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Coup d'œil à droite, puis à gauche… Personne, j'y vais. Je m'élance hors de la ruelle sombre vers l'épicerie qui fait le coin. Je me retrouve rapidement devant l'étal et prends une pastèque en même temps que mes jambes à mon cou. Déjà tout sourire à l'idée de me goinfrer, je m'engouffre dans un coin d'ombre, avant de plonger de nouveau dans l'anonymat des ruelles mal famées. Epuisée, après 5 minutes de course à pied, je décide qu'il est l'heure de manger. Même pas un cri, pas une alerte, aussi rapide que l'éclair, personne ne m'a vue ! Je m'améliore! Mes fesses viennent lourdement s'écraser sur le béton. Couteau suisse en main, la pastèque vit ses derniers instants. Je jette un ultime coup d'œil à ma victime avant de lever le bras, prête à donner le coup de grâce ! - Tu devrais faire attention tu risques de te blesser ! Certaine d'avoir fait un bond d'au moins 2 mètres, je regarde dans la direction de la voix. Oh non !! Oh non non !! - Pourtant je crois avoir déjà prouvé mon adresse l'autre jour. dis-je, espérant secrètement détourner l'attention. - Tu m'as eue par surprise, ça n'arrivera plus. Et j'aime autant te prévenir que le lancer de pastèques est nettement plus dur. Elle a un sourire pour lequel je serais prête à me damner. Mais l'heure n'est pas aux pensées lubriques. Je dois réfléchir à une manière de m'en sortir. Calculant aussi vite que possible les diverses alternatives qui s'offrent à moi, je décide de choisir la plus sage. La fuite !! Elle est grande, visiblement sportive et je ne connais pas bien ce coin de la ville. Dans quelle direction aller ? Il est temps de faire confiance à ma chance légendaire. Pastèque sous le bras (hors de question d'abandonner mon butin), je m'élance rapidement dans la direction opposée à mon idéal féminin. Un millième de seconde plus tard, je l'entends se mettre en route. Elle n'a pas été longue à réagir. J'ai beau avoir à peine 20 ans, j'ai l'impression d'avoir autant de fougue qu'une mamie. Arrivée à une intersection, je tourne à gauche. Un cul de sac. Fallait que ça m'arrive maintenant. Je me retourne, prête à affronter le regard triomphant de ma poursuivante. Pour le coup, je ne me suis pas trompée. Elle avance vers moi lentement, sachant pertinemment que je n'ai plus aucun moyen de m'enfuir. Game over. Ses yeux brillent d'une lueur que je n'arrive pas à définir. De la joie ? Une envie de vengeance ? Sa démarche est souple et féline. Reste concentrée. Tu dois réfléchir. C'est vrai que les formes que laissent entrevoir son uniforme laissent songeur ! Reprends-toi !!! À peine suis-je sortie de mes pensées, je me rends compte qu'elle est désormais trop proche pour espérer avoir une chance de l'éviter. À un mètre de moi, elle continue toujours à avancer. Je me sens la proie d'un terrible prédateur. Elle stoppe alors que dix petits centimètres nous séparent encore. Lentement, comme pour refermer la cage et insister sur sa victoire, elle me plaque dos au mur en posant ses deux mains contre celui-ci. Je n'avais vraiment pas besoin de ça ! Mes yeux descendent dangereusement vers l'endroit où les boutons de sa chemise semblent prêts à sauter. A ce niveau de proximité, je ne réponds plus de rien. - J'ai gagné. Je hausse les sourcils, étonnée. - C'est quoi mon gage ? Des beaux bracelets ? - Assez tentant comme proposition, mais là je n'ai été témoin de rien du tout. Le sourire me vient aux lèvres. Elle voulait juste gagner. Prendre sa revanche. > - Donc au final on fait quoi? - Au final ça fait que tu m'accompagnes jusqu'à mon cher collègue, et qu'on verra ensuite. Madame la flic sexy ou comment briser tous mes espoirs en une demi seconde. - Le fait d'être craquante ne fait pas toujours tout officier… Je n'ai pas l'habitude de suivre les inconnues. Je suis désolée d'avance. Rapidement, je viens poser mes lèvres sur les siennes. Comme je l'avais espéré, elle a un mouvement de recul. J'en profite pour passer sous son bras et courir vers ma liberté. * * * * * Et dire que je l'avais attrapée ! Mais cette fois encore elle m'a eue. N'empêche que c'était déloyal ! Je me demande ce qui a bien pu lui passer par la tête. L'idée ne me serait même pas venue à l'esprit je crois !! Mes doigts viennent à ma bouche, comme pour me confirmer que ça a bien eu lieu. C'est comme si le contact avait duré des heures. J'ai l'impression de toujours sentir ses lèvres contre les miennes. Mais pourquoi elle a fait ça ? Il y avait d'autres moyens pour s'en sortir. Je n'avais aucune preuve contre elle. Bref, on ne va pas chercher à comprendre !! Grâce à je ne sais quel miracle, je retrouve ma voiture de fonction en seulement 5 minutes. Karl est toujours à l'intérieur, toujours avec ses beignets à la confiture, pour changer. - T'en fais une drôle de gueule ! T'as vu un monstre ? - Pire encore, j'ai eu une vision de toi nu !! Visiblement, ma petite blague ne le fait pas rire. Mais, en parfait gentleman, il enfouit ses insultes dans sa gorge en même temps qu'un gros beignet. * * * * * - Oh puta**, oh puta** ! Mais qu'est-ce qui m'a pris ! Bon, euh reste calme, au moins ça t'aura permis de t'enfuir. Et pis c'est pas comme si tu regrettais… Un petit sourire songeur se glisse sur mes lèvres. Après tout ça en valait le coup ! Je suis sûre que dans d'autres circonstances… ça pourrait être très agréable… Laura, arrête de penser des trucs comme ça ! Et moi qui croyais qu'avec la fin de l'adolescence, tous nos problèmes hormonaux étaient résolus… Je ralentis l'allure, c'est plus la peine d'aller si vite, je l'ai laissée sur place. Bon, j'ai un peu mauvaise conscience à l'idée de ce que j'ai fait à cette pauvre fille en deux jours. Entre la pomme en pleine tête et le baiser… - Je devrais peut-être m'excuser… Ou au moins essayer… Une idée de génie me vient à l'esprit. C'est un peu crétin, c'est prendre beaucoup de risques pour pas grand-chose mais ça le fait. * * * * * - J'en ai marre de ces histoires de voisinage. C'est toujours pareil avec celle-là ! dit Karl tandis qu'on retourne à notre voiture. - Tu m'étonnes. Si j'ai pas entendu cette femme se plaindre 1000 fois du bruit que fait son voisin, c'est un miracle ! - C'est son ex… m'annonce-t-il en mâchouillant son chewing-gum, l'air inspiré. - Qui ça ? - Le voisin… c'est son ex. Son ex mari même… Un petit rire m'échappe. Ca explique pourquoi elle en a autant après lui… Karl déverrouille les portières et je m'affale avec soulagement sur le siège passager. Un coup d'œil à la montre du tableau de bord: 18h08. Courage, c'est bientôt fini. Karl pointe un truc du doigt en rigolant : - On dirait qu'on nous a filé une prune ! Je regarde le bout de papier coincé sous notre essuie glace. Qui pourrait être assez con pour nous coller un PV ? C'est même pas une voiture banalisée ! J'ouvre la portière et attrape le bout de papier en question. - Ché quoi ? dit Karl finissant d'enfourner Dieu seul sait quoi dans sa bouche. - Attends, je te dis ça ! Je déplie le bout de papier froissé. J'y crois pas… Juste parce que je suis bien élevée. Désolée pour la pomme… et pour vous savez quoi… Mais si vous arrêtiez de me suivre aussi… J'arrive pas à m'empêcher de rigoler. Elle a de l'humour au moins. Et elle est gonflée ! * * * * * Ca fait longtemps que j'ai pas revue mon " amie " la policière sexy. En même temps, ça vaut sûrement mieux, au vu de mes petites provocations… Ca l'a faite sourire ceci dit ! Je revois encore la scène : son collègue qui pointe le papier du doigt, elle qui l'attrape, perplexe, qui le lit et…ahhhh… ce sourire !! Laura, reprends-toi ! Et puis tu l'as même plus vue depuis ce jour là !! * * * * * Le soleil caresse ma peau à travers le feuillage des arbres du parc. Ca fait longtemps que je n'ai pas pris un peu de temps pour moi. Faut dire que mes horaires de service ne sont pas vraiment arrangeants ces derniers temps… En même temps, si je n'étais pas sortie aujourd'hui… c'est vrai quoi, il fait beau, je déguste une glace au chocolat dans un parc… que demander de plus. Sans même m'en être rendue compte, je me retrouve devant un groupe qui fait un spectacle de rue. Un petit attroupement se forme autour d'eux. J'avise un banc du coin de l'œil quelques secondes avant d'aller m'y asseoir. Je mange distraitement ma glace en observant les passants. Certains rient, d'autres tirent une tête pas possible. D'autres encore ont l'air perdu ou intrigué. Soudain, quelque chose au loin attire mon attention. Non…. Je me penche un peu, comme si j'allais mieux voir, mais je sais déjà que je ne me suis pas trompée. C'est elle. Elle est assise sur un banc avec des amis à elle, à, à peine une vingtaine de mètres de là où je me trouve. Elle ne m'a pas repérée, alors je me réinstalle contre le dossier du banc, continuant à l'observer, sans savoir pourquoi. Je n'ai même plus envie de chercher à comprendre. Pour une fois, il est temps pour moi de suivre mes envies. Je réalise qu'elle est vraiment jolie et semble pleine de vie. Elle rit beaucoup, a l'air assez heureuse. Elle dégage quelque chose d'enfantin, de pur. Pourtant ce que j'ai vu d'elle ne correspond pas vraiment à l'image… Un sourire me vient naturellement aux lèvres et je suis certaine d'avoir l'air crétin au possible. Alors que je la contemple, je la vois froncer les sourcils, tourner la tête et regarder quelque chose au sol. Je suis l'endroit que ses yeux sondent. Une petite vieille vient de faire tomber son portefeuille. Ma curiosité est piquée. Je me demande ce qu'elle va faire. Sans hésiter, elle se lève et s'empare de l'objet. J'aurais du m'en douter ! Quelque part, tout au fond, je suis déçue. Pourtant, à ma grande surprise, je la vois courir après la mémé. Elle lui tape sur l'épaule et lui rend son bien. La vieille femme est ravie et la remercie vivement. Elle ne s'est même pas servie ! Elle est… honnête ! Mon sourcil droit se lève et je sais très bien que j'ai cette expression, à moitié entre l'incrédulité et l'interrogation. Décidément, elle ne fait rien comme les autres cette fille ! Je reprends mon inspection, de plus en plus intriguée… Elle retourne auprès de ses amis qui ont l'air au moins aussi intrigués que moi. Elle répond à leurs questions en passant sa main dans ses cheveux, d'embarras. Elle bredouille quelques mots, jouant avec la terre un peu sableuse sous ses pieds. Même de là ou je suis, je remarque qu'elle change soudain de sujet . Rien qu'en la regardant parler, je suis à peu près sûre qu'elle est loin d'être bête. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle captive son auditoire. Ils n'ont d'yeux que pour elle tandis qu'elle raconte une histoire à grand coups de gestes des mains. Sans crier gare, elle tourne la tête dans ma direction et son regard vient directement capter le mien. Mon cœur manque un battement avant de reprendre à toute allure. Je déglutis tant bien que mal. Oups ! * * * * * Je savais bien que je me sentais observée ! Je ne suis pas encore dingue ! C'est elle. Même sans son uniforme je la reconnaîtrais entre mille. Et personne n'a des yeux aussi bleus. On se regarde comme ça, pendant une seconde, ou une éternité, je ne sais pas et ça m'est complètement égal. - Laura ? Ca va ? Tu nous fais quoi là ? Kim me regarde de façon étrange, se demandant visiblement quelle mouche vient de me piquer. Les autres attendent que je continue mon histoire, je le vois bien, mais pour l'instant il m'est impossible de détacher mes yeux d'elle. On s'inspecte, on se détaille, on se jauge. Je crois que je l'intrigue. Et puis, tout à coup, elle me sourit. Pas un sourire ironique ou méchant, non, un vrai sourire. Le même qu'on ferait à une amie. Quelques secondes de plus et je la vois se lever de son banc. Elle se dirige dans ma direction, de sa démarche souple et féline. Ses yeux n'ont pas quitté les miens un seul instant. Le monde peut bien s'arrêter de tourner, je ne suis même pas sûre que je le remarquerais tellement j'ai l'impression d'être avalée dans son regard. Je reste captivée quelques secondes, comme hypnotisée, avant de réaliser : Elle vient vers moi ! Un vent de panique me parcourt de bas en haut. Je me lève, dit un vague " à plus " aux autres qui ont recommencé à discuter et fais quelques pas à reculons. Elle lève une main, comme pour me faire signe d'arrêter, de l'attendre. Peut-être qu'elle veut me dire un truc… Arrête de rêver Laura, elle veut te coffrer ! Tire-toi de là ! Des heures plus tard, j'erre toujours dans les rues, perdue dans mes pensées. La nuit commence à tomber sur la ville et mes pas me guident tout naturellement vers ma " maison ". Arrivée à proximité, j'entends des voix. Ce n'est pas Kim, à moins qu'elle ait subitement mué et ce ne sont pas des voix connues. Je me colle au mur et tente de jeter un œil à travers la porte délabrée. Je vois des hommes en cercle autour d'un grand blond tout tatoué et d'un petit gros au teint mat. Hey mais qu'est-ce qu'ils font là ces abrutis ? Il y a des gros bras partout. Je tente de voir combien ils sont exactement, ou d'écouter leur conversation. Mais je n'entends pas bien. Je colle mon oreille à la porte, un peu trop brusquement. Elle bouge à peine, mais dans un grincement épouvantable. Oh oh ! Réfléchis vite ma vieille!! Je pousse la porte, comme si de rien n'était, comme si je n'avais pas vu qu'ils étaient là. Avec un peu de chance, ils se diront que je viens d'arriver et que j'ai, à peine, eu le temps de les voir. J'ouvre de grands yeux en les regardant. Le blond fait un geste et deux gorilles que je n'avais pas vus m'attrapent… C'était peut-être pas un bon plan… |