En transition

Chapitre 13




 

Le cours est enfin terminé. C'était sympa, même si j'avais les idées mal placées. Mon corps contre celui de Laura, Laura allongée sur moi, les petits gémissements qu'elle poussait quand elle faisait un effort…

ARGHHH *bave*

Johanna, contrôle-toi et n'oublies pas le mot d'ordre : Hétérosexuelle … jusqu'à nouvel ordre.

 

- A quoi tu penses qui te fait sourire bête comme ça ?

Je remarque alors que Laura me regarde, amusée. Je prends vite un air tout à fait innocent avant de répondre :

-         A rien du tout !

 

Si tu savais !

J'ai envie de lui dire tout ce que je ressens, tout ce que j'aimerais partager avec elle. Seulement je ne peux pas. Non seulement je crains un refus et j'ai déjà bien trop peur de me l'avouer à moi-même, mais elle revient à la maison et je n'ai pas envie qu'elle change d'avis à cause de ça. J'ai vraiment peur de la perdre. Rah, je m'énerve à être sentimentale tout d'un coup. Je dois être malade, je vois que ça, une fatigue passagère.

Comme pour me narguer, mon esprit me met les paroles de " la maladie d'amour " dans la tête.

Si même moi je suis contre moi maintenant !

Elle ouvre la porte de l'appart et se retourne vers moi, le sourire aux lèvres :

-         Jo… ça te dit de louer un film ?

-         Oui, pas de prob, t'as envie de quoi ?

-         J'hésite entre les filles du botaniste et Loving Annabelle…

-         Je connais ni l'un ni l'autre !

-         Sacrilège, inculte !! Il faut remédier à ça ! dit-elle, l'air outrée.

 

Elle attrape son sac, se tourne vers la sortie puis s'arrête, fait demi-tour et me dépose un bisou sur la joue.

-         C'est pour te faire patienter !

Je porte la main à ma joue. C'est bien la première fois que j'ai droit à un bisou gratuit qui soit vraiment gratuit.

J'entame une petite danse de joie, bien vite avortée par l'arrivée de Kim et Anna. Elles remarquent la petite veste de Laura et les quelques affaires posées là dès qu'elles ont passé la porte.

-         Je savais qu'elle finirait par revenir, dit Kim. Ça y est, elle t'a tout avoué ?

-         Euh non… Pourquoi, elle est censée avoir quelque chose à me dire ?

-         Oh non non, c'était juste comme ça !

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à dire ça ? Qu'est-ce qu'elle ne m'a pas dit ?

 

Anna a l'air mal à l'aise et change de sujet.

-         T'as passé une bonne journée aujourd'hui ?

-         Oui nickel et vous, vous avez fait quoi ?

-         Oh ben on a été faire du roller et puis on a été se balader un peu et on est rentrées. Et toi ?

-         Ben j'ai croisé Laura par hasard pendant le boulot, je lui ai demandé de me rejoindre ce soir, j'espérais qu'elle m'explique mais elle n'avait pas l'air bien motivée.

-         Sincèrement Jo, t'as vraiment pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle était partie ? dit Anna, l'air de dire que c'est d'une évidence…

-         Ben non comment je le saurais ?

Kim et Anna se regardent en souriant d'un air entendu.

-         Vous êtes aussi bigleuses l'une que l'autre, il faut croire !

Sur ce, elles sortent prendre l'air.

 

Non ça ne m'énerve pas que tout le monde sache quelque chose que j'ignore ! Ça m'agace, je dois savoir !!!

Je décide d'aller prendre une douche histoire de me détendre pour éviter d'étriper Laura dès son retour.

 

*          *         *         *          *         

 

-         ME REVOILA !!!

Ben elle est où ?

J'entends le bruit de la douche et sourit intérieurement. J'aimerais bien la rejoindre…

Laura, arrête de penser à des trucs comme ça ! Ça suffit ! Self control !

 

Je contourne le canapé pour allumer la TV et mettre en route le lecteur DVD.

-         Ah te voilà ! Je me disais bien que j'avais entendu quelqu'un rentrer !

Surprise, je me retourne pour voir Jo, encore trempée, enroulée dans une serviette de bain. Elle a l'air furieuse. Elle s'approche de moi tout en me pointant du doigt. Je me demande ce que j'ai encore bien pu faire.

-         Toi… Tu vas me dire ce que tout le monde sait sauf moi.

-         Euh… Jo, je suis pas sûre de comprendre de quoi tu parles là.

 

En fait, je n'en ai pas la moindre idée.

-         Oh, ne fais pas l'innocente… Pourquoi tout le monde me demande si tu t'es enfin décidée à me parler ? Qu'est-ce que tu me caches ?

 

Ah… ça…

Je baisse la tête, pour lui cacher ma surprise.

-         Et bien euh… il... euh… trouve quelque chose à dire Laura, vite !

Mon regard fuit désespérément le sien, cherchant un moyen de me sortir de cette situation.

-         Tu cherches un bobard, je le vois ! Laura… la vérité maintenant… dit-elle, sa voix descendant un ton plus bas.

Bon… le tout pour le tout… gulp…

-         Ok. Si tu veux tout savoir, ils pensent qu'on va finir ensemble et se demandent juste quand on va se décider. Apparemment ils sont tous d'accord sur le fait que je suis celle qui aurait quelque chose à dire.

Aha, tu t'y attendais pas à celle-là hein ? T'as voulu la vérité, tu l'as.

 

La seule chose qui parvient à sortir de sa bouche est un petit " Oh… ". Elle se met à rire nerveusement, se grattant l'arrière de la tête. Elle est visiblement très mal à l'aise.

Le fait qu'elle soit toute gênée me fait plaisir quelque part. Bien fait !

-         ça expliquerait pas mal de choses n'empêche… dit-elle au bout d'un moment.

Oh, minute… Est-ce qu'elle est en train de dire que c'est tout à fait probable que quelque chose se trame entre nous ?

 

Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle me fait un petit sourire timide et se dirige vers la salle de bain. Je suis sûre qu'elle s'est retenue de courir.

 

Je sors le DVD des filles du botaniste de sa boite et l'insère dans le lecteur. Je m'affale sur le canapé, encore sous le choc. Nan… T'as sûrement mal compris Laura…

Au bout d'une minute, tout est en place. Jo arrive et s'assied à côté de moi.

-         On commence ? demande-t-elle.

-         Au cas où tu n'aurais pas remarqué, c'est sur toi que j'attendais ! dis-je tout en pressant le bouton lecture. J'ai pris les filles du botaniste, l'autre n'était pas dispo !

 

J'observe Jo du coin de l'œil lorsque, pour la première fois dans le film, on comprend que les deux filles sont amoureuses l'une de l'autre. Elle esquisse un sourire entendu, bien vite dissimulé dès qu'elle remarque que je l'observe.

 

Dès que le générique de fin se met à défiler, je demande :

-         Alors ça t'as plu ?

-         La fin est affreuse...ment belle ! dit-elle.

 

Je remarque qu'elle a les larmes aux yeux. Même si j'étais dans le même état la première fois que j'ai vu ce film, je ne résiste pas à la tentation :

-         Oh, mais tu pleures ! dis-je, d'un ton moqueur.

-         Roh ! Tais-toi et viens me faire un câlin pour me consoler. ça t'apprendra à me faire regarder des films tristes.

Je ne me fais pas prier et me jette à moitié dans ses bras. On se retrouve allongées, je suis sur elle, dans ses bras et étrangement je me sens à ma place.

Bon, alors demain je commencerais une liste de tous les films tristes au monde, en prévision de locations à venir. Ouais, ça c'est une bonne idée.

 

            *          *          *          *          *

 

Oh non, qu'est-ce que je viens de proposer… Pourquoi pas lui demander autre chose tant que j'y étais ? Heureusement qu'elle n'a pas dit non ou hésité, j'aurai pas su où me mettre…

J'ai un peu honte de prétexter avoir besoin d'être consolée, je m'en serais très bien remise toute seule. Bah, c'est sûrement ça qu'on appelle l'opportunisme !

 

Son odeur parvient à mes narines. Pourquoi il faut qu'elle sente aussi bon ? Est-ce qu'elle se rend seulement compte qu'elle ne m'aide pas vraiment ?

On ne dit pas un mot pendant quelques minutes. Je finis par rompre le silence :

-         A quoi tu penses ?

-         J'ai envie de framboises… me répond-elle.

Je ris doucement.

-         C'est quand la dernière fois que t'as eu tes règles ? T'as couché sans protection avec ton petit ami récemment ?

-         Ah ah très drôle ! me répond-elle. Et puis de toute manière, je préfère les filles !

Elle me regarde et me tire la langue. Vraiment chou !

Elle bouge, se relevant un peu et à ma grande surprise se réinstalle contre moi. Je la serre doucement dans mes bras et profite du moment. Elle se blottit encore un peu plus en poussant un léger soupir de contentement.

J'essaie de calmer mes émotions, de peur que les battements de mon cœur ne me trahissent.

Ma main esquisse de lentes caresses sur son épaule. Elle a la peau toute douce…

 

Je ne sais pas combien de temps on reste comme ça, je suis juste bien, j'ai besoin de rien d'autre. Je me contente de respirer ce parfum que j'aime tant et de faire durer la situation tant que possible.

Au bout d'un moment, j'ai l'impression que sa respiration se ralentit. Non, elle s'est quand même pas…

Je bouge un peu ma tête pour voir son visage. Elle a l'air si paisible…

De ma main, je remets en place une mèche de cheveux blonds qui lui tombe sur le visage. Le mouvement semble avoir rendu mon épaule inconfortable et elle se réajuste dans un petit grognement. Sa cuisse vient se placer pile sur mon entrejambe.

 

Oh non… pas ça…

En plus, ça ne peut pas arriver le jour où j'ai mis un pantalon doublé ! Nonnnnn ça arrive le jour ou mon pantalon est tellement fin que je sens le moindre courant d'air !

Je regarde en l'air, maudissant intérieurement le fabricant.

Bon, Jo… t'es plus une enfant… contrôle-toi un peu !

J'essaie de faire abstraction de la délicieuse pression appliquée. Au bout d'une minute, je n'en peux plus et tente de me dégager. Juste un peu, quelques millimètres feront l'affaire.

Une fois encore, mademoiselle n'est pas satisfaite de ma nouvelle position. Elle se remet comme avant, sa cuisse peut-être encore davantage mal placée.

Je ne sais pas si c'est parce que j'ai super envie d'elle, là maintenant tout de suite, ou si c'est parce que… bon je vois que ça comme explication, mais je suis presque sure de pouvoir sentir sa cuisse bouger quasi imperceptiblement au rythme de sa respiration. Et c'est déjà trop.

Jo, calme-toi… c'est une fille, tu ne peux pas avoir envie d'elle.

Je sais pas si c'est pour me contredire ou parce que je psychote, mais j'ai l'impression de sentir une humidité croissante entre mes cuisses.

 

Ok, j'abdique.

Je la soulève délicatement, la prenant dans mes bras et je vais la mettre sur mon lit. Attends Jo, tu veux quand même pas la laisser dormir toute habillée, si ?

Merci la petite voix, t'as toujours de bonnes idées

 

            *          *          *          *          *         

 

-         Allez encore un petit effort, on y est presque ! Lève la jambe un peu plus haut Linda, le but n'est pas de s'économiser !

Je continue à faire les mouvements en rythme avec la musique, alors que ma seule envie est de m'allonger et de dormir. Vivement que ça se termine !

 

Je m'approche de Pierre, qui fait visiblement ses mouvements à moitié. Ma main attrape sa jambe et je la lui lève jusqu'au point voulu.

-         Là, tu vois ?

-         Oui mais ça tire un peu quand je le fais, je suis pas souple !

Parce que lever sa jambe de plus de 10 cm du sol nécessite une once de souplesse ? Mon regard exprime toute la lassitude que je peux avoir envers lui. C'est toujours la même histoire, je me demande même pourquoi il vient s'il ne veut pas faire les exercices correctement.

-         C'est le but, c'est comme ça que tu sens que ça travaille.

Je retourne à ma place, écoutant distraitement la chanson.

 

Pourquoi dans les salles de sport, ils passent obligatoirement des musiques énergiques pour les séances d'aérobic !C'est vrai, un slow de temps à autre, c'est aussi bien niveau tempo. Bon, sur le coup c'est peut être la feignasse en moi qui parle.

Déjà que d'ordinaire je suis distraite par le fait que toutes mes pensées convergent vers Jo, si en plus on ajoute la fatigue, rien ne va plus.

En plus, je suis quasiment sûre de m'être endormie sur elle hier soir, même si ce matin j'étais dans le lit, en pyjama, j'ai absolument aucun souvenir d'avoir bougé. Et aussi d'habitude, je ne mets pas de sous-vêtements sous mon pyjama…

L'illumination me vient d'un coup : Ça veut dire qu'elle a mis ses mains sur moi hier soir et que j'ai même pas pu profiter de la sensation, trop occupée à dormir comme une souche ?

Où est le mur le plus proche que je m'y frappe la tête ?!

Un peu (beaucoup) frustrée, j'ai un regain d'énergie soudain et commence à bouger sur un rythme qui n'a absolument rien à voir avec celui de la musique, jusqu'à ce que je remarque les regards interrogateurs en face de moi.

Je fais comme si de rien n'était et reprend l'enchainement, bien décidée à rester concentrée.

 

Bien sûr, je n'ai pas loupé le petit sourire en coin de Charlène. Pourquoi faut-il que ma boss lise en moi aussi facilement. Je suis sûre qu'elle sait à quoi je pensais !

Un coup d'œil à la montre : 17H30. Yihaaaaa ! En plus Jo ne devrait pas tarder maintenant, elle a dit qu'elle passerait me faire un coucou en sortant du boulot !

 

J'arrête la musique et dis :

-         C'est fini pour aujourd'hui ! Merci d'être venus, même chose demain même heure !

Je les regarde quitter la salle, enviant ceux qui EUX, sont libres de s'en aller. Courage, encore un cours et c'est fini !

 

Ne résistant pas aux appels que me lance un fauteuil qui a l'air super confortable, je traverse la pièce et m'affale dedans. J'ai même pas commencé à ne rien faire que j'entends la voix de Charlène depuis l'entrée :

-         Laura, ramène-toi, vite !

Intriguée, je vais aussi vite que possible voir ce qu'elle veut. J'ai même pas fait un pas dans la pièce que je comprends.

Oh non…

 

Là, à la télé, est écrit en gros titres : prise d'otages à la WV Bank. Sur l'image prise par une caméra de surveillance, on voit très distinctement Jo dans les bras d'un type, un flingue posé sur sa tempe.

Mon sang ne fait qu'un tour. Pourquoi il fallait que ça soit elle ? Je sens que je commence à paniquer quand Charlène rajoute :

-         T'inquiètes pas, apparemment la police est en route, ça va aller !

Ça ne me rassure pas du tout ça !

-         Tu veux dire que, quand il aura saisi qu'il est foutu, il va être dix fois plus stressé et qu'il risque de faire n'importe quoi ?

Elle me regarde et se tait. Elle a dû comprendre que ça ne sert à rien de me parler pour l'instant.







Depuis le 22/03/2009