Divine

Chapitre 1




 

C'était un froid matin d'automne et je sortais du taxi avec mes valises. Je pouvais voir mon souffle dans l'air froid, et le paysage assez  monotone pour être honnête. Bien sur, il y avait une grande rue avec des arbres, des fontaines et des statues comme dans toutes les universités, mais honnêtement, je m'en fichais.

L'université en elle-même, la faculté moscovite de psychologie, pour être plus précise, était un bâtiment immense, qui pouvait contenir plusieurs centaines d'étudiants. Les places libres étaient on-ne-peut-moins désirées, avec toute la jeunesse russe qui voulait étudier la psychologie. Bien sûr que ça coûtait les yeux de la tête, mais on pouvait être certain d'avoir un bel avenir en étudiant ici, et en ayant le diplôme, bien sur.

Je secouais mes boucles rousses en les forçant à être derrière mes oreilles, en donnant quelques roubles au serviable chauffeur de taxi, qui avait gentiment sorti mes bagages. Il marmonna quelque chose qui devait être un merci, monta dans son petit véhicule et partit, me laissant seule dans ce camping géant. Je soupirais, attrapais mes affaires, et marchais vers la porte d'entrée en espérant que quelqu'un serait là pour m'aider.

A peu près 10 minutes plus tard,  tout avait été réglé.  Sans me vanter, le nom " Katin " ouvre certaines portes ici, à Moscou. Alors ouais, je suis la fille à son papa. Bien sur que je le suis, il a payé mon entrée ici, il m'a trouvé une chambre pour moi toute seule, il a payé pour mes livres, et le plus important, il m'a donné quelques chèques mensuels.

Une pipelette du nom d'Ana m'avait emmenée dans ma chambre, elle vivait dans la chambre à côté de la mienne. Son père était un des politiciens les plus célèbres de Moscou, elle avait certainement sa chambre pour elle aussi. Ana  était une fille plutôt jolie. Elle était jolie à regarder, avec des cheveux blonds et des yeux bleus… ça peut paraître cliché mais je ne peux pas la décrire autrement. Elle était comme un petit ange. Elle avait toujours une sorte de sourire, mais je découvrais bientôt qu'elle avait aussi un côté plus sombre : des mauvais petits amis, elle fumait, buvait, expérimentait des drogues, un piercing…. Même si je me demande toujours où il est. Ou pas, peu importe, je ne veux pas savoir.

Quoi qu'il en soit… Le fait est que je m'installais rapidement. En un mois, je m'étais fait beaucoup d'amis, et mes cours, la plupart de psychologie, se passaient bien. Les professeurs étaient plutôt intéressants, et j'aimais ce qu'ils avaient à enseigner. J'avais toujours voulu être capable de comprendre la façon de penser de l'être humain, et ça me servait de plus en plus pour le faire. Je pense que j'étais une de ceux qui allaient à la plupart des cours. Je n'avais jamais séché l'un d'entre eux, à part  si j'avais trop bu la nuit d'avant, et que le sujet ne m'intéressait pas. Mais c'était très rare.

Mes  parents m'avaient rendu visite une fois, pour être sûrs que leur petite fille allait bien. Ce n'était pas le pire d'être leur petite fille, vu que je ne l'étais plus depuis Katia, ma petite sœur, qui a 7 ans de moins que moi. C'était très agaçant, pour ne pas dire gênant, quand ils m'appelaient comme ça quand mes amis venaient me chercher pour prendre un verre. J'étais persuadée que mes joues prenaient toutes les nuances de rouge dans ces moments-là. Ça doit être le cauchemar de tous les jeunes de 18 ans. Leurs amis qui sont confrontés aux parents. Rencontrer mes parents. Rencontrer mes potes. C'étaient certainement les moments les plus terrifiants de ma jeunesse.

Quoi qu'il en soit, ma mère n'avait pas aimé ma chambre (trop de choses qui déconcentrent du travail, pas assez rangée), comme elle n'aimait pas mes amis (ce sont presque des criminels, parce que l'un d'eux avait un anneau à la lèvre, alors qu'un autre avait la coupe à la Mohawk, et le troisième respirait les envies suicidaires). Mon père heureusement, était plus positif sur mon nouvel univers. Ce n'est pas la peine de dire que quand ils étaient partis, il m'avait rapidement glissé une enveloppe avec de l'argent liquide dans la main. Je souriais. La fille à papa ou pas, c'était ma vie.

Donc, assez vite, j'avais oublié le coté déplaisant des visites de mes parents, et j'allais à tous mes cours, en prenant des notes et en écoutant les plus vieux et les plus sages. C'était vers la fin septembre qu'il y avait eu un changement à la faculté. Non, ça n'avait rien à voir avec les 7 matières dans lesquelles il fallait que je sois diplômée à la fin de l'année. C'était complètement différent. Il y avait une nouvelle étudiante. Ce qui était très étrange. Pas juste parce qu'il n'y avait plus de places disponibles, mais parce que la plupart des gens avaient peur de prononcer son nom, comme si c'était un monstre qui crachait du feu et qui les aurait tués pour ça.

J'avais appris que le nom de la nouvelle était Yulia Volkova, et que son père était un important homme d'affaires. En fait, la plupart des gens de ma clique ne faisaient pas attention au fait que cette Volkova avait une grande influence ici. On avait nos vies, nos trucs à faire, et il n'y avait pas moyen qu'on se laisse embêter pas un nouvel élève, et surtout, qu'on ne comprenait rien à l'agitation à propos de cette Yulia Volkova.

 

Revenons à ce jour. J'étais assise en classe de psychologie, un amphi pour être exacte et les étudiants entraient lentement par les grandes portes, et s'asseyaient, en ayant calmement des conversations  les uns avec les autres. Comme toujours, j'avais été dans le lot des premiers étudiants, et j'avais plutôt une bonne place, juste au milieu. Mes meilleurs potes, Alex et Andrey, s'étaient assis à coté de moi, pendant qu'Ana et Lara étaient assises derrière nous.

Après quelques minutes, la plupart des étudiants avaient pris place, et le professeur se tenait sur la petite estrade devant la salle et préparait ses papiers sur son bureau. Il allait commencer sa leçon, alors que tout l'amphi se taisait en attendant qu'il nous apprenne un petit peu, quand les portes s'ouvrirent et se fermèrent avec fracas.

Comme les 150 autres personnes, je tournais la tête vers les portes, pour voir qui avait osé faire autant de bruit en entrant trop tard. Je n'ai pas besoin de dire qu'il s'agissait de Yulia Volkova .Il aurait fallu que je sois sourde à 100% pour ne pas entendre ça. Pas seulement que tout le monde le chuchotait, mais Ana avait trouvé nécessaire de me dire plutôt fortement que c'était la nouvelle. Je lui jetais un regard, alors qu'elle passait devant les rangées de bureaux pour trouver sa place. La dernière place disponible était deux rangées devant moi, quatre chaises plus loin vers la gauche  Je sais que ça a l'air étrangement précis, mais j'aime les détails. Donc, elle s'était assise, et une douce odeur me démangeait le nez. Je respirais le parfum plusieurs fois, en essayant de savoir d'où ça venait. Mauvais choix.

Pour une raison quelconque, cette brune, avec la peau bronzée, et ses si beaux yeux et ses dents blanches parfaites, m'entendit respirer. Elle se retournait, me souriait, et cligna des yeux plusieurs fois, avant de me parler doucement.

 

" C'est Kenzo " elle chuchotait, en me souriant

" Je te demande pardon ? " je lui disais, choquée parce qu'elle savait exactement ce que je faisais.

" Et bien, je suppose que tu essayais de deviner mon parfum, vu que tu renifles comme une droguée, alors je t'aide : c'est Kenzo. "

" Je… je n'étais pas… comment tu… " Je marmonnais.

J'étais complètement abasourdie. Elle savait exactement ce que je faisais. Ou peut-être que j'étais choquée qu'elle ait l'impolitesse de me parler devant un professeur très en colère et des dizaines d'étudiants. Les deux rangées où nous étions assises, essayaient de savoir comment notre conversation allait évoluer, quand le professeur décida qu'il en avait assez. Il donna un coup de bâton sur le bureau.

" Mademoiselle Katina, j'apprécie le fait de vouloir que mademoiselle Volkova se sente à l'aise, mais pouvez-vous garder cette partie pour après mon cours. "

" Oui monsieur " je répondis, honteuse de son intervention.

" Ok. Vous lui montrerez tout à la fin de mon cours. "

Quand il commença son foutu cours, la petite nana qui sentait le Kenzo se retourna et me fit un sourire. Comme réponse, sur mon visage encore choqué, il y eut un sourire, et puis elle se tourna et se concentra sur la leçon de psychologie. J'arrêtais de regarder cette nouvelle fille (qui avait un certain goût pour les fringues, pour être honnête) et je cherchais le regard de mes amis. Alex et Andrey étaient en train de s'extasier devant Yulia, pendant que Lara et Ana bavardaient et cancanaient déjà sur elle.

Je ne regardais nulle part en particulier, assez surprise de ne pas avoir été capable de dire quoi que ce soit d'intelligent pendant toute la scène. C'était la première fois que quelqu'un se " moquait de moi ", si je peux l'appeler comme ça. C'était comme ce que César avait dit une fois : "  Veni. Vidi. Vici ". Et c'était ce que Yulia Volkova avait fait.

Elle était venue. Elle avait vu. Et elle avait gagné.

Seulement je ne connaissais pas encore la dernière partie.







Depuis le 02/07/2009