Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 5




Gabrielle était sans voix face à l'opulence des quartiers privés de la Conquérante. Elle pensait que les tapisseries dans la Grande Salle étaient impressionnantes, mais elles n'étaient rien comparées avec celles qui étaient accroché ici. En les regardants de plus près Gabrielle se rendit compte que plusieurs d'entre elles dépeignaient les événements significatifs de la vie de la Conquérante - l'une d'elle, la plus près de l'embrasure, représentait clairement son entrée triomphale dans Corinthe voilà cinq ans, celle juste à côté représentait la bataille d'Athènes, et encore à côté, celle de la bataille contre les Centaures. Elle vit que d'autres représentaient aussi des moments de la vie de la Conquérante, mais elle ne reconnut pas les événements.

Le plancher était couvert de tapis Persans. Cette surface matelassé n'avait pas aidé à son équilibre et elle s'était tordu le genou deux fois déjà; pire encore, elle avait presque cassé une des possessions de la Conquérante. Son bâton lui avait été retiré, l'équipe de sécurité de la Conquérante croyait évidemment que c'était une arme. Gabrielle émit un rire sombre, comme si elle avait pu lui en donner un seul coup

Ses yeux s'attardèrent sur les trophées des diverses victoires de Xena. Les plus exquis étaient les pièces de porcelaine provenant de Chine. Chacune d'entre elles était délicate et peinte à la main. Comment des choses si délicates peuvent-elles partager la même pièce qu'elle ?

Nerveusement, Gabrielle lissa la soie du qu'une des servantes de corps de la Reine lui avait fait revêtir en insistant. Avec tristesse, elle nota que les fentes de la robe dévoilaient ses jambes blessées. La servante, quant à elle remarqua comment le vert profond du tissu faisait ressortir la couleur des yeux de Gabrielle. Personne n'avait jamais remarqué ses yeux auparavant … sauf Arrol... Qui, pensa-t-elle, devait être mort d'inquiétude pour elle depuis le moment où il avait découvert la note qu'elle lui avait laissée.

Dis la vérité. Ne la laisse pas t'usurper.

Après avoir obtenu congé de la Conquérante cet après-midi, Gabrielle avait été menée aux bains, nettoyé et présenté au guérisseur. Le guérisseur, un vieil homme qui lui rappelait son père, avait été étonnamment compatissant. Il avait grimacé et secoué la tête quand il avait vu comment ses jambes avaient été endommagées. Il lui avait dit qu'avec le temps, un traitement agressif et de l'exercice, il pensait qu'il pourrait redresser ses jambes et diminuer la douleur.

Gabrielle remarqua que le guérisseur ne semblait pas aussi optimiste, quant à la longueur de sa survie auprès de la Conquérante. Je vais te survivre, tout comme j'ai survécu à tes tortures. Trop de choses en dépendent.

Puisqu'elle ne savait pas si c'était approprié pour elle de s'asseoir sans la Conquérante, Gabrielle erra dans la salle. Ses jambes douloureuses lui confirmèrent une autre réalité - celle-ci était en retard.

Le laquais ouvrit la porte et admit la Conquérante qui était maintenant paré dans une robe rouge vin. Elle fit un geste de la main et renvoya les Gardes qui allèrent reprendre leurs positions de chaque côté de la porte. "Je ne pense pas avoir besoin de vous ici." Elle jeta un regard vers la jeune femme vacillante. Elle n'est pas très menaçante. La seule chose qui pourrait arriver c'est une tache de sang sur un de mes tapis. Xena fut heureuse quand elle vit la femme essayer d'étouffer un halètement. "Comment t'appellent-ils ?" Demanda La Conquérante. Elle les mena devant la salle à manger.

Gabrielle fut de nouveau impressionné par la richesse de la pièce - autour d'une table de teck était disposé dix chaises à hauts dossiers, chacun était recouvert de coussins bleus en velours. "Gabrielle". Les yeux de la jeune femme étaient fixés sur les couverts en or qui ornaient la table recouverte d'une nappe de lin blanc.

Xena inclina la tête face à l'absence de titre honorifique.

"Majes..."

Une main se leva. "Ne te sens pas contrainte de m'honorer si tu n'es pas sincère, Gabrielle."

Gabrielle comprit immédiatement l'avertissement. "Donc le manque de sincérité est considéré comme un mensonge ?"

Xena haussa les épaules, "je suis entouré par des flatteurs toute la journée. Il est agréable d'entendre quelqu'un dire ce qu'il pense." Avec fluidité, Xena prit place dans son siège à la tête de la table. Elle fit signe à la petite femme de s'asseoir, elle aussi.

Avec reconnaissance, Gabrielle prit place à gauche de la Conquérante, se laissant choir dans les coussins avec un plaisir non masqué, elle expira doucement de soulagement. C'est ce que cela signifie que de gouverner le monde... ou du moins la Grèce… Pas mal. "Peut-être qu'il y en aurait plus s'ils ne craignaient pas votre colère," Elle avait parlé doucement, mais avec assurance. Si je suis pour mourir, au moins cela ne sera pas en vain.

Xena secoua la tête. Personne ne comprend ce que ça prend pour diriger des centaines de milliers de gens. "Ce n'est pas juste la haine des mots qui sont dits, mais plutôt ce qu'ils inspirent les gens à faire."

Comme par magie, des servantes apparurent et commencèrent à servir le dîner. Les riches odeurs de canard fumé, d'espadon grillé, de légumes rôtis et de pains récemment cuits envahirent l'air ambiant ce qui atteignit directement l'estomac de Gabrielle. En guise de réponse, celui-ci libéra un fort grondement, faisant du même coup rougir la jeune femme qui étudiait le plat devant elle.

Xena, qui avait clairement entendu le son, rit sous cape. Rien ne semble faux chez cette femme, chaque réaction rebondit immédiatement à la surface. Ce n'est pas une qualité que je qualifierai de sage, nota-t-elle tristement. Mais c'est tout de même rafraîchissant. Comme Lycéus. "Je vois que tu approuves le menu."

"Tout à fait. Je n'ai pas vu autant de nourriture et dans un tel décor depuis votre..." elle s'arrêta immédiatement en réalisant ce qu'elle était sur le point de dire.

Un vieil homme qui versait le vin tressaillit quand elle cessa de parler, mettant son erreur encore plus en évidence. Il n'osa pas regarder le visage de la Conquérante. Il savait que sa vue ne serait pas plaisante. Une fois il l'avait vu alors qu'il était tordu de colère, cette vision hantait toujours ses cauchemars. Silencieusement, il s'arrangea pour faire couler le liquide plus rapidement, comme ça il pourrait prendre congé plus vite.

La voix de Xena devint comme une obsidienne, "Finis ce que tu étais en train de dire," ordonna-t-elle.

"Depuis..." Gabrielle commença à essayer de trouver une explication convaincante et comprit qu'il n'y en avait aucune. Dis la vérité. "Avant votre couronnement," chuchota-t-elle..

Le porteur de vin fit une sortie hâtive. Il était certain que le prochain son qui sortirait de la pièce serait celui du cadavre de la jeune femme quand il tomberait sur le sol. C'était dommage, elle était une petite chose très agréable à regarder. Gabrielle crut voir passer un léger sourire sur les lèvres de la Conquérante avant que le masque de marbre qu'elle portait ne revienne à nouveau. "Ça été de dures années. L'effort de guerre pour consolider notre pays a coûté très cher. Mais ça en valait le prix. Et... il y a aussi... même si je ne suis pas a blâmé pour ça… la sécheresse qui c'est abattu sur notre pays l'année dernière. Ou peut-être le suis-je ?"

Gabrielle n'osa pas répondre, et préféra au lieu de cela secouer la tête et attendre de voir si la Conquérante allait ajouter autre chose.

Mitrus entra dans la pièce et pris des petites portions de viande et de poisson. Il les plaça soigneusement dans sa bouche, comme si ce geste pouvait lui sauver la vie si celles-ci contenaient du poison. Après avoir avalé et attendu quelques instants, il s'étira pour goûter le reste des aliments. Il prit un échantillon de chaque nutriment, et les mâcha délicatement. Toujours vivant, il but du vin. Il ne remarqua pas que ce vin était une excellente cuvée, puisqu'il était trop occupé à continuer de respirer. Il détestait son travail, mais les esclaves n'avait pas le loisir de dicter leurs désirs.

La Conquérante lui fit un signe de tête, lui indiquant qu'il était libre de partir. "Ce vin est excellent," reprit aimablement Xena après en avoir prit une gorgée, "tu devrais essayer.".

"Merci." Pas seulement pour le vin, pensa-t-elle. D'une main légèrement tremblante, elle étira le bras et amena le gobelet à ses lèvres.

Xena prit ses ustensiles et commença à manger le repas devant elle. Avec un geste de sa fourchette elle pressa Gabrielle d'en faire de même. Son invité aux cheveux blonds était tout à fait pâle et elle s'inquiéta que celle-ci ne s'évanouisse bientôt si elle ne mangeait pas. "Après que tu ai réussi à réchapper de la crucifixion, pourquoi n'as-tu pas fuis Corinthe ? Je ne l'aurais jamais su."

"Je n'ai nulle part où aller désormais."

"D'où es-tu ? Je peux dire par ton accent que tu n'es pas d'ici."

Son accent avait, en vérité, toujours été un peu rustique. "Un petit village qui se nomme Poteidia."

"C'est en Thrace.".

"C'est exact." Elle prit une bouchée de son espadon et se pâma presque de plaisir. Si c'était son dernier repas, il était parfait. "Mon village à été anéanti par un chef militaire du nom de Draco. Un certain nombre d'entre-nous ont été capturé pour être vendu comme esclaves."

"Tu es une esclave?"

"Non. J'ai échappé à la capture. Mais pas ma sœur. Je ne l'ai jamais revue depuis. Et le village a été complètement brûlé par les hommes de Draco. Ma mère et mon père sont morts dans ce raid. Je suis partie vers le sud. Et en fin de compte je suis venu à Corinthe. Je suis professeur maintenant." Elle récita tout ça en un assaut rapide, elle ne pouvait pas lui permettre de croire qu'elle était une esclave en fuite... pas en plus de tout le reste : insurgée, survivante d'une crucifixion et oracle de vérité à plein temps.

Il doit y avoir plus à cette histoire que n'en dit cette fille, pensa Xena. Personne 'n'échappe aussi simplement' aux hommes de Draco. Ce n'est pas un mensonge, mais ce n'est pas non plus toute la vérité. Je laisse passer - pour cette fois. "Qu'enseignes-tu ?"

"La lecture et l'écriture à certains de vos soldats. Mais quand j'étais plus jeune, je voulais devenir barde," elle sourit mélancoliquement, se rappelant les heures passées dans le grenier à foin avec sa sœur, Lila, parlant de héros, de monstres et d'histoire d'amour.

Juste ce dont le monde à besoin, un autre conteur pour bourrer leur esprit populaire d'histoires fantaisistes. "Tu sers le royaume alors. Nous avons besoin d'hommes qui peuvent communiquer facilement avec moi si nous sommes pour gouverner le monde," conclu Xena.

Le sourcil de Gabrielle s'arqua, elle n'avait jamais considéré sa position comme une aide à l'effort de guerre. "Et s'ils veulent être de meilleurs hommes. Parfois les gens écrivent simplement pour apprendre et partager… pas seulement pour conquérir."

Le visage de Xena se fronça à une telle pensée, "Ça aussi," murmura-t-elle, avec un peu de sarcasme.

Normalement se faire rabrouer de la sorte exaspérait Gabrielle, mais cette fois elle ne ressentit rien d'autre qu'un léger regain d'affection pour la guerrière aux cheveux noirs. Elle n'est pas si épouvantable que ça une fois qu'elle n'est plus sur son trône. Et elle m'a laissé dire ma façon de penser jusqu'à maintenant. N'est-ce pas ce pourquoi j'étais venu ici ? Parce que je croyais que d'une façon ou d'une autre je pourrais faire une différence dans sa vie. Une personne ne peut pas être si cruelle, si elle ce souci, au moins d'une personne.

Ou encore si quelqu'un ce souci d'elle, corrigea-t-elle. Peut-être est-ce la clé.

Quand ils apportèrent le dessert, les domestiques furent étonnés de trouver Gabrielle toujours en vie. Une des femmes, la plus vieille, celle avec des cheveux grisonnant et qui avait des taches de vieillesse sur les mains, fit un timide sourire d'encouragement à Gabrielle tandis qu'elle posait un plat devant elle. Celle-ci doit être exceptionnelle pour encore respirer. Particulièrement après ce qu'elle a dit plutôt. Gabrielle lui renvoya un sourire, excité par les framboises et la crème fraîche.

La Conquérante observa avec amusement la jeune femme qui attaquait son plat. Gabrielle avait déjà engloutit deux grandes platées de nourriture, mais mangeait toujours comme si elle n'avait encore rien eut à manger que son désert … comme si elle n'avait rien mangé depuis des semaines en fait. Certains de mes soldats ne mangent pas tant en une seule fois. Pas Xena en tout cas, car elle n'aimait pas la sensation de lourdeur qui l'assaillait après un grand repas. Et, en tant que guerrière, elle savait qu'il valait mieux ne pas se laisser aller, et ce, en toutes circonstances.

Avant que Palaemon ait atteint le couloir menant à ses quartiers privés, la Conquérante l'entendit venir. Son horloge interne lui indiqua qu'il était un peu plus en avance que d'habitude. Xena prit son gobelet et vida d'un trait le reste du vin, appréciant la chaleur qui se diffusa dans sa gorge.

On cogna à la massive porte, "Entre," ordonna Xena.

Palaemon entra et salua la Conquérante. Ses yeux se tournèrent vers la jeune femme silencieuse qui prenait place à côté d'elle et il inclina la tête. Il fut charmé de voir son teint se coloré en réponse à son salut. Pendant un instant il crut que sa cicatrice le rendait plus attirant en lui donnant un air mystérieux. Quand la Conquérante se racla doucement la gorge, il reporta son attention là où elle devait être, "Majesté."

"Assois-toi, Palaemon, sers-toi…" dit-elle en faisant un signe de la main vers l'abondance de la table.

Gabrielle était sur le point de lui offrir quelques-unes de ses baies mais il n'y avait que deux assiettes sur la table. À cet instant un domestique entra avec une platée pour le Capitaine. Palaemon remarqua la générosité de Gabrielle et sourit légèrement.

Je vais m'assurer que Palaemon sortes du palais plus souvent. "Quelles nouvelles apportes-tu ?" Demanda Xena, cachant un petit sourire satisfait.

De nouveau, il se concentra sur la question qui lui avait été posé. Il passa une main dans ses cheveux blonds coupés courts, et répondit, "Majesté, j'ai un important message de notre poste à Éphèse." Son silence encouragea Palaemon à continuer. "Il semble que César projette d'expédier une grande quantité d'armes par cette ville à la prochaine lunaison."

César. Les années de bataille l'aidèrent à garder son calme. "Hmm… pour réarmer ses hommes dans la campagne Syrienne ?".

"C'est ce que je crois, Majesté."

Xena sourit de la même façon que si elle avait défait Palaemon. Soudainement la pièce devint grouillante de l'énergie que dégageait la femme aux cheveux noirs qui se leva de son siège. "Ce serait une telle honte de laisser de bonnes armes se faire rançonner par les pauvres soldats romains. Peut-être devrais-je les libérer." Continua-t-elle en parlant des armes.

Les yeux bleus de la Conquérante pâlirent à un point tel que Gabrielle ne fut plus certaine qu'il y avait eut une couleur auparavant. Elle avait vu ce même regard juste avant que celle-ci ne la condamne à la crucifixion.

"J'attends vos ordres, Majesté.".

Ahh… cela énervera César. Peut-être cela le tirera-t-il de sa confortable résidence à Rome et daignera-t-il enfin m'affronter sur le champ de bataille. Tu t'es suffisamment caché dans Ta Rome, César. Sort de là et vient jouer un peu. Mais si tu ne le fais pas… et que je ne peux pas couper la tête du serpent que tu es… cela sera quand même amusant de lui couper la queue. Presque aussi amusant en vérité. Et je le trancherai ce serpent, morceau par morceau, jusqu'à ce que j'en arrive à la tête si besoin est.

"Nous partirons à l'aube. Cela nous prendra presque jusqu'à la prochaine lune pour atteindre le port. Envois un messager au devant à Athos, nous naviguerons de là à Éphèse. Fais préparer le contingent macédonien ils nous accompagneront. Et nous prendrons cent soldats de la Garde Royale avec nous." L'esprit de Xena était emballé par les préparatifs nécessaires à cette campagne, son sang se mit à bouillir à la pensée que César perdrait ses armes… enfin.

Palaemon sentit un picotement excité dévaler sur sa peau. Les yeux de Xena étaient brillants, ses lèvres dessinaient un sourire dément, même ses cheveux semblaient émettre de l'énergie. La dernière fois qu'il avait vu ce regard, la Conquérante venait de conquérir Corinthe et presque toute la Grèce. Cela l'avait rendu riche et il avait obtenu un statut. Il se demanda ce que serait sa récompense pour ça. "Je m'en occupe immédiatement Majesté."

"Et envoie-moi Nestor. Il y a tant de chose à faire.".

Dans ses préparatifs de départ, la Conquérante avait complètement oublié sa jeune compagne de table qui s'était endormi dans sa chaise. Ce n'est seulement que quand Nestor partit avec un parchemin remplit d'instructions pour régenter la ville en son absence que Xena entrevit le visage serein de la jeune femme qui ronflait doucement. Je l'ai complètement oublié. Xena secoua la tête amusée. Elle n'oubliait jamais quand il y avait quelqu'un d'autre en sa compagnie, les années de combats avaient contribué à ce qu'elle ait toujours les sens en alertes, pour anticiper un danger quelconque. Hé bien, cette fille n'est certainement pas un danger pour moi.

"Gabrielle…" dit-elle doucement pour éveiller la jeune femme, pour que celle-ci puisse au moins rejoindre la chambre qu'on lui avait assignée, et allonger ces jambes qui semblait-il étaient fort douloureuse. Xena se rappela comment les jambes de Lycéus l'avaient fait souffrir pendant des mois après sa chute de l'arbre quand ils étaient enfants. Dieux … nous avions grimpé de plus en plus haut, parce que c'est ce que je voulais. Et Lycéus ne disait jamais non à aucune de mes idées. Pas seulement quand nous étions gosses, mais aussi plus tard quand Cortese est venu. "Gabrielle …"

Pas de réponse.

"Gabrielle …" Dit-elle un peu plus fort.

Un doux ronflement sortit de la gorge de la jeune femme.

"Gabrielle …" Soupirant, Xena s'étira et prit doucement la jeune femme de sa chaise. Elle était petite et se moulait parfaitement aux bras de la Conquérante. Elle était étonnamment légère si on pensait à tout ce qu'elle avait mangé, nota mentalement Xena. Le progrès régulier de Xena amena les deux femmes à la porte de ses quartiers privés. De son pied, elle poussa celle-ci partiellement ouverte puis alla déposer son oracle de vérité sur le grand lit. Quelqu'un va au moins en profiter ce soir, pensa Xena. En ce qui me concerne j'ai d'autres plans.

***

Gabrielle se réveilla de bonne heure le matin suivant, et étira lentement ses muscles, en s'abandonnant à la luxuriante sensation des draps de lin frais sous elle. Où suis-je ? Qu'est-ce qui est arrivé hier soir ? Le dîner, Palaemon, envahir Éphèse… oh par les Dieux… je me suis endormi. Et je suis … dans son lit ? Elle pouvait entendre son cœur battre follement dans sa poitrine et jura que le reste du palais pouvait aussi l'entendre. Gabrielle jeta la couverture et balança ses jambes sur le côté du lit. Elles ne font pas si mal ce matin. Non, Gabrielle, elles font mal… c'est juste que, tu es trop terrifié pour sentir la douleur en ce moment.

Un regard rapide par la fenêtre lui confirma que la nuit se terminait, une nuance rose glissait sur l'horizon et elle était reconnaissante pour la lumière à venir. Elle pouvait dire que la Conquérante ne l'avait pas rejointe dans le lit cette nuit, parce que seulement son côté du lit était défait. Gabrielle supposa que la Conquérante avait passé une nuit blanche à préparer son voyage. Elle prit conscience du son rythmique de la pierre à aiguiser contre le métal. La Conquérante aiguisait son épée. En passant une petite main dans ses cheveux d'or rouges, Gabrielle essaya de se défroisser avant de se montrer à l'autre femme.

"Bonjour, Majesté."

Xena accorda un regard à la jeune femme, mais ne changea pas son rythme. "Tu t'es réveillé tôt."

Gabrielle rougit et haussa les épaules, "Apparemment je me suis endormi tôt. Je vous fais mes excuses."

La Conquérante exhorta un petit rire, "je ne peux même pas me rappeler la dernière fois où quelqu'un s'est endormi devant moi. Normalement mes invités sont trop terrifiés par ma présence pour fermer les yeux même pour un clignement." Cette pensé lui fit arrêter son travail et elle porta ses yeux bleus intense sur Gabrielle, "Pourquoi n'as-tu pas peur de moi ?"

Le cœur de Gabrielle s'arrêta sous ce regard intense et soupçonneux qu'elle recevait de la Conquérante. J'ai peur là, tout de suite. Mais je suppose que ça m'aiderait pas de l'admettre… Cela la rendrait encore plus méfiante… comme si j'étais coupable de quelque chose. Gabrielle s'efforça de paraître calme et de maintenir une voix neutre, "Ma vie est déjà à l'amende, Majesté. Que devrais-je craindre de plus ?"

La réponse sembla convenir à Xena et elle retourna à sa tâche. "Nous partons dans deux marques de chandelles. Va voir Hélèna pour tes bagages."

Nous ? Mes bagages ? Aller ? À Éphèse ? "Majesté ?"

Xena ne répondit pas. Elle n'avait pas à expliquer ses décisions à cette jeune femme.

"Majesté ? Vous voulez que j'aille en mission militaire avec vous ?" Gabrielle était embarrassée, elle serait inutile sur un champ de bataille. Elle fit un geste vers ses jambes blessées comme si c'était possible pour quelqu'un de les oublier.

"Pas pour te battre," dit impatiemment Xena, expliquant l'évidence. "Je ne peux pas prendre Nestor avec moi. J'ai besoin que quelqu'un reste ici pour s'occuper des affaires d'état. Alors, tu seras ma servante attitrée. J'ai besoin de quelqu'un, qui, je sais, ne me mentira pas."

Alors là, tu viens de t'embarquer dans toute une affaire, Gabrielle. "Je crois que c'est notre marché : ma vie contre la vérité."

"Allez va maintenant. Nous partons dans moins de deux marques de chandelles. Ne me fais pas attendre."

Gabrielle inclina la tête en vitesse, ses cheveux clairs virevoltèrent autour de ses épaules. "Bien sûr. Excusez-moi alors." Elle quitta la pièce si rapidement qu'elle oublia d'avoir peur de trébucher. Elle savait que cela prendrait un petit miracle pour qu'elle puisse rencontrer l'échéance de la Conquérante.

Exactement deux marques de chandelles plus tard Xena était debout parmi ses Gardes Royaux - les plus compétents - et circulait à pas mesurés devant eux, inspectant chaque homme et femme, s'assurant qu'ils avaient bien été choisis pour cet honneur. Ils étaient debout, le corps rigide, regardaient droit devant, le regard aussi glaciale que celui de leur leader. Ils l'avaient suivi dans de nombreuses batailles auparavant. Ils n'avaient jamais perdu.

Gabrielle observa tout cela de sa place sur un des chariots de provision. Remarquant pour la première fois que ceux-ci étaient totalement différents des autres soldats qu'elle avait vu auparavant. Ils étaient propres, parés de cuirs bien huilés, leurs armures de métal reluisaient et, étonnamment, ils n'arboraient aucunes cicatrices. Personne ne devait jamais avoir été assez près pour lacérer leur peau, du moins pas trop sévèrement, à l'exception notable de Palaemon.

Ils étaient le summum que le royaume puisse offrir. Chacun observait Xena tandis qu'elle marchait à grands pas parmi eux, serrant des ceintures, ajustant des gantelets, inspectant des lames. Gabrielle ne douta pas un instant qu'ils étaient prêts à mourir volontairement pour elle.

Comment devait t'ont se sentir ? Savoir que des gens échangeraient leurs vies contre la vôtre ? Est-ce que ça t'effraie autant que moi ? Gabrielle ne perçue aucune crainte dans l'attitude de Xena.

Satisfaite de ses soldats, Xena marcha vers les chariots de provisions. Elle inspecta ceux-ci rapidement, s'assurant simplement que tout le nécessaire était bien là. Quand elle s'approcha du chariot où Gabrielle était assise, Xena l'examina soigneusement et nota avec approbation les survêtements que la maîtresse de la Garde-Robe lui avait procuré : Des bottes de cuir hautes jusqu'aux genoux, une jupe de coton indigo qui couvrait tout juste le sommet de ses bottes et un chemisier de coton blanc couvert par une cape grise. "As-tu tout ce dont tu as besoin ?"

La femme aux cheveux blonds sourit doucement, elle ne s'était pas attendue à cette question, "Oui, merci." La Conquérante regarda de façon significative le conducteur du chariot, celui qu'elle avait si méticuleusement choisi, en se basant sur son âge avancé. "Ceci est ma servante attitrée. Veille sagement à ce qu'il ne lui arrive rien."

Le vieil homme inclina la tête rigoureusement et tapota chastement la main de Gabrielle. "Majesté, elle sera traitée comme si c'était ma très chère fille."

"C'est ça, veilles-y." Leurs yeux se rencontrèrent pendant un moment avant que la Conquérante ne retourne à ses troupes. Palaemon s'approcha d'elle.

"Tout est à votre convenance, Majesté ?"

La Conquérante inclina la tête un peu crispée. "Tu as bien travaillé, Palaemon." Elle émit un sifflement perçant et un garçon d'étable s'approcha avec son cheval de guerre. Une jument dorée comme le soleil sous son sombre cavalier. La jument renifla la poitrine de Xena juste avant que celle-ci ne saute sur son dos.

C'était la seule marque d'affection qu'aucun n'avait montrée à la Conquérante, nota Gabrielle. Placé sur son grand cheval, Xena s'adressa à ses troupes. "Nous voyagerons jusqu'à Éphèse. De là nous ferons saigner le nez de César." Elle marqua volontairement une pause, "Faites qu'il s'habitue à goûter son propre sang. Car aussi sûrement que nous marcherons sur Éphèse, nous marcherons sur Rome. Et vous serez de ceux qui marcheront triomphant avec moi dans le Colisée."

"À Éphèse!" Cria Palaemon.

"À Éphèse!" Répondirent Cent voix.

"À Xena!"

"À Xena!"

"Pour la Conquérante!".

"Pour la Conquérante!".

Tandis que l'acclamation finale envoyait des frissons dans le dos de Gabrielle, Xena inclina la tête et passa devant par les portes de la ville. Les gens s'agglutinèrent de chaque côté et observèrent la progression de son armée avec crainte. Cela ressemblait plus à la célébration d'une victoire qu'au début d'un voyage.