En transition

Chapitre 10




 

J'espère que ma surprise va lui plaire !

Faisant le moins de bruit possible, je tourne tout doucement la clé dans la serrure et ouvre la porte !

-         C'est à cette heure-ci que tu rentres ?

Laura est là, à m'attendre, les mains sur les hanches. Je ris à sa remarque.

-         Désolée Maman !

-         Eh, mais je suis pas ta mère. Allez viens ici.

-         Oui Maman !

Elle m'attend les bras tendus. Je ne me le fais pas dire deux fois et la serre fort contre moi.

-         Que me vaut cet accueil ?

-         Mon nouveau travail, que j'ai eu grâce à toi, dit-elle le sourire aux lèvres, un doigt pointé vers moi.

-         Je le savais ! Et puis c'est grâce à toi, pas à moi.

-         A ce propos, tu ne t'étais pas trompée, j'ai eu droit à un interrogatoire digne de l'inquisition.

-         M'étonne pas !

 

Je saisis sa tête. Mes yeux accrochent les siens. J'ai envie de l'embrasser, de goûter à nouveau à ses lèvres. Elle me regarde d'un air interrogateur. Je m'avance, pousse délicatement une mèche blonde et dépose un baiser sur son front.

 

-         Jo, tu te sens bien ? Depuis quand tu me fais des bisous gratuits toi ?

-         Depuis que j'ai eu une prime grâce à toi.

-          ???... Co… Comment ça ?

Laura me regarde, me sonde, pour savoir si je suis en train d'essayer de la faire marcher.

-         Ben… tu te souviens, quand t'es venue après t'être faite frapper, j'ai passé un coup de fil ? Et ben c'était à un ami de la police judiciaire, ils ont fait une descente et grâce aux informations que tu m'as données, ils ont pu faire un flagrant délit. Ces gars étaient des dealers notoires qu'on cherchait depuis un bout de temps. Ta description m'a tout de suite fait penser à eux. Leurs portraits trônaient dans nos bureaux depuis trop longtemps ! Ils s'étaient faits plus discrets ces derniers temps, on n'arrivait pas à leur mettre la main dessus.

-         Et ça ça ne mérite qu'un bisou sur le front ?

-         C'est pour t'inciter à me rendre de plus grands services.

Elle prend un air boudeur. Pour toute réponse, je lui tire la langue puis lui montre ce que je cachais dans mon dos.

Elle prend le billet de ma main avec impatience, ressemblant terriblement à un gosse le jour de Noël.

-         C'est quoi ?

-         C'est mon abonnement pour la salle de fitness. T'arriveras à m'épuiser, tu crois ?

Un sourire radieux vient illuminer son visage

-         T'oublies que dès que je me mets à courir, t'es à la ramasse !

Je prends un vague air vexé, puis rétorque :

-         C'est uniquement parce que tu triches tout le temps !

J'attrape un des coussins du canapé et l'abats sur sa tête. Elle me regarde, visiblement surprise et sourit d'un air coquin avant de me dire :

-         Tu vas me le payer.

 

Elle se jette sur moi et on tombe toutes les deux à la renverse sur le canapé. J'essaie de la frapper avec mon coussin et elle me chatouille. La bataille est perdue d'avance pour moi. Non seulement je suis chatouilleuse mais le fait d'avoir ses mains sur mon corps n'aident pas vraiment question concentration.

 

On se lève toutes les deux en essayant de reprendre une contenance lorsqu'on entend la porte d'entrée s'ouvrir. On s'assied le plus vite possible, se tournant machinalement vers la télé. Ses cheveux blonds sont en bataille et les miens ne doivent pas être mieux.

Je tente d'avoir l'air intéressée par l'émission. Je réalise bien évidemment trop tard que le programme sensé nous captiver n'est autre que la chaîne du téléachat qui essaie de nous vendre sa toute dernière gamme de gaines minceur qui vous font perdre 3 tailles, effet garanti. Le tout pour la modique somme de 245 €.

Sachant qu'en tant que prof d'aérobic, sa plastique est irréprochable et que je n'ai pas à me plaindre, on va dire que dans le genre louche c'est pas mal !

Anna et Kim nous regardent, l'air de dire " vous avez pas perdu de temps ".

Visiblement, pour le concours de " je suis crédible alors que tout est contre moi ", on repassera.

 

-         Allez viens ma chérie, on va dans ma chambre. On les laisse à leurs cochonneries ! dit Anna bien fort.

C'est à ce moment que je remarque leurs doigts entremêlés. Fais chier !

Elles quittent la pièce pour aller dans la chambre d'Anna.

Je pose ma main sur l'épaule de Laura pour lui montrer que je suis là. Je ne sais pas trop quoi lui dire alors je m'abstiens de tout commentaire.

Au bout d'un moment, elle se retourne, fait un bisou sur ma main avant de la retirer. Elle n'a pas l'air d'aller très fort, forcément. Je ne sais pas quels étaient ses sentiments pour Kim, mais c'est sûr que ça ne doit pas faire plaisir !

Elle se lève et va dans ma chambre, fermant la porte derrière elle.

Je me sens terriblement bête là, assise seule au milieu de mon salon. Pourtant je me demande si je dois aller la voir ou pas ? Elle a peut-être envie d'être tranquille…

D'un autre côté, faut pas qu'elle soit seule dans ces moments là.

Décidée, j'abandonne le canapé et m'engage dans le couloir quand on sonne à la porte.

 

Qui ça peut être ? Je n'attends personne !

 

*          *          *          *          *

 

Je ne sais même pas pourquoi je suis partie du salon. Que Kim sorte avec Anna m'est complètement égal. C'est plus le fait de l'avoir appris devant Jo qui me dérange.

J'espère qu'elle va venir me réconforter. Je tends l'oreille et l'entends se lever.

Elle arrive par le couloir lorsque l'on sonne à la porte d'entrée.

Qui ça peut être ?

J'entrouvre discrètement la porte de la chambre. Ma curiosité me perdra.

Elle s'approche de la porte et l'entrouvre prudemment. Quelqu'un rentre. Je n'arrive pas à le reconnaître jusqu'à ce que…

Merde, c'est le gars de la piscine.

Elle lui fait la bise, l'air surprise.

Peut-être qu'elle ne l'a pas invité après tout.

De là où je suis, je n'entends que des bribes de leur conversation. Pourtant ce n'est pas faute d'essayer.

" pas oubliée… manque… réessayer "

Pas vraiment besoin d'en savoir plus ni d'être un génie pour comprendre. Le sens général est évident.

Bien malgré moi, je continue à les observer. Il s'approche d'elle et la prend dans ses bras.

Même mon côté maso a ses limites... Je me laisse tomber à genoux, j'ai plus la force d'y croire encore. Je me demande d'ailleurs comment j'ai pu être assez bête pour y avoir cru un jour.

Pourquoi une fille superbe, qui a tous les plus beaux mecs de la terre à ses pieds voudrait-elle d'une SDF qui vole pour se nourrir ?

Faut vraiment être aveugle pour ne pas se rendre compte que je n'ai pas l'ombre d'une chance.

Pourtant, j'attends quand même un peu, incapable de détacher mes yeux de la scène. Je garde l'espoir qu'elle le repousse, même si au fond de moi je sais bien que c'est stupide. Il se met à l'embrasser dans le cou, pile à l'endroit où j'ai posé mes lèvres hier soir encore. Elle le laisse faire. Ca me fait mal bien plus que ça ne devrait. Des larmes me viennent aux yeux.

J'ai l'impression de la voir frissonner et cela me tue.

 

C'en est trop pour moi. Je ne peux plus tenir.

J'attrape mon sac au bas du lit, fourre vite fait les trois bricoles qui m'appartiennent à l'intérieur et ouvre la fenêtre. Heureusement qu'on n'est qu'au premier et qu'il y a un balcon.

J'enjambe la rambarde, descends le long des barreaux et me laisse tomber sur le sol.

Je sais bien que mes réactions sont excessives, mais depuis que je la connais,  je ne contrôle plus rien et ça me fait vraiment flipper.

 

Je me retourne une dernière fois sur la chambre de la fille que j'aime et sur tous les souvenirs que j'avais dans cet appartement puis retourne dans l'anonymat des rues de la ville disant adieu à mes rêves.

 







Depuis le 02/12/2008