Destin

Chapitre 2 : Evolutions




Deux semaines s'étaient écoulées. Les deux filles ne s'adressant la parole seulement lors des séances de T.P.E., les tensions de la classe ne s'étaient pas calmées au grand damne des professeurs qui voyaient dans ces séances un bon moyen de regrouper les élèves. Pourtant, Célia dénota un léger changement presque imperceptible dans le comportement de ses camarades. Plus d'insultes quand les autres entraient, plus de blagues taquines, elle avait même surpris Jalile échangeant quelques mots avec Sandrine lors de la pause. Tous ces changements aussi faibles soient-ils la perturbait autant que la jeune blonde avec qui elle devait passer deux heures par semaine. Depuis la première fois, à chacune de leur rencontre, elle se disait la même chose : nous sommes ennemies depuis toujours... je ne veux rien à voir à faire avec elle ! Elle fit part de cette modification à Muriel :
" Mumu, tu ne trouves pas que quelque chose cloche ces derniers temps ? Je veux dire, on ne se moque plus du groupe des tartes. J'ai même vu Jalile rigoler avec une des leurs cette après midi. C'était choquant. Tout ça c'est la faute à Mazashups ! "
" Peut-être nous sommes nous trompés sur leur compte, peut-être les avons-nous jugés trop vite ! Moi je trouve que Jérémie est très intéressant comme garçon… et très mignon en plus… allez ma grande, ne soit pas fermer comme ça. Ces bouleversements font du bien, ils assainissent l'air et l'ambiance. ça devenait néfaste pour nous tous "
Tout en s'éloignant d'elle, Muriel lui souffla :
" Je ne suis pas la seule de cet avis. Tu devrais te faire une raison et essayer de t'apercevoir par toi-même qu'ils ne sont pas comme nous les avons dépeint. "
Une fois rentrée chez elle, elle continuait à ruminer la dernière réplique de sa copine. Que je m'habitue à cette bande de... impossible ? Mais qu'est-ce qui leur arrive à tous, on leur a fait un lavage de cerveau...
Le téléphone la perturba dans ses pensées et la voix de son père se fit entendre dans l'escalier :
" Célia, téléphone pour toi. Et dépêches de finir tes devoirs, on nous attend chez les De Larozes. "
" Oui papa, j'en ai pour une demi-heure maximum, je vais répondre en haut "
Puis en décrochant le combiner elle hurla :
" C'est bon, tu peux couper " avant de saluer son interlocuteur :
" Célia à l'appareil, à qui ai-je l'honneur ? "
Elle sourit en disant ces quelques mots. Elle adorait en faire des tonnes pour impressionner ses interlocuteurs. Ce qui était souvent le cas. Une voix timide qu'elle ne reconnut pas tout de suite lui répondit doucement et sans assurance : " Heu, bonsoir, j'espère que je ne te dérange pas, c'est Aurore "
A la prononciation de ce nom, Célia perdit instantanément le sourire et repris d'un ton glacial :
" Que me vaut l'honneur de ton appel " Sa voix se voulait ironique, mais elle se rendit vite compte que ça ne s'entendait pas. Deuxième choc de la journée.
" Je voulais te demander si tu allais au dîner organisé par ma famille ce soir ? "
" Oui, mes parents sont invités, ils vont m'amener avec eux " malheureusement " pourquoi tu voulais me voir ? "
Et cette fois-ci encore, l'effet stylistique de sa voix ne fonctionna pas, elle enrageait intérieurement.
" En fait, j'ai remarqué que notre travail sur la seconde guerre n'avançait pas par rapport aux autres. J'ai réfléchi et en ai conclu que c'était parce que nous ne travaillons que lors de nos séances "
et c'est largement suffisant, lui souffla son esprit :
" Alors que tous les autres s'étaient déjà vus au moins deux fois à l'extérieur de l'enceinte du bâtiment… bon, on en parle ce soir, si tu n'y vois pas d'inconvénient. Ma mère m'appelle… allez salut. "
Puis, elle raccrocha. A l'idée de devoir discuter avec Aurore, Célia n'avait plus du tout envie d'aller à ce fichu dîner. Mais aussi bizarrement que cela lui parut, elle fut contente de pouvoir discuter avec cette fille loin des tensions de la classe. Les paroles de Muriel lui revinrent en tête une nouvelle fois comme un boomerang, et si tu avais raison, si le fait de nous avoir séparés nous avait ouverts l'esprit... je ne sais plus quoi penser de ce qui se passe en ce moment... pourquoi faut-il que tout change ?
A leur arrivée dans la maison de leurs ôtes, la fête allait bon train, la plupart des invités étant déjà arrivés. Célia alla dans un coin reculé de la salle pour ne pas avoir droit aux bisous baveux des personnes se trouvant là. Elle détestait ce genre d'ambiance fausse et mondaine. Elle préférait sortir en discothèque avec ses amis. Malheureusement pour elle, sa mère la repéra et la sortit de sa retraite pour qu'elle aille saluer les gens qui les avaient invités :
" Bonsoir Célia, comment vas-tu ? " S'enquit la mère d'Aurore tout en lui pinçant la joue énergiquement au point qu'elle crut qu'on la lui arrachait.
" Ma fille est dans sa chambre, elle finit ses devoirs… montes si tu veux… il parait que vous êtes dans la même classe cette année. Pour une fois qu'Aurore se retrouve avec quelqu'un qu'elle connaît depuis toujours "
Cette réflexion, pourtant dite sans aucun sous-entendu, fit rougir la petite brune qui ne savait plus où se mettre. La femme n'eue pas l'air de s'en apercevoir et fit signe à l'un des domestiques qui rappliqua dans la seconde
" Voulez-vous bien emmener cette demoiselle dans la chambre de ma fille ? "
" Bien madame " dit-il en s'inclinant face à sa maîtresse. Il lui fit signe de le suivre, ce qu'elle fit sans résistance, pour ne pas froisser leurs ôtes. Ils gravirent un long escalier en marbre, arrivèrent dans un long couloir et il frappa à l'une des portes. Une voix se fit entendre à l'intérieur de la pièce :
" Entrez ! "
Il ouvrit la porte, la laissa entrer, puis redescendit vaquer à ses activités :
" Merci monsieur " lui lança-t-elle un sourire aux lèvres. Le vieux monsieur se tourna vers elle et lui rendit son sourire avant de s'éclipser. Elle se retrouva seule, sans ses amis, en face de cette fille qu'elle était censée haïr. Elle restèrent longtemps sans prononcer un mot. Aurore fut également troublée de la présence de cette fille dans sa chambre. Elle prit son courage à deux mains, respira à fond et dit d'une voix nonchalante :
" Je travaillais justement sur notre sujet, tu veux jeter un coup d'œil ? "
Célia s'approcha du bureau, prit une chaise et vint s'asseoir à côté de l'autre fille. La rougeur envahit soudainement ses joues sans qu'elle n'en comprenne les causes. Pendant plus d'une heure, elles discutèrent, échangèrent leurs idées, leurs impressions. Loin de leur établissement, c'est comme si on leur retirait un poids. Elle n'avait pas besoin de jouer la comédie, pas besoin de trouver des excuses pour s'adresser la parole. Il n'y avait là, aucune tension palpable, l'ambiance étant même très détendue. Elles rirent de bon cœur aux blagues, parfois osées de Célia, aux caricatures de leurs profs proposés par Aurore. Tu n'as pas tort ma petite Mumu, nous avons peut-être mal jugé ces gens. Elle est moins froide qu'à son habitude et même ses yeux ne sont pas aussi glacés. Peut-être pourrions-nous... non n'y pense même pas.
Elle essaya de réinstaller une distance de sécurité comme la dernière fois qu'elle avait eu ce genre de pensées mais cette fois-ci sans résultat concluant, Aurore ne voulant plus entrer dans son jeu. Je ne la comprends pas, se dit-elle, pour une fois que je me sens bien en sa présence, elle essaye de faire comme avant. De quoi a-t-elle peur ? De me trouver sympa ? On dirait qu'elle ne veut pas changer. Pourtant ma vieille tout est en train de changer entre nous. Ce peut-il que je souhaite être une de ses amies ? Non ! ! ! ! ! ! ! Pourtant, je la trouve vraiment intéressante et très drôle. Je comprends que les autres n'arrêtent pas de rire en sa présence. Que faut-il faire pour passer outre nos préjugés ? Ai-je vraiment envi de faire tomber les masques de l'hypocrisie ?
Tout devenait confus dans sa tête et elle fut soulagée d'entendre la clochette qui annonçait le repas. Elles descendirent les marches sans parler et arrivèrent dans la grande salle à manger. Les domestiques leurs montrèrent où s'installer et oh surprise, elles étaient installées l'une en face de l'autre à la table des "jeunes". Après un début de repas difficile, Célia laissa tomber, le temps du dîner ses idées préconçues et lui adressa la parole de nombreuses fois, sans utiliser le prétexte du travail de groupe. Quand elle allait partir, elle se résolut à lui dire, non sans peine :
" Il faudrait aller à la B.U. il parait qu'il y a beaucoup de livres sur notre sujet. On ne pourra pas les emprunter, mais ça ferra une bonne base pour notre exposé. Quand dis-tu ? "
Sans même réfléchir elle répondit du tac o tac :
" Oui, c'est une très bonne idée. On en reparle demain en cour ? "
La réaction de Célia fut-elle aussi immédiate :
" D'accord, alors à demain, bonsoir. "
Ce n'est pas possible, elle m'a dit à demain. Elle a accepté de me voir, de me parler pendant les heures où elle est avec les autres. Elle a même été aimable. Je pense qu'au fond d'elle, elle doit partager mon envie de devenir plus intime. Mais comment faire ?
Elle se coucha le sourire aux lèvres en repensant et en ressassant le dîner qui venait de passer. Célia ne lui avait fait aucun sale coup, elle lui avait même adressé la parole plusieurs fois et étrangement cela lui faisait plaisir. Elle s'endormit contente de sa soirée. De son côté, Célia ne trouvait pas le sommeil. Elle voyait défiler devant elle les 13 ans de vacheries qu'elle avait fait subir à Aurore. Elle ne comprenait pas pourquoi, cette dernière avait toujours été gentille avec elle. Elle ne comprenait pas pourquoi elle s'acharnait autant sur la jeune fille aux yeux bleus. Mais le pire était qu'elle ne comprenait pas pourquoi maintenant elle voulait changer de comportement vis-à-vis d'elle. Quand elle sombra dans le sommeil, une pensée la hantait :
" Les choses sont en train d'évoluer dans ma vie et dans la vie de la classe, comment vais-je faire pour pouvoir les accepter en tant que tel ? Comment pourrai-je effacer le passé et recommencer un nouveau genre de relation avec Aurore, alors que je me suis montrée si odieuse depuis tant d'années. Tous ce qui m'avaient fait rire à ses dépendent me paraissent maintenant d'une grande stupidité et d'une grande méchanceté. Ce qui ne me ressemble pas. "