Capitaine oh Capitaine

Chapitre Unique




 

 

Jour 1 - Environ 8h20 au matin.

 

J'arrive sur le port, essoufflée, bagages en mains. Je n'ai pas besoin de chercher longtemps pour apercevoir le gros bateau sur lequel je vais passer quelques jours de vacances. Je ne suis pas très fan des bateaux mais c'est ma mère qui a insisté pour me payer cette petite croisière méditerranéenne de 3 jours. Ca faisait plus de 7 ans que je travaillais sans avoir eu le temps de prendre de vraies vacances. Il était temps pour moi de me relaxer un peu.

 

Je m'approche du quai d'embarquement. Je ralentis la cadence, voyant que je ne suis pas si en retard que ça puisque la file des passagers à embarquer est encore longue.

 

Le départ est prévu pour 9h. A 8h50, j'étais encore dans la file d'embarquement. Je savais que le bateau était gros mais je ne m'attendais pas à voir autant de monde embarquer. Tu parles de vacances si c'est pour être coincée sur un bateau avec autant de monde.

 

Et encore, je ne suis pas la dernière de la file et on est déjà en retard. J'arrive enfin en haut de la passerelle. Pour m'accueillir, une hôtesse derrière un pupitre avec un ordinateur portable et derrière elle, une femme avec un bel uniforme qui ressemble à celui de capitaine Stubing dans la croisière s'amuse, mais en plus beau encore.

 

La femme me regarde d'un air curieux, se demandant certainement pourquoi je l'observais de la tête aux pieds. Mais j'étais tellement impressionnée par le fait de voir une femme capitaine que je n'avais pas remarqué le reste. Son visage fin et délicat et ses yeux bleus profonds, je les ai vu lorsque je l'ai entendu me dire.

 

"Il y a un problème mademoiselle"

 

Je réagis à la voix puis j'entends l'hôtesse qui s'acharne à me demander mon nom depuis quelques secondes apparemment.

 

"Non, non, du tout" dis-je vers la capitaine avant de me retourner vers l'hôtesse "Valérie Guerin"

 

Elle tape mon nom sur son ordinateur, vérifie les renseignements sur moi puis un homme s'approche pour attraper ma valise et mon sac. J'ai un mouvement de recul, ne m'attendant pas à ça mais la capitaine intervient.

 

"Léonard va vous montrer votre cabine."

 

Elle chuchote quelque chose à l'oreille de l'hôtesse qui note sur son ordinateur avant de donner le numéro de cabine à Léonard.

 

"Je vous souhaite un bon voyage en notre compagnie, mademoiselle Guerin" dit la capitaine en insistant sur mon nom pour faire comprendre qu'elle l'avait retenu. Je ne sais pas si c'est une bonne chose d'ailleurs.

 

Je lève la tête vers elle pour voir un grand sourire sur son visage. C'est sûrement une bonne chose. Je sens que la croisière ne va pas être si pénible que ça finalement.

 

Je suis Léonard jusqu'à ma cabine où je découvre un espace digne d'une chambre d'hôtel. Je n'imaginais pas qu'un bateau pouvait être aussi luxueux. La porte s'ouvre sur un grand salon avec un divan trois places, une belle télé à écran plat, un bureau posé juste devant une grande vitre donnant sur la mer. Léonard me montre alors la chambre et j'y découvre un grand lit au moins trois places, une armoire qui recouvre tout un mur. En face du lit, une autre télé, une petite chaîne hifi et sur le mur à gauche du lit, une rangée de trois hublots donnant sur le même paysage qu'au salon. Et la salle de bain, n'en parlant pas. Pendant que Léonard pose mes bagages dans la chambre, je regarde la salle de bain. Une grande baignoire deux places, une douche entièrement transparente et un lavabo devant un énorme miroir et un petit WC moderne, le tout dans une décoration très marine.

 

Un "Waow c'est énorme" s'échappe de ma bouche ce qui me vaut un sourire de mon bagagiste.

 

Il regarde sa montre.

 

"Le bateau va partir dans quelques minutes. Si vous voulez assister au départ, je vous conseille le pont à droite en sortant de votre cabine"

 

Il se dirige vers la porte. Je l'arrête pour le remercier avec un petit billet qu'il refuse poliment avant de s'éclipser.

 

Personne ne sera sur le quai pour me voir partir mais je décide que je ne peux pas rater le fameux moment du départ qu'on voit dans tous les films et séries de croisières. Je suis les directives de Léonard et je me retrouve sur une petite passerelle qui donne sur le quai. Je regarde autour de moi. J'ai l'impression d'être vers le milieu du bateau. En dessous de moi, un pont et quelques fenêtres et au dessus, même chose. C'est impressionnant.

 

 

9h15

 

Avec 15 minutes de retard, l'alarme crie pour annoncer le départ et sur le quai, des hommes détachent les cordes. Dans une petite manœuvre presque imperceptible, le bateau s'écarte du bord et s'avance dans la mer.

 

Je regarde le quai s'éloigner. On voit encore la plage de la côte méditerranéenne pendant quelques minutes avant de ne voir que de l'eau bleue.

 

Je décide de rentrer en cabine pour ranger mes affaires. Je trouve sur la table basse un programme de la croisière. Dans environ 20 minutes, il doit y avoir un pot de bienvenue sur le pont principal. Je regarde le plan donné avec le programme et essaie de trouver comment accéder à l'endroit. Pas facile sur ce grand bateau labyrinthe mais je ne compte pas rester enfermée dans ma cabine, surtout que les escales semblent être intéressantes et que j'ai envie de revoir la capitaine.

 

Je prends quelques minutes pour ranger quelques affaires de mes sacs vers les armoires, me change pour une tenue plus relaxe, pantacourt blanc et débardeur bleu ciel. J'étais sur le point de récupérer le plan quand j'entends toquer à la porte de ma cabine. J'ouvre, me demandant qui peut bien venir me voir alors que je ne connais personne.

 

"Léonard ?" dis-je en reconnaissant le bagagiste qui m'avait accompagné.

 

"Madame le capitaine souhaite personnellement vous inviter à son verre de bienvenue et m'a demandé de venir vous chercher pour vous montrer le chemin vers le pont."

 

Je souris de l'honneur mais me demande si c'est le même traitement pour tout le monde. Il ne doit pas y avoir autant de personnel pour aller chercher tout le monde. Alors pourquoi moi ?

 

"C'est bien aimable de sa part"

 

J'attrape mon petit sac avec appareil photo, téléphone portable, mouchoirs et autres petits bidules de femme et suit Léonard dans les couloirs, sur les ponts, jusqu'au pont principal ou je découvre une grande scène près d'une piscine tout aussi grande. Au milieu de la piscine, un petit bar avec des sièges qui ressortent à peine de l'eau. Près de la piscine, des chaises longues, des tables, un autre bar. Au fond, un terrain de pétanque et de l'autre côté, une grande baie vitrée qui donne sur une salle avec des tables, certainement le restaurant.

 

Quelques personnes étaient déjà rassemblées devant la scène, attendant l'ouverture du bar. Des serveurs attendaient derrière les vitres du restaurant, le feu vert de leur capitaine. Léonard me quitte pour aller à son poste et je m'avance vers la scène comme les autres.

 

"Bonjour" me dit une dame dans la foule.

 

"Bonjour" je lui réponds simplement.

 

Elle a un grand sourire. Plus tard arrive une de ses connaissances apparemment puisque la vieille dame arrive directement vers elle.

 

"Jeannette. Tu ne sais pas ce qu'il m'arrive ?"

 

"Non, que se passe-t-il encore ?"

 

J'écoute leur conversation d'une oreille, ne voulant pas paraître curieuse. La vieille dame râle après sa camarade d'une erreur de réservation. On lui a apparemment donné une cabine moins luxueuse que ce qu'elle avait demandé. Sûrement une erreur de l'agence de voyage selon elle. Elle semble choquée. L'erreur est humaine pourtant. Encore une bourgeoise qui ne supporte pas qu'on lui manque de respect.

 

Leur conversation est interrompue par un bruit de micro sur la scène. Je me tourne pour voir la capitaine sur scène. Le soleil éclaire son uniforme et son visage. On dirait un ange.

 

"Mesdames et messieurs, bienvenue sur le Blue dream, mon bateau. Je suis le capitaine, Kerry Malvez. Mon équipage et moi sommes là pour vous faire passer 3 jours de rêve sur ce bateau et sur les îles que nous allons aborder. Vous avez tous eu le programme donc je ne vais pas m'attarder sur tout ça. Je voulais juste vous présenter le reste de mon équipage"

 

Une quinzaine de personne monte sur scène pour la rejoindre. Elle passe en revu tout l'équipage: le docteur Marc Nanti, l'animateur qui s'appelle Antoine, Ismael le barman et les hôtesses et bagagistes qui sont là pour nous aider à nous repérer dans le bateau et nous mettre à l'aise.

 

"Maintenant que vous connaissez tout le monde, je n'ai plus qu'à vous souhaiter un bon séjour parmi nous. Amusez-vous, c'est le mot d'ordre. Profitez de vos vacances et n'hésitez pas à venir voir un des membres de l'équipage si vous avez des questions, des demandes ou des réclamations"

 

Le reste de son équipe quitte la scène pour rejoindre leurs postes. La capitaine reste seule sur scène pour déclarer l'ouverture officielle de ces trois jours de vacances. Tout le monde l'applaudit puis se dirige doucement vers le bar ou le buffet, selon les goûts. Préférant manger que boire, je pars déguster les petits fours et autres gourmandises de fêtes.

 

Je suis accrochée aux succulents cakes au fromage quand je sens une présence derrière moi puis une tape sur l'épaule avec une voix que je reconnais puisqu'elle vient de parler il y a quelques minutes.

 

"Ca vous plait ?"

 

"C'est excellent. Merci. Vous en voulez ?" dis-je en lui tendant un cake.

 

"Je parlais du bateau, du programme, de la croisière"

 

"Oh pardon. Oui, c'est un très beau bateau"

 

Elle tend une des coupes de champagne qu'elle tenait dans ses mains.

 

"Alors arrosons cela"

 

Je prends la coupe, surprise de tant d'amabilité et continue à me demander si elle fait ça avec tous les 300 passagers de son gros bateau. On trinque et elle me fait un énorme sourire qui la rend encore plus belle.

 

"Je dois aller saluer les autres passagers. Je suis désolée de devoir vous abandonner. Mais, si vous me permettez, j'aimerais vous inviter à ma table ce midi"

 

"Avec plaisir" je réponds simplement.

 

"A tout à l'heure alors" me dit-elle en retapant sa coupe contre la mienne avant de partir vers un autre groupe.

 

Je la trouve vraiment curieuse pour une personne de son grade. Et surtout très jeune pour être le capitaine d'un gros bateau de croisière comme ça. Mais elle semble avoir l'air très proche de ses clients et j'aime l'ambiance amicale qu'elle met sur ces vacances.

 

Après quelques minutes encore à déguster ces petits cakes au fromage si succulents, je décide d'aller m'asseoir à une table près de la piscine. Inutile de retourner en cabine, le dîner doit être servi dans trentaine de minutes. A moins que je doive me faire belle pour se rendez-vous. Rendez-vous ? Je sursaute à ce mot. Je ne pensais pas avoir un rendez-vous ici et encore moins avec la capitaine. Pourquoi est-ce qu'elle m'invite à sa table ? En même temps, elle est vraiment belle. C'est pas comme si c'était une mocheté.

 

Je passe la demi-heure sur la terrasse de la piscine à regarder quelques personnes s'amuser dans l'eau. Ca m'a toujours fait halluciner. Nous sommes au beau milieu de la mer, il y a de l'eau tout autour et les gens se baignent dans une piscine.

 

Bon ok, c'est pas comme si on pouvait sauter du bateau pour se baigner dans l'eau et je suppose qu'en dehors des escales et des repas, il faut bien s'occuper. J'espère au moins pouvoir profiter des plages des pays qu'on va visiter. J'ai hâte. La première est prévue pour dans quelques heures et l'endroit parait paradisiaque.

 

Les gens devant moi commencent à sortir de la piscine pour se sécher, enfiler leurs peignoirs et repartir vers les cabines. Je regarde ma montre. Il est 11h00. Je me lève de ma chaise et passe au bar poser mon verre vide. Je cherche la capitaine, comme ça, juste par curiosité mais je ne la trouve pas. Je décide de passer rapidement à ma cabine pour me débarbouiller.

 

11h25

 

Ca fait près de 10 minutes que je suis dans le divan, à regarder l'horloge et attendre l'heure du dîner. Pourtant, je n'ai pas si faim que ça. Je décide enfin de quitter ma cabine, pas sans avoir regardé le miroir une dernière fois, et essaie de me remémorer le chemin vers le restaurant. Quand j'arrive, la capitaine n'est pas encore là. J'attends un peu dans un coin, me disant que si elle n'est pas là, je ne peux pas m'installer à sa table comme ça. Si elle n'a prévenue personne, j'aurais l'air tâche. Au bout de 10 minutes et après avoir du subir plusieurs regards de la part des serveurs, je décide d'aller m'installer à une autre table, tant pis. C'est quand le serveur me ramène mon assiette que je vois arriver la capitaine. Elle fait le tour de la salle du regard puis me fixe. Elle s'avance vers moi en interrompant le serveur.

 

"Mademoiselle a une réservation à ma table" dit-elle simplement.

 

Le serveur s'écarte avec son plateau. Je me lève et suis la jeune femme vers sa table, qui n'était pas vraiment sa table mais la table de tout l'équipage principal. Elle écarte ma chaise pour que je puisse m'asseoir puis se met à côté de moi.

 

"Désolée du retard. J'avais des choses à régler pour l'escale de cet après-midi"

 

Par politesse, elle retire sa casquette et je découvre ses cheveux courts blonds, lisses et coiffés dans un beau dégradé, élégant mais simple.

 

Une serveuse amène nos assiettes. Au menu, salade en entrée, filets de poisson en sauce avec des tagliatelles en menu et tiramisu en dessert. Un régal. Je savoure en silence, écoutant d'une oreille les conversations entre la capitaine et l'hôtesse qui était à l'embarquement ou entre le barman et le docteur. Ca rigole en racontant des blagues salaces. Je ne peux m'empêcher de rire à quelques unes vraiment bien. Kerry se retourne vers moi et je deviens rouge. La blague qui venait de me faire rire était sur le sexe. Forcément, je passe pour quoi maintenant.

 

A la fin du repas, elle se lève et s'excuse avant de se retirer. J'avoue être un peu déçue. Je pensais que cette invitation était un rendez-vous mais je me suis retrouvée à table avec tout le monde et une capitaine qui m'a à peine parlé. Je ne vois pas pourquoi j'aurai du attendre quelque chose de cette invitation, mais j'estime quand même qu'en m'invitant, c'était pour me parler, faire connaissance, je ne sais pas.

 

Je me lève à mon tour et m'excuse auprès des autres avant de rejoindre ma cabine, toujours triste de ce repas raté.

 

14h30

 

Je m'ennuie dans ma cabine. Il fait beau, je devrais faire comme tout le monde, monter sur le pont et profiter de la piscine et des chaises longues avant l'escale. De toute façon, en tant que capitaine, elle doit être trop occupée.

 

J'enfile rapidement un maillot de bain deux pièces rouge choisi au hasard dans les affaires que j'avais rangés dans l'armoire, attrape une grande serviette et un paréo bleu que je noue autour de la taille pour cacher mes fesses que je n'aime pas montrer. Mes lunettes de soleil, un peu de crème solaire et je suis prête.

 

J'arrive sur le pont principal blindé de monde. Heureusement, il y a plus de personnes dans la piscine que sur les chaises longues ce qui en laisse quelques unes de libres. J'en choisi une un peu à l'écart et m'allonge.

 

Je m'endors presque lorsque je sens quelqu'un me faire de l'ombre. J'ouvre les yeux pour voir un serveur m'apportant un verre sur un plateau.

 

"Je n'ai rien commandé" dis-je en refusant le plateau. "Il y a erreur"

 

Il insiste en le tendant vers moi, me montrant un billet sous le verre. J'attrape le verre et le billet que je déplie et lis.

 

Très joli maillot de bain. Le rouge vous va à ravir. Merci d'embellir ce pont par votre présence. Pour vous remercier, un petit cadeau, spécialité du bateau. K…

 

Je regarde partout autour de moi. Personne. J'ai une intuition. Je lève la tête vers la partie supérieure pour découvrir la capitaine à la rambarde, me fixant avec une paire de jumelle. Quand elle me voit la regarder, elle fait un petit signe. Je lève mon verre vers elle pour la remercier puis je sirote doucement avant de relever la tête pour la voir disparaître.

 

Mais que me veut-elle ?

 

Je continue à siroter mon cocktail sur ma chaise longue, jetant des regards réguliers sur le pont supérieur réservé à l'équipage, dans le but de l'apercevoir encore me regarder. J'aimais bien le fait de me sentir observer par une belle femme. Et ces petites attentions comme l'invitation à dîner et le cocktail me faisant penser à un jeu de séduction, même si je lui en veux encore pour le repas raté. D'un coup, je me mets à me demander si je pouvais être séduite par ce genre de filles. Elle n'était pas mon style à la base mais ça n'enlevait pas le fait qu'elle soit très belle. Mes ex étaient complètement l'opposé de cette femme. Et pourtant, elle me plaisait bien.

 

Je ferme les yeux et commence à m'imaginer son visage, son sourire, sa voix. Nous sommes sur le pont près de ma cabine et elle me regarde avec ses yeux bleus. Je sens son souffle, son odeur, ses lèvres sur les miennes.

 

"Tu es magnifique" me dit-elle sensuellement.

 

Mon rêve est interrompu par cette même voix mais grésillant dans un haut parleur à l'attention de tous.

 

"Mesdames et messieurs, nous approchons des Baléares qui sera notre première escale d'ici un quarantaine de minutes. Je vous invite vraiment à visiter cette île merveilleuse. Ceux qui sont intéressés, merci de vous préparer et de vous retrouver vers 15h45 sur la passerelle Est, si vous ne voulez pas rater l'accostage. Plusieurs guides vous attendront sur le quai afin de vous faire visiter les endroits les plus beaux. Pour ceux qui veulent rester à bord du bateau, un concours de poker sera organisé dans la salle du restaurant et pour les dames, une démonstration - vente de produits de beauté dans la salle vidéo"

 

La voix s'étend. Je regarde ma montre et constate qu'il reste 30 minutes avant le rendez-vous sur la passerelle. Je décide donc de rejoindre ma cabine pour me préparer à cette petite excursion. Il est hors de question que je rate les Baléares, surtout pour une vente de produits de beauté.

 

J'opte pour une douche, le bain de soleil m'ayant fait transpirer. Un petit sac à dos avec appareil photo, porte feuille et de la place pour quelques achats de souvenirs. L'escale ne dure que deux heures, j'espère juste avoir le temps de profiter. J'enfile à nouveau mon pantacourt blanc et mon débardeur bleu, une casquette et mes lunettes de soleil.

 

15h45

 

J'arrive sur la passerelle. Il y a déjà pas mal de monde. J'ai l'impression que tout le bateau va descendre. Au loin, on voit la côte se rapprocher. C'est magnifique. On passe une première île qu'on contourne légèrement avant de se retrouver entre elle et une grande île plus grosse avec des buildings d'hôtel le long des plages.

 

Le bateau amorce doucement son entrée dans un port. Sur le quai, je vois la grosse passerelle qui va nous faire descendre, ainsi que quelques personnes vêtues d'un tee-shirt jaune et bleu.

 

L'hôtesse ouvre la petite ouverture à la rambarde au moment où l'échelle touche le bateau. Elle clique l'échelle au bateau puis fait un grand geste de la main pour nous laisser passer.

 

Je descends doucement, regardant partout. Le ciel est d'un bleu magique, aucun nuage, pas une poussée de vent. Les mouettes tournent autour du port.

 

J'avance vers les quelques personnes jaune et bleu. Chacun avait un panneau avec une destination à visiter. Plusieurs plages, des sites touristiques et historiques, une vieille ville, je me demandais ce qui pouvait bien me tenter aujourd'hui.

 

J'allais me décider pour la vieille ville, plus attirée par l'histoire et l'ancienneté que par les plages de sables chauds, quand je sens une main sur mon bras.

 

"Les guides ne sont pas si bons que ça en fait. Je connais mieux le coin qu'eux. Je peux vous faire visiter l'endroit le plus beau de la ville et qui n'est pas sur le parcours des guides"

 

Je me retourne pour retrouver la capitaine Kerry. Elle avait abandonné son uniforme pour un petit short en toile blanc et un haut de maillot de bain noir qui mettait une belle poitrine en valeur.

 

Comment refuser une telle invitation ?

 

"Toujours partante pour voir des choses merveilleuses" je lui réponds.

 

D'un coup, je me demande si j'ai dit ça pour sa visite exceptionnelle ou pour la voir elle.

 

"C'est par là alors"

 

Je la suis pour sortir du port. Elle marche rapidement mais lorsqu'on arrive dans la ville, elle ralentit pour que je puisse profiter des paysages. Et elle s'arrête complètement lorsqu'elle me voit m'attarder sur un monument ou une vue.

 

On arrive près d'une statue et elle m'explique qui est représenté et ce qu'il a fait pour l'île. Un vrai petit guide privé.

 

"Comment se fait-il que vous en connaissez autant sur cette île ?"

 

"Disons que j'ai l'habitude d'y venir. J'aime l'endroit"

 

Et moi j'aime sa façon de garder ce mystère autour d'elle, même si ça m'énerve de ne pas avoir le droit à plus d'information.

 

Tout en marchant dans des ruelles de plus en plus petites, on discute de nous. Elle m'apprend qu'elle est capitaine depuis quelques années et que le bateau lui a été offert par son père, qu'elle a toujours aimé la mer, qu'elle a fait des études de sciences marines. Et ça se voit. Quand elle parle de son bateau, sa vie, elle a l'air si passionné.

 

Je me fais passer pour une star qui s'est payé cette croisière de luxe et ça l'a fait rire, avant de lui avouer que c'est un cadeau forcé de ma mère parce qu'elle trouve que je travaille trop.

 

"Et vous faites quoi comme métier ?"

 

"Je travaille dans une agence de publicité. Je suis un peu le bras droit du patron, même si je suis plus sa femme à tout faire"

 

"Dur métier… Et pas gai de travailler enfermée dans un bureau"

 

Je confirme. C'est vrai que c'est épuisant, stressant et j'ai beau aimer ce que je fais, si je pouvais faire moins. Avec ces vacances, je me rends compte que le travail ne fait pas tout dans la vie.

 

Plus on parle et plus les rues deviennent étroites.

 

"Ca va monter un peu, mais ça vaudra le coup une fois en haut"

 

Je continue à la suivre sans râler, lui faisant confiance. Après tout, c'est vrai qu'elle a l'air de connaître l'endroit. Ca fait un moment qu'on a quitté la grande ville et qu'elle marche sans hésiter vers son but.

 

J'arrive en haut de la pente, essoufflée, un peu après elle et mon souffle se coupe avec la vision devant moi. Nous sommes sur ce qu'il semble être la place d'un vieux village. Absorbée par ma montée, je n'ai pas remarqué les maisons accolées les unes aux autres, toutes de vieilles peintures brunes, des volets verts et des linges pendant aux fenêtres.

 

En face de nous, un petit parc avec vue sur la baie, plusieurs plages et le port, au loin, où on voit bien son bateau.

 

"Impressionnant hein ?"

 

"C'est magnifique. J'en perds mes mots"

 

Elle me regarde avec un sourire satisfait.

 

"Je t'invite à boire un verre ?"

 

"Pas de problème"

 

C'est après avoir répondu que je constate qu'elle venait de me tutoyer sans même demander. Mais je ne fais aucune remarque, me disant que pour m'avoir emmener ici, elle avait bien le droit de prendre un peu de familiarité avec moi.

 

Elle m'amène vers un petit restaurant bar qui semble chaleureux. On s'installe sur la terrasse qui bien sûr, est du côté de la belle vue. La serveuse arrive et embrasse Kerry sur la joue avant d'échanger quelques mots. Kerry se commande un Sprite et moi, un Ice Tea. Quand la serveuse repart, je regarde Kerry d'un air interrogateur.

 

"Vous vous connaissez ?"

 

"Oui, je t'ai dit que je viens souvent ici. J'ai mes petites habitudes lorsque je fais escale ici."

 

La serveuse revient et je vois Kerry sortir son téléphone portable.

 

"Tu permets, je profite d'être sur un réseau pour donner des nouvelles à des amis"

 

Je lui fais signe que c'est ok pour moi et je commence à boire mon Ice Tea en savourant.

 

Quelques secondes plus tard, elle remet son portable dans sa poche et sirote son Sprite.

 

On échange quelques mots, des banalités sur la région quand je la vois regarder au loin et sourire. Je me retourne pour voir trois personnes arriver vers nous, les bras ouverts. Kerry se lève.

 

"Maman"

 

Maman ?

 

Une fois les trois personnes à notre hauteur, elle me présente.

 

"Valérie, je te présente mon papa, ma maman et une cousine. Voici Valérie, une passagère de ma croisière"

 

"Alors comme ça, tu traînes dans les environs et tu ne préviens pas" râle un peu son père.

 

"Je voulais faire une surprise"

 

La maman se retourne vers moi.

 

"Vous passerez bien à la maison, j'ai une tarte ?"

 

Maison ?

 

Je regarde Kerry qui avait l'air heureuse de retrouver sa famille.

 

"Je ne voudrais pas m'imposer, vous avez sûrement beaucoup à vous raconter. Je préfère redescendre au bateau"

 

"Pas de chichi, tu viens avec moi. Ca fait partie des choses que tu dois voir sur cette île" me dit Kerry en me prenant la main pour me tirer vers une rue.

 

On marche un peu devant ces parents et sa cousine. Pendant tout le trajet, de quelques minutes, elle garde sa main dans la mienne.

 

"Alors, tes parents vivent ici ?"

 

"Oui"

 

"Pourquoi tu ne veux jamais répondre avec des phrases complètes. Tu me caches des choses ?"

 

"Disons que je préfère les gestes à la parole. Je voulais te montrer tout ça mais je ne suis pas une bavarde donc je préfère te montrer"

 

On arrive devant une porte en bois d'une grande maison grise, banale. Le père de Kerry passe devant pour nous ouvrir.

 

"Bienvenue ici"

 

Il s'écarte pour nous laisser passer. J'entre dans un petit couloir et Kerry m'emmène vers un escalier au fond.

 

"Je lui fais visiter et on vous rejoint à la cuisine"

 

Nous montons l'escalier sur deux étages. Au premier, une chambre d'ami, la chambre des parents, une petite salle de bain. Au second, encore deux chambres et une salle de bain. On entre dans la seconde chambre quand elle me dit.

 

"J'ai gardé le meilleur pour la fin. Je te présente ma chambre"

 

"Tu vis ici ?"

 

"Oui. Enfin, je suis plus souvent sur le bateau qu'ici maintenant mais j'y ai passé mon enfance et adolescence"

 

"C'est pour ça que tu connais tout. Tricheuse"

 

Je fais semblant de vouloir la frapper ce qui la fait rire.

 

On redescend jusqu'au rez-de-chaussée. Elle me montre rapidement le petit jardin à l'arrière et m'explique qu'avant, il y avait une balançoire et un espace de jeux mais maintenant, son père avait transformé en jardin. On passe par la cuisine puis le salon où du café chaud nous attend avec une tarte aux fraises.

 

La maison me fait halluciner. C'est petit, chaleureux et pourtant, il y a tout le confort possible. Un ordinateur portable sur un bureau en chêne, une grande télévision écran plat. Il est près de 17h30 quand Kerry se lève de table.

 

"Je suis désolée. Il faut qu'on y aille. Le temps de descendre au port"

 

"Tu veux qu'on vous ramène ?" demande la cousine Mathilda.

 

"Non, ça ira. Je vais la faire passer encore à quelques places sur la route, pour lui montrer. Merci"

 

Je suis Kerry et ses parents à la porte. Ils se saluent puis la mère se tourne vers moi.

 

"Sois toujours la bienvenue ici Valérie. Quand tu veux"

 

"Merci. Merci pour l'accueil"

 

On quitte la maison et on marche tranquillement vers le port, en passant par un autre chemin qu'à l'aller et Kerry rejoue son rôle de guide touristique.

 

"Elle est superbe la maison de tes parents et eux, ils sont tellement gentils et ouverts"

 

"Oui, ils ont toujours été comme ça avec les gens qui leur plaisaient. La maison, c'est la fierté de mon père. Il a fait reconstruire tout l'intérieur quand il l'a acheté. Il y a quelques années, il a gagné une très grosse somme d'argent aux jeux et il a tenu absolument à garder la maison. Il a juste remboursé le crédit, amélioré l'équipement intérieur et tout le reste a été investi, en banque ou sur de gros trucs, comme mon bateau et mon frère a monté une entreprise."

 

"Je suis impressionnée. C'est une escale d'enfer. Tu en as d'autres des surprises comme ça ?"

 

"Malheureusement, je n'ai pas une famille dans chaque port" dit-elle en riant.

 

A 18 heures pile, nous arrivons devant la passerelle du bateau. Tous les groupes avec les guides sont déjà là. Kerry m'abandonne pour monter sur la passerelle et donner le signal pour embarquer.

 

18h10

 

La passerelle est retirée lentement du pont. Kerry me rejoint.

 

"A bientôt mon île" dit-elle doucement avec une pointe de nostalgie. "C'est toujours trop court lors des escales"

 

Je pose ma main sur la sienne qui était sur la rambarde. On reste silencieuse à regarder le bateau s'éloigner puis elle me regarde.

 

"Tu soupes avec moi ce soir ?"

 

J'allais refuser à cause du fiasco de ce midi mais ses yeux me demandent de venir.

 

"Ok. Mais laisse-moi aller me rafraîchir un peu"

 

"Pas de problème. Prends ton temps"

 

Je la quitte donc pour rejoindre ma cabine.

 

18h55

 

Après une bonne douche, j'enfile un autre pantacourt rose cette fois, avec un tee-shirt simple mais légèrement décolleté. Je n'attends rien de cette soirée. Je ne vais pas draguer. C'est clair. Mais j'ai cette envie de plaire qui reprend le dessus.

 

Je suis en train de mettre une touche de parfum quand j'entends toquer à la porte de ma cabine. Qui peut bien venir à quelques minutes du repas ?

 

J'ouvre pour découvrir Léonard, le bagagiste.

 

"Mademoiselle, la capitaine m'a demandé de venir vous chercher pour vous mener à votre table"

 

Je ne comprends pas trop ce qu'il me veut. Je sais aller au restaurant toute seule. Mais je ne veux pas l'embarrasser et contredire ses ordres. Je m'expliquerai avec Kerry plus tard, lui n'y est pour rien.

 

 Je le suis donc mais un peu avant le couloir vers le restaurant, il me fait emprunter une porte cachant un escalier.

 

"Où va-t-on ? Le restaurant n'est pas par ici ?"

 

"La capitaine veut que je vous emmène par là. Je ne sais rien de plus"

 

De plus en plus bizarre tout ça. Le temps de réfléchir ou plutôt de chercher à comprendre, on arrive à une nouvelle porte, un nouveau couloir puis une porte vitrée qu'il ouvre avant de me laisser passer en premier.

 

"Nous sommes arrivés"

 

Il repart et je fixe la porte qui se referme, perplexe, avant de me retourner vers l'autre côté. Waow. Spectacle merveilleux. Je suis sur un large pont en bois, visiblement à l'avant du bateau et près de la rambarde m'attendent une table avec des bougies et une Kerry toute souriante en robe de soirée rouge.

 

Je m'avance timidement vers elle.

 

"C'est quoi tout ça ?" dis-je timidement.

 

"Je me suis dit qu'on serait plus tranquille ici qu'au milieu des autres. On pourra mieux discuter"

 

Ca, ça rattrape le repas un peu raté de ce midi. Elle est forte, très forte.

 

"Je t'en prie" dit-elle en écartant ma chaise pour m'inviter.

 

Et galante en plus. J'adore.

 

Je m'installe pendant qu'elle part vers une autre table pour chercher nos assiettes.

 

"Bon appétit" je lance en prenant ma fourchette.

 

Pendant tout le repas, on parle de nous, on rit, on se taquine. J'ai l'impression de la connaître depuis des années alors que c'est notre premier jour ensemble. Et je dois dire que cette robe est d'un sexy pas possible qui laisse deviner des formes appétissantes, plus appétissantes que le homard qu'on vient de dévorer.

 

"Valérie ?"

 

Je sursaute en entendant mon prénom.

 

"Hein ? Quoi ?"

 

Ca l'a fait bien rire.

 

"Je me disais bien que tu ne m'écoutais pas"

 

"Pardon, je suis désolée, je…"

 

Je quoi d'abord. Je n'allais pas lui dire que je fantasmais sur ces formes au lieu de l'écouter.

 

"Tu disais quoi ?"

 

"Je demandais si tu voulais encore de la mousse au chocolat"

 

"Oh ! Non merci. J'ai assez mangé pour ce soir. Je vais exploser"

 

"Je ne voudrais pas que ça arrive" dit-elle en riant.

 

Elle se lève pour débarrasser. Je fais de même.

 

"Oh non, laisse-moi faire. Profite de la vue"

 

"C'est vrai que c'est magnifique"

 

"C'est mon endroit favori du bateau"

 

"Je comprends. Ca fait bizarre de voir la mer se fendre devant nous"

 

Elle regarde sa montre.

 

"Il est 20h30, on va rater le début du spectacle de cabaret. On ferait mieux de descendre dans la salle des fêtes"

 

Ou comment gâcher un bon moment. Mais je suppose qu'elle a des obligations, elle se doit d'être présente aux soirées, surtout avec sa philosophie d'être proche de sa clientèle.

 

Je la suis donc vers la salle de spectacle qui était déjà remplie.

 

"Capitaine, nous vous attendions pour lancer le spectacle"

 

"Désolée" dit-elle simplement avant de rejoindre la scène.

 

Je m'en veux d'avoir traîner maintenant.

 

L'homme qui venait de parler avec Kerry me ramène vers une petite table vide. Je m'installe. Il me ramène un seau de glace avec une bouteille de champagne dedans. Houla, tout ça pour moi toute seule. J'ai peur.

 

"Mesdames et messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter un humoriste de talent. Il n'est pas connu mais vous allez voir, à la fin du spectacle, vous vous demanderez pourquoi tellement il est fort dans son genre. Mesdames et messieurs, Eric Miroti"

 

Un jeune homme stylé italien arrive sur scène.

 

"Merci Kerry"

 

Elle s'écarte de la scène puis la salle devient noire et je la perds de vue quelques minutes avant de la voir s'installer en face de moi.

 

"Cette place est libre ?"

 

Elle attrape la bouteille de champagne et je remarque son verre en face d'elle.

 

"Tu as tout prévu, on dirait"

 

"C'est vrai, je suis une grande organisatrice"

 

Elle attrape mon verre et me sert avant de se tourner vers la scène pour regarder le spectacle. Je fais de même mais je ne peux m'empêcher de l'observer du coin de l'œil. Elle me regarde. Ca doit faire 5 bonnes minutes qu'elle n'a pas décroché ses yeux de moi. Ca en devient gênant. Je n'ose même pas prendre mon verre.

 

"Tu ne regardes pas le spectacle ?" je me décide à demander.

 

"Eric est un habitué. Je connais son spectacle par cœur"

 

"Pourquoi rester alors ?"

 

"Parce que j'aime être en ta compagnie"

 

Oula ! Quelle attaque ! J'ai soif. Je finis mon verre d'un trait, sans même m'en rendre compte.

 

"Quelle descente !" me lance-t-elle en riant.

 

Je suis sûre qu'elle est consciente de ce qu'elle fait et ça l'amuse. Elle reprend la bouteille et me ressert.

 

22h30

 

Le spectacle se finit et je viens de me rendre compte que mon verre, que je venais de vider pour la seconde fois, est de nouveau plein.

 

"Tu veux me saouler ou quoi ?"

 

"Possible"

 

Ses yeux me pénètrent de plus en plus. Je change mes idées en applaudissant Eric qui quittait la scène.

 

Mais les lumières de la salle ne s'allument pas, au contraire. Des lumières de couleurs viennent éclairer l'obscurité et une musique d'ambiance festive se met à résonner.

 

Kerry sourit. Les gens autour sont surpris mais certains se lèvent déjà vers ce qui semble être une piste, pour se mettre à danser.

 

"Tu ne vas pas danser ?" me demande Kerry.

 

"Oh que non. Il me faudra plus d'alcool dans le sang pour me voir sur cette piste"

 

C'était sans compter l'efficacité de la capitaine à me resservir en cachette. Au bout de une heure, j'achevai déjà ma quatrième flûte de champagne et l'alcool commençait déjà à me tourner la tête. Et Kerry souriant encore, contente d'elle.

 

 

Jour 2 - 11h10

 

Je prends enfin conscience des choses autour de moi. Mon lit bouge. Où suis-je ? Je me souviens que je suis sur le bateau, en croisière, vacances payées par maman. Ca y est, je me souviens maintenant.

 

J'ouvre lentement les yeux. C'est bizarre, je ne reconnais pas ma cabine. Même les draps sont différents. Je touche légèrement avec mes doigts. De la soie ? Mes draps ne sont pas en soie.

 

Je m'assois sur le lit, en sursaut. Non, ce n'est pas ma cabine.

 

"Bonjour belle au bois dormant"

 

Kerry… En peignoir. Oh mon Dieu ! Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que je fais ici ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

 

Je ferme les yeux pour tenter de retrouver les évènements perdus de cette nuit. Je me rappelle du spectacle, du champagne, de la musique, puis trou noir.

 

Comment suis-je arrivée ici et où suis-je exactement ? Je regarde Kerry avec des yeux tout ronds. Elle doit comprendre.

 

"Il est plus de 11h, tu as raté le petit déjeuné. Mais si tu as faim, je peux demander à ce qu'on te ramène quelque chose"

 

Je pose ma main sur mon ventre comme pour l'interroger. Il semble tout barbouillé.

 

"Non, merci. Je n'ai pas trop faim"

 

Elle ne se décide pas à m'aider alors j'ose demander.

 

"Je suis où ?"

 

"Sur mon bateau, tu te souviens ? On est au milieu de la Méditerranée"

 

Elle joue avec moi, elle a son grand sourire.

 

"Ca oui, je me souviens"

 

"Visiblement, pas du reste"

 

"Non, j'avoue. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

 

Elle vient s'asseoir près de moi, trop près de moi.

 

"Tu as beaucoup bu hier soir. Tu étais dans un sale état alors je t'ai ramené dans ma cabine"

 

Pourquoi pas dans le mienne ?

 

"Pourquoi pas dans la mienne ?"

 

Elle semblait un peu déçue pas ma question.

 

"Tu étais malade, j'avais peur de te laisser seule" dit-elle en se relevant rapidement.

 

Elle ne m'a pas tout dit mais je n'insiste pas. On verra ça plus tard. Je regarde l'heure sur son réveil tout en retirant les draps pour sortir du lit.

 

"Je peux utiliser tes toilettes ?"

 

C'est en disant ceci que je me rends compte que je ne suis pas très habillée. Je cache rapidement mes sous-vêtements avec le drap. Kerry me regarde avec un air curieux et étonné de ma réaction. Qu'est-ce que j'ai fait cette nuit ?

 

"Bien sûr" finit-elle par me dire. "Tu sais où ils sont de toute façon"

 

"Euh…" grand moment d'hésitation. "Je le devrais"

 

"Pourtant, tu as fait ami-ami avec mon WC cette nuit. Tu ne te rappelles vraiment de rien ?"

 

Visiblement, il y a des choses qu'il vaut mieux oublier.

 

"La porte sur ta gauche"

 

Je me lève timidement et j'entre rapidement en fermant la porte à clé derrière moi. Je retrouve mes habits dans la salle de bain, dans un sale état. Je les soulève du bout des doigts.

 

On toque à la porte de la salle de bain.

 

"Je peux envoyer Léonard chercher des vêtements propres dans ta cabine, si tu veux."

 

Je n'ai pas trop envie que Léonard fouille dans mes affaires, en fait.

 

"Non, merci. Je vais… remettre ceux là le temps d'y aller"

 

"Ne sois pas idiote, ils sont dégoûtants. Tu ne peux pas remettre ça. Si tu ne veux pas que ce soit Léonard, je peux envoyer une femme"

 

"Ok" je capitule.

 

"Sers-toi de ma douche, comme ça tu seras toute propre et tu pourras aller directement au dîner. Je vais voir pour tes habits propres"

 

"Merci"

 

Je finis de me déshabiller et m'installe sur la toilette. J'entends bouger dans la chambre puis un bruit de porte. J'entre sous la douche.

 

11h30

 

Je sors de la douche et ouvre doucement la porte.

 

"Kerry, t'es là ?"

 

Pas de réponses. Je trouve au sol, devant la porte, son peignoir avec un petit mot. *Si je ne suis pas revenue quand tu sors, enfile ça*

 

J'attrape le peignoir et le renifle. Il sent son parfum. Je l'enfile. Il est bien chaud.

 

Je vadrouille dans le salon. Où est-elle ? J'espère qu'elle n'est pas aller dîner en me laissant seule ici.

 

Je regarde un peu partout autour de moi. Des photos sur les murs, d'elle et de sa famille, elle avec des touristes, elle seule, des paysages. Sur son bureau, des papiers concernant le bateau. Je regarde discrètement. C'est une liste des passagers, le numéro de cabine. Curieuse, je regarde mon nom. Cabine C46*A25. Qu'est-ce que ça veut dire ? J'ai bien la cabine A25 mais à quoi correspond le C46 devant ? Je regarde le reste de la liste à la recherche d'un autre cas comme le mien. Le seul que je trouve, c'est madame Vandebruge qui a les mêmes chiffres que moi, mais inversés : A25*C46.

 

Je sursaute quand j'entends la porte s'ouvrir et Kerry rentrer dans le salon. Elle m'a vu regarder les papiers. Je me recule avec un air coupable.

 

"Je regardais les photos, très jolies photos"

 

Elle s'approche pour me tendre mes vêtements.

 

"Le dîner a déjà commencé. Toutes les hôtesses sont prises donc j'ai du aller chercher moi-même tes vêtements dans ta cabine"

 

Elle sourit.

 

"Jolies sous-vêtements, en passant"

 

"Tu as fouillé ?"

 

"Fallait bien, je devais trouver de quoi t'habiller"

 

Je fais semblant de la frapper. Ca me gêne qu'elle ait pu voir mes affaires mais pas au point de lui en vouloir.

 

"Ca veut dire quoi C46*A25 ?"

 

"Curieuse"

 

Elle laisse un blanc puis va s'asseoir sur son canapé en cuir.

 

"Ok, ça veut dire que tu devais avoir la cabine C46 mais que tu as eu la A25"

 

Je tilte.

 

"Et du coup, madame Vandebruge devait avoir la A25 et a eu la C46 ?"

 

Je me rappelle d'un coup de la femme hier matin, au départ, qui râlait parce qu'on avait changé sa cabine.

 

"Oui, coupable" dit-elle en souriant.

 

"Mais t'es folle ? Pourquoi tu as fait ça ? Tu vas avoir des ennuis avec elle"

 

"Madame Vandebruge est une habituée. Chaque fois, elle demande la même cabine. Elle est blindée d'argent. Elle ne va pas pleurer parce que, pour une fois, elle a un peu moins"

 

"Et si elle te fait de la mauvaise publicité ? Tes croisières fonctionnent super bien. Ca serait bête de perdre ta réputation pour une connerie comme ça"

 

"Ce n'est pas une connerie, ça valait le coup. Je le referais sans hésiter si c'était à refaire. Une mauvaise réputation ne vaut pas le fait de rendre tes vacances merveilleuses"

 

Je suis choquée et en même temps, attendrie par cette révélation. Mais pourquoi moi ?

 

"Pourquoi moi ?"

 

"Parce que c'est comme ça, c'est tout. Quand je t'ai vu, je me suis dit que tu en avais besoin alors je l'ai fait"

 

Elle se relève du canapé.

 

"Tu devrais t'habiller si tu veux encore avoir à manger. Et puis, je ne voudrais pas te mettre dehors mais je dois aller régler les affaires pour l'escale de cet après-midi"

 

"Ouais"

 

Il y a un froid d'un coup, entre nous.

 

Je rentre dans la salle de bain, m'habille rapidement puis ressort, directement vers la porte d'entrée.

 

"A plus tard alors"

 

Je sors sans attendre sa réponse. Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? Je devrais être heureuse. Je passe rapidement au restaurant mais n'arrive qu'à avaler une petite salade. Pourquoi est-ce qu'elle me tourmente autant ?

 

14h00

 

Le bateau entre dans le port tunisien de Cap Bon, lentement. Je suis sur le pont près de la passerelle de débarquement, mon sac à dos sur moi avec appareil photo, argent et tout ce qu'il me faudra pour passer un après-midi en Tunisie.

 

Il y a beaucoup moins de monde pour cette escale que pour Majorque. Pourtant l'endroit semblait tout aussi beau. La passerelle s'ouvre et je débarque. J'avance vers les guides. Je me rappelle de la veille quand Kerry est arrivée en me disant qu'elle allait me servir de guide privé. Je regarde autour de moi, mais elle n'est pas là. Dommage.

 

Je choisis le guide qui a le moins de touristes et me joins à eux. Nous partons vers la ville. Au programme, visite des grottes romaines de Ghar El Kebir puis en bus jusqu'à Kerbouane pour y voir les ruines de la cité punique puis retour au bateau en passant par El Haouaria pour quelques achats de souvenirs. Ca promet d'être beau tout ça.

 

16h50

 

Nous sommes dans la ville. Mon ventre crie famine alors je m'arrête dans une petite boulangerie pour prendre quelques pâtisseries locales. Pendant tout le trajet, je n'ai pas arrêté de penser à Kerry. Que peut-elle bien faire en ce moment ? Pourquoi est-ce qu'elle avait l'air sèche avec moi ce matin ? Pourquoi n'était-elle pas descendue pour cette escale ? Pourquoi je n'avais pas de nouvelles d'elle depuis près de 11h30 ce matin ? Pourquoi avait-elle changé ma cabine au risque d'avoir des ennuies avec une cliente habituelle ? Pourquoi je pensais tout le temps à elle ?

 

J'entre dans une boutique de souvenirs, attrape quelques cartes postales pour ma collection personnelle. Je regarde quelques objets et tombe sur une petite peluche en porte clé, un chameau habillé du drapeau tunisien et d'un foulard traditionnel. Sa tête me fait bien rire. Je m'apprête à en prendre un tout en pensant l'offrir à Kerry mais me voilà à nouveau en pleine hésitation. Finalement, j'entends le guide appeler tout le monde sur la grande place. Il faut y aller. Sans plus réfléchir, j'en attrape deux et me dirige rapidement vers la caisse. Tant pis, si je n'ose pas lui donner, je l'offrirai à maman.

 

17h10

 

Je regarde le bateau s'éloigner de Cap Bon. Au revoir la Tunisie. Je dois avouer que c'était superbe. Une fois la terre disparue, je retourne à ma cabine. En entrant dans la pièce, je ne peux pas m'empêcher de repenser à cette histoire de cabines échangées. C'est vraiment bizarre. Je jette mon sac sur le lit. La chaleur écrasante de Tunisie aura fait ressortir toute la transpiration possible de mon corps. Mes pieds me font souffrir d'avoir tant marcher au travers les galeries et les chemins hasardeux. Un bon bain s'impose. Je me déshabille dans la chambre, jette mes affaires à terre et m'enferme dans la salle de bain. Je fais couler l'eau bien fraîche et m'y allonge pendant 25 bonnes minutes.

 

Quand je ressors, ma peau est toute fripée mais je me sens mieux. J'enfile mon peignoir et je le renifle. Je préférais l'odeur de celui de Kerry. Je m'énerve contre moi-même à toujours penser à elle. Je décide de me changer les idées en regardant les photos que j'avais prises aujourd'hui. Mais en sortant mon appareil, je fais tomber les deux petits porte-clés. Qu'est-ce que je vais faire de ça ? J'en remets un dans mon sac, je l'accrocherai à mes clés en rentrant et je jette l'autre au bout du lit. Je regarde les photos, les cartes postales. Quand j'ai fini, il est seulement 17h57. Que vais-je faire pendant 1h ?

 

Je décide de m'habiller et d'aller faire un tour sur le bateau. Je n'ai même pas pris le temps de rencontrer des gens alors que je suis là depuis 2 jours. En passant devant le lit, j'attrape le petit porte-clés et le mets dans ma poche. On ne sait jamais, si je rencontre une jolie fille à draguer ou un petit gamin qui me fait rire… ou Kerry…

 

18h40

 

Je vadrouille sur le pont principal depuis quelques minutes, à la recherche de quelqu'un avec qui parler. Ca fait la fille désespérée mais c'est vrai qu'à part les deux dames le premier jour, Kerry et Léonard, je n'ai parlé à personne. Il y a quelques groupes qui discutent entre eux, comme s'ils se connaissaient depuis longtemps. Peut-être que oui d'ailleurs.

 

Je décide de m'installer au bar, prendre un apéritif avant le repas. Je choisis un rhum jus de banane que je savoure doucement.

 

"Vous êtes Valérie ?" me demande d'un coup le barman.

 

Je sursaute et ouvre grand les yeux, étonnée par sa question. Il comprend mon incompréhension et continue.

 

"La capitaine qui a parlée de vous. Elle vous apprécie vraiment."

 

"Et elle a dit quoi sur moi ?"

 

"Que nous devions vous traiter comme une princesse et vous servir tout ce que vous désirez sans vous faire payer"

 

"Quoi ?"

 

Je crache presque la gorgée que je venais de boire.

 

"Mais pourquoi ?"

 

"Elle vous apprécie beaucoup, je vous l'ai dit"

 

Décidemment, je ne sais plus quoi penser. Pourquoi fait-elle tant de favoritisme avec moi ?

 

Je ne sais même pas quoi lui répondre alors je me contente de boire.

 

"Vous avez quelqu'un dans votre vie ?" me dit-il pour relancer la discussion avec moi.

 

Je le regarde, tout aussi étonnée que la première fois.

 

"C'était juste pour discuter" me dit-il, l'air gêné.

 

"Non, je n'ai personne" je réponds simplement tout en retournant à mon verre.

 

Nouveau silence avant de l'entendre reposer une question.

 

"Et vous faites quoi dans la vie ?"

 

Je finis mon verre et regarde l'heure. Chouette. 18h55. Il est temps d'aller s'installer dans le restaurant.

 

"Je travaille dans la publicité" dis-je tout en me levant. "Je suis désolée mais mon ventre réclame son du donc je vais vous laisser"

 

Il me fait un geste de la main et je m'éclipse. Je sais, ça n'est pas très poli mais, j'avais vraiment l'impression de subir un interrogatoire forcé.

 

J'avance d'un pas lent vers la salle à manger. Les portes sont ouvertes et quelques personnes sont déjà installées. Au loin, je vois Kerry, rayonnante, rire avec Eric, le comique de hier soir. Il a l'air doué, même en dehors de la scène. Elle rit aux éclats et moi, je regarde la scène avec un pincement au cœur. Serais-je jalouse ? Certainement. Ca y ressemble en tout cas. Je dois bien avouer qu'elle me fait quelque chose. J'aime sa présence, j'aime son attention envers moi, je trouve ça très mignon, même si incompréhensible. Et là, ça n'est pas moi qu'elle regarde.

 

Je m'installe à une table vide. Je m'attendais à ce qu'elle m'invite mais non. Elle rejoint sa table, toujours avec ce Eric. Ismael, le barman, les rejoint et je le vois glisser un mot dans l'oreille de Kerry. Elle sourit et se retourne pour scruter la salle puis son regard se fixe sur moi et son sourire s'agrandit. Elle se retourne, trop vite à mon goût, vers Eric et lui parle tout en posant sa main sur son bras. Je sens une rage en moi. Mais elle se dissipe rapidement lorsque je la vois traverser la salle pour s'approcher de moi.

 

"Je peux ?" dit-elle en montrant la chaise vide à côté de moi.

 

"Je t'en prie"

 

Elle s'installe puis c'est au tour du silence de s'installer, du moins entre nous, parce qu'autour, les gens parlent de partout.

 

C'est quand le serveur amène nos assiettes qu'elle se décide à ouvrir la discussion.

 

"Le Cap Bon t'a plu ?"

 

"Oui" je réponds simplement, laissant un froid entre nous.

 

"Tu as fait quel circuit ?"

 

"Les grottes et les ruines"

 

"C'est trop beau ces endroits là"

 

"Tu n'y as pas été"

 

"Valérie, le bateau est à moi et c'est au moins la 1000ème fois que je fais ce parcours de 3 jours. Je faisais toutes les escales au début mais maintenant, je commence à me lasser des circuits touristiques"

 

Pas bête. Je n'y avais pas pensé. Et dire que toute l'après-midi, j'ai pensé que c'était pour ne pas me voir.

 

"Je comprends" je réponds simplement tout en finissant mon entrée.

 

Elle attrape la bouteille de vin rouge.

 

"Tu en veux ?"

 

"Tu vas encore me bourrer comme hier soir ?"

 

Elle rit.

 

"Pas avec du vin voyons, j'attendrai ce soir pendant la soirée organisée"

 

L'ambiance se détend un peu. Je me décrispe. Après tout, je n'ai aucune raison de lui en vouloir. Ah si, pour la cabine. Mais bon, c'est son problème, pas le mien, je devrais arrêter de râler et profitez du séjour.

 

"Tu vas participer à l'élection ce soir ?"

 

J'éclate de rire.

 

"Je n'ai pas la tête à être miss croisière. Merci"

 

Elle prend un air sérieux et me regarde dans les yeux.

 

"Pourtant, moi, je voterais pour toi sans hésiter"

 

Je suis déstabilisée d'un coup. Je regarde bien pour voir si elle plaisantait mais elle avait l'air tout à fait sérieuse.

 

"Et c'est quoi le gros lot ?"

 

"Un baiser de la capitaine pour toi… Pour les autres, des réductions pour les prochaines croisières et des petites conneries genre tee-shirts, casquettes et des trucs comme ça"

 

Je ris un peu.

 

"Très tentant… Je parle des tee-shirts, bien sûr"

 

Le serveur nous interrompt pour reprendre nos assiettes pendant qu'un autre apporte le plat principal.

 

Le reste du repas se passe avec des conversations plus banales. Je suis moins tendue quand il faut parler de la politique de certains pays ou des prochains lieux de vacances que quand elle pose des questions sur moi. Mais au moins, le froid entre nous disparaît. Du moins jusqu'au dessert où elle décide de remettre sur table notre conversation de ce matin.

 

"Valérie, je voulais savoir pourquoi tu es partie si vite ce matin"

 

"C'est toi qui m'a demandé de partir en disant que tu devais aller travailler"

 

"Mais tu n'étais pas obligée de disparaître dans la seconde."

 

"Je t'ai sentie distante"

 

"Non, j'ai juste été un peu choquée"

 

"Choquée par quoi ?"

 

"On a passé une superbe soirée hier et tu ne te souviens de rien"

 

"Je suis désolée. Maintenant, tu sais qu'il ne faut pas me faire boire autant la prochaine fois"

 

"Tu ne te rappelles vraiment de rien ?"

 

"Non, mais peut-être que si tu me dis"

 

Elle hésite un moment puis baisse la tête.

 

"Non, rien de spécial, c'était en général"

 

Les gens autour de nous commencent à partir se préparer pour la soirée. Les serveurs débarrassent les tables. Kerry se lève.

 

"Je dois aller préparer les trucs pour la soirée"

 

Je soupire. J'ai peur qu'elle s'échappe encore. Elle sent ma tristesse et pose sa main sur la mienne.

 

"On se retrouve dans la salle des fêtes dans 30 minutes. Mais je suis dans le jury, je suis obligée de rester avec l'équipage devant. Mais on se parlera, avant et après, promis"

 

Sa main douce me fait frissonner. Je souris.

 

"Alors à très bientôt"

 

20h20

 

J'arrive devant la salle des fêtes comme elle me l'a demandé. La porte est fermée. Je toque doucement et ouvre légèrement. Un serveur passe à ce moment là.

 

"Désolée, c'est encore fermé, vous allez devoir attendre" me dit-il avant d'être interrompu par Kerry qui arrivait derrière lui.

 

"C'est bon, elle peut entrer"

 

Il me laisse passer et referme tout de suite derrière moi pour les autres qui attendaient déjà.

 

Des chaises étaient disposées en lignes devant la scène qui était décorée comme une mise en scène d'un spectacle romantique.

 

"La rangée de devant est pour le jury. Je suis assise là, au milieu. Je t'ai réservé la place derrière moi" me dit-elle avec un grand sourire.

 

Je la remercie et la complimente sur son beau costume blanc et noir et elle en fait de même sur ma robe turquoise.

 

On s'installe, un serveur laisse entrer le public et Antoine, l'animateur, commence à chauffer la salle et à présenter les candidats et les candidates.

 

Les participants retournent en coulisse pour se préparer pour la première épreuve : le talent. Antoine explique le déroulement. Kerry se retourne vers moi.

 

"Je t'avais dit que tu aurais du participer. Personne n'arrive à ta hauteur"

 

Je rougis et quand elle le remarque, ça la fait sourire encore plus.

 

Antoine faire revenir la première candidate et Kerry se retourne vers la scène pour regarder.

 

23h00

 

Ca y est. Toutes les candidates et les candidats sont passés dans chaque épreuve. Ils devaient montrer leur talent, faire un défilé en maillot de bain, répondre à quelques questions de cultures générales, défiler en tenue de soirée et faire un petit discours.

 

Eric, le comique, remonte sur scène faire quelques blagues pendant que le jury sort pour comptabiliser les points et trouver le et la gagnante. Avant de quitter sa chaise, Kerry me regarde avec un grand sourire.

 

"Ne disparaît pas" me chuchote-t-elle.

 

Je m'accroche à ma chaise pour lui faire comprendre que je ne bougerai pas.

 

Ils reviennent après 3 blagues et Eric laisse la place à Kerry. Enfin un spectacle à la hauteur.

 

Kerry annonce les deux gagnants qui montent sur scène chercher leur preuve de victoire. Les autres participants arrivent et c'est la distribution de petits cadeaux aux couleurs du bateau.

 

J'avoue être tellement perturbée par Kerry que je n'ai même pas retenu le nom des gagnants. Quelques flashs crépitent. Je souris l'idiotie de prendre ce genre de show en photo, jusqu'à ce que je me dise que j'aurais du faire de même pour avoir au moins quelques photos de la belle capitaine de ce bateau. Tant pis, j'essayerai d'en prendre demain, en cachette, après tout, ça sera mon dernier jour.

 

Mon visage a du se changer en tristesse car j'entends Kerry me parler.

 

"Valérie, ça va ?"

 

Je lève la tête avec un léger sourire.

 

"Oui, oui, juste une petite pensée triste qui vient de traverser mon esprit. Mais tout va bien, elle est partie"

 

"Tant mieux alors"

 

Elle me tend la main pour que je me lève. Sa peau me fait toujours frissonner. Je craque. Je suis amoureuse. Et ça ne me réjouit pas. Il faut toujours que je craque sur les gens inaccessibles. Et même si elle voulait bien, on allait devoir se séparer demain soir. Et je sens déjà que ça va être difficile.

 

"Le DJ va remettre le même style de musique que hier, mais cette fois, pas d'alcool pour toi. Je tiens à ce que tu te souviennes de tout"

 

"Oh ! Ca a l'air intéressant"

 

Et effectivement, la musique commence à retentir dans la salle et les premiers à danser sont les deux vainqueurs, ensemble.

 

"On y va ?" demande Kerry.

 

"Où ?"

 

Elle me fait un signe de tête vers la piste.

 

"Oh non ! Hors de question"

 

"Tu peux bien faire ça pour moi non ?"

 

"Non"

 

Elle fait une mine triste et boudeuse.

 

"Ne joues pas à ce jeu là avec moi"

 

"Pourquoi ?" me dit-elle, en faisant semblant de pleurer maintenant.

 

Je lui prends la main et la tire vers la piste.

 

"Parce que je ne saurais rien te refuser avec cette mine"

 

Elle sourit et m'attrape par les hanches pour me tirer vers elle.

 

On danse comme ça jusque la fin du slow puis de la musique plus rapide commence. Elle se détache de moi, à mon grand regret, mais reste tout près pour danser avec moi.

 

D'autres nous rejoignent. Eric danse un peu trop collé à elle à mon goût et ça me vexe un peu. Surtout qu'elle joue le jeu et ne le repousse pas.

 

Et je me rends compte que je suis de nouveau affectée par le fait de ne plus être son centre d'intérêt.

 

Je résiste encore quelques minutes à les regarder, faisant semblant de m'amuser puis je me penche vers elle.

 

"J'ai chaud, je vais prendre l'air"

 

Elle me dit de l'attendre mais je fais semblant de ne pas entendre.

 

Je traverse la salle rapidement, le couloir, pour me retrouver sur le pont. J'entends des pas juste derrière moi. Elle m'a suivie.

 

"Il y a un problème ?"

 

"Non, pas du tout. Je t'ai dit, j'ai chaud, c'est tout"

 

Elle s'approche de moi et s'appuie sur la rambarde pour regarder la mer. Il fait nuit noire mais on voit des lumières d'autres bateaux et un phare au loin.

 

"C'est le phare d'une petite île en dessous de l'Italie"

 

Je me penche sur la barrière pour regarder. Mais ce qui me fait le plus réagir, c'est son bras que je sens se poser sur le bas de mon dos et s'enrouler autour de ma taille. Je sens la chaleur monter en moi. Mes jambes doivent trembler comme des feuilles secouées par trop de vent. Je sens mon corps se vider.

 

"Tu te rappelles ce que j'ai dit ce matin, sur mon excuse pour les deux cabines"

 

Parce que c'est comme ça, c'est tout. Quand je t'ai vu, je me suis dit que tu en avais besoin alors je l'ai fait.

 

"Oui"

 

"J'ai menti"

 

Ouch ! Qu'est-ce qu'elle va encore me sortir ? Je me retourne pour la regarder. Ses yeux sont d'un bleu pénétrant et cherchent à fixer les miens.

 

"C'est parce que j'ai eu un coup de foudre pour toi. J'ai craqué sur toi et j'ai voulu te séduire avec quelques petites choses comme la cabine ou les petites attentions"

 

Waow ! Enfin, je m'en doutais mais… Je ne sais pas quoi dire.

 

Et je crois qu'il n'y a rien à dire. J'avance mes lèvres vers les siennes et elle fait de même. Le premier baiser est bref mais doux. Une sorte de test de compatibilité. Le second est plus langoureux mais tout aussi doux. Et c'est quand nos langues se touchent que j'ai un flash, comme un film noir et blanc de nous deux, en train de nous embrasser, dans sa cabine, sur son lit. Ce n'est pas le premier, ni le second baiser.

 

Je recule brutalement. Elle me regarde avec un air surpris.

 

"La nuit dernière… On s'est… embrassées"

 

"Tu t'en souviens ?"

 

"J'ai eu une impression de déjà vu en t'embrassant"

 

Elle baisse la tête. Je comprends l'erreur de ce matin.

 

"C'est pour ça que tu étais énervée ce matin et que tu as insisté sur le fait que je me souvenais de rien"

 

"Oui"

 

"Je suis désolée"

 

Je souris.

 

"Mais maintenant, je suis sobre. Je vais m'en rappeler de celui-là"

 

J'avance de nouveau vers elle.

 

"Et de celui-là aussi" dis-je avant de recommencer à l'embrasser.

 

En me décollant d'elle, je vois son grand sourire.

 

"J'ai quelque chose pour toi. Viens"

 

Elle me prend la main et me tire vers la salle. On passe à côté de la scène par une porte. La salle est petite et pleine de bordel. Elle ouvre le carton sur la table et me lance un tissu. Je regarde.

 

"Oh ! Un tee-shirt du bateau. Je croyais que j'avais gagné le baiser de la capitaine"

 

"Ouais mais tu es tellement belle que tu peux aussi avoir les lots de consolations"

 

Elle me lance une casquette.

 

"Pour aller avec le tee-shirt"

 

J'arrive vers elle et regarde le carton.

 

"Et je peux avoir un de chaque, en souvenir"

 

"Bien sur, prends ce que tu veux"

 

Le mot souvenir tilte dans ma tête. Demain soir, à cette heure-ci, je serais à nouveau seule dans mon appartement. Tout ça aura disparu et elle avec. Je n'aurai plus que les souvenirs. Adieu belle capitaine.

 

Elle remarque mon air triste et me prend dans ses bras.

 

"Et si on profitait de l'instant présent au lieu de penser aux choses tristes. Je veux te voir enfiler ton tee-shirt et ta casquette"

 

J'éclate de rire.

 

"Ca t'exciterait hein ?"

 

"Peut-être bien" me dit-elle avec un air coquin.

 

"Dans ce cas, on devrait peut-être essayer"

 

Elle me regarde, étonnée de ma prise d'initiative. Même moi, je suis étonnée. Mais je profite du présent et du fait d'avoir une belle femme avec moi.

 

Elle prend ma main et me tire vers sa cabine.

 

"Tu m'as l'air bien pressée ? Tu n'as pas des obligations ? Tu ne dois pas être présente à cette soirée ?"

 

"Pas quand j'ai plus intéressant à faire"

 

On part rapidement vers sa cabine, non sans avoir rencontré sur notre passage une dizaine de personnes qui nous interrompaient pour poser une question au capitaine.

 

"Tu es très demandée" dis-je en passant enfin la porte de la chambre après ce grand périple.

 

"Oui, je devrais peut-être trouver un écriteau "ne pas déranger" pour mettre sur la porte"

 

Je ris.

 

"Tu es belle quand tu ris" me dit-elle en s'avançant vers moi d'un air machiavélique.

 

"Seulement quand je ris ?" je la taquine.

 

"Non" répond-elle avant de plonger ses lèvres sur les miennes.

 

Quand le baiser devient trop pressant, je l'interromps en glissant entre nous la tenue que j'avais en main avant de m'éclipser dans la salle de bain.

 

Je me déshabille et enfile rapidement le tee-shirt bien long, rayé bleu et blanc, avec la photo du bateau dessus, place mes cheveux dans la casquette et attrape un drap de bain pour le mettre autour de ma taille. Une vraie touriste.

 

Je sors lentement pour la retrouver, assise au bord du lit. Elle gémit en me voyant.

 

"Ca te va à ravir"

 

Je m'avance vers elle.

 

"Dommage que tu n'as pas ton uniforme, j'aurais pu être ton matelot"

 

Elle sourit.

 

"Tu as de très bonnes idées toi"

 

Elle me repousse un peu et attrape un uniforme dans l'armoire.

 

"A ton tour d'attendre" me dit-elle avant de rejoindre la salle de bain.

 

Je m'installe à sa place et attends quelques minutes avant de la voir ressortir. Je réagis comme elle, je gémis.

 

Elle s'avance vers moi jusqu'à se poster juste devant. Je me lève, touche sensuellement son habit puis pose mes lèvres sur les siennes. Mes mains glissent derrière sa tête, caresse sa nuque, ses cheveux et remonte lentement pour faire glisser sa casquette qui tombe à terre. Elle brise notre baiser et regarde la casquette avant de retirer la mienne et de la lancer sur la sienne. Nos lèvres se retrouvent encore, nos mains se baladent. Elle tente plusieurs fois de passer sous mon tee-shirt ou de chercher le nœud de ma serviette mais je l'arrête à chaque fois, par amusement. Et à chaque fois, je lui arrache un grognement de frustration. Je suis comme elle, j'ai envie de tout arracher pour la sentir mais je suis aussi une grande joueuse.

 

Je décolle mes lèvres et baisse la tête. Je défais un à un les boutons de sa veste. Elle pose ses lèvres sur mes cheveux. Je sens son souffle qui caresse mon cuir chevelu. Arrivée au dernier, je remonte lentement vers ses épaules et pousse la veste en arrière pour la dégager d'elle. Elle baisse les bras pour ne pas freiner la descente. La veste rejoint très vite le sol et elle se retrouve en tee-shirt blanc. Je passe mes mains sur l'avant du tee-shirt pour descendre à la ceinture mais elle les retire.

 

"A moi maintenant"

 

"Ca ne compte pas, tu as plus d'attirail que moi"

 

"Tu en enlèveras deux au prochain tour. J'ai aussi envie de te toucher"

 

Je souris et écarte les bras pour l'inviter à continuer. Elle m'embrasse langoureusement tout en glissant sa main dans le drap de bain pour le retirer. Pendant qu'il tombe, elle passe ses mains sur mes fesses. Elle détache ses lèvres et s'écarte avec un sourire pour observer ce qu'elle venait de toucher. Je portais un boxer très court rose avec un petit dessin dessus.

 

"C'est trop sexy"

 

"Ne te moque pas" je lui dis en lui relevant la tête pour qu'elle me regarde.

 

"Jamais"

 

Je souris et me baisse devant elle. A genoux, je commence à défaire la ceinture de son uniforme, le bouton et la tirette. Lentement, j'abaisse son pantalon. Je gémis quand j'aperçois qu'elle porte un string à dentelle noir. Ses fesses ressortent magnifiquement et elles paraissent si douces que je ne peux m'empêcher d'y passer mes mains. Quelle douceur ! Je l'invite à se retourner par les gestes et remplace les mains par mes lèvres puis ma langue. Exquis !

 

Quand elle n'en peut plus. Elle se retourne pour me relever. Une fois en face d'elle, elle passe ses mains sur mes hanches et remonte doucement pour soulever le tee-shirt jusqu'à le retirer. Mon soutien-gorge blanc la fait sourire.

 

"Pourquoi tu souris ?"

 

"Tes seins sont magnifiques"

 

"Tu ne les as pas encore vu sans rien"

 

"Je peux ?" dit-elle en passant ses mains dans mon dos vers l'ouverture du soutien-gorge.

 

Je me contente de faire un signe de tête et elle s'exécute.

 

"Tu avais raison. Ils sont encore mieux sans rien dessus"

 

Elle passe lentement le bout de ses doigts sur le haut de mes seins tout en regardant. Je soulève sa tête pour l'embrasser. Sans m'arrêter de l'embrasser, laissant nos langues s'explorer, je caresse son dos sous le tee-shirt. Au bout de quelques secondes, je décide de m'écarter pour retirer son tee-shirt. Son soutien-gorge était comme son string, noir à dentelle. Je l'ouvre rapidement et souris en voyant deux seins, petits mais bien ronds, bien formés. Elle baisse la tête en grimaçant.

 

"Je sais, j'ai pas grand-chose"

 

"Tu plaisantes, ils sont superbes"

 

Et pour le lui prouver, je me baisse pour les embrasser, passant ma langue sur ses tétons bien roses.

 

Je l'entends gémir et respirer plus fortement. Elle finit par me pousser sur le lit et se met sur moi tout en m'embrassant. Lentement, nos mains caressent le corps de l'autre, cherchant les zones de plaisir et lorsque l'excitation est au maximum, nos derniers vêtements s'envolent pour laisser nos deux corps fusionner ensemble.

 

C'est au bout de 1h20 de plaisir que je finis par m'écrouler sur elle, nos corps en sueur. Elle ferme les yeux, laissant cet instant magique la faire planer. Je m'écarte légèrement pour ne pas l'écraser et je finis par m'endormir contre elle.

 

Jour 3 - 9h15

 

Je dors profondément quand je sens un chatouillement sur ma peau. Je râle un peu et me retourne sur le côté. Ses bras m'enlacent et son parfum atteint mes narines. Je retrouve peu à peu la mémoire au fur et à mesure que je me réveille.

 

"Bonjour" me dit-elle avec un grand sourire lorsqu'elle me voit ouvrir les yeux.

 

Elle est resplendissante. Je baisse les yeux vers son corps. Et déjà habillée…

 

"Tu es pressée de me quitter ?"

 

"Je suis déjà partie, je viens de revenir. J'ai du me lever tôt pour préparer l'escale suivante"

 

"Tu peux revenir alors"

 

Je tire sur son bras pour l'attirer sur le lit mais elle résiste.

 

"Il est 9h20, il te reste 40 minutes pour te préparer si tu veux voir Malte"

 

"Et si je veux rester avec toi ?"

 

"Tu vas devoir te lever et te préparer puisque je t'accompagne"

 

J'ouvre grand les yeux, surprise.

 

"Je croyais que tu ne faisais plus les escales ?"

 

"Ca m'a manqué de ne pas t'accompagner hier, j'avoue. Et je n'ai pas envie que tu rates cette escale pour moi"

 

Elle me balance mes affaires qu'elle avait déjà rassemblées.

 

"File à la douche"

 

Je m'habille rapidement, l'embrasse et file vers ma cabine pour me doucher et me changer.

 

Quand je rentre dans ma douche, je ne peux pas m'empêcher de repenser à cette nuit. C'était merveilleux, elle était magnifique, si douce et si rebelle en même temps. Tout ce que j'aimais chez une femme. J'avais l'impression d'être avec elle depuis des mois voire des années. Elle avait l'air de savoir chaque endroit sensible de mon corps et j'avais l'impression de connaître son corps par cœur.

 

Je sursaute en entendant toquer à la porte. Je finis rapidement et enfile mon peignoir pour aller ouvrir. Je retrouve Kerry, toujours avec son grand sourire, un appareil photo autour du coup, une casquette bleue ciel assortie à un top bleu ciel et un petit short bleu foncé.

 

"Pas encore prête ?" me dit-elle en me poussant à l'intérieur.

 

"J'y vais, ne t'inquiète pas" dis-je tout en retournant dans la salle de bain pour me sécher et m'habiller.

 

Je ressors 5 minutes plus tard et je la trouve sur mon lit, en train de jouer avec le porte clé chameau de Tunisie. Elle me le montre en ricanant.

 

"C'est un souvenir et si ça te fait marrer, tant mieux parce qu'il est pour toi celui-là"

 

Elle s'arrête net et me regarde avec de grands yeux.

 

"Je voulais que tu ais un souvenir de moi. J'ai le même"

 

Je vais à mon sac pour lui montrer le mien. Du coup, son visage s'illumine et elle se lève pour m'enlacer.

 

"C'est une superbe idée, merci beaucoup"

 

"Laisse tomber, je te prendrais autre chose à Malte"

 

Je tends la main pour qu'elle me le rende.

 

"Je donnerai celui-ci à ma mère"

 

"Non" me répond-elle en serrant la petite chose dans sa main avant de sortir ses clés et de l'accrocher après. "C'est une idée très chou et je veux le faire"

 

Je l'embrasse rapidement avant d'attraper mon sac et de vérifier si j'avais bien mon appareil photo et mon argent.

 

"Allez Capitaine, on va être en retard"

 

Elle me suit, je ferme ma cabine et dans le couloir vers le pont, elle me prend la main. Waow…

 

Quelques minutes plus tard, la passerelle s'ouvre et on débarque sur le port de Malte.

 

"Je meurs de faim" dis-je en cherchant une boulangerie sur la place.

 

"On mangera dans la vieille ville. Dépêche-toi où on ne pourra pas aller voir ce que je veux te montrer"

 

"Ok ! Ok !"

 

Nous marchons donc dans la ville, main dans la main, jusqu'à arriver dans un quartier visiblement plus ancien avec de hautes maisons accolées. Ca semblait si chaleureux. Elle me montre la terrasse d'un café et on s'y installe. Elle commande un thé et un morceau de tarte, je prends un chocolat chaud et un croissant.

 

La serveuse, qui est aussi la patronne, est tellement gentille. Elle nous pose des questions sur ce qu'on fait là, ce qu'on fait dans la vie et tout ça.

 

On repart après 35 minutes.

 

"Je sais que c'est un endroit superbe, mais là où je t'emmène, c'est encore mieux. Mais on n'aura pas le temps de rester longtemps si on ne se dépêche pas"

 

Elle me fait marcher vite, presque courir au travers les rues pour redescendre vers la cote.

 

Quand on y arrive enfin, je découvre un endroit plein de rochers avançant dans la mer. Elle me tient la main plus fortement et m'aide à descendre. On arrive rapidement dans une sorte de crique, un lagon où l'eau est d'un bleu turquoise jamais vu, même si les photos. Je sors mon appareil photo et elle fait de même, prenant quelques clichés de moi devant la mer ou contre des rochers. Je suis son modèle, elle me dit où je dois me mettre et je le fais. Elle a du mal à se laisser prendre en photos mais j'arrive à la convaincre et elle joue le jeu.

 

Après tout ça, elle retire son top et son short.

 

"Tu fais quoi ?"

 

"Je vais me baigner. Allez, viens !"

 

Je souris à la vue de ce corps de rêve dans ce beau maillot de bain.

 

"Je n'ai rien pris pour me sécher"

 

"J'ai pris assez pour deux"

 

Elle plonge pour ressortir de l'eau quelques secondes après en me regardant avec un grand sourire.

 

"Dépêche-toi, c'est trop bon"

 

Je cède et me déshabille pour plonger la rejoindre.

 

On s'embrasse entre deux taquineries. On s'amuse comme deux gamines insouciantes. J'aimerais que ça dure tout le temps.

 

Mais il est déjà l'heure de rejoindre le port, le temps de se sécher un peu et de remonter les rochers.

 

 

12h10

 

Tout le monde est déjà installé dans le restaurant quand nous arrivons, essoufflées. Nous avions fait un détour par nos cabines respectives avant de nous retrouver dans la mienne.

 

Kerry me dit qu'elle doit manger vite car elle à du travail. Elle doit téléphoner pour les réservations pour l'escale mais elle m'a promis que si je me dépêchais, je pouvais aller voir comment elle travaille, ce qui, selon elle, est un immense privilège car aucun passager n'est jamais monté dans son bureau.

 

Elle en rit d'ailleurs quand elle me voit engloutir mon dîner avec appétit et hâte. Elle se penche vers mon oreille, même si les autres ont sûrement du remarquer notre petite histoire, ce n'est pas non plus la peine de s'étaler.

 

"Doucement ma puce, tu as le temps de manger quand même"

 

"Je ne voudrais pas te mettre en retard"

 

On finit notre dessert en silence puis Kerry s'excuse et se lève. Quelques minutes plus tard, je fais de même.

 

Je rejoins rapidement ma capitaine dans le couloir et elle m'emmène dans les couloirs et les escaliers.

 

"C'est haut" je râle après avoir monté le 5ème escalier.

 

"On y est, râleuse"

 

Elle ouvre une porte avec un badge puis me laisse passer avant de bien pousser la porte pour la rebloquer.

 

Dans la pièce, un ordinateur, un téléphone, plein d'armoires, des papiers et dossiers partout et des machines avec des lumières un peu partout.

 

"Ca sert à quoi tout ça" je demande en montrant les machines aux lumières.

 

"C'est pour les positions et le pilotage, il ne faut pas toucher"

 

"Oh ! Alors personne ne pilote le bateau ?"

 

Elle rit. J'ai l'air stupide.

 

"On est loin des gouvernails hein ? Non, le circuit est programmé mais il y a toujours des personnes qui surveillent"

 

Elle montre du doigt deux gars sur une sorte de petite passerelle devant nous.

 

"Ils sont là regarde. Ils doivent faire leur ronde pour vérifier l'extérieur du bateau"

 

"C'est impressionnant"

 

Elle me montre une chaise près du bureau.

 

"Je dois passer quelques coups de fil en Corse pour l'escale et les guides. Installe-toi"

 

Je l'observe faire pendant de longues minutes jusqu'à ce qu'elle soit interrompue par les deux hommes qui revenaient.

 

"Hey Kerry, tu aurais pu dire que tu ramenais de la visite. On se serait mieux habillés" dit l'un d'eux en me saluant.

 

"Pas touche Fred"

 

Puis elle se tourne vers moi.

 

"Valérie, voici Fred et Jim. Les gars, voici Valérie"

 

Le second homme me salue également puis ils retournent à leurs affaires et leurs boutons bizarres.

 

"Tu as un équipage très sympathique"

 

"Le meilleur, c'est comme une famille ici"

 

Elle finit rapidement ce qu'elle a à faire puis on repart vers sa cabine.

 

"Tu comptes descendre en Corse ?" me demande-t-elle en déboutonnant sa veste.

 

"Laisse-moi faire"

 

Je pousse ses mains pour m'occuper des boutons de sa veste. Elle sourit. Notre bouche se trouve dans un long baiser passionnant.

 

"Ca me rappelle des souvenirs" me dit-elle, un peu essoufflées par le baiser.

 

"C'est le but"

 

"Alors, l'escale ?"

 

"J'ai mieux à faire. La Corse est vraiment très près de la France, j'irai une autre fois"

 

Je retire sa veste avant de la pousser sur son lit.

 

Nous étions presque nues lorsqu'on frappe à la porte. Elle grogne, coupée dans son élan et enfile rapidement son peignoir pour aller ouvrir.

 

"Capitaine, nous arrivons en Corse"

 

"Dites à Fred de faire les manœuvres nécessaires pour accoster et à Myriam, Sylvie, Catherine et Sarah de s'occuper des clients pour cette escale. Je ne me sens pas très bien, je préfère rester dans ma cabine"

 

Elle referme la porte et revient vers le lit.

 

"On avait besoin de toi ?"

 

"Oui, mais je me suis octroyée une après-midi de congé" me lance-t-elle avant de retirer son peignoir et de me rejoindre dans le lit pour continuer ce qu'on allait commencer.

 

16h07

 

Je m'écroule à ses côtés, épuisées. Elle me sourit comme si elle était satisfaite d'elle.

 

"Pourquoi tu souris comme ça ?"

 

"J'ai encore gagné, tu ne tiens pas la route"

 

"Hey ça fait près de 2h"

 

"Tu as eu une pause de 40 minutes entre les deux"

 

"Si je ne suis pas assez bien pour toi, dis-le"

 

"Tu n'es pas assez bien pour moi… Tu es parfaite. Je plaisantais, c'est tout"

 

Je fais semblant de bouder et elle m'embrasse. Je ne résiste pas longtemps et réponds à son amour.

 

Après quelques minutes de câlins et de baisers fougueux, au bord de remettre ça une troisième fois, elle finit par s'écarter.

 

"Les autres sont encore de sortie jusque 17h. Il ne doit pas avoir grand monde sur le bateau. Ca te dit de faire un tour ?"

 

J'aurais préféré rester encore dans ses bras, nue, à profiter de nos dernières heures. Un peu déçue, j'accepte tout de même.

 

On se rhabille et je la suis. Main dans la main, elle m'emmène voir des ponts et des passerelles que je n'avais pas encore visités. Elle me montre la salle de cinéma pour les plus longues croisières, une salle de poker où il y a quelques joueurs qui préfèrent les cartes aux escales paradisiaques, une salle en travaux où elle parle de faire une sorte de boutique, musée pour les souvenirs, une garderie pour les enfants et un petit parc de jeux sur le pont. De là, on rejoint le pont principal avec la piscine déserte à ce moment là.

 

"Tu plonges ?" me demande-t-elle.

 

"Pourquoi tiens-tu toujours à me voir dans l'eau ?"

 

"J'aime ton corps mouillé" me dit-elle sensuellement.

 

"Si c'est pour ça, alors ok, mais tu viens aussi"

 

"Je suis censée être malade moi, si mes employés me voient dans la piscine, je vais avoir mauvaise réputation"

 

"Tant pis alors"

 

On s'arrête boire un verre puis du bruit attire notre attention. Les touristes commencent à se rassembler sur le quai. Ca veut dire que le bateau va bientôt se remplir et repartir pour son dernier trajet vers la France.

 

Mon visage change de la joie à la tristesse. Elle resserre sa main dans la mienne et me tire vers ma cabine.

 

On entre. Elle me pousse contre la porte.

 

"Je sais à quoi tu penses"

 

"Ah ouais, dis-moi alors"

 

La plaisanterie allait détourner son attention de cette chose qui me tracasse.

 

"Il ne reste que 3h environ pour être en France."

 

Je baisse la tête. Les larmes sont aux bords des yeux mais ne veulent pas couler. Pourtant, je suis mal. J'ai enfin l'impression d'avoir trouvé mon âme sœur et je dois abandonner mes sentiments pour retourner à ma vie monotone. Je ferme les yeux, repensant à tout ces moments avec elle : notre rencontre, Majorque et sa famille, la première soirée où j'étais bourrée, la seconde avec le baiser, la Tunisie, Malte et le lagon bleu, nos moments intimes. Toutes mes vacances défilent dans ma tête comme un film. Je sens sa main sur ma joue, me caresser délicatement.

 

"Ne pleure pas Val, s'il te plait"

 

Je ne pleure pas, du moins, je n'avais pas remarqué. Je me blottis contre elle.

 

"Je ressens la même chose. Je ne veux pas te quitter"

 

On reste comme ça un moment. On sent un mouvement. Le bateau est reparti. Je n'aurais rien vu de la Corse. Peu importe.

 

"Et si on profitait de ces dernières heures au lieu de pleurer ?" me dit-elle en relevant ma tête pour m'embrasser.

 

Encore une fois, je me laisse emporter par son amour. On s'allonge sur le lit. On ne fait pas l'amour, on se contente d'être dans les bras l'une de l'autre, à parler doucement de nos rêves, nos envies.

 

Elle me promet de ne pas m'oublier, de revenir me voir à chaque fois qu'elle vient en France, me dit qu'elle n'aura personne d'autre que moi dans sa tête et son cœur. A chaque promesse, à chaque parole d'amour, mes larmes recoulent pour être essuyées par ses doigts fins et doux.

 

18h50

 

Je sens sa main caresser mes cheveux. Mes yeux sont fermés pour mieux ressentir l'effet qu'elle a sur moi. Je sais qu'il est presque l'heure.

 

"Tu as faim ?" me demande-t-elle.

 

"Non. Je préfère rester ici, je mangerai en rentrant"

 

Ma voix est faible, trop de larmes ont coulé. Dieu que je voudrais rester près d'elle. Si seulement on pouvait ne pas se quitter. Ce serait un rêve. Si la bonne fée existe, qu'elle se montre maintenant.

 

"Tu es obligée d'être au repas ?" je demande en suppliant que la réponse soit non.

 

Elle m'embrasse le front et resserre son étreinte.

 

"Non, je préfère rester près de toi"

 

Je souris même si le cœur n'y est pas. Jusqu'au bout, elle sera parfaite avec moi. Encore plus pour que je regrette de devoir partir. Hier soir, je ne voulais qu'une aventure, ce soir, je voudrais pouvoir construire ma vie avec elle. C'est rapide, je sais mais la force des sentiments n'est pas contrôlable.

 

19h30

 

Je décide enfin à quitter ses bras quelques minutes pour faire mes sacs. Elle reste sur le lit, à me regarder d'un air pensif. Que peut-elle encore être en train d'imaginer avec ce sourire ? Je lui jette des regards d'amour, tente d'imprégner un maximum de son odeur, son visage, sa voix. On se reverra d'ici quelques semaines, elle me l'a promis mais le temps va sembler trop long.

 

J'enfuie mes affaires dans mon gros sac et quelques affaires plus petites dans le sac à dos. Je la vois jouer avec le porte-clés que je lui ai offert. Qu'est-ce qu'elle est belle ! Qu'est-ce que je suis amoureuse ! Pourquoi avoir rencontré mon âme sœur sur un bateau qui va repartir sans moi d'ici quelques heures ?

 

Elle n'a même pas le temps de passer quelques heures avec moi en France. Elle doit reprendre la mer pour repartir du sud de l'Espagne demain matin, une croisière de une semaine vers l'Afrique du Sud puis une nouvelle en partance du Portugal vers la France où là, on pourra se voir quelques heures pendant une escale. La vie est mal faite. Ma vie est mal faite.

 

19h50

 

On entend la sirène du bateau. Elle me dit que ça signifie qu'on approche du port et que la terre est à vue. Elle se lève, remet son beau costume de capitaine. Elle doit, elle aussi, se tenir prête pour l'arrivée. Elle arrive derrière moi et se penche vers mon oreille.

 

"Il y a un truc que tu dois savoir, avant de débarquer"

 

Je baisse la tête, comme une fatalité, pour imprégner ces dernières paroles.

 

"Je n'ai jamais autant aimé de toute ma vie. Je me sens si bien avec toi. J'ai peur de ne pas tenir loin de toi. Je… Je t'aime Val"

 

Je frissonne à sa façon de me dire ces trois mots magiques. Elle pense exactement la même chose que moi. Moi aussi je t'aime Kerry, si tu savais combien je voudrais que tu me demandes de rester. J'abandonnerai tout pour entre ces trois mois de ta bouche demain matin au réveil, ton visage me regardant avec ton magnifique sourire.

 

"Je t'aime" je lui réponds simplement, ne voulant pas la supplier de ne pas me laisser partir.

 

Je reste dans ses bras quelques secondes encore, profitant de ses lèvres dans mon cou.

 

"Tu vas louper l'approche" me dit-elle en se détachant.

 

Si tu savais comme je m'en fou de voir mon pays, au contraire, je voudrais qu'il soit encore loin.

 

Fatalement, je prends mes sacs. Elle m'aide en portant le plus gros. Son visage devient de plus en plus fermé, de moins en moins souriant. Elle est loin de la femme heureuse de ce matin et de la femme coquine de hier soir.

 

On arrive sur le pont, on s'arrête à l'écart des autres. Ils ont l'air heureux de rentrer. Pas moi.

 

"Quelqu'un t'attend en France ?" me demande-t-elle tout d'un coup alors que je regardais la terre approcher avec des larmes dans les yeux.

 

"Non, je n'aurais pas fait ça avec toi si j'avais quelqu'un"

 

"Je m'en doute, je parlais de ta famille, ton travail, des animaux, des amis"

 

Je me retourne vers elle, ne sachant pas où elle voulait en venir.

 

"Pourquoi tu demandes ça ?"

 

"Répond, c'est tout"

 

"Ma mère, c'est tout. Mon travail n'est pas passionnant, je n'ai pas d'animaux et très peu d'amis à cause de mon travail très prenant"

 

Je fronce les sourcils et attends la suite. Où veut-elle en venir ?

 

"Ta mère m'en voudrait si je te kidnappe et que je t'emmène loin d'ici la moitié de l'année ?"

 

Je souris, comprenant enfin son but.

 

"Tu n'es pas sérieuse là ?"

 

"Et pourquoi pas. Je ne tiendrai pas des semaines sans te voir. Je n'arriverai pas à naviguer des semaines en sachant qu'après tout cette attente, je n'aurai que 2-3 heures avec toi avant de repartir pour des semaines. Je n'ai pas envie de te laisser partir. Ca paraît égoïste mais… Tant pis je suis égoïste. Reste près de moi"

 

La bonne fée existe. Je voulais tellement qu'elle me le demande, même si c'est absurde, si c'est difficile, si c'est fou de laisser tout tomber et de repartir sur ce bateau avec elle.

 

Le bateau arrive au quai, la passerelle est mise et les premières personnes commencent à descendre. Je regarde la foule. Je vois ma mère.

 

Que faire ? Ce dont j'ai vraiment envie ou ce qui est raisonnable ? Elle sent que j'hésite et je sens sa main trembler dans la mienne. Je vois le regard inquiet de ma mère qui se demande certainement pourquoi je ne vais pas moi aussi vers la passerelle au lieu de rester devant ce capitaine.

 

Kerry suit mon regard et croise celui de ma mère. Sa main se resserre une bonne fois avant de me lâcher lentement.

 

"Je comprends, c'est l'heure"

 

Je rattrape sa main et la serre de toutes mes forces sans lui faire mal non plus. Je veux juste lui montrer que je suis encore là et que ma décision n'est pas prise.

 

C'est fou ce que le temps passe lentement quand on est devant un dilemme comme ça. Partir ? Rester ? Maman ? Kerry ?

 

Je revois dans ma tête mes années de déprimes et d'errance entre mon travail et ma petite vie monotone et solitaire. Je revois Kerry et moi, nos sourires, nos délires, nos moments d'intimité.

 

"J'ai le temps d'aller lui parler ?" dis-je d'un coup, ma tête ne voulant plus réfléchir et préférant prendre sa propre décision.

 

Elle se retourne vers moi, étonnée, de grands yeux fixant les miens.

 

"Tu… Tu viens avec moi ?"

 

Je souris, cette fois sans me forcer, de mon plus beau et grand sourire. Tant pis pour le rationnel et le raisonnable, je choisi l'aventure et l'amour.

 

Je lui fais un signe comme un soldat, ma main bien droite contre mon front.

 

"Prête à vous suivre au bout du monde mon capitaine"

 

Elle rit de ma nouvelle bêtise avant de regarder ma mère.

 

"Je peux te laisser 1 heure maximum pour lui parler" me dit-elle.

 

"On ne sera pas en retard"

 

"Non, ne t'inquiète pas"

 

"Dans ce cas, j'aimerais te la présenter. Et puis, j'avoue que maintenant, j'ai faim"

 

"Moi aussi"

 

Nos mains se tiennent comme si elles avaient peur d'être séparées. Arrivées devant la passerelle, elle sourit à Sylvie.

 

"On repart dans une heure, si vous voulez aller voir vos familles ou vos amis. Rendez-vous ici pour 21heures maximum"

 

"Bien Capitaine" répond Sylvie avec un grand sourire en nous regardant. "Bonne sortie"

 

On commence à marcher mais Kerry s'arrête tout d'un coup en voyant qu'elle porte toujours mon sac.

 

"Au fait, mademoiselle Guérin va repartir avec nous. Léonard, tu peux monter ses sacs dans ma cabine s'il te plait"

 

Léonard s'avance vers nous avec un grand sourire.

 

"Bien madame"

 

Il attrape mes sacs et me lance un joyeux "Bienvenue à bord mademoiselle" avant de repartir vers le reste du groupe.

 

Quant à nous, on reprend notre route vers ma mère, qui me regarde, inquiète sur le quai. Il va falloir lui annoncer qu'on ne se reverra que dans 2 semaines. Mais ça sera sûrement moins dur que de quitter l'amour.

 

 

 

 









Depuis le 02/12/2008