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La salle du trône situé dans le temple de Artémis était magnifique, même Xena fut forcée de l'admettre. Les murs étaient remplis de fresques et de tapisseries représentant Artémis parmi sa Nation, chaque récit pittoresque évoquait des scènes du passé des Amazones. Xena sourit d'un air satisfait en notant que ses hauts faits commit envers la Nation Amazone n'étaient dépeint à nulle part. L'histoire appartient aux artisans qui tissent les tapisseries, n'est-ce pas ? Aux quatre coins de la pièce, on pouvait voir les statues albâtres d'Amazones célèbres, rendues au détail près. Certaines d'entre elles semblaient même respirer, et semblaient être vraisemblablement vivantes. En effet, celle de Cyane avait époustouflé la Conquérante quand elle était entrée dans la pièce. Xena fut étonnée de découvrir que le trône de la Reine Amazone était fait de bois mais se souvint finalement que Artémis était aussi la déesse des miséreux. On disait, en effet, que Artémis évitait les trônes trop ornés, préférant être assise sur le bois moins luxuriant, mais témoin de son humilité. Sa Reine ne pouvait donc pas en demander plus qu'elle. Le trône était inoccupé, étant donné que Gabrielle l'avait quitté pour rejoindre les autres à la longue table dans le centre de la pièce. Xena était heureuse de la revoir ; elle avait été vraiment très déçue quand la Reine des Amazones était retournée au village avec ses soldats hier, après la bataille. Bien sûr, j'étais si épuisé que ça n'importait pas vraiment, mais elle m'a tout de même manquée. D'un côté, était assises les Amazones, et de l'autre Xena et certains de ses soldats. Gabrielle, elle, était assise au centre du côté des Amazones, avec Eponin et Clymera à gauche et à droite. Ephiny, Solari, Rana et Aria étaient aussi présentes, deux de chaque côté. Xena remarqua que Gabrielle semblait rassurée que Rana et Aria ne soient pas assises ensemble et elle se demanda ce qui avait pu faire que Gabrielle les sépare de la sorte. Palaemon était assis à sa droite, en face d'Eponin. Les deux soldats parlaient avec enthousiasme de la bataille qu'ils avaient menés, se remémorant leurs moments les plus glorieux et les ennemis qu'ils avaient tués. Charis aurait du être assise à sa gauche, mais les guérisseurs lui avaient interdit de quitter son lit avant encore plusieurs jours. Cela avait rendu son nouveau lieutenant maussade, mais au moins celle-ci entrevoyait son futur. La Conquérante l'avait promu, elle et quelques-uns de ses autres officiers à des grades supérieurs, assez pour correspondre à la taille du contingent Amazone, mais la seule Amazone dont elle se souciait était assise en face d'elle. Gabrielle sourit, en se rendant compte qu'elle et Xena se contentaient simplement de se regarder fixement, l'une et l'autre, depuis un bon moment, oubliant les gens autour d'elles. Son sourire rencontra un jumeau, qui fut rapidement dissimulé par la Conquérante, qui se souvint qu'elles avaient de la compagnie. "Je voudrais remercier votre Reine, Gabrielle, et la Nation Amazone pour leur aide, hier sur le champ de bataille." Était-ce seulement hier ? Cela me semble comme si cela ne faisait qu'un battement de cœur et encore il me semble que je peux toujours la sentir dans mes bras. "Nous avons été heureuses de nous battre à vos côté, Conquérante." "En guise de récompense pour votre Nation, je voudrais vous restituer un tiers des armes prises aux mains de César." "Un tiers ?" Bafouilla Rana. "Vous seriez tous morts sans nous. Elles nous reviennent intégralement." "J'ai appris à ne jamais sous-estimer la Conquérante lors des batailles, elle est sûrement capable de détruire une armée entière si besoin est, peu importe les chances contre" répondit immédiatement Palaemon, se remontant un peu dans son siège. Xena ne dit rien et préféra attendre que Gabrielle prenne la parole. Elle n'attendit pas longtemps. "Rana, calmes-toi ou je te jette dehors." Regardant attentivement la Conquérante, Gabrielle continua, "Nous ne voulons pas d'armes." La Conquérante fut complètement abasourdie de cette réponse. Elle avait pensé être plus qu'assez généreuse en désirant armer ses anciennes ennemies. Les voir refuser une telle offre n'avait aucun sens, même si c'était Gabrielle qui menait la Nation. "Au lieu de ça," continua Gabrielle, "nous voulons que vous nous restituiez nos terres." "Pardon ?" Gronda la Conquérante, pas très heureuse par ce qu'elle venait d'entendre. "Nous voulons retrouver nos terres à Corinthe en guise de récompense." Un silence de mort plana dans la pièce comme tout un chacun attendit la réponse de la Conquérante. "Non, il n'en est pas question." Gabrielle se leva de sa chaise, "Que tout le monde sorte à part Clymera." On entendit des bougonnements de la part des Amazones, mais elles firent comme on leur avait demandé. Les hommes de la Conquérante restèrent assis, ne voulant pas accepter les ordres d'un leader étranger. Xena attendit trente battements de cœur avant de donner son ordre, "Palaemon, reste ; le reste sortez." Bientôt les lourdes portes de la salle du trône se refermèrent, l'écho de leur impact resta pris au piège à l'intérieur tout comme ses quatre occupants. "C'est la seule solution, Xena," dit doucement Gabrielle. "Je ne peux pas renoncer aux terres que j'ai ravi à ces femmes, Gabrielle. Les Amazones sont dangereuses pour moi, surtout à Corinthe." La Conquérante se leva de son siège et commença à marcher, à pas mesurés, sur la carpette en peau d'ours épaisse. "Tu ne peux pas dire que ces femmes ne me détestent pas ? Elles me trancheraient volontiers la gorge et boiraient mon sang sans hésiter. Leur donner un point d'appui à Corinthe serait du suicide." "Tu n'es pas leur dirigeante préférée au monde, ça c'est vrai. Mais, c'est dans tes intérêts, les meilleurs ou je ne l'aurais pas proposé." "Insensé." Gabrielle se leva à son tour de son siège et commença à faire le tour de la table pour aller rejoindre Xena, voulant restreindre l'espace physique et émotionnel entre elles. "Non ce n'est pas insensé, je suis ton oracle de vérité, souviens-toi ? J'ai promis de ne jamais te raconter de mensonge et de toujours te livrer le fond de ma pensé et j'ai l'intention de tenir cette promesse. C'est la meilleure chose à faire pour toi." "En maintenant un ennemi dans mon arrière-cour ?" Cracha Xena d'un ton moqueur. "Ensuite, tu me diras de déplacer ma capitale à Rome." En voyant que la conversation prenait une mauvaise tournure, Gabrielle étendit le bras et s'empara de la main de Xena, "S'il te plaît, laisse-moi t'expliquer mon raisonnement." Elle attendit que les yeux de la Conquérante rencontrent les siens. "Les Amazones ne sont pas tes ennemies parce que je suis leur Reine maintenant et je ne pourrais jamais être ton ennemie." "Alors pourquoi faire revenir les Amazones à Corinthe ?" "Tes rêves et tes ambitions ne se limitent pas seulement à régner sur Corinthe, je sais que tu vois beaucoup plus loin que les frontières de Corinthe. Tu as une alliance avec d'autre puissance. Tu veux vaincre César. Et il y a encore d'autres pays à découvrir. C'est beaucoup de territoires à gouverner, particulièrement quand il n'y a qu'une seule Xena. Tu auras besoin d'alliés. Pour gagner des alliés, tu dois prouver que tu les mérites." "Les Amazones, mes alliées ?" "Oui. Redonne-leur leurs terres et elles fourniront la protection nécessaire à tes citoyens. Une guerrière Amazone sur dix servira dans ta Garde Royale. Et il y aura toujours une délégation amazonienne en permanence dans ton royaume." "Délégation permanente ? Pourquoi ?" Gabrielle rougit et jeta un coup d'œil à ses bottes, "Bien, j'avais pensé que je pourrais être une de celle-là." Xena attrapa le menton de Gabrielle et lui releva la tête, "je ne te voudrais pas ailleurs, Gabrielle." La Conquérante ne pu résister plus longtemps. Peu importait que Clymera et Palaemon soient toujours dans la pièce ou qu'elles soient dans le temple de Artémis. Tout ce qui importait était les lèvres de Gabrielle qui étaient maintenant bien trop proches pour qu'elle les ignore plus longtemps. En tirant son oracle contre elle, Xena appuya ses lèvres sur celles de Gabrielle, savourant la douceur et le goût de melon. Ce geste soudain était totalement inattendu, mais il fut accueillit avec ferveur. Gabrielle se campa même plus solidement dans les bras de Xena, ses propres bras se glissèrent autour du cou de la Conquérante. C'était vraiment une impulsion tout à fait irrévérencieuse, Xena le savait, mais c'était trop tard, elle venait de se compromettre de belle façon, elle ne savait pas trop pourquoi elle avait fait une telle chose, si ce n'est que pour provoquer un revirement de situation. Peut-être n'y aurait-il pas de suite à cet épisode, mais elle venait tout de même de faire basculer la balance en sa faveur. Du moins, le croyait-elle. Elle la repoussa un peu à contre cœur et en regardant la jeune oracle, elle comprit qu'elle avait tout faux. Elle venait de se prendre dans ses propres filets, dorénavant elle ne pourrait jamais plus refuser quoi que se soit à cette jeune femme si pleine de vitalité. En fait, elle se sentait comme l'ombre. Qu'est l'ombre sans la lumière ? Et Gabrielle est la lumière incarnée. Peut-être sommes-nous les deux faces d'une même pièce, tout à fait différentes, mais indissociables. J'ai l'impression de l'avoir cherché, non pas une vie, mais cent… Nos chemins se sont sûrement croisés plus d'une fois dans les cycles de la vie… Xena afficha un sourire carnassier, et ses yeux scintillèrent d'une lueur malveillante. "Je pense que nous avons trouvé la méthode parfaite pour que tu gagnes chacun de tes arguments," murmura-t-elle aux oreilles de Gabrielle. "Comme tu sais," continua l'oracle, "je peux argumenter pendant des marques et des marques de chandelles sans me fatiguer." "Pour tout t'avouer, je préfère franchement ce genre d'argumentation de nature plus … privée …." La jeune femme rougit jusqu'à la racine des cheveux. "Oh Dieux," chuchota-t-elle, en s'appuyant contre la Conquérante, tentant de cacher son embarras et en se soustrayant aux regards qui les observaient. La Conquérante regarda attentivement Clymera et Palaemon qui avaient la bouche grande ouverte, les défiants de dire quoi que ce soit pour rendre Gabrielle encore plus mal à l'aise qu'elle ne l'était déjà. "Ça va, Gabrielle. Nous venons simplement de négocier un traité de paix et il fallait bien sceller cet accord d'une quelconque façon." "Oh Dieux," vint encore une voix étouffée. Xena retint un rire et amena ses lèvres encore plus près de l'oreille de Gabrielle. "Si cela peut te faire sentir mieux, Palaemon et Clymera ne semblent pas trop étonnés. Ils sourient vertement maintenant en tout cas." Elle chuchota ensuite pour que seulement Gabrielle puisse l'entendre. "Tu as répondu avec ton cœur tout entier. Comme tu l'as toujours fait, à venir jusqu'à présent, ne sois pas embarrassé. En fait, c'est un trait de toi que j'ai appris à apprécier et sur lequel je compte." "C'est vrai ?" Gabrielle se repoussa loin de la Conquérante afin d'étudier celle-ci, pour voir si elle était sincère. "Hé bien, je crois qu'il est temps de répandre les bonnes nouvelles et ensuite nous irons quelque part où nous pourrons discuter de nos nouveaux arrangements en privé. Je pense que nous avons pas mal de chose à nous dire." |