La prêtresse coucha le cerf sur l'autel, étayant son cou pour que le sang se draine plus rapidement dans le bol cérémonial. Observant le liquide sombre remplir le bassin d'or, elle concentra ses pensées sur sa déesse. "Artémis… s'il te plaît… j'ai désespérément besoin de tes conseils. Trois mois se sont écoulés depuis ta dernière visite. S'il te plaît, mets fin à ton silence au plus vite."
Placé à l'embouchure du port d'Éphèse, le temple d'Artémis était la première chose que les visiteurs voyaient en entrant dans la ville. Construit sur une terre marécageuse, une génération de tailleur de pierres avait travaillé pour construire les fondations qui maintenaient le temple en sécurité au-dessus de l'eau. Englobant un secteur rectangulaire de deux tiers d'un furlong par quatre chaînes, l'édifice religieux était souvent cité comme étant un endroit vraiment extraordinaire par les citoyens et les visiteurs.
Cent vingt-sept colonnes s'alignaient sur le portique, chacune d'elles était le cadeau d'un roi. Les colonnes supportaient le toit d'une hauteur d'environ une chaîne et permettaient à la lumière et à l'air de circuler librement dans la structure. Le bâtiment était fait de marbre pâle avec des veines vert foncée et rouges, prêtant ses couleurs à la construction. La décoration intérieure était agrémentée de piliers d'or, de statuettes d'argents et de peintures exquises.
Au centre du temple, surnommé "la Maison de la Déesse", était disposée une statue, la dépeignant comme la protectrice des foyers et de la chasse. Le temple était tout autant un musée qu'un marché, en plus d'être un temple d'adoration. La prêtresse Clymera servait Artémis depuis que sa mère l'avait consacrée à la déesse de la chasse, quand elle était enfant. Maintenant, avec ses cheveux gris clair et son visage gravé par les rides d'une vie entière, elle adressa une pétition à Artémis pour connaître qui serait la prochaine Élue. Ses nuits étaient peuplées par la vision d'une femme qui rétablirait et redonnerait son ancien statut à la Nation Amazone. Elle ne pouvait cependant pas discerner le visage de la femme, ni même si elle faisait partie des Amazones. La seule chose qui était claire était ses yeux; ils étaient d'une couleur verte et douce comme les premières pousses du printemps.
S'arrêtant dans le centre du portique, Clymera regarda les statues massives de quatre guerrières Amazones. Pendant que celle-ci observait fixement les femmes de bronze, un grand frisson lui parcourut l'épine dorsale. De ces quatre là, celle que l'on appelait 'Tana' était sa favorite. Tana représentait une femme guerrière qui s'élevait de terre, prête à frapper son adversaire. Les muscles de ses jambes se distendaient hardiment et, certaines nuits de pleine lune, Clymera avait cru voir la statue se détacher de sa base. Elle aimait aussi le regard de pure détermination dans les yeux de l'Amazone, sachant qu'indépendamment de la proie sur laquelle elle avait jeté son dévolu, celle-ci serait sienne.
C'était le pouvoir de la nation Amazone : la volonté de survivre. Méprisée par les hommes, mal comprise par les femmes et autrefois craintes par tous, les guerrières n'avaient seulement que l'une et l'autre sur qui s'appuyer ainsi que la protection de leur déesse sur laquelle elles pouvaient compter. Xena, la Conquérante, la Destructrice des Nations, la Princesse Guerrière, avait démontré à quel point tout ça était futile. Dans sa conquête systématique de la Grèce, elle avait évincé ces femmes de leurs terres sacrées, avait brûlé leurs villages et avait détruit la plupart de leurs armées.
Celles qui avaient réussi à échapper à ce fléau s'étaient enfuies à Éphèse, la maison d'Artémis, pour prier la délivrance et la vengeance contre le plus grand ennemi que la Nation ait connu. Le fait que ce soit une femme qui leur avait infligé tout ça faisait paraître ce crime encore plus grand.
Jusqu'à maintenant, Clymera croyait que bientôt, l'Élue d'Artémis serait connue. Et elle déposerait le corps de la Conquérante à ses pieds. "Laisse-moi vivre assez longtemps pour voir ce jour glorieux, ma déesse," pria-t-elle.
"Tu vivras," dit Artémis comme elle apparaissait dans un flash de lumière. La déesse aux yeux gris était là, debout, parée pour la chasse en forêt, drapée d'une courte robe verte, portant des bottes de cuirs bruns à mi-cuisse et arborant son arc d'argent et ses flèches dans un carquois attaché à son dos. Ses cheveux étaient de la couleur d'une traînée de poudre et sa peau aussi blanche que la neige.
"Ma déesse," soupira Clymera, en tombant à ses genoux et en appuyant son front contre le granit frais. "Si tu savais à quel point j'ai attendu ta venue."
Touchée par la sincérité contenue dans la voix de sa prêtresse, la déesse dit, "Relève-toi, Clymera." Elle mit le bout de ses doigts chauds sur l'épaule de celle-ci. "J'ai reçu un mot m'indiquant que Xena a l'intention de venir nous visiter. Et je veux que la Nation soit prête pour -l'accueillir - si tu vois ce que je veux dire."
Le cœur de Clymera battit plus rapidement à cette perspective. "Mes prières seront-elles exhaussées ?" Artémis inclina lentement la tête. Elle était incapable de supprimer le sourire qui lui barrait le visage, "Il est temps que le chasseur devienne la proie."