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Oh le con ! Ca m'apprendra à rendre service à Karl. Va juste déposer un chèque pour moi s'il te plait, après je te ramène chez toi, ça te prendra que 5 minutes, mon banquier me hait, s'il me voit j'en ai pour des heures et gna gna gna ! Et maintenant je me retrouve dans les bras d'un type qui pue comme pas permis et pointe un putain de calibre sur ma tempe. Si je m'en sors, dans l'ordre : Je tue Karl J'envoie du parfum et une savonnette à M. Monde derrière moi Je réanime Karl pour le tuer à nouveau.
Et en plus j'avais dit à Laura que je passerais la voir après le boulot. Je risque d'être en retard… Je sens bien que le gars est super stressé alors je m'efforce d'être aussi calme que possible. Ca me prend toute la bonne volonté du monde mais j'écoute ce qu'il me dit sans broncher : - Ecoute-moi bien ma belle, je vais te lâcher et tu vas bien sagement aller fermer les rideaux, t'as bien compris ? Je hoche la tête doucement et m'avance vers les persiennes en question. Cet abruti se doute même pas qu'il y a des caméras de sécurité ou quoi ? Mis à part se foutre dans le noir, ça va pas changer grand-chose. Je m'approche de celle la plus proche de la porte quand j'entends : - Et essaie pas de te tirer ou je les bute tous ! Et en plus c'est un crétin ! Ca m'enrage de ne rien pouvoir faire. Je revois encore la scène : il arrive dans la banque où il y a tout juste 3 clients, deux guichetiers et moi, sort son arme et nous fait un remake d'un mauvais film en disant : les mains en l'air ! Et filez-moi le fric et vite !
Je regrette d'être passée me changer avant de rentrer, sinon j'aurais au moins eu mon flingue. Et il t'aurait buté en voyant un flic, ça n'aurait pas servi à grand chose !
Je termine de tout fermer et reste en place, bien sagement. Il transpire à grosses gouttes, sachant très bien qu'il a plutôt intérêt à réussir son coup s'il ne veut pas finir en tôle. Je me demande quand même ce qui a pu le pousser à faire ça. C'est vrai, c'est un gars de quoi, allez, un mètre soixante-dix, la trentaine, des lunettes et un look de bouseux avec son costume au haut deux fois trop grand pour lui et au pantalon taille enfant. Peut-être qu'il fait ça pour s'acheter des fringues !
Il n'a pas vraiment le profil type du fou furieux à première vue, même s'il a quand même l'air d'avoir du muscle.
Sa main doit être moite et je vois bien que sa prise sur le flingue n'est pas assurée. Il suffirait d'un seul instant et… En restant là où je suis, près des portes et à l'opposé de l'endroit où se trouvent les autres otages, je l'oblige à sans cesse tourner la tête. - Retourne avec les autres, tout de suite !
J'avance doucement vers lui, concentrée sur la main qui tient l'arme. Je sens l'adrénaline monter et mon cœur se mettre à battre de plus en plus vite. Je passe à côté de lui quand on entend des sirènes de police. L'alerte a été donnée.
Paniqué, il détourne son attention de moi pour regarder la porte avec inquiétude. Il ne m'en fallait pas plus. Mon pied vient frapper sa main, lui faisant lâcher le revolver. Il se retourne vers moi. - Sale pute ! Je ne m'attends pas à ce qu'il soit si rapide et j'ai tout juste le temps de tourner un peu la tête quand je sens son poing s'écraser sur ma mâchoire. Je vais avoir un gros bleu demain. Les otages ne savent pas quoi faire et regardent l'arme au sol, à un mètre de lui comme de moi. Il tourne la tête vers eux et leur lance : - Bougez pas, je la termine et je m'occupe de vous. Le premier qui tente quoi que ce soit- Mon poing vient s'écraser en plein dans son visage et j'entends avec satisfaction le bruit caractéristique d'un nez qui se brise tandis qu'il arrête de dire des conneries. Fallait pas me quitter des yeux, abruti !
Le choc l'a fait se tourner en direction du flingue et je sais avant lui qu'il va essayer de l'attraper. Mon pied vient le frapper à l'arrière du genou et il s'écroule lourdement. Je me rue en direction de l'arme mais sa main m'attrape la cheville et je tombe à mon tour. Le temps de reprendre mes esprits, il est à cheval sur moi et me tire par les cheveux pour frapper ma tête contre le sol.
Il recommence l'opération. Personne ne semble décidé à venir m'aider alors que ma tête commence à sérieusement tourner. Je le vois qui se relève et veut passer par-dessus moi pour s'emparer du revolver. Même à moitié inconsciente, aucune fille n'oublie jamais le point faible numéro 1 des gars. En se levant, il expose son entrejambe sans même s'en rendre compte. Grossière erreur. Ma main droite vient agripper sa virilité et je serre ce point précis de toutes mes forces. Je suis à peu près certaine d'avoir un sourire de satisfaction sur le visage tandis qu'il hurle de douleur. Celui-ci disparaît alors qu'il me frappe au visage comme il peut. Je sens le goût du sang dans ma bouche mais je ne lâche pas prise tout de suite. Mon autre bras tire sa jambe. Je me relève et le pousse, le faisant tomber dans le mouvement. Alors qu'il est dos au sol, je le vois jeter un œil vers l'arme et tendre le bras. Elle est à quelques centimètres seulement de sa main. Sans perdre plus de temps, je lui colle une droite dont il se souviendra toute sa vie, en plein dans l'arcade, avant de me précipiter pour saisir le revolver avant lui. Ses doigts vont s'enrouler autour de la crosse quand je lui marche sur la main, le faisant lâcher prise et je me penche pour attraper le flingue. Il retire son bras de sous mon pied, me déséquilibrant et je tombe en avant. A peine ai-je touché le sol qu'il se jette sur moi. Ses deux mains viennent entourer ma gorge. La prise est serrée, ça ne sent pas bon pour moi. L'air commence déjà à me manquer. Je réalise tout à coup que mes doigts touchent quelque chose. Le canon.
La chance ne m'a peut-être pas totalement abandonnée après tout ! Ma prise se resserre et j'abats la crosse du revolver à l'arrière de son crâne. Il s'écroule sur moi, inconscient.
Je le pousse en toussant, me relevant tant bien que mal. Je crache un filet de sang, reprenant mon souffle, tandis que mes collègues rentrent en trombe dans la banque. L'adrénaline coule toujours dans mes veines, mon cœur bat la chamade. Je jette un dernier regard vers le braqueur, satisfaite de savoir que je m'en tire beaucoup mieux que lui. Son nez est vraiment dans un sale état, tout comme doit l'être son entrejambe, et il va avoir un sacré mal de tête au réveil.
Karl m'attrape sous le bras et m'aide à sortir de là alors que j'ai encore la tête qui tourne dangereusement. - Plus jamais je te rendrais service, sache-le Karl ! Il rit et m'amène vers les médecins.
C'est sûr, je vais être en retard !
* * * * *
Soulagée, je vois les policiers passer les menottes au gars alors qu'il reprend doucement conscience. J'en reviens toujours pas. Jo, ma colocataire, vient de foutre une raclée à un braqueur ! Bon, le combat ne ressemblait pas vraiment à ceux qu'on voit dans les films mais on ne peut pas tout avoir. Surtout que la prise " casse noisettes " façon Jo est assez peu orthodoxe. Le journaliste prend la parole " On apprend que les victimes sont emmenées à l'hôpital St James où une cellule de soutien psychologique a été mise en place " - Quel soutien psychologique ? Ils ont rien foutu, ont même pas bougé le petit doigt quand elle se battait contre ce gars ! S'ils s'étaient sentis si en danger que ça, ils auraient fait quelque chose ! Mon ton scandalisé fait sourire Charlène. Elle se tourne vers le tableau au mur, décroche mes clés et me les tend. - T'as deux minutes pour aller la voir avant que je ne change d'avis ! - Mais, Charlène et mon cours ? Elle fait un geste de la main, pour me chasser comme si j'étais une mouche, avant de dire : - Allez, file ! Bon, si elle insiste ! Après tout, qui suis-je pour discuter les ordres de ma patronne ?
15 minutes plus tard, je suis devant l'accueil de l'hôpital. La secrétaire me fait un sourire tout ce qu'il y a de plus commercial avant de demander : - Bonjour Mademoiselle, que puis-je faire pour vous ? - Bonjour euh, je cherche mon amie, elle a dû arriver il y a peu, elle était sur les lieux du braquage à la WV Bank ! Elle baisse ses lunettes aux montures rouges pour me regarder par dessus, suspicieuse. J'ai presque l'impression de pouvoir lire " Personne n'a daigné poser ses mains sur moi depuis des années " écrit en lettres d'or sur son front. Au bout de quelques très longues secondes, mon antipathique interlocutrice me demande : - Vous êtes de la famille ? Elle est sourde ou quoi, je viens juste de dire que je suis une amie ! - Je suis euh… sa… colocataire… - Alors je suis désolée mais je ne peux pas vous indiquer ce genre de renseignements. Elle se réinstalle au fond de son fauteuil, croisant les bras, tout sourire. Hum… En plus elle est contrariante. Tant pis, on va tenter autre chose. Plan B. - Je suis SON amie… sa… colocataire… vous voyez ?? Je tente d'expliquer ma pensée en parlant avec les mains et en faisant un regard explicite. Bon, ok, c'est un vilain mensonge, mais pas tant que ça si on y réfléchit ! Je suis vraiment sa colocataire et son amie. Juste pas SON amie. Toujours est-il que ma petite ruse semble fonctionner sur la secrétaire qui ouvre grands les yeux et la bouche. On peut clairement voir que l'idée vient de la percuter. Pas fute-fute dans son genre. - Le… hum… au bout du couloir à gauche. - Merci ! Un sourire satisfait sur les lèvres, j'emprunte le passage indiqué. A peine arrivée, je la vois. Aouch, ça avait l'air moins… bleu… à la télé !
Je tente de garder un minimum de self control, histoire de paraître civilisée et de ne pas me ruer sur elle. Elle me sourit timidement alors que je m'agenouille à ses côtés.
- Ca va ? Je ne peux pas empêcher une petite grimace en la regardant. Du bout des doigts, je parcours l'énorme bleu qui orne sa mâchoire. - Il y a pas été de main morte. Elle me fait un petit sourire malicieux avant d'ajouter : - Moi non plus ! - Ca tu m'étonnes ! Rappelle-moi de jamais t'énerver ! Je recule en faisant semblant de me protéger, comme si elle allait me frapper. Elle rit avant de prendre un air menaçant et de frotter sa main sur le haut de ma tête, me décoiffant joyeusement au passage. - En tout cas Jo, ne t'avise plus jamais de me refaire un coup comme ça ! J'ai cru que j'allais avoir une attaque quand je t'ai vue dans ses bras ! - Et encore, toi t'avais pas l'odeur ! Et pis fais pas ta jalouse comme ça !
* * * * *
Je termine ma phrase par un clin d'œil, histoire de l'agacer un peu plus. Elle me regarde un instant, perplexe. Puis un sourire étire ses lèvres lorsqu'elle me réplique, l'air mauvais : - Tu m'as quand même posé un lapin pour aller t'acoquiner avec un inconnu, devant des milliers de personnes ! Je sens mon sourcil droit se lever malgré moi : - M'acoquiner, tiens donc ! Bon, … euh... désolée pour le retard quand même ! Levant ses yeux au ciel, elle me dit : - Ne sois pas bête ! Allez viens là !
Je me réfugie avec plaisir dans l'étreinte qu'elle m'offre. Toute la tension que j'avais accumulée s'en va en une fraction de seconde… Depuis le couloir, une femme aux lunettes rouges nous regarde les bras croisés avec un air de dégoût profond affiché sur le visage. C'est quoi son problème à elle ? Et comment on peut avoir l'air aussi mal bai… pas baisé du tout ?
Mes pensées sont interrompues par Laura qui se recule à peine, me renifle l'épaule et dit : - Ah oui, je vois ce que tu voulais dire par l'odeur ! - EHHHH !! Je la pousse doucement et croise les bras sur ma poitrine comme la charmante femme que j'observais quelques instants auparavant. Elle me secoue un peu : - Oh allez Jo, t'as pas vraiment envie de bouder… Je le sais… Bon, peut-être bien, mais je ne te ferais pas le plaisir de l'admettre. Je tourne la tête, la regardant du coin de l'œil et tire la langue. - Tu ne serais pas en train d'essayer de m'exciter par hasard ? Parce que si c'est le cas… Horrifiée, je sens son index venir caresser ma mâchoire. Mes yeux s'ouvrent en grand. Elle va me tuer ! - Mais … mais PAS DU TOUT ! Qu'est ce que tu racontes… Et puis ça te ferait trop plaisir... - T'as dit quoi là ? - Moi ?... rien du tout… Je m'empêche de siffloter, ça ferait un peu louche. C'est le moment ou jamais de lancer les habiles changements de sujet dont j'ai le secret : - Ca te dit pas de rentrer, j'ai envie d'être au calme… Et puis les médecins m'ont déjà examiné… - Ouais, t'as raison, j'ai eu une rude journée ! En disant ça, Laura se tourne vers moi en souriant. Elle reste aussi gonflée qu'au premier jour ! Un sourire se dessine sur mes lèvres sans que je n'aie aucun contrôle dessus. Faut croire que certaines choses ne changeront jamais ! |