Closer than close to you

Chapitre 39 : Ne pas poursuivre




 

Les parents de Yulia revinrent bientôt de leur voyage. J'essayai de ne pas trop l'appeler pour que son père ne devienne pas suspicieux. J'appelai Sophie…

 

S : "Coucou toi. Comment vont les mariées ?"

Moi : "Nous allons bien. Yulia est chez ses parents maintenant. Je suis en train d'emballer quelques affaires pour notre fuite."

S : "Si tôt ?"

Moi : "Bah oui, nous devons faire ça avant le mariage de Yulia. Il ne reste que 3 jours."

S : "Ah ok ! Alors qu'est-ce que je peux faire pour toi ?"

Moi : "Sophie, j'ai un très grand service à te demander."

S : "Ok, vas-y."

Moi : "Ecoute, Yulia et moi nous allons d'abord sortir de Moscou. Ensuite, nous sortirons de Russie, peut-être pour aller en Turquie ou en Syrie."

S : "Quoi ? Sortir de Russie ? Vous êtes folles ?"

Moi : "C'est le seul moyen Sophie."

S : "Ok, ok. Attends Tibra. Tu ne penses qu'à toi là, qu'est-ce que Yulia pense de tout ça ?"

Moi : "Elle est d'accord."

S : "Peut-être qu'elle dit ça pour te faire plaisir. Peut-être qu'elle doute. Je ne pense pas qu'elle puisse abandonner sa famille et sa fille pour s'enfuir avec toi."

Moi : "Nous n'allons pas abandonner notre fille. C'est là que tu entres en jeu."

S : "Pardon ?"

Moi : "Sophie. Nous avons besoin de toi pour amener petite Tibra à l'endroit où nous allons nous cacher."

S : "PAS MOYEN. Je ne peux pas faire ça à Larissa."

Moi : "Non, tu fais ça pour Yulia."

S : "…"

Moi : "Sophie s'il te plait"

S : "Ok, c'est bon. Mais Tibra, promets-moi une chose."

Moi : "Ce que tu veux."

S : "Fais gaffe à Yulia. Elle est plus jeune que toi et elle est naïve. Et pour la dernière fois, demande ce qu'elle pense vraiment de tout ça. Ne lui fais pas de mal, ne la force pas à faire quelque chose qu'elle ne veut pas faire."

Moi : "Tu sais Sophie, j'ai beaucoup pensé à ça. Parfois, elle semble heureuse de tout ça et parfois, elle déprime. Je ne sais pas quoi faire. Je ne veux pas être égoïste."

S : "Essaie encore une fois. Je vais essayer de l'appeler et de voir ce qu'elle pense vraiment de tout ça, ok ?"

Moi : "Tu ferais ça pour moi, Sophie ?"

S : "Bien sûr. Je vous aime jusqu'à la mort toutes les deux et je ne peux pas imaginer une de vous deux souffrir."

Moi : "Ok, alors, j'attendrai que tu me rappelles Sophie. Ne me fais pas attendre. Je te dois tellement."

S : "C'est clair. Ok, je dois aller au salon maintenant. Yulia doit passer se faire couper les cheveux selon ce que Larissa m'a dit. Alors je vais essayer de lui parler seule à seule, ok ?"

Moi : "Bien sûr."

S : "Je te rappelle plus tard."

Moi : "Ok, au revoir."

S : "Au revoir."

 

En fait, je n'étais pas sûre que Yulia était d'accord avec tout ça. Je devais juste attendre l'appel de Sophie. Je ne voulais rien faire que Yulia ne voulait pas. Si elle me disait qu'elle était heureuse à Moscou avec ses parents, j'accepterai ça. Si elle me disait qu'elle voulait être avec moi, j'accepterai également. Le facteur toqua à ma porte ce jour là. Je regardai les lettres. Il y en avait une de l'université à propos de mes absences aux cours. Ça n'avait pas d'importance. J'irais dans une autre université quand nous serons installées, peu importe où. Il y avait aussi une autre lettre de menace mais je ne pris pas la peine de l'ouvrir. Je mis la lettre sur ma table de salon et m'allongeai sur le divan. Je fixai mon plafond pendant des heures, jusqu'à ce que Sophie me rappelle…

 

Moi : "Allo ?"

S : "Comment vas-tu ?"

Moi : "Bien et toi ?"

S : "Bien aussi. Tu sembles à moitié endormie. Est-ce que je t'ai réveillé ?"

Moi : "Non. Peut-être parce que je suis tranquille depuis un moment."

S : "Ok. Alors Yulia est venue se faire couper les cheveux."

Moi : "Vraiment ? A quoi elle ressemble maintenant ?"

S : "Merveilleuse comme toujours. C'est court et stylé."

Moi : "Oh ok. Alors est-ce que tu lui as parlé ?"

S : "Oui."

Moi : "Qu'est-ce qu'elle a dit ?"

S : "Elle m'a parlé de cette femme, Suzanna."

Moi : "Oh oui."

S : "Pauvre fille. Bref, elle m'a dit qu'elle doutait au début mais qu'elle avait beaucoup réfléchi à ça. Elle a dit qu'elle ne voulait pas te perdre. Tu es tout ce qui compte pour elle maintenant. Elle a dit qu'elle pensait peut-être revenir en Russie quand vous serez plus âgées. Et peut-être qu'à ce moment là, son père aura moins de contrôle sur elle. Elle dit qu'elle est malade et fatiguée de comment son père la traite et comment sa mère ne dit rien. Mais elle a vraiment envie de partir et elle a dit que tout ce qu'elle voulait était d'être dans un endroit sûr, avec toi jusqu'à ce que le mariage soit passé et que tout ce soit calmé."

Moi : "Ouais, c'est un nouveau plan. Rester hors de Russie un moment puis revenir. Alors elle est d'accord avec ça ? Elle ne pense pas que je suis égoïste ?"

S : "Non, en fait, elle pense que c'est elle qui te force à faire ça."

Moi : "Tu lui as dit que j'étais d'accord avec ça ?"

S : "Bien sûr."

Moi : "Bien."

S : "Oh et elle m'a dit de te dire qu'elle t'aime et que tu lui manques."

Moi : "Oh ok. Dis-lui que je l'aime et qu'elle me manque aussi quand tu la verras."

S : "Bien sûr. Est-ce que tout est prêt ?"

Moi : "Ouais, j'ai fais quelques sacs pour nous et Petite Tibra. J'essaie encore de trouver une voiture."

S : "Et la voiture de Yulia. Elle est garée devant son immeuble et elle ne sert à rien."

Moi : "Et bien. J'ai bien peur que la police nous trouverait avec la plaque d'immatriculation ou la description de la voiture. J'ai déjà vendu quelques affaires et j'ai dit à mes parents de m'envoyer un peu d'argent. Je vais essayer d'acheter une vieille voiture en attendant. Tu sais, quelque chose qui va servir jusqu'à la frontière puis mourir."

S (en riant) : "C'est un bon choix. Tu en as déjà trouvé une ?"

Moi : "Oui mais je négocie encore le prix. Nous devons garder un peu d'argent pour plus tard."

S : "Ecoute Tibra. Si tu as besoin d'argent, je peux t'aider."

Moi : "Non Sophie. J'ai déjà ton soutien dans tout. Ça me suffit et Yulia a un peu d'argent sur son compte en banque. Ça ira comme ça."

S : "Ok mais si tu as besoin de plus, tu me le dis, ok ?"

Moi : "Bien sûr. Merci encore Sophie."

S : "De rien."

Moi : "Ok, alors je pense que je vais téléphoner à Yulia maintenant. Sa voix me manque déjà."

S : "Oh non, ce n'est pas une bonne idée. Elle est sortie avec ses parents et euh… son fiancé."

Moi : "Vraiment ? Où ?"

S : "Je ne sais pas. Larissa m'a juste dit qu'ils sortaient dîner."

Moi : "Merde. Ok, cool."

S : "Quoi ? Jalouse ?"

Moi : "Bien sûr."

S : "Et bien, ne t'inquiète pas, Yulia peut se débrouiller avec ça."

Moi : "Ouais bah, ils feraient mieux de ne pas les laisser seuls."

S : "Tu veux que j'aille les surveiller ?"

Moi (en riant) : "Non, c'est bon, je l'appellerai plus tard."

S : "Ok, je dois y aller maintenant. Nous passons beaucoup de temps au téléphone."

Moi : "Oh, j'en suis désolée."

S : "Ok au revoir alors."

Moi : "Au revoir."

 

Je raccrochai et m'allongeai sur le divan. Là encore, je fixai la fissure sur le plafond. Ça ne m'avait jamais ennuyé avant. Pourquoi est-ce que je ne l'ai pas réparé ? me demandai-je. Peut-être qu'aujourd'hui, ça me dérange parce que je voulais que tout soit parfait. Pas une griffe, pas une fissure. Je fis une petite sieste. J'étais à moitié endormie, à moitié réveillée. Je vis cette silhouette que j'avais vu une fois dans un de mes derniers rêves, debout devant moi. A nouveau, je ne pus lever la tête pour voir qui c'était. Mais tout ce que je me rappelais était sa voix qui répétait sans cesse "ne fais pas ça" jusqu'à ce que je me réveille. J'allai rapidement dans la salle de bain et me lavai le visage. Je regardai mon visage dans le miroir et vis que j'étais aussi blanche que si j'avais vu un fantôme. En fait, j'en ai vu un. Je regardai ma montre et vis qu'il était presque 23h. J'étais inquiète à propos de ce rêve. Je me demandais comment allait Yulia. Je m'habillai rapidement, pris de l'argent et des cigarettes et j'allai chez Yulia. Je restai à sa fenêtre à la regarder un moment alors qu'elle se préparait pour aller dormir. Elle allait bien, je suppose. Je restai là. Elle regarda rapidement vers la fenêtre, comme si elle espérait m'apercevoir là. Elle me localisa et sourit en me faisait un signe de la main. Je lui répondis. Puis elle attrapa son portable et composa mon numéro. Mon portable sonna puisque j'avais oublié de le mettre en silencieux. Il faisait beaucoup de bruit alors je répondis rapidement…

 

Moi : "Coucou."

Y : "Salut. Qu'est-ce que tu fais là dehors. Rentre à la maison."

Moi : "J'étais inquiète pour toi. Sophie m'a dit que tu avais un dîner avec ton fiancé."

Y : "Ouais, mes parents ont arrangé ce dîner avec lui."

Moi : "J'aime ta nouvelle coupe de cheveux."

Y : "Merci. Sophie t'a dit ?"

Moi : "Ouais. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu devais aller dîner avec ce gars ?"

Y : "Je ne voulais pas t'ennuyer avec ça. Ce n'est rien de grave, tu sais."

Moi : "Ok. Alors, c'était comment ?"

Y : "Horrible. Ils parlaient de mariage et de lune de miel tout le dîner. Je suis juste restée là à ne rien dire et faisant semblant d'être heureuse, comme tu me l'as dit."

Moi : "Oh bon sang. Rien que le fait de t'imaginer te marier avec lui et aller en lune de miel me met en colère."

Y : "Ne t'inquiète pas. Ça n'arrivera pas."

Moi : "Je prépare tout. J'ai fait nos sacs et demain, je vais chercher une voiture."

Y : "Pourquoi on ne prend pas ma voiture ?"

Moi : "Ça sera trop suspicieux. Ton père va d'abord vérifier si ta voiture n'a pas disparu et il va la signaler à la police."

Y : "Ouais. Mmm. Ma voiture va me manquer."

Moi : "Écoute Yulia, nous n'avons pas à faire ça si tu ne le veux pas."

Y : "Tu es folle ? Je ne veux pas me marier avec ce type. En plus, Sophie t'a dit ce que je lui avais dit."

Moi : "Sur le fait de revenir ? Bien sûr, j'ai pensé à ça aussi. Je veux juste que tu saches que tout ira bien. Nous serons ensemble et heureuse. Et je t'aime et je ne veux pas te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas faire."

Y : "Ne t'inquiète pas Tibra. Je fais tout ça de ma propre volonté."

 

Je pouvais entendre la porte d'entrée de la maison s'ouvrir. On dirait que quelqu'un nous a entendu faire du bruit et a décidé de venir vérifier…

 

Moi : "Yulia, attends. Quelqu'un arrive."

 

J'attendis un moment puis regardai plus loin. Son père attendait là, avec une branche d'arbre en main. Il criait en russe et je ne comprenais rien. Je restai silencieuse un moment. Yulia éteignit rapidement la lumière pour mieux regarder sans se faire voir, je suppose. Son père s'approcha encore et encore. Je devais bouger doucement. Il semblait m'avoir vu puisqu'il criait : "TOI… ARRETE". J'essayai de bouger rapidement. Il était maintenant en train de me courir après, entre les arbres mais il n'arrivait pas à m'attraper. Je pouvais entendre la voix de Yulia au téléphone. Je l'éteignis rapidement. Son père ne pouvait ni me voir, ni m'attraper alors il lança une branche vers moi. Celle-ci frappa ma main et je sentis une énorme douleur. C'était une grosse branche. Mais ça ne m'arrêta pas. Je continuai à courir jusqu'à ce que je sois trop loin pour lui. Mes doigts me faisaient mal. Je m'arrêtai à l'hôpital pour les faire examiner. Ils me dirent que mon doigt du milieu était cassé et mon index presque fracturé. Ils mirent un bandage et je pus partir. Mon portable n'arrêtait pas de sonner. C'était Yulia. Je répondis juste avant de quitter l'hôpital...

 

Y : "Tibra, est-ce que tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

Moi : "Rien… Ne t'inquiète pas. Ton père m'a couru après mais il n'a pas réussi à m'attraper. "

Y : "Alors tout va bien ?"

Moi : "Ouais. J'ai juste deux doigts cassés."

Y : "Vraiment ? Comment ?"

Moi : "Ton père m'a jeté une branche d'arbre sur la main."

Y : "Oh je suis si désolée."

Moi : "Ne t'inquiète pas, ça va."

Y : "Hey je ne suis pas désolée. C'est de ta faute. Tu viens à ma fenêtre au lieu de rester en sécurité dans ton appartement."

Moi : "Tu me manquais. Je voulais juste te voir."

Y : "Oh Dieu Tibra. Tu me manques aussi. Je veux te voir demain."

Moi : "Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée."

Y : "Pourquoi ?"

Moi : "Parce qu'on s'est presque faites choper ce soir. Plus d'erreurs. Nous devons attendre jusqu'au moment du départ."

Y : "Ouais."

Moi : "Ok, Yulia, va dormir maintenant. Nous ne voulons pas que ton père découvre tout ça."

Y : "Ok."

Moi : "Yulia ? Juste autre chose."

Y : "Quoi ?"

Moi : "Tu me manques."

Y : "Tu me manques aussi. Tibra, s'il te plait, reste chez Sophie ce soir, pour être sûre."

Moi : "Bien sûr. Je vais lui sonner maintenant."

Y : "Ok. Bonne nuit."

Moi : "Bonne nuit. A dans deux jours."

Y (riant) : "Oui."

Moi : "Ok. Au revoir."

Y : "Au revoir."

 

Je restai chez Sophie cette nuit. Elle me fit un grand discours sur le fait qu'on allait lui manquer. Je posai ma tête sur le divan et pensai à tout ça une dernière fois avant d'aller dormir puis j'éteignis les lampes et allai dormir, espérant que les deux jours qui restaient allaient passer vite pour que Yulia et moi soyons à nouveau réunies. Avec optimisme…

Sophie et moi partîmes ensemble acheter la voiture que je voulais depuis quelques temps. Je l'ai eu pour un bon prix. Sophie est bonne en négociation. C'était une petite et vieille Corolla bleue. J'espérais que Yulia l'aime. La peinture était un peu abîmée et il y avait quelques bosses sur la portière côté conducteur mais elle pouvait faire son travail en nous emmenant jusqu'à la frontière. Je passai par chez Yulia avec la voiture, Sophie et moi espérant qu'elle serait dans le jardin pour qu'elle puisse voir la voiture. Mais elle n'était pas là. Nous nous garions sur le côté et attendions qu'elle sorte. Elle arriva rapidement pour sortir les poubelles et je klaxonnai. Elle nous regarda et je lui fis signe de la main par la vitre. Elle répondit en faisant aussi un signe avec un large sourire sur son visage. Elle leva ses deux pouces vers nous. Nous attendions qu'elle rentre avant de repartir. Je ramenai Sophie chez elle avant de retourner dans mon appartement. Il y avait un journal devant ma porte. Je le pris. Je m'assis sur le divan et attrapai une cigarette. J'inhalai fortement avant de me décider à lire le papier. La première page avait une photo de Yulia et le titre disait "L'héroïne russe : pause ou arrêt ?" Le journaliste qui l'avait écrit se plaignait du manque d'attention de Yulia envers sa musique et ses fans. Il avait dû être un grand fan puisqu'il avait écrit une page entière sur elle. Je pense qu'elle devait beaucoup manquer à ses fans, elle avait été pas mal absente ces derniers temps. Mais je me fis la promesse et secrètement à ses fans, qu'elle reviendrait à la musique à un moment. Et elle sera meilleure qu'avant. Je reposai le journal et fixai un moment les clés de la voiture. Je me mis à espérer que tout se passerait bien. Après ça, je pris une rapide douche et je me glissai dans mon lit pour une petite sieste. Je fis un rêve pendant ce court temps de repos. J'étais sur le bord d'une montagne avec des personnes qui avaient une forme floue qui me faisaient signe avec leurs mains en criant "NE FAIS PAS CA, NE FAIS PAS CA." Je ne savais toujours pas ce que ça voulait dire. J'étais sûre que mes visions et les rêves essayaient de me pousser à renoncer à notre plan de fuite. Mais c'était impossible. Tout était prêt pour demain soir et rien ne pouvait nous arrêter. Je regardai mon téléphone portable et j'avais un message de "Joulie". Ça disait…

 

J'adore la voiture. Merci pour tout Tibra. Merci à Sophie aussi. J'ai pris quelques vêtements et tu me manques beaucoup. Je t'attends demain soir après que mes parents se couchent. Je t'aime. - Joulia







Depuis le 11/10/2009