"Mon père a gueulé. Ils veulent que je rentre avec eux… tout de suite"
Kennedy regarde Mégane, la bouche grande ouverte.
"Quoi ? Mais ils ne peuvent pas" arrive t-elle à articuler après quelques secondes.
"Si… Ce sont mes parents. Ils ont tous les droits sur moi"
"Mais tu es majeure, Mégane. Tu as le droit de dire non"
"Je… Je ne peux pas dire non Kenny"
Elle commence à ranger ses quelques affaires qui avaient déjà envahi la chambre d'hôpital de son amour.
"Et tu vas me laisser là toute seule ?"
"Si tu n'avais pas eu ton accident, tu m'aurais bien laissé toute seule ici"
Kennedy baisse la tête. Un point pour Mégane mais un point douloureux.
"Ouais, vrai… Mais pas dans cet état là"
Elle finit sa phrase en regardant la chambre d'hôpital puis ses jambes.
"Amour, ce n'est pas la fin du monde. Je vais rentrer avec eux et je finirai bien par les convaincre que je t'aime et que je dois être près de toi"
"Mouais"
"Je reviendrai amour, toi et moi, ça n'est pas encore fini"
Kennedy ne dit rien. Elle regarde Mégane prendre son sac à dos.
"Et puis, les cours ont reprit et j'ai déjà manqué pas mal"
La boxeuse attrape le bras de la rousse.
"Je ne veux pas que tu partes. J'ai besoin de toi près de moi"
Leurs regards se croisent. Les larmes ont envahi ceux de Kennedy malgré son regard dur. Celles de Mégane sont au bord des yeux.
Elles se tiennent la main en se fixant. Plus personne ne parle. On entend juste les bruits des infirmières et des visiteurs dans le couloir, des gens qui parlent mais de la chambre, on ne perçoit que des bribes comme des murmures.
"Reste" chuchote Kennedy.
Mégane ne peut rien dire. Elle sait ce qu'elle veut mais elle connaît son père. Elle sait qu'il ne supporterait pas sa désobéissance. Qu'allait-elle faire si il la reniait ? Et si Kennedy repartait dans son pays une fois soignée, que deviendrait-elle ? Ou irait-elle ? Il ne l'accepterait plus chez elle. C'est clair.
Elle avait bien sa mère qui semblait la comprendre mais, elle non plus n'aurait pas le courage d'affronter son mari. Et elle, aurait-elle le courage d'affronter son père ? Aurait-elle la force de lui dire non, pour une fois ?
Elle fait un signe de tête à la boxeuse puis passe sa main sur sa joue.
"Je t'aime bébé" lui dit-elle doucement.
"Je t'aime"
Elle s'éloigne doucement du lit, les yeux fixés sur son amour. Les larmes coulent sur les joues des deux femmes.
"A bientôt" chuchote t-elle en ouvrant la porte. "On se retrouvera. Promis"
Mégane referme la porte. Dans le couloir, sa mère et sa sœur sont assises sur un banc près de la porte. La mère se lève et marche doucement vers sa fille.
"Ca va aller ?"
"Non" crie Mégane "Comment veux-tu que ça aille ?"
Elle commence à marcher dans le couloir vers la sortie, la tête baissée. Sa sœur et sa mère sont juste derrière elle. Elle sent une main sur son bras.
"Je sais que tu l'aimes ma puce et je sais que tu as besoin d'elle"
"Alors laisse-moi y retourner" murmure Mégane.
Elle ne répond pas. Elles continuent à avancer dans le long couloir, l'ascenseur puis le hall de l'hôpital. Elle croise Cindy qui la regarde partir sans oser poser de questions. Elle ne peut même pas la regarder en face. Elle lui avait promis. Elle avait promis à son amour d'être là et elle s'en va devant le premier obstacle. Quel genre de petite amie est-elle pour faire ça ? La fuite est-elle vraiment la meilleure solution ?
"Non" dit tout d'un coup Mégane alors qu'elle passe tout juste la double porte automatique de l'hôpital.
Sa mère se retourne pour la regarder. Sarah serre la main de sa mère. Son père les observe de loin. Mégane se retourne vers les portes qu'elle vient de franchir. Elle hésite.
Si j'hésite, je suis foutue… Suis ton instinct Még… Aie confiance en ton choix… Aie confiance en elle…
Elle se retourne vers sa mère.
"Je suis désolée mais je ne peux pas faire ça"
Elle fixe son père. Un regard de défi. Un regard de fierté. Puis elle détourne les yeux avant de se retourner complètement et de faire demi-tour vers l'intérieur de l'hôpital.
Derrière, elle entend son père hurler. Sarah pleure. Elle ne sait pas pourquoi, sûrement la peur. Elle se retourne une derrière fois pour regarder les portes se refermer, la séparant de sa famille. Son père a un regard noir, méchant, du mépris dans ses pupilles. Elle a peur. Elle sait qu'il pourrait venir, lui faire une scène en public puis la traîner jusqu'à la voiture. C'est son style. Mais il ne bouge pas.
Ils se regardent juste. Puis, il ouvre la portière de sa voiture et fait signe à sa femme et sa petite fille de monter. Il claque la porte et démarre rapidement. Elle sait que tout est fini maintenant. Elle a fait son choix. C'était sa famille ou son amour. Elle espère juste ne pas s'être trompée.