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Il n'y avait plus de temps à perdre. Tibra devait retrouver celui qui pourchassait sa femme. Mort ou vif, elle s'en fichait. Elle ne laisserait personne faire du mal à son amour. Elle se mit à courir vers l'usine et attrapa le petit couteau qu'ils utilisaient pour ouvrir des boites de conserves, et attendit dans un coin sombre. Une heure passa et Tibra restait assise là, gelée, à attendre l'apparition de la mystérieuse silhouette. Toujours ni bruit, ni sifflement. Tibra se demanda si c'était vraiment utile de rester là puisque le chasseur était sûrement parti à la poursuite de Yulia. Tibra se leva et remit son sac à dos. Ne pensant pas qu'elle ait pu réussir à semer cette personne, elle marcha silencieusement dans l'usine quand son téléphone se mit à sonner. "Merde" lâcha Tibra. Elle le sortit de sa poche et vit que c'était Sophie qui appelait. Elle mit le téléphone en silencieux et le rangea dans ses affaires. Alors qu'elle levait la tête, elle vit, au loin, une silhouette, debout, mais il faisait trop noir pour voir mieux. "HEY TOI" cria une voix féminine. Un tir se fit entendre, mais il ne toucha pas Tibra. Elle se retourna rapidement et se mit à courir vers une cachette et resta là en silence. Elle essayait de respirer doucement pour ne pas que la fumée de sa respiration attire la chasseuse. Les pas de la femme se firent plus lourds et plus proches. Tibra garda les yeux grands ouverts, prête à sauter quand la silhouette serait assez proche. Ca allait être dur de lui faire face avec juste un couteau alors elle se déplaça à chaque fois que la silhouette s'approchait trop près, attendant le bon moment, jusqu'à ce qu'elle arrive au bout de la pièce. Cela prit des heures à la chasseuse pour trouver la dernière cachette où était Tibra. C'était le bon moment. Alors que la chasseuse s'approchait de plus en plus près, Tibra serra sa prise sur le couteau. De la sueur coulait de son front malgré le froid glacial de la nuit. "Sors maintenant. Je sais que c'est une impasse. Tu n'as plus d'endroits où te cacher maintenant." Tibra sauta hors de sa cachette, voulant faire face à cette personne. Grâce à l'écho, elle arriva à tromper son adversaire. C'est ainsi que commença le premier affrontement entre Tibra et sa poursuivante. Elles combattaient avec toute leur volonté, les deux mains sur le même pistolet. Dehors (Hors) de l'usine, le soleil se levait. Tout semblait calme. Puis tout d'un coup, le bruit d'un tir vint briser le silence. Les oiseaux, effrayés, s'envolèrent des arbres près de l'usine, comme une éclaboussure dans l'eau.
A Moscou
Yulia attendait patiemment dans sa chambre, pleurant en imaginant des scènes horribles de Tibra. Ses parents remarquèrent sa dépression et son inquiétude. Ils la laissèrent seule. Ils l'avaient perdue une fois, ils ne voulaient pas recommencer. Sa mère s'inquiétait également pour Tibra. Son père restait dans le salon, pensant à tout ce qu'ils avaient traversé. Comment avait-il pu forcer sa fille, sa fille unique, à faire quelque chose qu'elle ne voulait pas. Il essayait de comprendre pourquoi sa fille était mariée avec une autre femme. Il essayait de comprendre leur amour. Il avait du mal, mais quelque chose de plus fort le poussait à accepter même s'il ne comprenait pas : son amour pour sa fille, la peur de la perdre encore une fois, pour toujours cette fois. Il était heureux qu'elle soit à la maison, en sécurité et au chaud, il voulait faire tout pour que ça reste ainsi. Il commença à penser qu'il ferait mieux de rencontrer Tibra, de faire sa connaissance. Il voulait écouter et apprendre de cette nouvelle génération. Avant qu'il ne puisse terminer, le téléphone sonna. Il n'eut pas le temps de se lever et de décrocher, Yulia était déjà là. Il la laissa répondre parce qu'il était convaincu qu'elle attendait cet appel. Il savait combien elle aimait Tibra et combien elle était inquiète et qu'elle lui manquait. Il la laissa parler en privé et partit dans la chambre de sa fille. Yulia fixa son père en décrochant. Une voix d'homme parla : "Mademoiselle Volkova ?"…
15 minutes plus tard…
Yulia marcha lentement dans le commissariat avec ses parents à ses côtés. Un grand homme en uniforme les emmenait dans une pièce. Yulia entra avec ses parents toujours derrière elle. Il faisait froid et elle sentit son corps frissonner. Elle regarda les deux hommes devant elle, également en uniforme, honteux et désolés pour elle. Dans leurs yeux, elle comprenait ce qu'il venait de se passer. Des larmes coulaient comme de la pluie de ses yeux vers ses joues. Sans attendre, sans hésitation, elle souleva le sac en plastique devant elle, découvrant le corps sans vie de sa femme, Tibra.
Flashback…
La bataille commença entre Tibra et la mystérieuse personne. Maintenant qu'elle était proche, elle pouvait savoir qui c'était. C'était Tanya. Elle n'avait jamais abandonné l'idée de récupérer ce qu'elle avait perdu, en se vengeant. "OU EST-ELLE CETTE SALOPE ?" cria Tanya en tenant toujours le pistolet que Tibra essayait d'attraper. "CE N'EST PAS TES AFFAIRES, TANYA" répondit Tibra. "Tu sais que je t'aimais, Tibra. Tu sais que me quitter était la plus grande erreur de ta vie." Tibra ne répondit pas, mais resta concentrée sur le pistolet. Mais sa fuite et sa partie de cache-cache l'avaient affaiblie. Elle ne pouvait pas repousser le pistolet, juste utiliser son corps pour s'échapper de Tanya. Alors qu'elle la poussa plus fort, le doigt de Tanya pressa sur la détente et une balle frappa directement le cœur de Tibra. Tanya resta pétrifiée, regardant ce qu'elle venait de faire alors que le corps de Tibra tomba au sol. Ses yeux s'élargirent, essayant de s'accrocher à la vie. Mais elle avait du mal. Très vite, la douleur s'envola et elle put voir des flashbacks de sa vie. Yulia attendant à la porte avec ses pantoufles lapins. Yulia au parc. Les baisers de Yulia. Yulia faisant l'amour. Leurs moments intimes. Yulia jouant avec sa fille. Le jour de leur mariage. Elle vit tout ce qu'il s'était passé entre elles, à vitesse accélérée. Mais ça ralentit au moment où elle arriva au beau visage de Yulia avec ses yeux bleus diamants la fixant, heureuse et souriante. Ces yeux… Ce sourire… Cette peau bronzée… Tout cet amour en elle. Cette beauté pour qui la vie valait le coup. La personne qu'elle aimait à mourir et avec qui elle avait vraiment été heureuse pour la première fois de sa vie. Le temps s'arrêta et l'image devant elle devint floue. Elle sourit malgré la douleur, ne sentant plus rien. Tous ses sens étaient stoppés. Tout semblait irréel à ce moment sauf une chose : l'amour de Yulia pour elle. C'était la dernière chose que Tibra vit et cette image lui dessina un large sourire avant que son cœur ne s'arrête et que l'image disparut lentement. Sa poitrine s'arrêta de bouger une fois pour toute. Elle était allongée là, dans une grande mare de sang. Son esprit se sépara de son corps comme une petite fumée sortant de sa bouche et son corps s'immobilisa définitivement.
Retour au commissariat…
Yulia continua de fixer Tibra. Est-ce que c'était vraiment elle ? Ca ressemblait à son corps. Il était sec et la peau devenait déjà bleue. Ses yeux étaient fermés et elle souriait légèrement. Il y avait toujours du sang sur son corps. La mère de Yulia se retourna et enfonça sa tête dans la poitrine de son mari. La scène était insupportable pour ses parents. Yulia commença à trembler et son visage devint jaune. Elle restait calme, essayant d'accepter le choc, mais n'y arrivait pas. Elle éclata en sanglots et toucha rapidement le visage de son amour. Il était froid. Elle trembla encore plus. Ses doigts touchèrent chaque millimètre du visage froid de Tibra. Elle approcha son visage de la joue de Tibra. Un des hommes s'approcha et lui tapota le dos. Elle se retourna rapidement et commença à le frapper. Elle attrapa une chaise et cria : "SORTEZ TOUS. C'EST DE VOTRE FAUTE. SORTEZ !" Le chef leur demanda de sortir pour la laisser seule. Mais ils restèrent juste derrière la porte. Yulia s'approcha de Tibra. Elle lui prit la main et l'attira à ses lèvres. Elle embrassa chaque doigt froid. Elle plaça son autre main sur la joue de Tibra. Avec beaucoup d'effort, elle arriva à lui parler : "Tibra, mon amour. Tu n'es pas morte, n'est-ce pas ? S'il te plait, réveille-toi. C'est moi, Yulia. Je sais que tu es fatiguée à cause de la fuite. Mais s'il te plait, je veux que tu te réveilles, tout de suite. Tu ne m'avais pas dit que tu ferais tout pour moi ? Tibra… s'il… s'il te plait, réponds-moi." Elle ne pouvait plus parler, elle ne pouvait pas y croire. Elle s'installa là, attendant que Tibra dise quelque chose. Même si elle savait que Tibra n'allait jamais revenir. Elle refusa de comprendre le fait qu'elle n'existait plus. Seulement dans son cœur et ses souvenirs. Pas dans la vraie vie. Elle attendit des heures qu'elle se réveille, qu'elle vienne l'embrasser et lui dire que tout irait bien. Et qu'elles étaient libres maintenant. Mais ça n'arriva pas. L'inspecteur en chef entra finalement dans la pièce. Cette fois, Yulia ne résista pas et se laissa entrainer en dehors de la salle. Avant de sortir, elle plaça un baiser sur les lèvres de Tibra et lui dit : "Tes lèvres froides sont insupportables. J'aurai aimé qu'on ait ce dernier baiser dans la voiture de Sophie. Je t'aime, Tibra." Puis elle sortit lentement de la pièce, en fixant le sol. Ses parents la retinrent et elle leur dit : "Tout va bien. Elle dort maintenant. Elle est fatiguée. Nous avons vécu une grande aventure. Dites-moi juste quand elle se réveillera." BonusYulia ne fut jamais capable de surmonter ce qu'il était arrivé. La douleur ne faiblit jamais. Chaque fois qu'elle sentait qu'elle ne supportait plus et qu'elle voulait en finir pour rejoindre son amour, elle lisait la lettre que Tibra avait laissée avant sa mort…
Chère Yulia, Si tu lis cette lettre, ça signifie que je suis morte. Désolée, je ne peux pas m'arrêter de trembler, il fait vraiment froid ici. Je ne sais pas où je suis pour le moment, mais je suis sûre d'être encore dans l'usine. C'était supposé être notre zone de sécurité, mais c'est devenu notre cauchemar. Bref, je voulais juste te dire combien je t'aime. Je ne regrette aucun moment avec toi, ma vie, ma mort, je ne regrette rien. C'est la mort parfaite sachant que c'était pour toi. Je n'ai jamais aimé quelqu'un autant que toi. Tu n'as aucune idée de combien tu as changé ma vie. Tout s'est coloré après notre rencontre. Tout avait du sens. Maintenant, je comprends mes visions. Ca devait se finir comme ça. Ce monde est tellement cruel qu'un amour aussi sincère ne pouvait survivre. Le vrai amour n'est pas admis. Il appartient à un autre monde. Pas ici. Ne pense pas à moi comme morte. Vois ça comme si j'étais partie chercher un monde pour notre amour. Dès que j'aurai trouvé, tu me rejoindras. Tu as encore la vie entière devant toi. Et ne fais pas de bêtises. Tu as encore la petite Tibra à t'occuper. Pense à elle et promets-moi que chaque jour, tu lui parleras de moi. Même si je ne peux plus être là physiquement, je serai avec vous. Promets-moi maintenant, Yulia ! Je sais que tu m'aimes et je ne veux pas que tu me rejoignes tout de suite. Ca ne me fera pas plaisir. Vis et rends-moi heureuse. Prends soin de Tibra. Et dès que je trouverai un endroit pour nous, je te ferai appeler… Je t'aime, -Tibra
Les traces de sang étaient sèches maintenant sur le bord de la feuille. La police lui avait donné ce papier trouvé dans les affaires de Tibra. Tanya était enfermée dans un hôpital psychiatrique. Ils avaient réussi à convaincre qu'elle était folle. Elle l'était vraiment. Yulia n'a jamais essayé de la voir. Elle savait qu'elle n'arriverait pas à se contrôler si ça arrivait. Yulia mit plein de photos et d'affaires de Tibra partout dans leur appartement. La table à manger avec le set de table et le briquet qui lui rappelait le cœur de Tibra. La guitare qu'elle utilisait souvent. Ses vêtements, ses brosses, ses tubes de peintures, son sac à dos noir qu'elle ramenait partout et qui contenait tous ses secrets. Ses lettres d'amour et ses poèmes. La chanson qu'elle avait dédicacée à Yulia et enregistrée sur une cassette. Tout et surtout, le plus important, les revues de Tibra. Larissa plaisantait parfois en venant rendre visite en comparant l'appartement à un lieu de pèlerinage. Et dès qu'elle se sentait seule, elle ouvrait la fenêtre et fixait l'escalier d'urgence. Parfois, malgré le froid, elle s'installait là pour regarder le ciel, attendant une étoile brillante envoyée par Tibra. Yulia continua à visiter la tombe de Tibra. Elle restait là pendant des heures, touchant la pierre où était gravée T N I-O 4?. Elle lui parlait pendant des heures. Chaque fois qu'elle venait, elle pouvait sentir le regard de Tibra sur elle et qu'elle la protégeait. Le fait de penser à l'âme torturée de Tibra enfin libérée, la calmait beaucoup. Elle priait chaque fois pour que Tibra puisse trouver rapidement une maison pour elles. Mais en attendant, elle restait juste assise ici, près de ce qu'il y avait sous la terre, les pierres et les vêtements blancs… Son ange gardien. |
