D'un bout à l'autre

Chapitre 6




  Les cours au Cned avaient commencé depuis une semaine et ce n'était pas du tout facile. J'avais accumulé pas mal de retard à force de sécher cours sur cours... Sophia, la mère de Julian, m'aidait pas mal à rattraper les bases qui me manquaient et Sally m'aidait en anglais et en espagnol. J'avais été tenté plus d'une fois de tout abandonner... Mais par respect pour Julian et surtout pour Sally je me devais de travailler. Les semaines passaient et au bout de deux mois j'obtenais déjà de meilleures notes aux contrôles du Cned. Je sentais que Sally était fière de moi même si elle ne me le disait jamais. Je sortais de moins en moins mais bizarrement je fumais et tapais de plus en plus. Je devais tout le temps cacher mon cannabis et ma coke. J'avais plus ou moins promis à Sally d'arrêter de me défoncer et de me taper des traits mais je n'y arrivais pas. Je m'enfonçais de plus en plus dans la drogue, seule. Personne ne semblait s'en rendre compte. Ca me faisait du bien. J'aimais savoir que je me bousillais mes neurones, que les cartilages de mon nez s'abîmaient au fur et à mesure que je tapais. Des fois quand je travaillais avec Sally je voyais qu'elle semblait triste et j'en ignorais la raison.
Aujourd'hui nous sommes mardi, Sally doit arriver dans une heure pour m'aider en anglais. Je roule un joint et broie un caillou de coke avec ma carte de crédit dont je ne me sers presque plus. Ca fait tellement longtemps que je n'ai pas fait les magasins. Je fume mon joint tranquillement à moitié allongée par terre. Et puis ensuite je me tape un trait. J'alterne joint et trait. Je n'ai pas entendu la porte d'entrée s'ouvrir. J'ai oublié. Oublié le Cned, oublié que Sally a les clefs de chez moi, oublié Julian, je me souviens juste que j'ai encore de la coke. J'entends une voix crier mon nom. Laissez-moi bordel. Laissez-moi prendre ma coke et fumer tranquille qui que vous soyez bordel ! Laissez-moi ! J'entends la voix qui m'appelle encore et encore.
" Qu'est-ce qui se passe ? hurlai-je la voix complètement pâteuse. "
J'entends des pas venir ici, dans le bureau. Des pas pressés et qui ralentissent. Je reconnais le craquement sur la lame de parquet qui partage le bureau et le salon en deux pièces. J'entends quelqu'un s'arrêter de marcher.
" Oh putain. "
Quelqu'un se jette sur moi me soulève et me secoue. Je suis hagarde mais je reconnais Sally, sa voix, l'odeur de son parfum. Elle me secoue comme un prunier.
" Mais t'es tarée ou quoi ? Et tes paroles alors ? C'est du vent ? Lina c'est quoi ça ? C'est quoi cette coke ? Ce cannabis ? Je croyais que tu ne sortais plus avec tous ces gens bourrés de fric et défoncés jusqu'à la moelle ! Tu m'as menti ! Tu m'as fait marcher et moi qui te croyais quand tu me disais que t'arrivais à t'en passer, que tu n'y pensais presque plus. Tu n'es qu'une menteuse ! Tu n'es qu'une menteuse ! Lina je ne peux pas accepter ça je suis désolée. Arrête s'il te plaît arrête ! Arrête de croire que ça t'aide à aller mieux. Arrête de croire que ça te vide de tous problèmes ça ne fait que les aggraver. S'il te plaît arrête. Je ne veux pas que la prochaine fois que je viens ici je te retrouve dans le coma ou même morte ! S'il te plaît arrête. "
J'entends les sanglots de Sally. Je reprends peu à peu mes esprits. Je m'approche d'elle et la serre contre moi.
" Me touche pas ; murmure-t-elle en me repoussant.
_ Pourquoi tu te mets dans un état pareil ? Je contrôle la situation tu sais. Dis-je très sûre de moi. "
Sally se tourne vers moi en un millième de secondes, le visage déformé par la fureur.
" Tu t'en fous de moi Lina ou quoi ? Tu crois contrôler la situation ? Tu te crois plus forte que la coke c'est ça ? Putain mais regarde-toi bordel ! Regarde comme tu as perdu ta beauté ! Regarde comme tu as maigri ! Regarde ton teint, tes dents qui virent au jaune malgré tes dizaines de brossages par jour, regarde comment tu marches, comme ta voix est pâteuse. Regarde tes yeux, tes cernes ! A quoi ça t'avance de faire ça ? A part te bousiller tu ne fais rien ; Rien. RIEN tu m'entends ? C'est quoi ton but ? Taper rails de coke sur rails de coke jusqu'à en crever ? Ou essayer de faire quelque chose de ta vie ? Je suis désolée mais je ne peux plus, je ne peux plus Lina. J'ai essayé. Oui je m'en doutais que des fois tu devais recraquer mais je ne voulais pas te demander car je voulais que tu t'en sortes et puis tu ne m'as jamais demandé de l'aide ou quoi que ce soit à ce sujet. Mais là je vois que je me suis trompée. Je me suis trompée sur ça mais aussi sur toi. Alors je pars. Garde ta vie avec tes rails de coke et ne cherche plus à me voir c'est mieux comme ça. " Sally avait dit tout ça d'une voix calme, posée. Son visage s'était totalement calmé pendant sa tirade.€ A travers mes yeux défoncés, je la vis ramasser son sac, son manteau et j'entendis la porte se refermer. Je me roulais en boule et m'endormis assommée par toute cette drogue.
Je me réveillai vers 21 heures ; je regardai mon portable j'avais vingt-trois appels en absence de Julian et sa mère. Je sentis mon sang ne faire qu'un tour ? Et si Sally leur avait dit ? Si elle avait tout raconté ? Non ce n'est pas possible elle ne ferait pas ça.
J'écoutai les messages qu'ils m'avaient laissés. Julian s'inquiétait que je ne réponde pas à ses appels tout comme sa mère. J'avais évidemment oublié d'aller la voir pour les devoirs. Après avoir écouté ces messages je fumai encore quelques joints et puis me plongeai dans Les Liaisons dangereuses de Laclos. Les lettres perverses surtout celles de Madame de Merteuil et de Valmont étaient celles qui me plaisaient le plus. Mon portable sonna vers vingt-deux heures, je décrochai.
" Allô ?
_ Lina c'est Julian. Je viens d'appeler Sally qui me dit qu'elle ne te donne plus de cours comment ça se fait ?
_ Euh...
_ Alors ?
_ On s'est un peu disputé donc temporairement on arrête de se voir. Je suis désolée pour le cours avec ta mère mais je dormais.
_ Mmh je lui dirai. Je vais tenter de parler avec Sally c'est pas possible qu'elle te laisse comme ça sans te donner de cours. Bisous ma chérie je t'aime.
_ Bisous Jul moi aussi je t'aime. "
Je raccrochai en laissant échapper mon souffle que j'avais retenu... A espérer que Sally n'aille pas tout raconter à Julian... Sans savoir ni pourquoi ni comment je me doutais qu'elle lui dirait... Et là ça allait être ma fête...