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La sueur coule le long de ma tempe, mes jambes sont lourdes. Pourtant il faut que je coure.
Ne pas s'arrêter, ne pas regarder… Je ne sais pas vraiment où je vais, mais je sais ce que je fuis. Mais pourquoi j'ai fait ça ? Je suis vraiment stupide ! C'est pas comme si j'avais pas assez de problèmes comme ça ! * * * * * Je m'arrête au coin de la ruelle. Personne à gauche, personne à droite. De mon poing, je frappe le mur de toutes mes forces. - Putain ! Où elle a bien pu passer ? - Laisse tomber Jo, ça n'en vaut pas le coup. On l'aura pas ! Remettant mon uniforme de police en place, je regarde mon collègue avec colère - Un jour, je l'aurais, je te jure ! Depuis le temps qu'elle me nargue ! Les clés viennent s'échouer dans le vide poche de l'entrée. Je jette avec nonchalance ma veste encore ruisselante sur le portemanteau déjà bien trop chargé. Je me dirige vers la salle de bain, prête à laver les restes d'une journée de travail trop éreintante. Ma tête me fait un mal de chien. Mon front est orné d'une belle bosse qui me rappelle ma folle course poursuite dans les rues de la ville. Quand je pense qu'une petite voleuse de pommes a osé m'en jeter une en pleine face ! Et j'ai même pas eu le temps de voir son visage ! La colère a maintenant fait place à l'amusement face au ridicule de la situation. * * * * * Je me retourne, prête à la voir juste derrière. Personne. Elle courait vite. J'ai beaucoup plus de facilités à larguer les autres balourds qui lui servent de coéquipiers. Mon souffle est encore court, mon cœur bat la chamade. Elle a presque failli m'avoir cette fois. À force de jouer avec le feu, il est fort possible que je me brûle ! À chaque fois je suis surprise de la voir… et je perds de précieuses secondes. C'est comme si elle savait où j'étais en permanence. J'ai toujours eu un faible pour les filles en uniforme, mais de la à risquer de me faire avoir comme ça ! Sans perdre plus de temps, je me remets en route. Après tout, je viens de jeter mon repas du soir à la figure de la plus craquante des flics de L.A… * * * * * Mes longs cheveux noirs encore dégoulinants, j'attrape la clé de la boite aux lettres pour relever mon courrier. Comme d'habitude, c'est le pire qui m'attend : La facture de téléphone. Je déchire très lentement le papier, déglutissant bruyamment, prête à faire mon malaise mensuel. 542 € ! - Cette fois t'as été trop loin ma vieille! Me dirigeant à grands pas vers le fond du couloir, je suis prête à faire irruption dans la chambre de ma petite sœur, lorsque la porte s'ouvre. Comme à son habitude, Anna est habillée façon hippie. Mais ce jour là, elle n'aurait jamais dû avoir un look je m'en foutiste. Elle lève les yeux très timidement, sachant très bien pourquoi je suis venue la voir. - Tu sais pour combien j'en ai eu cette fois ? 542 € !! Alors j'aurais une seule question : c'est une blague ? - Nan mais tu sais bien, il fallait que j'appelle Céline, elle va pas bien et tout ! - Je m'en fous de ta copine, déjà qu'elle s'invite à manger et dormir chez moi trois fois par semaine, t'as pas l'impression d'abuser là ? - On s'est engueulées, t'inquiète pas tu la verras plus. Et pis c'est bon, je te filerais 20 €uros ! Lâche moi t'es pire que maman ! - Cool, il me restera plus QUE 522 €uros à payer ! T'es trop généreuse ça te perdra ! Je vais te dire ce qu'il va se passer : soit t'arrêtes avec tes coups de fil à droite à gauche, soit justement, tu retournes chez maman vu que t'es si mal ici ! - … ! Me jetant au passage un regard assassin, Anna me bouscule pour sortir de sa chambre. Cette gosse va me tuer ! Allez encore aider votre petite sœur ! * * * * * Je croque avec plaisir dans la poire que je tiens en main et me souviens qu'il ne faut pas faire de bruit, les autres dorment sûrement déjà. J'espère qu'ils m'ont laissé mon canapé !!! CRAK ! Soupir. Je baisse les yeux pour voir, bien sûr, mon pied coincé entre deux des lattes du plancher vermoulu de la maison qui nous sert de squatte en ce moment. Su-per ! Pour la discrétion, je repasserais ! Bon, j'imagine qu'il ne me reste plus qu'à finir cette poire et voir ensuite comment me sortir de là ! Je tire un peu, le plancher n'a pas l'air disposé à me libérer. Tant pis !! - T'es vraiment, mais alors vraiment pas douée ma vieille !! Kim s'assied à côté de moi, regardant d'un air amusé mon pauvre pied toujours immobilisé. - Plutôt que de te moquer, aide moi à sortir de là ! Et que ça saute ! - Ah tu le prends sur ce ton là ? Elle commence à s'éloigner, avant que je ne l'attrape par la cheville - Pitié ôôôô ma reine, tu es la plus belle et la plus tout ce que tu veux… aide moi…. !!!! Elle semble hésiter un instant, donne un coup d'œil à mon air de chien battu puis s'accroupit : - Une seule condition esclave ! Que tu me fasses don de ton corps ce soir ! - Avec joie madame ! dis-je avec un sourire complice. Ses lèvres viennent rencontrer les miennes. Comme d'habitude, ses baisers ont un goût de menthe. J'aime sa façon d'embrasser, tendre et passionnée à la fois. Je me recule lentement. - Hum, bon, tu m'aides à me sortir de là ou pas ? Elle me sourit et va chercher une barre de fer rouillé. - Ne bouge surtout pas ! Glissant la barre à côté de mon pied dans le trou du plancher, elle s'en sert pour faire levier. Le plancher se met à craquer, et enfin les lattes de bois daignent relâcher la pression sur ma cheville. - Merci mon cœur !!! * * * * * Et c'est reparti pour une superbe journée de boulot !! Jetant mon réveil en bas de la table de nuit, je me lève tout en m'étirant. Le nombre de craquements me rappelle le poids des années passées (ou les folies faites avec mon corps, au choix). J'ai encore rêvé de la fille à la pomme. Comme si je n'y pensais pas déjà assez pendant la journée. J'espère que je vais la croiser aujourd'hui encore et avoir l'occasion de prendre ma revanche ! - Qu'est ce qui te fait sourire bêtement comme ça ? Je lance un regard las à ma petite sœur, abandonnant l'idée d'une explication avant même d'y avoir songé. - T'as été au pain vu que t'es debout ? - J'ai une tête à aller au pain moi ? Mais qu'est ce que je vais bien pouvoir faire d'une sœur comme ça ? C'est à croire qu'elle ne pense qu'aux filles et à faire la fête ! Prenant mon courage à deux mains, je me décide à sortir du lit. J'attrape le paquet de céréales dans le placard - Tu ne vas pas chercher du pain ? Je préfère manger du pain le matin ! dit elle en faisant la moue. - J'ai une tête à aller au pain moi ? lui réponds je, fière de moi Comme souvent, j'essaie de faire un maximum de bruit en écrasant les céréales au chocolat entre mes dents. Ca ne sert à rien, ce n'est plus de mon âge, mais ça m'amuse !! Mais c'est déjà l'heure d'aller bosser et même si la perspective d'aller retourner me coucher me paraît plus tentante, je n'ai pas vraiment le choix. Rituel oblige, avant de sortir je jette un coup d'œil dans la glace. Mais comment font les mecs pour résister ? C'est vrai après tout je suis pas le genre de fille qu'on croise à tous les coins de rue. Avec mon mètre quatre-vingt et mes yeux très bleus… et cet uniforme de police qui a sans doute été conçu spécialement pour moi… - Pas de doute ma belle t'en jettes un max. - Ca c'est clair que tu t'en jettes un max de fleurs ! Le regard noir que je lance à ma petite sœur est atténué par la honte d'avoir parlé à voix haute. Ca m'apprendra ! |