Danse avec moi

Chapitre 10




Au petit matin, je me réveillai à 7 heures. Comme je l'avais prévu, je n'étais pas particulièrement bien réveillée. La journée se déroula tout de même assez bien, le midi je mangeai chez ma mère, qui s'était arrangée pour que Romain et ses parents viennent. Il me proposa de me revoir et on s'échangea nos numéros. Je lui fis comprendre que nos relations ne resteraient qu'amicales et rien d'autre, il fit preuve de respect à ma décision et n'insista pas. Le soir en rentrant, j'étudiai de nouveaux dossiers avant d'aller au cours de danse. J'arrivai comme à mon habitude, en avance pour aider Carole à installer la salle, le cours débuta juste après.

- " Le concours que nous sommes en train de préparer approche, c'est pour cela que nous allons commencer les répétitions des enchaînements en duo, j'ai donc constitué les couples pour qu'on puisse travailler. Donc Justin et Mina, je crois que cela ne posera aucun problème, Julie avec Sébastien. Mathilde, tu danseras avec Mathieu, Marc avec Nathalie et si tu le veux bien Stéphanie, on dansera ensemble. " Elle me sourit.
- " Carole, je peux te parler un instant ? " demanda Marc.
- " Oui bien sur ! "
- " J'aimerais faire les duos avec Stéphanie, on s'est entraînés ensemble sur plusieurs pas donc la coordination sera plus facile. "
- " Elle te l'a demandé ? "
- " Je pense que ça lui ferait plaisir. "

Je voyais Carole faire une drôle de tête, de quoi pouvaient-ils bien parler ?

- " Stéphanie, tu peux venir une minute ? " m'appela t'elle d'un ton las.
- " Oui…
- " Si tu voulais prendre des cours avec Marc, il fallait m'en parler avant ! " me reprocha t-elle.
- " Pardon ? " demandai-je confuse.
- " Vous ferez votre duo ensemble ! "

Marc repartit avec un air content.

- " Attends, tu peux m'expliquer là ? " demandai-je.
- " Si tu voulais faire un changement, tu pouvais m'en parler. "

Elle me dit que si nous avions des problèmes de couple avec Marc, nous n'avions qu'à les régler, mais en dehors des cours. J'en restai stupéfaite, surtout avec la manière dont elle me l'avait reproché. Je ne pus contrôler ma nervosité, je lui dis que je commençais à ne plus supporter ses crises de mauvaise humeur. Elle me remit en place en disant qu'elle était mon professeur, moi son élève et rien de plus. Et si je ne concevais pas sa manière de travailler, je pouvais partir dès maintenant. Elle me glaça sur place.

Je me trouvais dans un état au bord de la crise de nerf. Elle était de bonne humeur une fois sur deux, en une demi-heure elle s'était métamorphosée, je commençais réellement à saturer.
Le cours fut encore une fois tendu et je fis les répétitions avec Marc, lui aussi m'énervait sérieusement.

Un mélange d'énervement peu contrôlable et de confusion m'habitait. Que cherchait Carole ? Elle jouait au professeur, après à l'amie, je n'y comprenais vraiment plus rien.

Après ce cours désastreux, je me préparai des pops corn au micro-onde et regardai un film tout en déprimant et pensant à elle. Il ne fallait pas que je me laisse abattre, si elle voulait jouer à ce jeu, je n'y prendrais pas partie, alors je recommencerai à être son élève et rien de plus. Déjà, commençons par le début, Marc ! Je composai son numéro.

Dans une courte mais intensive discussion, je lui fis comprendre qu'il arrête de s'introduire dans ma vie et de prendre des décisions me concernant sans mon accord ; il n'en fut pas vraiment ravi, mais le fait que tout le monde croit qu'on soit ensemble ne me plaisait pas du tout. Une bonne chose de faite, comme on m'a toujours dit, il ne faut pas se laisser marcher dessus sans agir.
En second, je décidai d'appeler Romain, au moins avec lui, je savais où j'en étais…. Il fut enchanté par mon invitation ; je me laissai une bonne demi-heure pour me préparer et on se rejoignit devant un restaurant. Il était vraiment craquant, en jean et chemise blanche, classe et détendu à la fois. Après avoir terminé le repas, nous sortîmes.

Il me guida ensuite en direction d'un quartier que je ne connaissais pas, on discuta beaucoup pendant le trajet à pieds. On arriva dans un beau parc complété d'un petit bassin où l'on pouvait apercevoir des petits canards en train de jouer. Des lampadaires longeaient les étroits chemins ce qui émettait des petits faisceaux lumineux, un endroit très romantique. On s'assit sur un banc pour pouvoir profiter de cette magnifique distraction, seule l'agitation des canards dans l'eau se faisait entendre.
Mon portable sonna à ce moment, regardant mon écran j'aperçus le nom de Carole affiché, je raccrochai pour faire cesser la sonnerie, puis je le mis sous vibreur.

- " Je suis désolée. " m'excusai-je.
- " Ce n'est pas grave. "

Il me lança un sourire laissant apparaître des dents blanches éclatantes et bien alignées. Tout était parfait chez cet homme, je me demandai pourquoi il était encore célibataire. Il était extrêmement beau, gentil, intéressant, il exerçait un métier vraiment passionnant ; ingénieur dans la recherche et les tests de nouveaux médicaments.

On passa vraiment une très agréable soirée, sans bruit, sans agitation, juste nous deux à discuter dans un milieu vraiment charmant, de plus il n'avait rien tenté pour cette première soirée en tête à tête, ce que j'appréciai.

Carole m'avait appelée trois fois sur le portable, je n'écoutai même pas son message, j'étais vraiment énervée contre elle, puis je m'étais mise d'accord sur le fait de l'oublier.

Une fois rentrée, je me couchai heureuse de cette petite soirée, espérant revoir Romain très bientôt.

Je ne retournai pas au travail jusqu'au samedi, uniquement des études de dossiers et quelques heures de débats avec mes fameux clients.
Depuis deux jours, je pouvais voir le numéro de Carole s'afficher sur mon portable, mais je ne répondais pas. Pourquoi faire ? Pour qu'elle s'excuse comme à son habitude, que je lui pardonne et qu'elle recommence encore ? Non, j'en avais assez de souffrir à cause de ses crises d'humeur. Je prenais vraiment sur moi, pour ne pas me jeter sur le téléphone. Je n'étais même plus allée aux cours de danses pendant deux jours et je m'étais arrangée pour ne pas être chez moi aux heures où Carole venait me donner les cours. Pourtant je pensais énormément à elle, je faisais des efforts surhumains pour ne pas lui répondre, j'essayais de me concentrer plutôt sur Romain, sans grand succès.
J'emmenai ma mère faire les courses, elle ne manqua pas de me questionner sur Romain, ce fut un véritable interrogatoire, mais je lui dis qu'elle n'avait pas tort quand elle disait du bien sur lui, elle calma alors ses questions.

De retour chez moi, j'aperçus Carole m'attendant devant ma porte.

- " Salut " me sourit-elle.

Son sourire s'effaça quand elle vit mon expression, on ne pouvait pas dire que je l'accueillis de bon cœur.

- " Tu n'es plus venue aux cours ces derniers jours… "
- " Oui, tu veux mon mot d'absence peut être ? " lançai-je.
- " S'il te plait ne soit pas si cassante, je ne supporte pas, puis ça ne te va pas ! "
- " Tu devrais réviser ton amabilité alors, car je ne sais pas si on te l'a dit, mais elle n'est vraiment pas convivial des fois. "
- " Je suis vraiment désolée ! "
- " Désolée j'ai du travail ! "

Je refermai la porte sur elle et me mis à pleurer derrière. Pourquoi m'étais-je autant attachée à elle ? J'entendis taper à la porte, mais n'ouvris pas, je l'écoutai alors :

- " Stéphanie, ouvre moi, je t'en prie, je regrette vraiment mon comportement, mais si j'ai réagi de cette manière, c'était pour une raison…s'il te plait…je ne supporte plus cette tension entre nous. "

Elle ne parlait même plus, mais chuchotait, elle me suppliait presque, j'ouvris la porte les yeux rouges, les joues mouillées.

- " Je m'en veux tellement. "

Elle se jeta dans mes bras, mon cœur battait à tout rompre, je me sentais si bien dans ses bras. Nous étions l'une plongée dans le regard de l'autre, mes larmes ne cessaient plus de couler. Elle essuya son visage de ses mains et approcha ses lèvres des miennes, mon ventre se tordit, je me raidis à leur léger et court contact.

Elle me regarda craintive en attendant ma réaction, sûrement la peur que je la mette dehors, je n'en fis rien. Un silence inonda la pièce.

- " J'ai pris des disques au cas où tu voudrais t'entraîner pour le duo, Marc m'a dit que tu ne voulais pas le faire avec lui… "

Elle semblait réellement gênée, la première fois que je l'entendais parler si hésitante et peu sûre d'elle. Peut-être fallait-il que je réagisse un peu moi-même ? Mon ventre se transforma en nœud.

- " Je ne veux pas travailler le duo ! "

Je pris les disques de ses mains et cherchai celui qui m'intéressait, elle me regarda sans comprendre. Je mis le disque zouk dans la chaîne et mis lecture, je revins en face de Carole.

- " Je veux que tu danses un zouk avec moi ! " soufflai-je doucement en lui tendant la main.
- " Maintenant ? "

Je confirmai tout en commençant à danser, elle se rapprocha de moi, nous étions collées, bougeant uniquement au rythme qu'on entendait. Elle posa sa tête sur mon épaule, je fermai les yeux, profitant de ce moment. J'espérai tant qu'il se reproduise !

Je ne préférais pas trop réfléchir si le baiser de tout à l'heure était voulu ou non, mais je voulais agir au lieu d'attendre, même s'il était fort possible que je me trompe sur ses sentiments, au moins je le saurai. Les chansons s'enchaînaient, nous dansions toujours.

Quand elle releva la tête, nos regards se croisèrent, nous étions vraiment très proches, une montée de stress m'envahit, j'essayai néanmoins de me ressaisir et m'approchai plus près, elle ne recula pas, mais s'approcha aussi, nos lèvres se touchèrent enfin. Je frissonnai à ce contact si agréable, si doux, elle le sentit ; je m'éloignai un peu, mais elle se rapprocha à nouveau. Nous nous embrassâmes beaucoup plus sûrement cette fois-ci, plus passionnément.
Elle m'enlaça de ses bras avec une telle délicatesse, je me sentais sereine, enfin paisible, comme si mon rêve le plus cher se réalisait ; mon cœur battait à tout rompre. Nous continuâmes à danser enlacées.