaemon ; Elle fit la même chose que ce qu'elle croyait que la Conquérante aurait fait si elle avait été ici. Depuis que ce fiasco d'affaire de Reine Amazone avait commencé, Gabrielle avait essayé de se comporter comme Xena le faisait avec ses troupes. "Gabrielle, qu'est-ce qui se passe ?" Interrogea Palaemon malgré le fait qu'il était complètement abasourdit par la situation. "Bien, d'abord nous allons nous occuper de toi. Et tu vas m'expliquer comment tu as fais pour aboutir dans ce village Amazone." Des yeux bleus pâles, qui lui rappelaient beaucoup ceux de la Conquérante, se posèrent à nouveau sur elle. "J'allais te demander la même chose." La jeune femme gémit et se laissa tomber sur le sol à côté du Capitaine, en se prenant la tête entre les mains. Au son d'une telle plainte, les gardes à l'extérieur de la porte entrèrent précipitamment dans la pièce, épées aux poings. Palaemon leva rapidement les mains en l'air et resta ensuite immobile, ne voulant pas risquer une autre blessure. "Est-ce que ça va, ma Reine ?" Demanda une des guerrières. Elle fit un signe de la main pour les congédier de la pièce, ne se donnant même pas la peine de relever la tête. "Par les Dieux, je comprends ce que tu dois penser," soupira-t-elle. Il répliqua doucement, "Bien, j'admets, que cela ne paraît pas trop bien." Puisque les gardes étaient parties, il laissa sa main glisser doucement contre son dos, essayant de la rassurer. "Pourquoi es-tu allée au temple, Gabrielle ?" "Je ne sais pas. Je voulais seulement le voir." Dit-elle, sa voix étranglée par l'émotion. Se remettant sur ses pieds, elle épousseta ses mains sur sa jupe puis finalement se rassit en face de lui." J'avais lu des choses au sujet du temple dans certains des parchemins de la bibliothèque. Cefan m'avait bien dit de ne pas quitter l'édifice, mais je n'ai vu aucun mal à aller y jeter un rapide coup d'œil." "Cefan t'a dit de ne pas quitter la bibliothèque ?" Répéta-t-il. "Où était-elle ?" Elle ne t'a pas laissée seule, n'est-ce pas ? Gabrielle grimaça, elle ne voulait pas que le lieutenant passe pour avoir été négligente face à ses devoirs. "Elle est allée chercher quelque chose à manger, je crois. Elle ne voulait pas rester avec moi dans la bibliothèque. Ne la blâme pas, Palaemon, tout est de ma faute, je n'aurais pas dû partir." "Je suis un fils de bacchante !" S'écria Palaemon, soudainement exalté, malgré les circonstances. "Cette satanée menteuse d'imposteur de traître, de baratineuse, de salo…" "De quoi parles-tu ?" Rétorqua Gabrielle en jetant une fois de plus les gardes dehors. "Palaemon, qu'est-ce qui c'est passé ? Est-ce que Xena va bien ?" Palaemon digérait toujours les informations sur Cefan. Dans son esprit il revivait la conversation entre lui, Cefan et Xena. Il secoua la tête plusieurs fois comme il entendait les mensonges de Cefan résonner dans sa tête et il se demanda sur quoi d'autre elle avait pu mentir. "Pas étonnant qu'elle veuille te tuer," chuchota-t-il. "Cefan veut me tuer ?" Répéta la nouvelle Reine des Amazones, comme si elle venait de recevoir un coup de poignard en plein cœur, et se demandant ce qu'elle avait bien pu faire pour mettre le lieutenant tellement en colère. "Non, pas Cefan," Reprit-il sans réfléchir. Idiot, pourquoi as-tu dis ça ? "La Conquérante veux ma mort ?" C'était la voix la plus affligée que Palaemon n'avait jamais entendue. Il savait qu'il en était la cause et qu'il avait causé une peine indescriptible à la plus gentille personne qu'il avait jamais rencontrée. "Gabrielle …" il tendit la main vers elle, mais elle se recula loin de lui, comme si son contact avait pu la brûler. Si tu te fais petite, tu ne pourras pas sentir la douleur, c'est ce que Lila avait l'habitude de dire. Fais-toi petite. Peut-être que si je deviens assez petite je pourrais simplement disparaître. Gabrielle ramena ses genoux à sa poitrine et referma les bras fermement autour de ses jambes. Appuyant son front contre ses genoux, elle ne se sentait toujours pas assez petite. Ou peut-être qu'il n'y avait aucune façon d'échapper à une si grande vague de détresse. Elle avait comme une douleur dans la poitrine, une pesanteur qui l'empêchait de respirer convenablement. Sa gorge se resserrait, et elle tentait tant bien que mal de refouler le cri qui menaçait de s'échapper à tout moment de son âme. Ses yeux grands ouverts se remplirent de larmes, et les larmes se mirent à couler telle une source intarissable. Palaemon, assise devant elle, se sentait impuissant et se détesta lui-même pour avoir négligemment laissé ses mots lui échapper. C'est ce moment là que choisirent Éponin et Aria pour entrer dans la pièce. "Que lui as-tu fais ?" Gronda Éponin. Gabrielle n'aurait pas été le choix de celle-ci pour remplacer sa Reine, mais elle ne tolérerait pas qu'un homme fasse du mal à la Reine des Amazones, et ça d'aucune façon. "Je lui ai dit quelque chose que je n'aurais jamais du lui dire," répondit sèchement le Capitaine. Aria souleva un sourcil et croisa ses bras sur sa poitrine. Cette fille n'avait rien d'une meneuse de Nation, et elle n'avait rien à faire ici en fait. "Dit quoi ? Quelque chose comme lui dire que les bonnes fées qui viennent remettre tout en place au beau milieu de la nuit n'existaient pas ?" Palaemon refusa de répondre à cette femme. Éponin se mit à genoux à côté de Gabrielle et tendit la main pour la toucher, et peut-être tenter de diminuer ses pleurs. Elle fut étonnée quand Gabrielle libéra un gémissement et commença à la frapper à l'aveuglette. Ne désirant pas blesser la jeune femme, Éponin lâcha son bâton de combat et se laissa frapper. La joute de regard qui avait lieu entre Palaemon et Aria fut interrompue par l'attaque de Gabrielle. Sachant que la jeune femme avait plus que jamais besoin d'un ami, Palameon attrapa les poignets de Gabrielle dans ses grandes mains, et les serra doucement. Il attendit tandis que Gabrielle était secouée d'encore plus de sanglots puis la tira ensuite contre sa poitrine et l'étreignit dans ses bras, souhaitant pouvoir la protéger contre la douleur des mots qui lui avaient échappé. Il commença à faire de petits sons doux dans son oreille, tentant de la calmer mais n'obtenant qu'un échec de plus. |