En transition

Chapitre 7




 

Jo est en train de payer au guichet, tandis que je l'attends près des tourniquets qui mènent au vestiaire.

Cela ne fait même pas 24h que nous nous sommes embrassées et pourtant je jurerais que ça a eu lieu dans une autre vie. Ca m'a valu une rupture, mais je ne regrette pas autant que je l'aurais cru. Après tout, ça n'aurai pas marché avec Kim, elle est bien trop jeune, trop lunatique aussi.

En revanche, je suis persuadée que je serais très bien dans les bras de ma femme flic. C'est beau de rêver….

Dommage qu'elle soit hétéro. Je tombe  toujours sur des hétéros… 

Nous nous aventurons dans les vestiaires, pour découvrir avec joie que ceux-ci ont été investis par une classe de primaire.

Cool, on fait quoi maintenant ?

Il ne reste qu'une seule cabine de libre, et une file d'attente monstrueuse derrière toutes les autres.

Je pointe la cabine libre du doigt :

-         Tu veux y aller en premier ou c'est moi ?

-         En fait je ne sais pas trop. Regarde, le banc qui tient les deux portes fermées a été arraché c'est pour ça que personne n'est allé dans cette cabine.

Je me disais aussi… Pourquoi personne n'aurait été dans celle-ci sinon ?

J'inspecte le mécanisme. Pas moyen de tenir la porte depuis l'extérieur, ni par au dessus, ni par en dessous. Et bien sûr elles s'ouvrent vers l'intérieur.

Bon, y'a deux options…

Je regarde Jo, et lui dit :

-         Ok, t'as deux choix possibles. Choix numéro 1 : On fait la queue derrière la marmaille et on attend qu'ils soient tous passés.

Elle regarde les enfants qui se chamaillent et qui rentrent un par un dans les cabines. Ca risque de prendre des heures. Ses yeux bleus viennent se reposer sur moi :

-         Bon, c'est quoi le choix numéro 2 ?

-         C'est de rentrer dans la cabine avec moi, on tient chacune une porte et le tour est joué.

Là, c'est quitte ou double. Ca passe…ou ça casse.

Elle regarde les enfants, puis la cabine, puis moi. Elle fait un petit bruit avec sa bouche pendant qu'elle réfléchit. C'est trop chou.

Elle a vraiment l'air d'hésiter. Je me proposerais volontiers pour choisir à sa place mais maintenant c'est un peu trop tard. Dommage.

Si y'a une justice, elle va prendre l'option la plus sage : venir avec moi bien sûr !

 

Finalement, elle me pousse légèrement pour me faire comprendre d'avancer dans la cabine.

Youhou !! Je me frotterais bien les mains mais j'ai peur que ça fasse un brin louche.

J'ai de nouveau en tête l'image d'une Johanna sous la douche…

Je réalise trop tard dans quelle situation je viens de me fourrer. Laura, tu vas être nue dans une cabine rikiki en compagnie d'une fille qui pourrait concourir pour miss monde. Il va falloir être forte. Cette fille se trouve être hétéro et par-dessus le marché, il ne faut surtout rien tenter, je refuse de perdre son amitié pour un geste stupide.

Ah, je suis maso ! Aidez-moi !

 

Je ferme la porte du fond et elle celle de l'entrée. On est collées l'une contre l'autre avec assez peu d'espace pour bouger. Je me retourne pour lui faire face.

Elle n'a pas l'air plus fière que moi, ça me rassure un peu. Je la vois déglutir.

-         Promis je regarde pas ! lui dis-je.

Ce faisant, je me retourne. J'aurais pu avoir une belle vue, mais il ne faut pas en demander trop à la fois, la proximité est déjà sympa.

 

*          *          *          *          *                     

 

Je regarde Laura commencer à retirer ses habits.

Oh mon dieu ! Comment je vais faire pour tenir ? Elle est vraiment trop… Argh !

Il faut pourtant que je me change. J'attrape mon maillot de bain dans le sac et retire mon haut. Elle a fait de même.

Je l'observe batailler pour retirer son soutif. Ca se comprend, je ne sais même pas comment c'est possible d'emmêler un soutif comme ça.

Dans un élan de charité (c'est ça ouais…), je pousse délicatement ses mains et entreprends de dégrafer le tas de nœuds dans son dos.

Ne pas penser au contact avec sa peau. Ne pas penser au contact avec sa peau toute douce. Ne pas penser au délicieux contact avec sa peau toute douce.

Je suis blasée. L'auto persuasion, c'est de la merde !

Si je m'écoutais, mes mains seraient déjà en train de se balader sur son corps. J'ai envie d'elle, de la sentir contre moi, de la toucher, d'avoir ses mains sur mon corps…

STOP ! Jo, arrête de penser. Et gardes tes envies pour toi. Heureusement, Laura n'a pas l'air d'avoir remarqué quoi que ce soit.

 

Tentant de rester maître de moi-même, je continue mon enfilage de maillot de bain. J'ôte mon soutien gorge, puis attache non sans mal le haut de mon bikini.

J'ai sciemment pris mon préféré. Il est blanc, avec des dessins orange dessus, mais surtout il me fait des seins d'enfer !

Je baisse mon pantalon et attrape par la même occasion le bas de mon maillot dans le sac au sol. Me relevant, ma tête passe à quelques millimètres d'une paire de fesses absolument parfaites.

Je suis en enfer, c'est sûr, ceci ne peut être qu'un exercice de torture !

Laura vient de retirer son boxer et c'est pile ce moment que j'ai choisi pour me pencher. Bonjour la synchronisation.

A la façon voyeuse, je profite de la vue qui m'est offerte. Après tout, les yeux c'est fait pour voir. Dommage qu'elle soit si proche, je ne vois pas bien.

Pourtant, je ne dois pas être une perverse dans l'âme, parce que j'ai mauvaise conscience à l'idée de profiter de la situation comme ça.

Heureusement, elle parvient à enfiler le bas et je suis de nouveau maîtresse de moi-même.

Juste quand j'ai fini de m'habiller, elle se retourne. Elle a l'air surprise de me voir.

-         Eh ! Jo, espèce de vicieuse t'étais tournée vers moi ! Tu regardais !

-         Moi ? Euh … non, non !

Cours de mensonge N°1 : Ne pas hésiter, ne pas bafouiller, ne pas s'emmêler.

-         Menteuse, t'es toute rouge ! Je croyais qu'on avait dit qu'on ne regardait pas !

-         Ah non, TU as dit ça ! Moi j'ai rien dit !

Elle me pointe d'un doigt accusateur et marmonne quelque chose mais je n'arrive pas à saisir le sens. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que je viens de me faire griller en beauté.

 

On entend un cri et la porte s'ouvre dans le dos de Laura, la poussant sur moi. Un gamin s'excuse vite fait, avant de partir en courant. La porte se referme tranquillement et Laura est en train de faire un bel arrêt sur image.

Je ne comprends pas tout de suite pourquoi elle a subitement arrêté de bouger, mais dès que j'ai baissé la tête je saisis.

 

*          *          *          *          *                     

 

Mes mains sont sur ses seins.

Dire que je n'ai même pas fait exprès !

Bon, je dis quoi, je fais quoi ? " Jo, ça n'est pas ce que tu crois, c'est un simple accident, rien n'était prémédité "

Il faudrait que je bouge mais je n'arrive pas à faire le moindre mouvement.

Oh comme ce maillot de bain lui va bien !

Elle baisse la tête et me regarde. J'ai les yeux rivés sur mes mains sur ses seins. Reprenant mes esprits, je les retire très vite.

-         Hum, euh désolée !

 

Désolée, elle est bonne celle-là ! A qui tu veux faire croire ça Laura ?

Si je retrouve le gamin qui a ouvert cette porte, je le tue d'abord et après je l'embrasse !

Elle me fait un sourire signifiant " c'est pas grave ". Le soulagement m'envahit.

Je sors de la cabine la première, serviette à la main. On met nos sacs dans le même casier, en gardant juste un petit avec ce qu'il faut à portée de main.

Mes yeux sont irrémédiablement attirés vers son corps mais grâce à ma légendaire volonté, j'arrive à les retenir. Ca serai trop voyant, y a des miroirs partout et je me vois mal expliquer que je l'observais de bas en haut d'une manière tout à fait désintéressée, le tout en essuyant nonchalamment un fil de bave.

 

Un seul instant de distraction et les formes que la vitre de la douche laissait entrevoir me reviennent à l'esprit…

Laura reprends toi, c'est pas du tout le moment de penser à ça !

 

Arrivées au bord du grand bassin, je la regarde se mettre accroupie, prendre un peu d'eau et se la mettre dans la nuque. Je n'ai jamais eu le courage de faire ça. Si je n'y vais pas en une fois, je n'y arrive pas ! Même la menace d'hydrocution n'arrive pas à me faire entendre raison.

Je plonge d'un coup dans la piscine. Elle est fraîche, ça fait du bien. Je nage un peu sous l'eau, renouant avec les plaisirs de la natation. Une fois la tête hors de l'eau, j'entends Jo m'appeler. Je me retourne, elle me fait signe de venir. Elle a l'air de la fille qui prépare quelque chose. Je reste à une distance respectable, parant tout mauvais coup. Un petit sourire ne quitte pas ses lèvres, c'est vraiment louche. J'essaie de sonder pour savoir si je dois obéir ou non mais ses yeux bleus ne laissent rien transparaître.

-         Mais viens plus près, je ne vais pas te manger !

Je m'approche donc encore un peu plus. Peut-être qu'au final, je me suis faite des films. Je suis juste en face d'elle, à 20 cm du bord. Ses jambes trempent dans l'eau.

-         Qu'est-ce qu'il y a ?

Sans prendre la peine de répondre à ma question, elle sort ses jambes hors de l'eau, me coinçant la tête entre ses genoux.

Elle rit.

-         Cette fois-ci je t'ai attrapée !

J'ai ma tête entre ses cuisses… Et le pire c'est qu'elle n'a aucune idée de ce qu'elle est en train de me faire subir. Pourtant elle devrait savoir que je suis lesbienne.

Mon regard se pose sur deux cuisses absolument parfaites, puis sur le minuscule bout de tissu blanc qui recouvre son entrejambe. Oh non, oh non non !!

 

Je tente de plonger pour me libérer. Elle n'est pas disposée à me lâcher et est entraînée dans l'eau à son tour.

Fuir, vite, avant que je lui saute dessus en plein milieu de la piscine municipale, ça ferai désordre.

A peine revenue à la surface, je me retourne vers le bassin et tente de nager aussi loin que possible d'elle.

J'ai déjà parcouru 3 bons millimètres avant que deux bras ne viennent s'enrouler autour de ma taille.

Coincée.

Elle resserre son étreinte et se colle tout contre mon dos. Je suis dans de sales draps. Mon cœur se met à accélérer. De son nez, elle écarte mes cheveux et  me glisse à l'oreille :

-         Je t'ai eue !

Si tu savais à quel point.

Sa voix me donne des frissons. La pression de ses seins dans mon dos est un supplice. Ses cheveux noirs viennent chatouiller ma nuque. Ses bras se desserrent un peu, ses mains viennent se poser sur mon ventre. Mon souffle se fait court.

Le fait qu'elle me touche suffit à lui seul à me donner envie d'elle. J'ai beau essayer de me raisonner, de me répéter qu'elle est hétéro, j'en arrive toujours au même point.

Trahissant mon émoi, je sens mes seins se durcir. Un frisson me parcourt tout le corps. Je résiste à l'envie de prendre sa main, pour la placer un peu plus bas.

Pourtant je sais que je ne peux pas. Ca sert à rien de rêver, je ne serai jamais avec elle. En plus, elle doit déjà avoir un mec, jolie comme elle est.

Faut que tout ça s'arrête, je ne vais pas pouvoir continuer comme ça longtemps.

-         Ok, tu as gagné. Tu comptes me lâcher un jour ?

Mon ton était un peu sec, mais c'est le mieux que j'ai pu faire. Je la sens se raidir. Ses mains quittent mon ventre. Le contact me manque instantanément.

 

Sans me retourner, je nage loin d'elle. J'espère qu'elle ne l'a pas mal pris. Je ne sais pas si elle pourrait comprendre et je n'ai pas envie de prendre le risque de ruiner notre amitié naissante en lui expliquant que j'ai affreusement envie d'elle.

 

Je traverse le bassin en crawl, allant aussi vite que possible pour me défouler un max. J'ai rarement été aussi frustrée.

Elle est toujours de l'autre côté, toujours à la même place. Ses yeux ne m'ont pas quitté. Elle à l'air préoccupée.

Si seulement je pouvais lui dire…

 







Depuis le 31/08/2008