Quand Xena revint au campement, elle trouva Gabrielle dans sa tente, parmi le désordre, accroupi et appuyé contre un des poteaux. Fronçant les sourcils, elle s'abaissa et mit son genou droit par terre devant la jeune femme, "Qu'est-ce que tu fais encore debout ?"
Gabrielle frotta ses yeux ensommeillés avec sa main, "je pensais que vous pourriez avoir besoin de quelque chose quand vous reviendriez. Je n'étais pas certaine …" Voyant le regard irrité sur le visage de la Conquérante, elle baissa les yeux vers le sol. "Je suis désolée."
"À l'avenir, si je veux quelque chose, je te réveillerai." Répondit Xena, un peu plus brusquement qu'elle n'en avait eut l'intention. Quand elle vit l'expression triste de la jeune femme s'intensifier, Xena se retrouva à donner des explications, "Vois-tu, ces quinze jours de voyage seront un peu difficiles pour toi. Tous ceux qui ne sont pas des soldats formés et habitués à ce train d'enfer, à bivouaquer jour après jour, et à être tout le temps au grand air…" pourquoi je babille ? "… Vas te coucher."
Gabrielle inclina la tête et marcha vers l'autre bout de la tente où elle avait disposé les couvertures qu'on lui avait données. Avec reconnaissance, elle s'allongea, massa les muscles de ses jambes, tira une couverture sur son corps, et glissa rapidement dans le monde des rêves.
Xena observa Gabrielle pendant quelques minutes avant de s'allonger, elle aussi… Ses rêves furent remplis de souvenir d'enfance - avant que tout ne tourne mal.
Le matin suivant Xena était debout avant que les dernières étoiles ne deviennent invisibles dans le ciel. Elle erra dans le campement, s'assurant que les sentinelles étaient alertes, que les cuisiniers préparaient le repas du matin, et que tout était comme il se devait d'être. Exhalant le parfum frais des champs et de la rosée du matin, elle permit à un sourire de traverser son visage. Une inspiration plus profonde lui apporta les riches fragrances de terre noire et des quelques fleurs printanières qui avaient germées ici et là. Se faisant une implacable énergie monta en elle, secouant ses membres, elle se mit à courir vers l'horizon pour saluer le soleil.
Palaemon, ayant vu la Conquérante quitter sa tente, traversa le camp et y entra. Bien qu'il soit peu probable qu'ils guerroient pendant ce voyage, celle-ci avait apporté sa tente de campagne. Elle était assez grande pour contenir une large table, une chaise confortable pour qu'elle puisse se reposer et quatre chaises plus ordinaires pour ses officiers. Les fourrures de couchage étaient d'un côté, au-dessous de son sac de voyage. Pendant que ses yeux embrassaient le tout, Palaemon découvrit la personne qu'il cherchait quand il aperçut des cheveux d'or rouges qui sortaient de sous une couverture de laine.
Se mettant à genoux à ses côtés, il lui toucha doucement l'épaule. "Réveilles-toi."
"Non, je ne veux pas…" vint une réponse grincheuse.
Il secoua la tête pour s'empêcher de rire. Je suis heureux d'avoir décidé de venir réveiller cette jeune femme; la Conquérante n'a aucune tolérance pour les lève-tard. Et c'était sa responsabilité de s'employer à ce que rien n'incommode celle-ci. "Réveilles-toi," répéta-t-il, un peu plus fort cette fois tandis qu'il tirait sur son épaule.
"Hé…" protesta Gabrielle à demi endormi, il introduisit sa main tel un serpent sous les couvertures. "Oh…" soupira-t-elle, en voyant le Capitaine et en se rappelant rapidement qu'elle n'était plus à Corinthe, et encore moins dans sa propre maison. "Bonjour," dit-elle finalement en baillant.
"Il est temps de te lever. La Conquérante est partit courir, comme à chaque matin d'ailleurs, et je dois t'instruire de tes tâches."
"Courir?" Des yeux verts s'ouvrirent d'incrédulité, "qui voudrait gâcher un si céleste matin en courant aux quatre vents?"
"La Conquérante. Lèves-toi, il ne reste que peu de temps avant qu'elle ne reviennes." Il quitta la tente pour lui donner un peu d'intimité pour qu'elle puisse s'habiller.
Quand Gabrielle réapparut, Palaemon commença à lui dépeindre en quoi consisteraient ses tâches pendant le voyage : comment empaqueter les bagages de la Conquérante, comment préparer la tente pour que les porteurs puissent la démonter plus rapidement, où visiter le cuisinier et surveiller la préparation des repas de celle-ci. Cela, souligna Palaemon, était la partie la plus importante de ses tâches. Bien qu'il sache que Xena avait confiance en sa Garde Royale, elle n'était pas naïve. Gabrielle devrait s'assurer que les aliments de la Conquérante n'étaient altérés d'aucune façon, elle servirait donc de goûteur.
"Je suppose que j'ai un rôle à jouer maintenant, huh ?"
Le Capitaine hocha la tête, "On peut dire ça."
"Y a-t-il déjà eu des morts parmi ses goûteurs ?"
"Bien sûr," répondit-il, en haussant ses larges épaules. Quand il vit la jeune femme blanchir, il ajouta rapidement, "Mais jamais d'intoxication alimentaire. La plupart du temps c'était parce qu'ils avaient déplu à la Conquérante."
Avalant avec difficulté elle demanda, "Tu as des trucs à me donner?"
"C'est pour ça que je t'ai réveillé ce matin. Si tu fais ce que je te dis, tout ira bien." Regardant par-dessus son épaule, il vit la Conquérante revenir au campement. "Elle est de retour. Je dois m'occuper de mes hommes." À cela, il tourna les talons et s'en alla.
Gabrielle put voir que la Conquérante était couverte d'une légère sueur probablement due à sa course, elle plongea donc une tasse dans le baril d'eau près du cuisinier et retourna à la tente. On lui avait rendu son bâton pour l'aider à marcher et elle en était reconnaissante car cela soulageait la tension sur ses jambes toujours en réhabilitation.
Quand elle entra, elle trouva la Conquérante en train de se changer… elle détourna promptement les yeux. Xena remarqua la réaction de la jeune femme et un sourire se diffusa à travers ses lèvres. Se raclant la gorge pour obtenir l'attention de Gabrielle, elle se tourna un peu en tenant un chemisier, sa poitrine complètement dénudé. Cela permettait d'avoir une vue prenante sur ses seins.
"Enfin, quelque chose à boire. Donnes-m'en." Se tournant afin de faire entièrement face à Gabrielle, elle fit un léger signe de la main.
Obligée de regarder la Conquérante, Gabrielle résolu de concentrer son regard seulement sur le cou de celle-ci. Et essaya désespérément d'ignorer la chaleur qui s'étendait à travers son visage. "Si c'est ce que tu veux," chuchota-t-elle en lui tendant la tasse.
À ces mots, Xena cru entendre la voix de Lycéus. C'est ce qu'il avait l'habitude de dire quand j'étais trop agressive pour lui; cela signifiait toujours qu'il était fâché contre moi. Xena retint sa main, "Donnes-moi un instant." Elle revint à ses sacoches de selle pour donner l'impression qu'elle cherchait quelque chose. Elle glissa alors le chemisier par-dessus sa tête et le fit glisser sur son corps musclé. Une fois habillée, Xena fit de nouveau face à Gabrielle. "Bois en premier."
"Désolé, j'avais oublié que cela faisait partie de mon nouveau travail." Elle porta la tasse à ses lèvres et en avala quelques gorgées. Elle haussa les épaules, reconnaissante de pouvoir maintenant regarder une Conquérante habillée, "Elle a aussi bon goût, que de l'eau de source."
Elle tendit la tasse vers la main de Xena. La Conquérante but l'eau d'un trait, notant qu'elle goûtait exceptionnellement bonne. "Occupes-toi de préparer la tente pour qu'elle soit démontée…" elle fit un geste de la main vers les conteneurs.
Gabrielle inclina la tête avec impatience, "je sais, Palaemon m'a instruit de mes tâches ce matin. Tout sera comme vous le souhaitez."
"Bien." Xena commença à enfiler ses cuirs et son armure tandis que Gabrielle s'occupait des sacs de couchages et des autres articles de la tente. La jeune femme fredonnait tandis qu'elle travaillait et Xena tressaillit en l'écoutant - c'était absolument mélodieux. Quand Xena fut sur le point de quitter la tente pour allez trouver Palaemon, elle s'arrêta devant les pans de la tente et observa Gabrielle. Elle est heureuse. "Pourquoi es-tu ici ?"
Gabrielle arrêta immédiatement de s'activer en reconnaissant le ton menaçant de la voix de la Conquérante. Elle stoppa net et regarda directement dans les yeux bleu glacier qui la scrutait. "Parce que vous m'avez ordonné de venir."
Xena secoua la tête, et revint dans la tente afin d'imposer sa stature sur la petite femme. "Ce n'est pas ce que je voulais dire et tu le sais. Pourquoi as-tu participé au concours de vérité ? Tu n'as jamais répondu à la question que je t'avais posée lors de notre dîner à savoir pourquoi tu n'avais pas fuis Corinthe, du moins pas clairement."
Son cœur battait la chamade et Gabrielle se demanda si la Conquérante pouvait l'entendre. "C'est que nous avons commencé à parler de ma ville natale. Je n'essayais pas d'éviter de vous répondre, Majesté. Souvenez-vous, je dois toujours dire la vérité."
"Alors quelle est la vérité? Pourquoi es-tu ici?" Elle appuya chaque syllabe clairement.
La vérité, dis-lui la vérité. "Parce que je veux l'être. Je voulais vous rencontrer, vous parler, même si ce n'était seulement qu'une seule fois."
Xena regarda fixement dans les yeux verts qui soutenaient son regard et essaya d'y détecter n'importe quel mensonge. Des années de négociation avec ses ennemis, des chefs militaires et des rois, lui avaient appris à découvrir même la plus subtile des tromperies. En fait, tout ce qu'elle put voir, fut la couleur de l'herbe qui avait l'habitude de pousser sur sa colline préférée près d'Amphipolis. Xena se permit d'afficher un sourire narquois, "c'est de loin la chose la plus ridicule que j'ai jamais entendu, Gabrielle. Sans équivoque, la plus ridicule."