Destin

Chapitre 5 : l'amorce de la "fin"




Toutes les vacances furent une succession de balades, de randonnées ou de ski de fond. Toutes les vacances, elles étaient restées seules, car leurs parents préféraient visiter les villages environnants. Pendant toutes les vacances, Aurore affina ses réflexions sur les sentiments qui l'animaient en présence de la petite brune. Elle en était arrivée à la conclusion, bien qu'extrêmement dérangeante et perturbante, qu'elle ait eu le coup de foudre pour Célia. Elle ne pouvait, ni ne voulait en parler car elle pensait que Célia ne comprendrait pas et qu'elle allait la renier et ne plus jamais lui parler. Elle avait décidé de ne rien dire, préférant souffrir en silence plutôt que de perdre une amie, devenue si chère à son cœur. Leur séjour touchait à sa fin. C'était leur dernière nuit dans ce chalet, le lendemain elles repartiraient chacune de leur côté pour se retrouver à la rentrée. Elles avaient passé toute la soirée à ressasser leurs souvenirs récents, regardant les vidéos et le peu de photos déjà développées. Elles rirent aux mésaventures d'Aurore en ski, mais aussi des rares chutes de Célia, car comme elle aimait l'expliquer quand je fais quelque chose, je le fais bien. Ces chutes étaient toujours cocasses. A plusieurs reprises, Célia lui frôla la main ou le genou, des gestes maladroits et sans sous-entendus. Célia étant une tactile, elle a besoin de toucher pour se faire comprendre. Elle ne se rendait pas compte des effets que cela avaient sur l'autre jeune fille. Comme le soir de leur première nuit, elle ne dormit pas ! Elle restait là, les yeux perdus dans le vague. Elle sentait la respiration de sa voisine se faire plus lente, plus profonde, elle ne remuait plus. Elle dormait. Elle dort, c'est notre dernière nuit ici, il faut que je sache si oui ou non ce que je ressens pour elle est de l'amour ou de l'amitié profonde. Elle se retourna pour faire face au visage endormi de Célia. Elle lui caressa la joue du bout des doigts et ne sentant aucun mouvement indiquant que la jeune fille n'était pas totalement inconsciente, elle se pencha et l'embrassa timidement. Elle ne s'attendait pas aux flots d'émotions qui la traversèrent à cet instant précis. Elle ressentit comme un tourbillon de chaleur à l'intérieur d'elle-même. Elle ne doutait plus maintenant, mais était tiraillée entre l'envie de réveiller Célia et de lui dire ce qu'elle ressentait et celle de ne pas dévoiler cet amour, pour ne pas perdre son amie. Elle resta une bonne heure éveillée, pesant le pour et le contre de ses actes. Elle en vint à la décision de ne rien révéler. Elle pensait pouvoir enfouir ce sentiment au plus profond de son être. Célia, perdue dans son monde onirique, ne se rendit pas compte du désarroi d'Aurore. Le lendemain, alors qu'elles prenaient leur dernier petit-déjeuner, Aurore n'osa pas regarder Célia en face, craignant que son secret ne soit percé. Célia s'en rendit bien compte, mais n'osa pas demander la raison de ce comportement pour le moins étrange. Elle-même étant touchée par ces problèmes intérieurs. Elles se quittèrent sans un mot, l'ambiance étant à couper au couteau tant elle était lourde, chargée de non-dits, de déceptions et de peurs. Pendant les quelques jours qui les séparaient de la rentrée, elles ne se revirent à aucun moment. Ce n'était pourtant pas les occasions qui ont manquées, elles avaient rendez-vous avec les autres à trois reprises, à chaque fois Aurore trouvait un stratagème pour s'en soustraire et ainsi éviter une rencontre avec Célia. Elle savait cependant qu'elle ne pouvait pas repousser l'échéance indéfiniment et qu'elle devrait se retrouver face à elle tôt ou tard. A cette pensée, tout son corps trembla. Elle repensait tout le temps à cet instant précis où elle l'avait embrassée, pendant leur dernier soir au chalet. Elle se reprochait de l'avoir fait. Maintenant qu'elle savait qu'elle l'aimait, elle faisait tout pour l'éviter, mais son comportement pourrait laisser la brunette perplexe, elle risquerait de lui demander la raison de ce changement si soudain. Et la pourrait-elle lui mentir ? Elle priait que ce jour n'arrive jamais.

Célia arriva la première en classe, elle tenait à garder sa place tant convoitée du dernier rang près de la fenêtre. Quand elle fut rejointe quelques minutes plus tard par ses amis, ils commencèrent à discuter de leurs vacances. Célia resta brève et allusive, elle ne voulait pas leur dire sa destination. Ce n'était pas tout le monde qui partait deux semaines à Courchevel. Elle se trouvait dos à la porte et ne vit pas Aurore entrer dans la salle. Cette dernière s'arrêta de marcher et même de respirer à la simple vue de la jeune file qui lui tournait le dos. Une main la sortie de cet état, une voix parvint à ses oreilles : "Allez vous asseoir", le prof se tenait à côté d'elle. Au même moment, Célia se retourna pour s'asseoir convenablement quand elle aperçut Aurore. Cette dernière feinta de ne pas l'avoir vu et s'assit à sa place. Célia lui envoya un message durant le court : Ça va pas ? Pourquoi tu n'es pas venu nous (me) dire bonjour ce matin, petite mal polie va !
Ce petit mot la rassura, elle était sure que Célia ne se doutait de rien.
Désolée. Je viendrais te voir à l'interclasse. Et elle lui fit passer le mot. Ok a tout à l'heure !
"Tu me prends pour la factrice coin-coin (un des nombreux sobriquets attribués à Célia)" demanda Daniella, qui en avait assez de cette situation "si tu voulais lui parler, il fallait te mettre au premier rang" renchérit-elle.
Mais elle le fit passer, non sans ronchonner dans sa barbe. Elles ne pouvaient plus s'éviter. L'heure de se retrouver face à Célia avait sonnée. Elle rangeât le mot dans sa trousse, juste à temps pour ne pas que son professeur ne la surprenne. L'interclasse sonna, d'un pas vif, Célia se dirigea vers Aurore qui ne pu l'éviter. Le magnifique sourire qu'affichait la petite brune fit trembler la grande blonde qui du se contenir pour ne pas tomber dans les pommes. Dès qu'elle fut à sa hauteur, elle lui lança d'un ton sévère :
"Alors mademoiselle, ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu parmi nous, tu m'évites ou quoi ? Ça n'est quand même pas parce que je suis meilleure au ski que toi ? …"
Elle ne finit pas sa phrase car Will fit son entrée pour qu'ils aillent fumer leur cigarette quotidienne, et ainsi pouvoir décompresser de leur rentrée. Elle remonta un peu avant que la cloche ne sonne, décidée à discuter avec Aurore. Quand elle arriva dans la salle, elle ne la vit pas ce qui était assez étonnant compte tenu que la jeune fille ne descendait jamais ! Elle se posait de plus en plus de questions par rapport à son comportement étrange depuis les vacances mais n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle avait fait pour ça. Elle se sentait prise de panique… son esprit cherchait l'erreur, la faute, ce qui aurait poussé Aurore à l'éviter comme la peste. La journée passa très rapidement. Le dernier cours étant la hantise de Célia, le cours d'anglais. Elle n'aimait pas la prof et était persuadée que c'était réciproque. Au moment de quitter la salle, elle courut pour attraper Aurore dans un coin et lui demanda la raison de cette fuite.
"Je pourrais savoir ce que j'ai fais de mal ???"
"Pardon ???"
Aurore savait de quoi voulait parler Célia mais, pour protéger son secret, préféra jouer l'innocente.
"Tu me le dirais si durant notre séjour, j'avais fait quelque chose qui t'aurais déplu, car depuis, on ne s'est pas vu. Quoi qu'il en soit, je tiens à m'en excuser, je ne voulais pas te blesser ! Mais tu me manques. On a passé tellement de temps à s'ignorer, maintenant j'ai l'impression que tu ne veux plus de moi. Alors explique moi ce qui ne va pas je t'en pris."
"Ne t'en fais pas tu n'as rien fait de mal, je devrais même te remercier, grâce à toi j'ai passé les meilleures vacances de ma vie. Si je suis plus distante c'est que…"
Elle ne voulait pas continuer à en dire d'avantage. La peur de la perdre refit surface. Elle baissa les yeux mais Célia ne voulait pas en rester là. Elle voulait savoir. Elle releva la tête de sa camarade et la força à la regarder dans les yeux. Quand elle y parvint, elle remarqua qu'Aurore avait les larmes aux yeux alors sans plus réfléchir, elle la prit dans ses bras et la calma sans rien dire ! Cette présence faisait du bien au cœur de la jeune fille, mais le doute en elle se faisait de plus en plus grand.

"Viens samedi chez moi et je te dirais tout ce que tu veux savoir, je te le promets, mais en attendant, je préfère être seule… pour réfléchir"
Elles se trouvaient encore dans la salle et elles durent la quitter quand une autre classe investit les lieux. Ce soir là, Célia réfléchissait toujours à ce qui pouvait troubler son amie à ce point. Hors de question pour elle d'attendre une semaine pour enfin comprendre. Elle demanda à son chauffeur de la mener chez Aurore. Toutes ces questions auront des réponses, mais peut-être aurait-elle du attendre. Non elle ne voulait même pas y songer. Seule, assise sur la banquette arrière de la voiture elle s'imaginait toutes sortes de scénarios, essayait de voir la moindre petite erreur de sa part pour qu'Aurore la traite de la sorte. Le court trajet qui la séparait de ses réponses, paraissait se rallonger à l'infini. Quand la voiture s'arrêta enfin, Célia ressentait le doute, celui de vouloir brûler des étapes au point de s'en brûler les ailes. Elle demanda à son chauffeur de l'attendre, pressentant la vitesse de la discussion qui allait arriver. Elle gravit les marches du perron, sonna et attendit. Elle commençait à perdre patience, elle sonna une nouvelle fois et quelqu'un apparu à travers la porte vitrée. Le vieux domestique qui l'avait amené quelques mois plus tôt dans la chambre d'Aurore. Elle redoutait d'y retourner. La peur de tout perdre la travaillait sans relâche. Qu'allait-elle savoir ? Le major d'homme l'interrompit dans ses pensées :
"Dois-je prévenir mademoiselle de votre présence ?"

En voyant sa mine si triste il lui fit un sourire de compréhension qui la toucha au plus profond d'elle-même, une aide, enfin elle lui sourit en retour et lui expliqua qu'elle préférait monter et le lui dire elle-même. Elle lui serra la main et monta ces escaliers en marbre qu'elle avait tant de fois gravi. Cette fois serait-elle la dernière ? Elle frappa à la porte, quelques secondes plus tard une voix se fit entendre
"Entre c'est ouvert"
A pas feutrés, Célia entra et demanda :
"Tu savais que c'était moi qui étais-la ?"
"Oui je m'en doutais, te connaissant, je savais que tu ne pourrais pas supporter d'attendre pour savoir et je m'y suis préparée. Enfin je l'espère. En fait, je te guettais depuis que je suis rentrée. Je voulais que tu viennes, mais une autre partie de moi aurait voulu que tu fasses preuve de patience… en vain. Avant tout je veux que tu me jures que quoiqu'il arrive après ceci, nous resterons toujours amies. Promets-le moi avant tout, s'il te plaît."
Célia sentait une boule au creux de son ventre ainsi que dans sa gorge, elle ne comprenait plus mais lui promis, se pliant à cette contrainte pour savoir la vérité.
"Voilà, déjà je tiens à m'excuser de ne pas être restée avec toi depuis les vacances mais j'avais besoin de solitude pour comprendre… comprendre pourquoi je m'étais attachée si vite à toi, toi qui me détestait pour l'image que je donnais de moi à tes parents. La fille idéale, tu t'es senti vexée et par conséquent tu t'es vengée sur moi. Cette année, un professeur nous force à travailler ensemble et de par cette contrainte nous avons appris à nous connaître sans préjugés. Mais je t'en ai voulue, je m'en suis voulue, car toi tu ressembles à la fille idéale selon mes parents. Tu vois, je sais ce que tu vis, je le vis moi aussi. Maintenant j'ai cherché moi aussi ma réponse mais elle fut celle que je désirais et rejetais le plus, cette vérité m'a fait mal et va te faire mal mais, maintenant, je dois te l'avouer"
Elle se tue un instant le temps de trouver ses mots. Célia vint près d'elle et l'encercla de ses bras. Petit geste affectif. Toujours cette voix "le dernier". Célia trembla à cette idée. Elle ne le supportait pas. Elle toussa puis reprit d'une voix plus lente, plus basse, plus grave. Ce qu'elle allait lui dire à cet instant… tout va se décider maintenant et surtout comprendre sa réaction, n'importe laquelle :
"Voilà… je, la raison pour laquelle, hum, voilà en fait…" elle se perdait dans ses bafouillis que Célia lui vint en aide :
"Viens en aux faits, plus vite tu l'auras dit et plus vite tu te sentiras mieux, regarde c'est comme pour…"
"Non s'il te plaît, ne me compare pas avec un pansement, je déteste cette métaphore, je … je t'aime"

Les mots sortirent tellement doucement que Célia hésita, elle ne pouvait croire ça. Elle s'en voulait maintenant, d'avoir mis le paquet, qui sème le vent récolte la tempête se dit-elle intérieurement. Aurore sentait le choc qui venait de se produire en elle. Elle le vit elle-même et le temps d'un millième de secondes, Célia revint à elle et tenta de réfléchir :
"Ecoutes, c'est pas la fin du monde, tu m'aimes c'est normal, moi aussi je t'aime, mais nous ne nous aimons pas de la même manière et je ne peux t'aimer comme toi tu m'aimes. Mais je tiens ma promesse, nous seront toujours amies. Mais je ne veux pas t'infliger quoi que ce soit. Je ne veux pas te faire souffrir, si ma présence te pose problème, alors je m'éclipserais, mais je serais toujours la près de toi. Tiens prend ça. "
Elle fourra sa main dans sa poche et en sortit deux scoubidous identiques, lui en tendit un et lui expliqua : "je les ai fait à la fin des vacances, ils sont magiques, gardes-le près de toi, si jamais il devait arriver qu'on se sépare, il sera là pour nous rappeler ma promesse et quand ils se briseront nous nous retrouverons. J'aurais aimé te dire que je t'en veux mais non, ce n'est pas le cas. Alors à ton tour de me faire une promesse"
Aurore lui fit signe de continuer.
"Que si tu ne supportes pas de m'avoir seulement comme amie, de me le dire et je partirais, je ne veux pas que tu souffres"
"C'est très difficile de me demander cela alors que tu sais ce que je ressens pour toi, tout ce que je veux c'est t'avoir auprès de moi, même si ce n'est que de l'amitié, c'est suffisant pour moi"
"Je dois partir… à demain, en cours."
"Merci de me comprendre, merci d'être qui tu es… " Les mots qui lui virent en tête ne purent sortir de sa bouche à son grand soulagement.
"C'est rien, moi non plus je ne veux pas te perdre…salut"

Elle sortit de la pièce sans se retourner, dans son dos Aurore murmura :
"Je t'aime"
Ce soir là, avant de se coucher, Célia avait toujours cette sensation de "fin", elle frissonna et s'endormie peu sereine du lendemain. Le lendemain matin alors qu'elle petit déjeunait, les parents de Célia vinrent à ses cotés et lui annoncèrent l'amorce de la fin :
"Ecoutes, Célia, écoutes ma fille, ton père a eu une promotion, mais le poste se trouve à Madrid en Espagne. Nous allons y vivre, nous déménageons à la fin de la semaine, nous avons prévenu l'école, il faut que tu nous aides à préparer le déménagement"
"Partir ? Mais moi je ne veux pas partir, je veux rester ici, j'ai fais ma vie ici, là-bas il y a trop d'espagnol, je connaîtrais personne, pourquoi ne pas m'en avoir parlé ? Pourquoi ?"
Les larmes lui coulèrent sur les joues. Ses parents la laissèrent et vaquèrent à leurs occupations. Elle du se plier aux règles du jeu. Elle passa les trois jours qui suivirent à faire ses cartons, seule, triste. Le lendemain, c'était décidé, elle irait dans son lycée, pour suivre sa dernière matinée avec ces gens qu'elle appréciait tant. Ce serait dur mais le pire était de dire adieu à Aurore. Le fait d'y songer lui déchirait le cœur. Elle avait entendu les derniers mots prononcés par Aurore, elle les entendait sans cesse depuis. Elle s'endormit en pleurant toutes les larmes de son corps. Les adieux furent émouvants. Tout le monde était là, sauf Aurore. Elle était partie très vite à la fin de la dernière heure. Elle ne voulait pas que cette chipie sorte de sa vie. Elle n'avait pas le droit de faire ça. Elle repensait à cette promesse et toucha le scoubidou. Elle se sentait seule et perdue mais surtout elle se sentait loin d'elle-même, elle savait que ce petit cadeau allait occuper sa solitude. Elles se retrouveraient. Mais lui dire adieu lui fut impossible. Elle rentra chez elle et resta enfermée toute la journée. Elle voulait être seule. A jamais. Célia partirait et elle se retrouvera seule. Le jour du départ était le dimanche. Célia n'osa pas allez chez Aurore, elle ne le pouvait pas, mais partir sans lui dire au revoir était une preuve de lâcheté. Elle arriva chez Aurore vers 20h00 et demanda à son chauffeur d'expliquer où elle se trouvait et surtout de venir la chercher demain matin. Il partit, elle eu à peine le temps de se retourner que cette blonde jeune fille se trouvait face à elle, la dominant de sa taille.
"J'allais venir te voir, mais je vois que tu es plus rapide"
"M'aimes-tu vraiment ?"
"Oui bien sur, pourquoi ?"
"Embrasse-moi, maintenant, s'il te plaît"
Aurore fut surprise puis elle attira Célia dans un coin isolé du jardin, elle hésita, n'osant pas le faire. Célia elle voulait savoir, alors ne se posant aucune question, elle l'embrassa. Les deux pleuraient. Mais Aurore était heureuse de voir Célia, son courage et tout d'elle. Elle se sentait moins déchirée. Plus forte devant l'avenir.
"Je vais rester toute cette nuit avec toi, peu importe ce qu'il arrivera, je ne le regretterais pas."
Célia parlait à voix basse, une intime confidence qui laissa un goût d'amour plus profond dans le cœur même d'Aurore. Elles profiteraient de leur dernière nuit ensemble peu importe ce qui se passerait, elles seront ensemble et pour elles deux, c'était suffisant. Elles retournèrent à l'intérieur, dînèrent avec les parents puis passèrent cette dernière nuit comme leur toute première. A parler d'elles. Vers les trois heures du matin aucunes des deux ne voulaient dormir et la discussion dériva vers un sujet qu'elles n'avaient jamais abordé.
"Alors" commença Célia "As-tu déjà été plus loin que le simple baiser avec quelqu'un ?"
La question jetée à froid perturba Aurore mais cette dernière consentit de répondre :
"Oui une fois avec Laurent Del Alma. Mais ce n'était pas le vrai plaisir."
"C'était un monsieur" déclara Célia sans même y penser. Elle se tue quelques secondes et commença à rire de bon cœur suivi par Aurore.
"Et toi ?"
"Non, moi jamais mais en fait, j'attends la bonne personne, je veux que ma première fois soit parfaite alors j'attends…mais"
"Vas-y continues…"
Elle avait son cœur qui faisait des bons dans sa poitrine, ses yeux étaient fixés sur les lèvres de Célia, elle attendait la suite dans un état de fébrilité dont elle n'avait jamais fait preuve avant. Elle espérait. Elle craignait le mais.
"J'ai envie de le faire avec toi… ce soir… maintenant… s'il te plaît"
Elles se regardaient face à face, cherchant, se cherchant, comme elles l'avaient toujours fait. Fallait-il le faire ? Après un long moment d'hésitation, Aurore répondit :
"Non, Célia, je ne peux pas, j'aurai tellement aimé, mais tu me l'as dit toi-même tu ne peux pas me donner le même amour que celui que je te porte et si je le faisais ce soir je m'en voudrais. Je t'aurais eu pour moi, même une nuit, mais ça ne me suffit pas, je veux que tu m'aimes. Ne m'en veux pas je t'en pris. Mais si tu veux, je peux te proposer mes bras pour t'endormir."
Elles ne dirent plus rien, Célia s'installa dans les bras d'Aurore et elles s'endormirent. Le matin Célia se leva aux aurores. Elle écrivit un petit mot sur le cahier d'anglais de cette blondinette qu'elle ne reverrait sûrement plus
Chère et tendre Aurore, je ne t'en veux pas pour hier soir, au contraire, je suis une égoïste, je t'ai repoussée et je te demande de me donner ce que tu aurais été prête à m'offrir si j'avais su… su être honnête avec toi, avec moi. Moi aussi je t'aime. Je t'ai toujours voulu, je t'ai toujours cherchée. La vie nous sépare mais je crois en nous, nous nous retrouverons. Sache que je t'emporte avec moi dans ce pays qui sera si vide de ton absence. Merci d'être qui tu es.
Je t'aime
Célia

Elle entendit sa voiture et pris la route de l'aéroport. Elle était tellement triste, mais quelque chose en elle lui soufflait "on se reverra"
Elle espérait juste que la personne qui l'aimait et qu'elle aimait sera là, au rendez-vous, le scoubidou lui dira quand mais ni ou ni comment. L'avenir même incertain se déroulait sous ses pieds, loin dans les airs et Aurore seule sur la terre, séparées par l'espace et le destin, elles seront ensembles. Chacune dans leur coin et en même temps elles prièrent en silence.