A 20h, Mégane attend patiemment dans le hall de l'hôtel. Ca devait
faire 5 minutes qu'elle était arrivée. Elle se sentait nerveuse à comme un premier rendez-vous, pourtant
ce n'était qu'un rendez-vous avec une amie, et encore, elle ne la connaissait pas. Alors pourquoi
avait-elle accepté ce rendez-vous?
Elle est sortie de ses pensées par une douce voix derrière elle, pratiquement à la hauteur de son
oreille.
"Désolée du retard. J'espère que je ne t'ai pas fait attendre trop longtemps"
Mégane sursaute.
"Oups. Pardon, je ne voulais pas te faire peur"
"Pas grave"
"T'as l'air nerveuse. Ca va?"
"Oui, oui bien sûr"
"Tu sais, tu n'étais pas obligée d'accepter si tu ne voulais pas venir"
"Qu'est-ce que tu racontes, ce n'est pas parce que je suis un peu nerveuse que ça signifie que je ne
voulais pas venir"
"Ok. Alors, où est-ce que tu veux m'emmener?"
"Je ne sais pas. Ca dépend de ce que tu veux faire ou voir"
"Si on trouvait quelque chose à manger d'abord et après on pourrait se promener quelque part et tu me
montreras tous les beaux endroits"
"Ok, on y va"
Mégane commence à marcher vers la porte d'entrée de l'hôtel.
"Mégane?"
"Oui"
"Merci"
Quand elle se retourne, son regard se replonge dans celui de Kennedy et elle eut l'impression que tout
son corps allait plonger dans ses yeux couleur océan.
"De rien" elle chuchote.
"Tu es très belle ce soir" Kennedy rajoute doucement.
Mégane porte un pantalon beige avec un petit haut moulant jaune pâle et une petite veste en jeans.
Mégane aussi trouve que Kennedy est en beauté. Elle porte un jeans noir et un débardeur blanc moulant.
Elle rougit au compliment mais n'ose pas répondre. Kennedy la sentant gênée, lui fait un signe de
tête vers la sortie.
Les deux filles sortent de l'hôtel et marchent à travers quelques rues encore pleines de monde avant
d'arriver à un joli petit restaurant.
"Voilà, je viens souvent là entre les cours. Ce n'est pas trop cher, tu verras"
"Ca c'est pas un problème"
Elles rentrent et une serveuse les emmène vers une table libre vers le fond de la salle.
Elles commandent rapidement. Elles n'avaient pas encore vraiment eu le temps de discuter. Il y avait
toujours un silence comme si chacune cherchait le meilleur moyen d'ouvrir la conversation.
Kennedy se demandait ce qu'elle avait. D'habitude, elle n'était jamais timide, bien au contraire. C'est
toujours elle qui faisait le premier pas vers une fille. Elle avait tellement confiance en elle-même
qu'elle n'avait pas peur de la réaction de la fille en face. Mais là, tout était différent. Mégane
semblait être une fille bien, elle était belle et intelligente, paraissait si douce et fragile que
Kennedy avait peur de lui faire du mal, rien quand la regardant.
"Alors? Qu'est-ce que tu fais de tes journées ici?" se décide enfin Kennedy.
"Je suis étudiante en première année d'Histoire"
"Histoire? Intéressant"
"Ouais, ça va, ça me plait"
"C'est pour faire quoi après?"
"Je ne sais pas, j'aimerais enseigner l'histoire après"
"Pas mal. Une intello alors?"
Mégane se sentit attaquée. Depuis le collège, tout le monde la traitait d'intellectuelle. Elle n'entend
que ça depuis des années et le fait que ce mot sorte de la bouche de Kennedy lui faisait encore plus de
mal que le jour où il était sorti de la bouche de sa meilleure amie.
"Je ne suis pas une intello, merde. Si c'est tout ce que tu penses de moi alors au revoir" elle crie en
se levant et se retournant pour partir.
"Mégane, attends" dit Kennedy en lui attrapant le bras.
o
La nouvelle sensation de la main chaude de Kennedy sur la peau nue de son bras l'a fit frémir et
bizarrement la calma.
Leurs yeux se fixent pendant quelques secondes.
"Je suis désolée, Még, je ne voulais pas dire ça comme ça. Ca n'avait rien de négatif pour moi"
Mégane lut la sincérité dans les yeux de Kennedy et décida de se rasseoir.
"Pour moi, intello n'est pas négatif. Je n'ai jamais eu la chance d'aller très loin dans mes études et
je le regrette maintenant parce que je me dis que si je dois arrêter la boxe, je n'ai plus rien, je n'ai
pas de diplôme, je n'aurai jamais un bon boulot"
"Pourquoi est-ce que tu as arrêté les études alors?"
"J'ai arrêté après ce qui doit être l'équivalent du collège ici. Je faisais déjà de la boxe et un
entraîneur m'a remarquée. Il m'a proposé de me faire signer un gros contrat, il m'a promis des choses
tellement magnifiques à la condition que j'arrête l'école parce que je devrais voyager. Ce qu'il me
proposait était tellement beau pour une gamine de 15 ans. Ca pouvait me faire sortir de la misère où je
vivais tous les jours. Mes parents n'étaient pas riches. Mon père était en prison et ma mère était
alcoolique. La boxe m'a d'abord aidé à oublier cette vie pendant les quelques heures où je m'entraînais.
Alors, forcément, quand il m'a proposé ça, j'ai accepté sans réfléchir"
"Qu'est-ce qui s'est passé ensuite?"
"Au bout de quelques mois, il m'emmenait partout avec lui, dans des pays que je ne savais même pas
qu'ils existaient. Je passais mes journées à faire des stages de boxe, j'étais au paradis sur le ring et
dans les salles de boxe. J'apprenais des techniques de différents pays. Il m'emmenait voir des combats
pros."
"Ca devait être génial"
"Ouais"
Mégane remarque sa grimace.
"Je devine que ce n'était pas si génial"
"Ce que je viens de te raconter, c'était le côté positif du contrat que j'avais avec lui. Mais à côté de
ça, tous les soirs, il me forçait à dormir dans son lit. Il m'interdisait de sortir avec des amis que
j'aurais pu me faire dans la journée à la salle de sport. Un soir, environ 3 mois après le début de mon
contrat avec lui, il est rentré dans notre chambre d'hôtel. Il n'en prenait toujours qu'une parce qu'il
disait que c'était trop cher d'en prendre deux. Bref, un soir, il est rentré d'une soirée avec d'autres
gars de la salle de sport. Il s'est déshabillé complètement et il est venu dans le lit. D'habitude, on
dormait dans le même lit mais il restait habillé. Il a commencé à passer ses mains sous mon tee-shirt et
il m'a obligé à faire l'amour avec lui"
Une larme tombe sur la joue de Kennedy. Mégane tend sa main pour essuyer la larme du bout des doigts.
Ce seul contact réchauffe la brune qui sourit comme si elle venait de raconter une blague.
"Bref, laisse tomber, je ne voudrais pas gâcher une si belle soirée"
"Ca ne me gêne pas, si tu as besoin d'en parler, je suis là pour écouter"
"Merci Még. T'es super gentille"
"J'espère que tu as changé d'entraîneur depuis"
"Oui, bien sûr, pour qui tu me prends. Il a joué comme ça avec moi pendant un an, un soir il est venu me
chercher avec des potes et j'ai compris que j'allais devoir satisfaire tout le monde. Alors, j'ai fait
semblant que je devais aller dans la salle de bain et je me suis sauvée par la fenêtre. Je suis partie
le plus loin possible. Heureusement qu'on était à Londres à ce moment-là, je ne m'imaginais pas devoir
me retrouver seule dans un pays complètement étranger. Pour partir encore plus loin, je suis partie en
France, parce que je savais que j'avais une tante là-bas. J'ai trouvé l'argent pour traverser la Manche
et j'ai atterri en France. Le problème c'est que je ne savais plus où aller après. C'était bien de
savoir que ma tante habitait en France mais il aurait fallu que je trouve quelle ville aussi. Alors,
j'ai vécu dans la rue quelques mois. Un jour, des mecs voulaient m'agresser et j'ai commencé à les
boxer. Une femme m'a vue et m'a prise avec elle pour me montrer son royaume. En fait, elle avait une
salle de boxe, elle était une ancienne championne qui s'occupait d'entraînement. Elle m'a prise à
l'essai et m'a emmené vivre chez elle. Et voilà, je suis devenue grâce à elle Kennedy 'The blue
eyes wolf' et voilà comment j'ai atterri à Strasbourg"
Pendant tout le discours, Mégane avait écouté attentivement, se concentrant pour ne pas rater une
miette de l'histoire de Kennedy. Maintenant, cette fille lui semblait encore plus incroyable. Elle
avait vécu un cauchemar juste pour réaliser son rêve.
"C'est pour cela que tu parles si bien français?"
"Oui, même si maintenant, je revis en Angleterre avec mon entraîneuse, j'ai quand même été un an en
France. Et toi? Comment as-tu fini dans ce gymnase aujourd'hui? Tu ne sembles pas très intéressée par
la boxe"
"C'est vrai, tout ça c'est un peu à cause de ma sœur, Sarah. Elle fait de la boxe aussi et elle est
complètement dingue de toi. Elle a entendu parler du tournoi par son entraîneur et savait que tu
devais venir alors elle a réussi à baratiner ma mère pour y aller. Mais comme ma mère est malade,
elle m'a obligé à accompagner Sarah"
"Tu me feras penser à remercier ta sœur alors, demain"
Kennedy la regarde en souriant ce qui la fit sourire aussi.