Fight girls

Chapitre 20




Dans le couloir, Mégane avance nerveusement entre son père et sa mère. Un silence lourd pèse dans l'atmosphère. La jeune fille joue avec ses mains.

"Mégane, tu me déçois" dit d'un coup son père.

Mégane étonnée, lève la tête vers lui.

"Pourquoi ?"

"Comment oses-tu demander ? Quand ta mère m'a appelé pour me le dire, je ne l'ai pas cru. Toi, une fille si brillante, avec un avenir prometteur, te rabaisser à ce niveau là"

Mégane se vexe. Mais elle n'a jamais tenu tête à ses parents.

"Me rabaisser ? Un niveau ? Et en quoi ce que je fais là détruirait mon avenir ou ce que je vaux ?"

"Personne ne voudra embaucher une… une…"

"Une quoi ? Une lesbienne ? C'est ça ?"

Le père ne répond pas. Il sait très bien qu'il n'a pas besoin de répondre.

"En quoi le fait que j'aime une femme va-t-il m'empêcher d'avoir un emploi, de faire une vie de famille ? En quoi ça me rabaisserait ? C'est dépassé le temps où les homos étaient écartés"

Mégane serre les poings. Elle sent la colère monter en elle. Si ça continue, elle ne pourra pas se retenir d'exploser devant eux. Elle se tourne vers sa mère qui ne dit rien.

"Ne me parle pas sur ce ton. Je t'interdis d'élever la voix avec ton père"

Il s'arrête devant une vitre.

"Tu vas rentrer avec nous, il est hors de question que tu restes ici avec elle. Et tu es privée de sorties. Dorénavant, tu resteras dans ta chambre à étudier. Je ne veux plus te voir traîner avec cette fille… avec aucune fille. Je vais t'apprendre moi à aimer les hommes, quitte à te forcer pour ça"

Il ne laisse pas le temps à Mégane de répondre. Il recommence à marcher vers la sortie, laissant sa fille et sa femme sur place. Il se retourne après quelques pas.

"Va chercher Sarah, on s'en va" dit-il en direction de sa femme.

"Et toi, prends tes affaires et dépêche-toi" continue t-il en fixant Mégane méchamment.

La jeune femme ne peut s'empêcher de laisser couler les larmes. Elle regarde son père partir, la tête baissée puis se tourne vers la vitre.

Tout est fini, pense t-elle, à cause de lui.

Elle reste un moment sans bouger, à regarder dehors. Sa mère non plus ne bouge pas. Personne ne parle. Jusqu'à ce que sa mère se décide.

"C'est à cause de nous ? Parce que ton père n'est jamais là ? Parce que je m'occupe mal de vous ? Parce que je suis malade ?" dit-elle sans regarder sa fille.

"Non" crie doucement Mégane.

"Ca n'a rien à voir avec vous. Juste avec moi. Je ne le savais même pas avant, elle. On est sortie, on a parlé, on s'est embrassées et ce que j'ai ressenti à ce moment là était si intense que… j'ai su de suite que c'était de l'amour. Je l'aime vraiment. Je ne sais pas pourquoi. Mais c'est comme ça. Je ne peux rien contrôler"

"Mais comment est-ce possible ? Tu n'as pourtant jamais manifesté aucun signe qui montrait que tu… aimais les femmes"

"Je sais… J'ai été autant surprise que vous en découvrant ce que je ressentais pour elle mais… j'ai tenté d'aller contre mes sentiments mais je me sentais mal en rejetant ce que j'étais"

"Tu es donc sûre ? Tu es lesbienne ?"

Les deux femmes parlaient sans se regarder, les yeux rivés sur l'extérieur mais avec une voix calme et posée, sans engueulades.

"Non. Je ne suis pas sûre. A part Kennedy, je n'ai jamais regardé d'autres filles. Je ne sais pas si j'aime les filles, si je suis lesbienne… je sais juste que je suis dingue de Kennedy et que je ne peux pas me passer de sa présence. J'ai besoin d'elle"

"Tu es heureuse ?"

"La plus heureuse. Elle… Elle est formidable, gentille, douce, marrante, attentionnée. Si tu pouvais seulement apprendre à la connaître, je suis sûre que tu l'aimerais beaucoup."

Sa mère hoche les épaules.

"Ton père ne changera pas d'avis sur la question. Tu ferais mieux de rentrer avec nous"

Mégane baisse la tête.

"Je ne peux pas partir d'ici. Elle a besoin de moi. C'est une épreuve difficile pour elle. Elle a eu un grave accident et elle ne sait même pas si elle pourra remarcher un jour. Pour le moment, ses jambes ne bougent plus"

Mégane se tourne vers sa mère.

"Tu sais ce que c'est d'être dans cet état, tu sais combien on a besoin de soutien dans ce genre d'épreuves. Maman, s'il te plait"

Sa mère soupire.

"Je ne peux rien faire contre ton père, Mégane"

Elle se tourne vers la vitre et voit son mari marcher d'un pas énervé vers la voiture. Elle prend la main de sa fille.

"On ferait mieux d'y aller. Sarah nous attend"

Elles avancent dans le couloir. Mégane laisse couler ses larmes sans retenu. Elle entre la première dans la chambre après avoir toqué doucement. Kennedy grimace et tente de se relever légèrement en s'accrochant à la barre au-dessus de son lit, lorsqu'elle voit son amour pleurer.
Elle la regarde avec des yeux pleins de questions. Mégane regarde sa mère, n'osant parler à la boxeuse devant sa famille.
Kennedy se tourne vers la mère de Sarah et Mégane.

"Je vais attendre dans le couloir. Sarah, dis au revoir" dit tout d'un coup la mère en tendant le bras vers sa plus jeune fille.

Sarah regarde tout le monde, étonnée puis se décide. Elle s'approche du lit pour embrasser son idole. Mégane l'aide puis elle sort avec sa mère.

Kennedy regarde Mégane, attendant des réponses à ses questions implicites.

"Mon père a gueulé. Ils veulent que je rentre avec eux… tout de suite"