L'humeur de l'armée était contagieuse, observa Gabrielle. Partout où ils passaient, les peuplades de la Grèce répondaient avec enthousiasme à l'expédition de la Conquérante. Même si voilà cinq ans, la plupart d'entre eux, étaient réfractaires à l'autorité de celle-ci. Ces mêmes peuplades voulaient tout de même que la Grèce gagne une position légitime en tant que leader du monde. Et si celles-ci prenaient la Conquérante pour accomplir cet exploit, alors il en serait ainsi.
Au bout du sixième jour à passer de villes en villages où la populace applaudissait sans retenue la dirigeante et ses troupes, Gabrielle réalisa la portée du pouvoir que la Conquérante détenait.
J'ai toujours pensé que le seul réel pouvoir de Xena était sa capacité à commander la mort des gens. Mais maintenant je vois ce qu'est son vrai pouvoir - sa capacité d'inspirer l'espoir autant que celle de démoraliser les gens en général. C'est une tragédie quand une vie s'éteint… mais une catastrophe encore plus grande quand ils perdent la volonté de vivre.
En regardant la Conquérante interagir avec ses troupes, Gabrielle comprit pourquoi la confiance qu'ils avaient en ses capacités était inébranlable. Xena chevauchait toujours à l'avant du cortège. Cette position indiquait sa volonté d'être la première à confronter la destinée qui les attendait. Elle n'était pas le genre de général qui se terrait derrière les lignes en envoyant des messages au front. Elle menait.
Voyageant de chaque côté de la Conquérante, Palaemon son lieutenant et Cefanelwai-timbukili, une femme guerrière Égyptienne. Gabrielle sourit en se rappelant comment on lui avait présenté la femme à la peau noire. Tout le monde dans la compagnie l'appelait Cefan en raison de leur incapacité à prononcer correctement son nom. Après ne l'avoir entendu qu'une seule fois, Gabrielle l'avait répété correctement, au grand plaisir de l'intraitable guerrière.
Chaque jour, la Conquérante, Palaemon et Cefan discutaient stratégies. Comme ils approchaient d'une vallée, Xena avait interrogé ses deux meilleurs soldats, "Et si en ce moment même, une armée apparaissait sur cette arête là ? Qu'elle serait la meilleure façon de nous défendre ?" Et quand une pluie fine s'était abattue sur le contingent, elle avait demandé, "Comment pourrions-nous employer ceci à notre avantage ? Que savez-vous des averses dans cette région ?" Sans arrêt, elle les interrogeait et tous les trois évaluaient les réponses.
De temps en temps, la Conquérante se satisfaisait de leurs solutions. La plupart du temps, elle démontrait exactement comment elle ferait si elle était le commandant ennemi. Chaque soir, la Conquérante tenait des séances d'exercices de combat. Peu importe combien de lieux ses soldats avaient parcouru ou à quoi ressemblait le temps. Elle n'avait aucune estime pour les fainéants. Certains soirs, ses troupes courraient avec leurs besaces bourrées de pierres pour développer leur endurance. Alors que d'autres soirs, ils devaient se soumettre à une série de mouvements qui ressemblait à une danse compliquée, mené par la Conquérante ou Cefan.
Chaque soir, ils avaient des entraînements à l'épée et parfois ils devaient alterner avec d'autres armes. Le sommeil était un item de valeur, qui venait après un jour de marche, l'entraînement et le soin quotidien de leur équipement. Cinq marques de chandelles de sommeil semblaient être un luxe. Ils étaient propres ; leurs armes et armures étaient bien entretenues ; et ils croyaient qu'ils pourraient vaincre n'importe quel ennemi qui s'opposerait à eux. Gabrielle le croyait aussi.
Assise autour du feu de camp central avec la Conquérante, Palaemon, Cefan et trois autres officiers, Gabrielle observait les flammes qui projetaient des ombres intéressantes sur leur visage. La cicatrice dentelée sur le faciès du Capitaine semblait moins sinistre et plus engageante chaque jour. Elle aimait la façon dont elle relevait le coin de sa bouche quand il souriait, lui donnant l'air de se moquer de tout. Pas que Palaemon souriait très souvent. Mais elle avait raconté des histoires chaque soir et chaque soir, il semblait un peu plus détendu en sa présence. Ce soir, il lui avait même demandé de raconter une histoire en particulier.
"Bien sûr, je connais l'histoire du Général Sinos." Gabrielle sourit vivement et poussa une mèche de cheveux derrière son oreille droite. "Comme tous les autres Généraux ambitieux, il a cru qu'il pourrait réunir sous sa bannière la plus grande armée jamais vue dans le monde." Se penchant en avant, elle posa les coudes sur ses cuisses et examina les yeux de son auditoire captivé.
Même la Conquérante semble s'intéresser à ce conte… elle s'attend probablement à une tuerie et à une effusion de sang. Gabrielle sourit d'un air satisfait.
"Quand le Général Sinos et ses soldats entrèrent dans la ville de Methades, ils remarquèrent que des centaines de cibles avaient été disposées dans un champ de pratique près de la ville. Chaque cible était percée en son centre par une flèche. Pas une ne déviait du mile, elles avaient atteint leurs cibles et démontraient une précision parfaite."
Cefan, qui était connu pour ses prouesses à l'arc, tira brusquement un pouce vers sa propre poitrine, "Ça ressemble à quelqu'un que je connais." Les autres officiers poussèrent de grands éclats de rires entendus.
Gabrielle essaya non sans difficulté de ne pas rire, connaissant la fin de son histoire et se demandant comment la guerrière se sentirait après qu'elle l'aurait entendu. "Le Général arriva à un raisonnement, 'Avec de tels hommes dans mon armée, je ne pourrai jamais être défait.' Il commença donc à demander partout dans la ville, qui étaient ces archers. Chaque citoyen à qui il posa la question lui répondait que s'était le travail de trois frères, les fils d'Euronae. Mais ils l'avertirent aussi que les frères étaient les idiots du village. 'Je me fous qu'ils se pissent dessus et sentent le putois, tant et aussi longtemps qu'ils peuvent atteindre la cible.'" La voix de Gabrielle était descendue d'une octave en imitant celle du Général, sa bouche avait même pris une forme différente.
"Ils ne feraient pas long feu dans cette armée," s'écria un des officiers. Il baissa la tête et renifla son aisselle, "Nous sentons tous aussi frais que des pâquerettes."
Un officier féminin rit sous cape, "Hmm… j'aime l'odeur de transpiration au petit matin." Plus d'un officier lui offrit de satisfaire sa requête. Elle fronça les sourcils et fit signe d'une main impérieuse à l'attention de tous. Mais Gabrielle la vit cligner de l'œil d'une façon rusée au guerrier qui était assis à ses côtés.
Gabrielle attendit que son audience soit prête avant de continuer. "Le général Sinos se rendit à la maison des trois frères où il fut reçu par leur mère, une femme au visage joviale qui connaissait le désagrément d'élever trois imbéciles. Quand le Général lui expliqua qu'il voulait ses fils pour son armée, elle éclata de rire, à s'en tenir les côtes. Le Général furieux, trouva cette paysanne fort insultante. Il leva alors la main dans l'intention de la frapper, quand elle réussit enfin à dire, 'Général… Général vous ne comprenez pas. Mes garçons ne dessinent pas les cibles pour tirer ensuite. Ils tirent d'abord et dessinent ensuite les cibles.'"
Gabrielle haussa dramatiquement les épaules, "Ainsi les rêves du Général Sinos de posséder la plus grande armée jamais connue en ce monde prirent fin." Tous les soldats autour du feu de camp se mirent de nouveau à rire.
Cefan reçu un coup de coude dans le ventre de la part de Palaemon. "Est-ce cela ton secret, Cefan ?" Lui demanda-t-il en esquivant le coup qu'elle lui rendit.
La Conquérante, qui avait été assise silencieusement au cours du récit, avait incliné sa tête pour saluer Gabrielle. Elle a ensorcelé mes officiers. En moins d'un cycle lunaire. Déjà ils se battent pour avoir une place autour de notre feu, et l'entendre raconter ses histoires. Et je suis soulagée qu'on me garantisse une place.