Destin

Chapitre 4 : les vacances à Courchevel




Le lendemain, Célia attendait devant sa porte dès dix heures et demie, ce qui surprit ses parents qui n'étaient pas habitués à la voir se préparer en moins de trois quarts d'heure. Aurore arriva à l'heure pile. Elle se prirent les mains et sortirent sans même se dire bonjour. Ce qui les surprit d'autant plus. Jamais leur fille unique n'avait fait preuve d'autant d'impatience. Ils se sourirent et vaquèrent à leurs occupations respectives. Le déjeuner entre ces deux personnes qui ne savaient pas comment interpréter la situation qui se déroulait, était assez tendu, jusqu'au moment où Célia décida de rompre la glace :
" Bon on est là en tant que camarades, j'aimerai qu'on se comporte en tant que tel. Ces silences m'ennuient et m'énervent. Tu es d'accord ? Partenaires ? "
" Partenaires ! "
Elles se serrèrent la main énergiquement et tout le reste de la journée se passa bien… au moment de se séparer, Aurore se décida à lui poser la question qui la hantait depuis la fin du repas :
" Tu veux venir à la maison ce soir ? Mes parents ne sont pas là. On pourrait faire une soirée vidéo ou réviser le cours d'anglais pour le contrôle de mardi matin. "
Célia restait perplexe devant cette proposition. Ce silence fit perdre la soudaine confiance qui s'était installée en Aurore, merde, j'ai voulu aller trop vite, j'ai encore une fois mis la charrette devant les bœufs et maintenant je crains que devenir amie avec elle ne s'avèrera encore plus compliqué voire impossible. Mais que j'ai été stupide, mais quelle pauvre…
" C'est d'accord, je monte prendre quelques affaires et je viens. Mais ne compte pas sur moi pour amener mon cours d'anglais, plutôt mourir !"
A cette réflexion, une voix se fit entendre :
" Je t'ai entendue ma fille… ou comptes-tu aller ce soir ? Oh ! Bonsoir, Aurore je ne vous avais pas vue, vos parents sont dans le salon, venez. "
Elle y alla pendant que Célia monta préparer ses affaires. Elles se retrouvèrent dans le petit salon, Célia salua les invités et pris place dans son fauteuil. Elle fit signe à Aurore pour savoir si elles pouvaient partir et l'autre coupa la discussion entamée, non sans s'excuser à l'avance :
" Papa, on peut aller à la maison ? "
" Bien sûr, si les parents de Célia n'y voient pas d'inconvénients et si vous ne faites pas trop de bruit. "
" A une condition " dit la mère
" Célia, tu prends tes affaires d'anglais, profite du niveau de cette petite et suis son exemple " Elle aiguilla ensuite la discussion
sur les notes trop moyennes de sa fille, ce qui fit soupirer cette dernière, et c'est reparti… c'est peut-être pour ça que je n'aimais pas Aurore. Elle est trop parfaite, pas un mot plus haut que l'autre, distinguée, soignée et surtout travailleuse. Elle représente tout ce que veulent mes parents et que je n'ai jamais su offrir. J'ai passé ma colère que j'accumulais contre mes parents sur elle. Après avoir fait un tour de table elles sortirent en vitesse de cette pièce et allèrent chez la blondinette. Elles mangèrent rapidement et passèrent une bonne partie de la nuit à regarder " Friends ", assises dans le canapé. Vers quatre heures du matin elles durent monter dans la chambre, car les parents étaient rentrés. Ni l'une ni l'autre ne voulaient vraiment dormir et elles passèrent encore deux heures à discuter en jouant au jeu de la vérité vraie. Elles se posèrent mutuellement des questions plus ou moins personnelles, aucune d'entre elles ne ressentant de gène. Elles s'endormirent l'une à côté de l'autre sans même s'en rendre compte. Durant son sommeil Aurore se rapprocha du corps de sa voisine et mit sa tête sur son épaule, alors que l'une de ses jambes emprisonnait celles de Célia. Cette dernière se réveilla la première, avec une horrible courbature dans l'épaule, elle mit quelques secondes avant de se rendre compte de la cause de cette affreuse douleur matinale. Elle poussa doucement ce corps lové contre le sien, avant de mettre une robe de chambre qui traînait et de descendre déjeuner. Elle trouva les parents d'Aurore, attablés devant un café, qui lui firent un sourire ensommeillé. Pas de bonjour strident, qui mettent de mauvaise humeur pour le reste de la journée. Seulement un sourire. Elle vint s'asseoir et demanda un petit déjeuner continental à la cuisinière, qui ne comprit pas sa requête. Célia lui expliqua brièvement ce dont il s'agissait, puis une fois les informations fournies suffisantes, la cuisinière repartit à ses fourneaux. Une fois le cap du réveil passé, le père demanda à Célia avec un brin de malice dans la voix :
" Elles sont si mauvaises que ça, tes notes ? "
Les premières choses qui différenciaient ces gens de ses parents étaient le fait qu'ils la tutoient alors que les siens l'auraient vouvoyée. Ils n'agressent pas le matin au levé et laisse le temps à l'esprit encore en repos de faire ses marques. Elle avait toujours apprécié les parents d'Aurore pour leurs simplicités, à la différence des siens. Aurore apparut dans la salle, alors que Célia allait répondre : " non j'ai la moyenne partout… "
" hum hum ", fit discrètement aurore qui attrapait le train de cette discussion en marche.
" Enfin presque ", se reprit-elle avec dépit.
" Je ne suis pas très douée en anglais et en E.P.S. Ce n 'est pas mon fort. Mais je n'ai que des douze ou treize et mes parents auraient voulu que mon bulletin scolaire soit aussi irréprochable que celui de votre fille, Monsieur. C'est pour ça que dès qu'elle le peut, ma mère en remet une couche. Elle sait que je déteste être comparée à d'autres personnes, car je suis comme je suis. "
" Tu peux nous tutoyer " intervint la mère
" Et appelle-nous Paul et Clémence. Ce sont nos prénoms respectifs" surenchérit Paul.
C'est avec un grand sourire que Célia accueillit cette réflexion. Pendant ce temps, Aurore s'était installée près de sa nouvelle camarade et comprit en un instant d'où venait la haine indéfinissable que Célia lui vouait depuis toujours. Elle aurait voulu lui en parler mais la présence de ses parents la dérangeait sans vraiment comprendre pourquoi. Elle se tut pendant que les trois autres conversaient de tout et de rien. Ce n'est qu'une heure plus tard que Célia coupa net ce dialogue :
" Merci pour cette charmante matinée, mais il faut que je rentre chez moi, j'ai rendez-vous cet après-midi. A très bientôt, j'espère. "
" Tu dois vraiment partir ? " demanda la blonde qui n'avait pas réouvert la bouche depuis qu'elle s'était attablée. L'autre lui lançait un regard rempli d'incompréhensions. Puis elle lui demanda :
" Je dois voir quelques copains de la classe, si tu veux… "
Elle ne termina pas sa phrase se rendant compte de ce qu'elle allait lui proposer. Mais je ne vais vraiment plus bien moi, voilà que je veux la faire entrer dans ma vie et lui faire découvrir mon environnement. Seulement, je ne peux plus reculer, je me suis piégée toute seule, comment vais-je-m'en sortir… et qu'elle drôle de fille tout de même. Elle n'a pas l'air de savoir comment je l'ai retrouvée, ce matin au réveil. Et si je lui disais, ça pourrait être marrant. Non ça ne se fait pas… Aie, je dérape encore, voilà que je ne veux plus lui faire de sales coups. Que quelqu'un m'explique ce qui m'arrive, je ne comprends plus rien à mes agissements. Tout est de sa faute, elle me perturbe plus que de raison. Pourquoi suis-je comme ça ? A l'aide, je me noie dans mes pensées. Tout était si bien avant… non c'est faux. Rien n'allait auparavant, mais je m'en contentais. C'est comme si je voulais plus. Qu'est ce que je veux en réalité ?
" Tu peux venir, si tu n'as rien d'autre à faire bien sûr " finit-elle à regret.
" Non, je n'ai rien de mieux à faire. Mais habituellement je révise mes leçons le samedi pour être tranquille le dimanche. Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? "
Son ton se voulait inquiet, en réalité, elle laissait une dernière chance à la brunette de se rétracter, car elle avait senti l'hésitation qu'elle avait eue quelques secondes auparavant. Elle m'épate de plus en plus cette petite tête. Je ne sais pas comment agir avec elle. Elle est le jour et la nuit, la pluie et le soleil à la fois. Comment dois-je prendre cette invitation ? J'aimerais pouvoir lire ses pensées. Zut à la fin, je ne me pose plus de questions et j'agis, je veux mettre toutes les chances de mon coté pour mieux la connaître. Je sais ce que je veux. Et j'obtiendrai ce que je cherche, plus vite que je ne le pensais. Merci mon Dieu de m'avoir permis de me rendre compte, même juste l'espace de courts instants, sa vraie nature.
" Si je te le dis c'est que ça ne me dérange pas, alors tu viens ou pas ? J'ai rendez-vous dans une heure et je n'aimerais pas être en retard. Quoiqu'ils en ont l'habitude ! "
" Je viens. "
Elles montèrent toutes les deux dans la chambre d'Aurore, afin que Célia prenne ses affaires et elles redescendirent aussi vite pour sortir après avoir saluer les parents qui étaient restés à parler. Arrivées au point de rencontre, elles ne furent que très peu étonnées de voir quasiment toute la classe. La journée se passa très bien, l'ambiance était conviviale. Elles ne se lâchèrent pas de toute l'après midi, elles s'entendaient de mieux en mieux et le moment de se quitter fut très dur pour tout le monde, car aucun d'entre eux ne s'était ennuyé. Elles ne se revirent plus du week-end et ne s'appelèrent pas non plus. Le lundi soir, alors que Célia potassait à contre cœur son contrôle d'anglais, son esprit divagua, pour se concentrer sur la seule personne qui l'importait vraiment, la grande jeune fille blonde qu'elle connaissait depuis toujours et qu'elle n'avait appris à connaître que très récemment. Pourquoi elle ne m'a pas encore appelée ? Qu'attend- elle de moi ? Elle veut me faire languir ? Arrête de penser à elle, après-demain tu as cette d'interrogation, alors révise ma grande. Et si je l'appelais moi, pour qu'on se voie demain… non, non, non et non ! C'est une mauvaise idée, concentre-toi.
Au même moment Aurore décrochait son combiné pour la centième fois en deux jours, encore une fois elle n'eut pas le courage de terminer et raccrocha avant même d'avoir composé le numéro. Je l'ai déjà appelée une fois, pourquoi il m'est si difficile de le refaire ? La situation a changé depuis. Que dois-je faire ? Envoyez-moi un signe.
Alors qu'elle le tenait encore à la main, le téléphone sonna, elle répondit avant même que la première tonalité ne soit passée et fut extrêmement heureuse d'entendre la voix de Célia :
" Salut " lui lança cette dernière qui c'était enfin décidé de téléphoner "comment ça va ? "
" On fait aller et toi ? Tu révises, j'espère ! Tu as une moyenne à rattraper, je te signale. "
" Oui, je planchais sur mon bureau quand j'ai eu envie de faire une pause… au bout de cinq minutes "
Le rire franc d'Aurore l'empêcha de continuer, elle attendit donc que l'autre ce calme, tout en se félicitant d'avoir si facilement pu la faire rire. C'était sa façon de rendre les gens à l'aise face à elle, car malgré son bon caractère, son visage, au premier abord, était très dur. Quand elle connaissait ses interlocuteurs, elle ouvrait son regard et devenait vraiment très belle.
" Je disais donc que j'avais besoin de me détendre les neurones et j'ai pensé à toi. Donc je t'appelle sans vraiment avoir de raison. Au fait, tu es une rapide pour répondre, tu es pire que flash, toi. "
" Non, tu m'as devancée, j'allais composer ton numéro "
" Comme quoi, les grands esprits se rencontrent ! Bon, tu viendrais avec moi demain au parc d'attractions ? "
" Oui j'en serais ravie, il y aura qui ? "
" Bah je sais pas trop, déjà il y aura toi et moi et peut-être que je pourrais convaincre le pape de se joindre à nous… "
Aurore comprit son erreur et tenta de recoller les morceaux : " Et moi je dirai à mère Térésa de se joindre à nous. Non sérieux, j'adorerais passer cette journée avec toi, rien que toi… et moi en option. " Depuis quand je donne dans l'humour moi ? Depuis que je traîne avec elle ! Elle a une bonne influence sur moi.
" Je viens te chercher à neuf heures et pas de traînards, sinon je pars sans toi. Ok? "
" Ok, à demain alors. Salut. "
" Salut. "
Elles reposèrent leur téléphone en même temps et chacune d'elles trépignait d'impatience à l'idée de se retrouver seules une journée entière. Le lendemain, Aurore était devant chez elle dès neuf heures et attendit, elle allait retourner chez elle la peine au ventre au bout d'une demi-heure d'attente, quand soudain elle aperçut la voiture de Célia qui s'engageait dans son allée. Elle se dirigea dans sa direction et entra dans la Limousine. A l'intérieur Célia se confondit en excuse pour son léger retard, elle lui fit comprendre que ce n'était rien et le chauffeur démarra et elles arrivèrent juste à temps pour l'ouverture du parc. Célia dut traîner son invitée dans tous les manèges à sensations, car Aurore en avait horreur. Tout se passait bien quand soudain Aurore posa la question qui tua l'autre fille :
" Pourquoi tu me détestais tant ? Je ne t'avais jamais rien fait pour mériter ça. Et du peu que j'ai pu voir de toi ces derniers temps, ce n'est pas un trait de ta personnalité. Pourquoi t'être autant acharnée contre moi ? "
" Je n'en sais rien ", fut la seule réponse que Célia pouvait et voulait lui fournir
" Mais j'ai eu tort, aujourd'hui je m'en rends compte, pourtant je ne peux pas retourner en arrière pour modifier le passé. Ce qui est fait et fait et j'aimerais qu'on n'en reparle plus. Ce n'est pas que je veuille effacer tout ce que j'ai pu faire ou dire, mais je n'ai pas envie de réfléchir aux raisons qui m'ont poussée à faire ça. Si on pouvait profiter du présent sans retourner en arrière. Faisons comme si on venait de se rencontrer. S'il te plait. "
" Bien, c'est d'accord on en parle plus à une condition. "
" Laquelle " ?
" Que tu aies dix sur vingt demain à l'interrogation ! "
" Tu me demandes l'impossible "
" Je sais que tu en es capable. Si tu as la moyenne, on oublie tout, sinon tu devras t'expliquer devant la cour martiale. "
Elles se séparèrent vers huit heures du soir et pour la première fois elles se firent la bise. Les jours s'écoulèrent tranquillement, Célia n'eut pas besoin de s'expliquer car elle avait eut onze, à l'étonnement général, surtout celui de ses parents qui débouchèrent une bouteille de champagne à cette occasion. Une nouvelle routine s'installa, toute la classe se retrouvait le samedi après midi pour aller se balader, puis elles allèrent dormir l'une chez l'autre, en alternant pour travailler les cours et le T.P.E, ce fameux cours qui leur permis, à elles comme au reste de la classe de se connaître et de s'apprécier. Il n'y avait plus de bandes rivales, juste des individus qui s'appréciaient de plus en plus. Les vacances de février allaient tout chambouler, elles n'allaient plus se voir pendant deux semaines. Elles ne savaient pas que leurs parents avaient manigancé des vacances ensemble. Tout ce que Célia savait par rapport à la destination, c'était qu'ils iraient au ski, et qu'elle aurait un chalet rien que pour elle. Elle adorait ce sport, mais à l'idée de ne pas voir sa nouvelle amie pendant tout ce temps lui semblait dur. Elle aurait voulu demander à ses parents qu'elle les accompagne, mais y renonça quand Aurore lui avait annoncé qu'elle partait aussi. Elles étaient restées les deux premiers jours ensemble, mais cela leur semblait une bien maigre consolation. Le jour du départ, Célia avait presque envie de pleurer, mais se ressaisit. Allez, deux semaines, c'est pas la mort et on n'est pas siamoises, ça nous fera du bien de ne pas se voir. Après tout, on a passé toutes nos fins de semaines ensemble depuis quelques temps.
Quand ils arrivèrent enfin après dix heures de routes, Célia s'étonna de voir de la lumière dans son chalet, ainsi que dans celui de ses parents, elle se tourna vivement vers eux et leur demanda :
" Ne me dites pas que les anciens locataires sont encore là ? Nous avons fait des heures de routes, j'aimerais pouvoir m'allonger "
" Va ma fille, tiens voilà tes clefs. Et pas de bêtises, ne vire pas ces gens avec pertes et fracas ! "
Elle leur sourit gentiment, les embrassa et courut se réchauffer dans sa tanière. Elle eut un sursaut quand elle s'aperçut de qui se trouvait là. C'était Aurore. Cette dernière ne semblait pas plus comprendre ce que Célia faisait là, mais elle en était ravie.
" Je savais pas que tu serais là ! Je suis assez surprise que mes parents me l'aient caché. C'est stupide "
Le grand sourire affiché par Célia, faisait perdre de la valeur à ses paroles. D'ailleurs Aurore lui rétorqua :
" Moi aussi je suis contente de te voir. Et je suis très contente de passer ses vacances en ta compagnie. "
" Bon je ne veux pas écourter cette charmante surprise, mais je suis fatiguée après tant de route et demain j'aimerais profiter à fond du soleil et de la neige pour skier jusqu'au soir. "
" Dans ce cas je vais être l'oiseau de mauvais augure, demain on ne va pas skier, on va se balader dans la vielle ville. En tout cas, d'après mes parents. Et moi je n'ai pas hâte d'enfiler mes skis. Je n'aime pas ça. En fait, je suis nulle. "
" Tu n'as pas eu le bon prof, demain nous n'allons pas nous balader à pieds, je vais te faire découvrir les joies des randonnées en peau de phoques… "
Elle se tut cinq minutes en regardant son amie, cette dernière ne semblait pas comprendre de quoi il s'agissait. Après avoir prit une longue inspiration, Célia lui expliqua de quoi il en retournait. Elle paraissait maintenant plus partante pour le lendemain et avoua que l'idée de marcher une journée lui prenait la tête, mais qu'elle aurait préféré rester au chalet et bronzer. Célia fut une nouvelle fois d'une rare éloquence et la persuada que le bronzage en hauteur était meilleur et durait plus longtemps, ce qui n'était pas tout à fait faux. Elles se décidèrent et partirent se coucher sans insistance pour prendre des forces car le lendemain, une journée de randonnées en pleine montagne les attendait. Il n'y avait qu'une chambre dans ce chalet et Célia proposa de tirer à pile ou face celle qui aurait la chambre la première semaine. Proposition acceptée, Célia gagna, non sans tricher et au moment de prendre possession de son dû, elle regarda la pauvre perdante prenant son duvet pour l'installer dans le canapé, l'air dépité. Elle lui proposa alors :
" Allez, ne sois pas bête, vient dormir avec moi, les nuits sont très fraîches par ici, tu pourrais attraper du mal, hors tout à l'heure nous avons un long programme à faire. "
La réflexion fut accueillie avec beaucoup de retenues de la part d'Aurore. Elle regarda Célia droit dans les yeux et y vit de la gentillesse, ainsi que de la sincérité. Elle reprit sa couette et vint s'installer à la gauche de Célia. Cette dernière s'endormit dès l'instant ou elle ferma les yeux. Aurore ne trouvait pas le sommeil, impatiente d'essayer cette randonnée avec la brunette, elle se retourna pour être en face du visage endormi et le contempla sans même sans rendre compte. Quand elle prit conscience de ce qu'elle faisait, elle se mit à rougir violemment et alla dans la cuisine pour se faire un café et pouvoir réfléchir à sa nouvelle amie. Il y a seulement quelques mois je la haïssais, maintenant on ne se lâche plus. J'ai été tellement surprise de la voir arriver. Tellement contente… non heureuse. Mais pourquoi ? Qu'est ce qui m'attire le plus chez cette fille, pourquoi je me sens tellement désarmée quand elle me regarde, me sourit ? Quelque chose évolue en moi. Mes sentiments pour elle se modifient. Mais c'est une fille, il ne peut s'agir que d'amitié. Rien d'autre n'est possible…
" Tu n'arrives pas à dormir ? " demanda Célia, les yeux mi-clos et à voix basse, " c'est normal " poursuivit-elle " la montagne ça vous gagne. "
Elles se lancèrent un regard et éclatèrent de rire en même temps.
" Oui, je suis impatiente de faire cette randonnée. Je m'imaginais les paysages qu'on allait découvrir et voilà. Mais pourquoi tu es debout ? Tu ne dormais pas ? " A ces mots elle se remit à rougir. Et si elle m'avait vu la regarder tout à l'heure ?
" Mais si tu ne veux pas que nous la repoussions à plus tard, il vaudrait mieux que nous allions nous coucher. Il faudrait pas que tu nous fasses un coma en haut des cimes. "
Elle ne semblait pas gênée, ce qui rassura Aurore. Elles retournèrent se coucher.