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Une cour noyée sous un tas d'ordures dessine un triste paysage où l'air que je respire à une odeur nauséabonde. Je contemple le ciel à travers une étroite fenêtre condamnée par de longs barreaux rapprochés les uns des autres. Mes pensées sont bercées par la mélodie du vent qui persifle lorsqu'il se faufile entre les tiges d'acier de ma cage. Je peux lire des années de souffrance en comptant le nombre de bâtons gravés sur les murs, synonyme des jours passés dans cet ancien Enfer. Mes yeux se promènent dans cette pièce glaciale où un matelas empestant la sueur humaine, une table défigurée par le temps, une chaise amputée d'un pied et un vieux WC tiennent compagnie à ma solitude. Mon chez-moi est une forteresse de pierres qui garde prisonnière entre ses murs sombres mon âme et ma culpabilité jusqu'à l'aube. J'ouvre une bouteille d'eau pour m'en mettre un peu sur le visage et la première image que mes yeux m'offrent en se ré-ouvrant est une dague tatouée sur une peau blanche digne de celle d'un spectre. - Toujours pas prête ? Je reste fixer son cou sur lequel est gravé ce poignard qui ne cessera de me répugner de par sa signification. Il suffit d'observer les tatouages d'un ex-détenu pour savoir à qui on a affaire, et, dans le cas présent, j'ai en face de moi ce qu'on appelle communément un prédateur sexuel. - Tu sais à quel point les femmes sont longues à se préparer pour un rendez-vous. Un sourire se dessine au coin de ses lèvres. Je me demande combien d'enfants a-t-il réussi à souiller en les séduisant avec sa gueule d'ange soulignée par des yeux pourtant si démoniaques ? - Oh oui... mais grouille-toi quand même, Kassian n'aime pas attendre comme la plupart des hommes d'ailleurs. Je me coiffe et me parfume pour me rendre présentable. Aujourd'hui est une étape importante dans l'accomplissement de ma vengeance alors hors de question de paraître négligée. - Sérieux, j'comprends pas pourquoi tu t'obstines à vivre dans cette ancienne taule avec tous ces clodos et ces camés alors que t'as la tune pour te louer un p'tit studio dans la banlieue. - Le but, c'est pas que tu me comprennes, mais que tu m'amènes à Kassian. Milan ne dit rien et m'invite par un signe de main à sortir de la pièce. Je le suis en silence dans les longs couloirs en fixant le sol usé par les pas lourds des anciens prisonniers. Dans ce lieu, les araignées ne se trouvent pas au plafond mais sur des corps d'individus complètement dépassés par la réalité : les toxicomanes. Chacun d'entre eux ayant fait un séjour en prison ont leur vice tatoué à vie sur leur peau sous la forme symbolique d'une araignée. - Un p'tit conseil pour l'entretien : ne soutiens pas trop longtemps le regard de Kassian, il prendrait ça comme un manque de respect de la part d'une femme. - Ok.
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