D'un bout à l'autre

Chapitre 11




 

Je m'assis sur mon lit et ouvris la lettre.

Ma chérie,

J'espère que tu vas bien là où tu es. Julian m'a dit que vous n'étiez plus ensemble et il m'a aussi donné cette adresse, car apparemment tu habites chez cette personne. J'espère que tu vas recevoir ma lettre. Si je t'écris, c'est pour t'expliquer beaucoup de choses que tu ignorais. Peut-être qu'après tu ne m'en voudras plus de t'avoir négligée pendant tout ce temps.
Comme tu le sais, j'ai épousé ton père très jeune. J'avais à peine vingt et un ans. Lui en avait déjà vingt-huit. C'était un véritable mariage d'amour. Jamais je n'ai épousé ton père pour toute sa fortune. A quoi bon de toute façon, puisque moi aussi je suis de ce milieu. Tu es arrivée trois ans plus tard dans notre vie. Mais ce que tu ne sais pas c'est que ton père, avant de m'épouser, avait déjà une fille. Elle s'appelait Laura et était née quand ton père avait vingt et un ans. Quand tu es née, elle avait déjà dix ans. Je ne l'ai vue qu'une fois avant ta naissance. Ton père ne souhaitait pas que vous vous connaissiez. Il s'en voulait, car il ne s'occupait pas beaucoup d'elle. Son mariage s'était mal passé, tu sais. Alors quand tu es née, il a voulu se rattraper. Il s'occupait vraiment de toi. Jusqu'à ce que tu rentres à l'école primaire. Il voulait te donner la meilleure éducation possible. Que tu réussisses. Il était fier qu'à cinq ans tu saches déjà lire. Quand tu es arrivée en quatrième, il se disait et moi aussi, qu'il fallait que tu commences à devenir femme. On t'emmenait souvent dehors pour que tu puisses découvrir avant tout le monde les mondanités. J'étais persuadée que tu adorais ça. Tu étais toujours souriante. Tu souriais quand je t'achetais des robes Chanel, quand tu marchais sur les Champs avec tes Ray-Ban sur le nez. Je pensais que tu aimais ce monde. Tu l'as aimé, ma chérie, tu ne peux le nier. Ensuite, on t'a inscrite dans le privé. Tu étais d'accord. A ton entrée en seconde, la première fille de ton père s'est suicidée. Je n'ai jamais su pourquoi. Ton père a fait une grosse dépression. Et il a renforcé ses marques d'amour auprès de toi. En te donnant plus d'argent et en te cédant tous tes désirs. Il regrettait de ne pas avoir fait la même chose avec Laura. Je te voyais heureuse. Tu étais avec Julian. Tu avais tout un groupe d'amis. Ma chérie ... Jamais je n'aurais pensé que toi, ma fille, tu puisses tomber dans la drogue comme m'a expliqué la mère de Julian. Ce n'est pas de notre faute. On était toujours là pour toi. Comment as-tu pu tomber dans ce cercle vicieux ma chérie ? J'étais glacée d'effroi quand Julian m'a dit que tu aurais pu mourir. Que plus d'une fois, il s'était inquiété du chemin que tu prenais. Pourquoi tu ne m'en avais jamais parlé ?
Et puis tu es partie. Je n'ai jamais compris pourquoi. Je ne comprendrai jamais. Ca ne peut pas être de notre faute.
Ma chérie, s'il te plaît reviens à la maison. Ton père ne vit plus depuis que tu n'es plus là. Et moi non plus. Pourquoi  es-tu partie ? Qu'a-t-on fait de mal ? Peux-tu me le dire ? Reviens c'est tout ce que je te demande. Dis-moi comment tu veux que nous nous comportons avec toi et on sera comme tu le voudras.
Je t'embrasse.
Maman.


Après la lecture de cette lettre, un goût amer était présent dans ma bouche. Mais bizarrement je ne ressentais aucune tristesse. Même pas pour mon père. Même pas quand j'avais lu que sa première fille s'était suicidée. Moi aussi j'étais passée près de la mort. Ma mère m'apitoyait. Elle croyait être parfaite. Comme dans sa première lettre. Je savais que la dépression de mon père n'était qu'un prétexte pour que je revienne. Mais je ne reviendrai pas là-bas. Je ne les considère plus comme mes parents. Je suis passée au-dessus de tout ça maintenant. Je pris la lettre et la déchirai en tous petits morceaux. A quoi ça servait que je ressasse cette histoire dans tous les sens ? La lâcheté de mes parents me scandalisait. J'espérais ne jamais être comme ça avec mes propres enfants. Ne jamais les abandonner ainsi en cours de route. Je me l'étais promis. Et je me le répétais souvent. Mon portable vibra. J'avais un message de Sally.

Coucou choute ! J'espère que tu vas bien. Juste pour te dire, je rentre plus tard ce soir, je passe prendre des nouveaux articles à traduire, donc ne t'inquiète pas. Bisous. Ta peste préférée.

Je souris en lisant la signature. Sally n'était pas une peste ; c'était Lou qui disait ça... Je ne savais pas quoi faire de mon après-midi. Cette stupide lettre m'avait ôté mon énergie. Je m'allongeai sur le parquet et réfléchis à ce que je pouvais bien faire ... Regarder un DVD ? J'en avais déjà regardé un hier soir et je connaissais déjà tous les films que Sally avait presque par cœur alors non pas ça. Faire un gâteau ? Ouais pourquoi pas ? Mais quoi comme gâteau ? J'ai pas un répertoire très varié et j'en ai déjà fait trois la semaine dernière. Aller à une expo ? Non, pas envie d'y aller seule. Aller au ciné ? Non plus, pour la même raison. Travailler ? Si j'étais raisonnable, c'est ce que je ferais. Je passe bientôt les épreuves anticipées du bac. Mais je n'en ai pas envie non plus. Dessiner ? Ouais. Et ensuite, j'irai prendre des photos dehors. Je vais chercher le papier canson, mes crayons et m'installe près de la fenêtre pour avoir le maximum de lumière. Je commençai par dessiner des choses sans importance. Mes pieds, mes mains. J'aimais bien ces deux parties de mon corps. Les seules que j'aimais d'ailleurs, même si d'après Zoé, Lou et Sally, niveau physique je n'avais pas à me plaindre. Je continuai mes dessins. Je fis quelques esquisses de Sally et puis j'en choisis une et la redessinais beaucoup plus soigneusement.
J'étais encore plongée dans mon dessin, quand Sally revint de l'école de traduction. Je ne l'avais pas entendue rentrer. J'étais entrain d'affiner mes contours quand je sentis un regard posé sur moi et mon dessin. Je me retournai. Sally était derrière moi et m'observai, ainsi que le dessin.
" Coucou ! dis-je en lui faisant un grand sourire.
_ Hey ! Ca va, petite ? me demanda Sally en me rendant mon sourire.
_ Ouais. Et toi grande ? répliquai-je espiègle.
_ Ca va. Me répondit Sally en riant. "
Elle posa son sac, l'ouvrit et sortit un livre.
" Tiens, c'est de la part de Lou. Me dit-elle en me le tendant. "
Je pris le livre et regardai ce que c'était. Belle du seigneur. J'avais envie de le lire mais je ne l'avais pas ici, alors Lou m'avait proposé de me prêter le sien.
" Merci. Dis-je à Sally. "
Elle me sourit. Elle s'étira et me sourit de nouveau.
" Ce soir, on termine nos plans pour Shanghai, sinon je ne pourrai pas prévenir mes cousins à temps.
_ OK. "
Je rangeai le dessin dans ma pochette et rangeai tout mon matériel dans ma chambre.
J'allai dans la cuisine. Sally était entrain de préparer des raviolis. Je souris. Je vidai le lave-vaisselle et entrepris de mettre la table. Ensuite, on regarda les infos et on mangea. Sally avait posé des feuilles et un stylo à côté d'elle et on parla de nos vacances pendant tout le repas.
" Je pensais que la première semaine, on pourrait rester à Shanghai. Mon cousin et ma cousine peuvent nous loger, comme ça on pourra visiter la ville, sortir et tout ça. Une semaine à Shanghai, on n'aura pas le temps de s'ennuyer. La deuxième semaine, on pourrait aller chez mes grands-parents. Ils seront contents de me revoir et de te voir, je pense et puis là on pourra bouger un peu. Tu verras, la campagne chinoise, c'est super joli. Enfin ... C'est ce que j'avais prévu, après si tu as des suggestions ...
_ Oh non, moi ça me convient ... Enfin ... Quand même ...
_ Ouais ?
_ Hum ... J'aimerais bien aller à Pékin. Dis-je en souriant.
_ Ah oui, je te l'ai pas dit. On y va au retour pendant quatre jours. On reprend l'avion depuis Pékin.
_ OK. En tous cas, ça me va ce petit programme. "
Sally me sourit.

Les jours passèrent à une vitesse hallucinante et le départ pour la Chine approchait de plus en plus. J'étais de plus en plus excitée aussi. Partir aussi loin, je pensais que je ne le ferais jamais. En plus avec une fille aussi géniale que Sally ... Ca ne pouvait pas être mieux ...

23 juin.

Ca y est. C'est le jour. On part dans une heure pour Roissy. Mes affaires sont prêtes et celles de Sally aussi. Elle est entrain de ranger sa chambre. Je vois pas pourquoi puisqu'on part mais bon ... Sally c'est Sally, et il ne vaut mieux pas chercher à la contredire. J'ai hâte d'être en Chine. De rencontrer sa famille. De découvrir la Chine et de manger avec les baguettes.
Il faut que j'y aille. A dans trois semaines.
Lina.







Depuis le 28/07/2009