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Je me réveille doucement. J'ai super bien dormi. Ca ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Mon bras est enroulé autour de quelque chose. J'ouvre les yeux. Ah ok. Pourquoi pas. Mon bras est autour de la taille de Laura. Elle est sur le côté, moi derrière elle et on est parfaitement emboîtées. Je devrai retirer mon bras et me décoller, mais je n'arrive pas à m'y résoudre. Je suis juste bien, et puis je ne fais rien de mal après tout. Je la serre un peu plus. " Mmh Kim " Kim… Ca doit être sa copine. En une seconde, je n'ai plus envie de rester là. Je retire mon bras doucement, pour ne pas la réveiller. Elle m'arrête et se retourne. Elle a toujours les yeux fermés. J'attends de voir ce qu'elle va faire, n'osant plus bouger. Sa main se lève et vient caresser mon visage. Elle s'avance, dépose un petit baiser sur mes lèvres et se recule. - Bonjour, dit-elle d'une voix toute endormie. Elle ouvre enfin ses yeux. En me voyant, elle fait une tête pas possible. Visiblement ce n'est pas moi qu'elle s'attendait à trouver. - Excuse-moi. Je… enfin je t'avais prise pour une autre. - Kim hein ? Sans attendre sa réponse, je me lève et sors de la pièce. J'entre dans la cuisine et commence à faire les cents pas, avant de me forcer à m'adosser au plan de travail. Mais qu'est-ce que ça peut me foutre ? Pourquoi ça me fait tellement chier qu'elle ait déjà quelqu'un ? Je l'entends arriver derrière moi. - Excuse-moi. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, ou t'embrasser. J'ai pas fait exprès. Je garde le silence, incapable de parler de toute manière. Tu ne voulais pas… Je ne le sais que trop bien. - Jo ? Ca ne va pas ? - Si, si, tout va très bien, ne t'inquiètes pas. - T'es sûre ? Non ça ne va pas. Tu me plais, mais je peux pas l'accepter et en plus j'ai constamment envie d'être contre toi, tandis que tu penses à une autre. Et puis, j'aime les hommes ! Voilà ! - Bien sur que je suis sûre ! Je tente un sourire forcé. Elle n'a pas l'air convaincue mais n'insiste pas. Après de longues minutes de silence tendu, j'ose enfin poser la question qui m'intrigue depuis que je l'ai rencontrée. Comment une fille comme elle a-t-elle pu se retrouver dans la rue ? Depuis combien de temps ? Elle faisait quoi avant ? Son regard croise le mien. J'ai l'impression qu'elle essaie de voir si je m'intéresse vraiment, ou si je la juge. - Je me suis retrouvée à la rue, il y a deux semaines. J'ai fuis mes parents, il y a un peu plus de 3 mois. On ne s'entendait pas du tout et mon père a un sacré problème avec le fait que je sois homo. Je suis partie parce que de toute façon j'aurais terminé à la porte… Bref, j'ai réussi à tenir jusque là grâce à mes économies et un job à mi-temps. Mais je n'étais pas très bien payée et les loyers ont augmenté. Comme je n'avais plus les moyens, ma proprio m'a mise à la porte… …Tu sais, je crois que ce qui me dérange au fond, ce n'est pas tant d'être à la rue, que de savoir que mes parents rejettent ce que je suis… Je veux dire, ce n'est pas comme si j'avais choisi ! Une larme coule le long de sa joue. Elle a tout dit d'une seule traite. Je regrette ma curiosité. Je saisis sa main. Elle lève la tête avec un sourire empreint de tristesse. Je m'avance et la prend dans mes bras. Se laissant visiblement aller, elle me serre très fort contre elle. Ses sanglots sont un supplice, je voudrais l'aider, mais je ne sais pas quoi faire. - Tu faisais quoi comme travail (habile changement de sujet) ? - J'étais prof de fitness dans une petite salle de sport. Ceci explique sa condition physique et une plastique irréprochable. - Tu n'as jamais songé à t'engager dans la police ? - ???? Quand j'étais plus jeune je voulais, mais je suis un peu petite je crois. Pourquoi ça ? - Oh rien comme ça ! Il y a une salle de sport près de mon commissariat, je connais bien la gérante, si tu veux… - Tu ferais ça pour moi ? - Ben je garantis rien, mais ça ne coûte rien d'essayer, j'imagine. - De toute façon, même si on me prend, ce n'est pas dit que je puisse payer un loyer. C'est le genre de job qui n'embauche qu'à mi-temps. - Tu pourras toujours trouver une colocation, ne t'en fais pas. - Si tu cherchais quelqu'un pour une colocation, tu prendrais une fille qui vient de la rue toi ? La réponse semble être évidente. - J'imagine que ça dépend de la personne. Ca se joue au feeling aussi. Personnellement, si la fille c'est toi, oui, je te prendrais. Elle est visiblement étonnée. Elle ne s'y attendait pas. Pourtant est-ce que je ne viens pas de l'accueillir chez moi pour une nuit ? - Ce que je te propose, c'est que tu restes ici et dès que tes bobos ont disparu, tu viens avec moi et je te présente. Tu verras, Charlène, la gérante, est sympa. - Je voudrais bien mais je ne peux pas accepter. Tu ne me connais presque pas en plus, pourquoi tu ferais ça pour moi ? J'ai pas de quoi te payer… - Parce que j'aime aider, c'est tout. Et je ne te connais pas depuis longtemps c'est vrai, mais je cerne assez vite les gens et sans me tromper en général. Et l'argent, ce n'est pas un problème pour l'instant, on en reparlera quand tu auras un travail, ok ? Elle baisse les yeux. Un petit sourire vient se ficher sur ses lèvres. - Je suppose que la seule chose qu'il me reste à dire c'est, oui madame et merci pour tout. Elle dépose un petit bisou sur ma joue. Pas de doute, cette proposition en valait la peine. Je suis vraiment tombée sous le charme. Mais non, ce n'est pas possible ! Et elle a peut-être tout pour elle mais c'est une fille, je te rappelle ! - Tu vas faire quoi ce matin ? dis-je - Je pense essayer de trouver Kim, je m'inquiète, j'espère qu'elle n'est pas tombée sur les mêmes gars que moi… - Ah ok… J'essaie tant bien que mal de cacher ma déception. Pourquoi faut-il toujours qu'on en revienne à cette fille ? J'imagine que je pourrais l'aider dans ses recherches mais je ne suis pas sûre d'en avoir envie. - Et après normalement, j'irai chercher ta petite sœur à la sortie des cours. Comme ça elle verra Kim, elle doute même de son existence. Elle m'a dit que j'avais une copine pour elle, mais pas pour toi. Elle secoue la tête de droite à gauche, dans un agacement évident, avant de reprendre : - J'ai beau lui dire qu'elle se trompe, elle est persuadée qu'il y a quelque chose entre nous… N'importe quoi ! Oui, n'importe quoi, tu l'as dit ! Si tu savais… Elle a un petit rire. J'essaie d'en faire autant mais je suis convaincue que mes talents d'actrice ont déjà connu des jours meilleurs. - Bah ça lui passera. Elle a toujours l'impression que je veux lui voler ses conquêtes ! - EHH ! D'abord, je ne suis pas une conquête et puis en même temps avec une fille aussi jolie que toi, sous mon toit, moi aussi je m'inquièterais. Hétéro ou pas, ça n'empêche pas de mater. Une minute là ! Est-ce qu'elle vient de suggérer que j'étais jolie et " matable " ? Le rouge me monte aux joues. Ca fait toujours plaisir à entendre, mais encore plus quand ça vient d'elle. - Ben euh… Merci, c'est gentil. Elle me fait un clin d'œil, puis se dirige vers l'entrée. Je la suis du regard. Elle attrape sa veste me fait un signe de la main et sort. C'est tout vide quand elle n'est plus là. J'ai l'impression que jamais cet appart n'a à ce point manqué de vie. Qu'est-ce qu'on dit déjà ? Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ? Oh God, si je me mets à citer du Lamartine c'est très, très mauvais signe… |