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- Comment tu as su que Klara était dans le coup ? - J'ai mené mon enquête et j'suis tombé sur une vidéo de surveillance forte intéressante où on voit Klara entrer dans le véhicule de Volkovius le jour de son meurtre. Sauf que ce n'était pas lui au volant. C'était pas très malin de te garer devant un magasin avec une caméra extérieure - C'est vrai. Mais au final quelle importance ? T'as pas été assez futé pour deviner à temps que c'était moi la complice. - Heureusement pour toi qu'on voyait pas ton visage sur la cassette sinon tu serais pas là à faire ta fière ! Je le regarde assis sur sa chaise, les mains et pieds liés, inoffensif. Il a ce sourire en coin pour me narguer. Même en position de faiblesse, il se croit invulnérable. - Tu te souviens de lui ? Il regarde la photo que je tiens devant son visage. Ses yeux s'illuminent d'une étrange lueur qui semble refléter le bonheur. - Qu'est-ce que je gagne si je réponds bien ? - Une mort plus rapide donc moins douloureuse. Il fait mine de réfléchir à ma proposition. Il s'amuse à faire l'homme hésitant pour m'énerver sans doute. Seulement chez moi, la patience est une qualité. Voyant que son jeu n'a aucun effet, il décide de parler : - Oui, je m'en souviens. Ilian Bilan, 6 décembre 1982. Jeune garçon de 6 ans, brun, avec des yeux verts dans lesquels il y avait tellement d'espoir. Il avait une cicatrise au bas ventre suite à une chute d'un arbre. Sa peau sentait le gel douche à la vanille. Ses lèvres menues avaient le goût... Il continue de parler en me donnant des détails de plus en plus intimes sur sa relation avec Ilian. Un sentiment de dégoût naît en moi. Je le frappe pour qu'il se taise mais cela ne l'arrête pas. Il fait exprès de choisir des mots crus pour m'écœurer. Ses phrases se transforment en images dans ma tête. Ce spectacle visuel mental devient insoutenable. J'ai la nausée. Je m'appuie contre le mur pour vomir. Le rire de Milan résonne dans tout l'abattoir désaffecté. - Si tu veux Eve je peux aussi te parler de Ivan, Sergio, Martin, Trevor, Boris et j'en passe. Je m'essuie la bouche à l'aide de ma main et prends une grande inspiration pour me calmer. Une fois apaisée, je me retourne pour faire face à Milan. - Ah les femmes, vous êtes bien trop sensibles ! Je sors un couteau de ma poche pour taillader son pull afin de découvrir son torse. - Hum. C'est la première fois qu'on me déshabille de la sorte. Ce côté sauvage me ferait presque bander tu sais ! Sur son buste est dessinée une étoile à six branches chacune d'entre elles symbolisant une année passée en prison. - Pour quels crimes tu as été condamné ? - Racket, vandalisme, et trafic de drogue. - Ce dernier explique le génie et la lampe* tatoués sur ton bas ventre. - Exact. Six ans d'incarcération pour ne punir qu'une part infime de ces crimes. La justice de ce pays laisse à désirer, la mienne sera intransigeante. - En tout cas sache que ça va être un plaisir d'être celle qui va te punir pour tes actes de pédophilie. - Je n'en doute pas une seule seconde. J'appuie la lame de mon poignard contre son torse : aucune réaction de peur. Milan est tout comme Volkovius immunisé contre la crainte. Il a dû voir tellement d'horreur qu'il ne sait plus quand il est censé trembler d'effroi. - Joli jouet ce couteau. - C'est un cadeau de Kassian. Il m'a dit en me l'offrant que je devais m'en servir contre tous ceux qui me manqueraient de respect. - Merde ! T'aurais pu me dire ça avant de gerber tout à l'heure. J'aurais évité de te manquer de respect en me foutant de ta gueule. J'enfonce ma lame double tranchant dans sa chaire pour graver sur son buste le mot "?é?o?" (démon). Je prends mon temps pour écrire chaque lettre. Milan fixe un point invisible dans la pièce pour se concentrer sur autre chose que la douleur que je lui inflige. - Quand la Mort viendra te chercher d'ici quelques minutes, elle saura en voyant cette inscription que ta place est en Enfer ! - Mais ma belle, nous sommes déjà en Enfer ! Tu vas me tuer, et au même moment un autre monstre verra le jour. Il a raison. Mais il ne faut pas oublier aussi que quand mon heure viendra, il y aura une autre "Eve" qui naîtra pour continuer l'esquisse d'un monde meilleur que j'ai commencé à dessiner avec le sang de Iaroslav. - Pourquoi t'as abusé de ces gamins Milan ? - Je n'ai fais que reproduire ce qui m'est arrivé. Sa révélation attise ma curiosité. Je l'invite à me raconter son histoire. - J'avais neuf ans quand un des surveillants de l'orphelinat où j'étais a abusé de moi pour la première fois. Ce cauchemar a prit fin à mes treize ans quand je me suis enfui de cet Enfer. A mes vingt ans, j'ai retrouvé ce monstre et je l'ai battu à mort. Après l'avoir saigné, je me suis accroupi devant son cadavre et j'ai chialé comme un gosse. Pourquoi ? Parce que je venais de tuer la seule personne qui m'ai jamais aimé sur cette putain de terre ! Un triste récit qui ne lui sauvera pas la vie. Avoir était une victime ne pardonne pas le fait d'être un bourreau. - J'ai aimé Ilian et les autres. Tans pis si personne ne peut comprendre ça. Je reste silencieuse. Comment peut-il parler d'amour alors que sont des larmes et non des sourires qu'il faisait naître sur les visages de ces enfants ? Il éveillait la peur et non la confiance chez ces gamins. Il n'offrait pas de rêves mais des cauchemars. - Tu ne les a pas aimés. Tu es trop égoïste pour ça. C'est pas ton cœur que tu leur a offert mais ta souffrance. Tu voulais juste que quelqu'un d'autre ressente cette douleur indicible qu'engendre l'abus sexuel. - C'est ce que j'appelle de la psychologie de bas étage. Et tu sais, j'm'en tape de ton avis ! - Je sais. Je pointe son flingue sur sa tête. - Une dernière volonté ? - Oui. Dit à Ilian et aux autres gosses qu'une fois qu'ils m'auront rejoint à six pieds sous terre, j'aurais l'éternité pour les aimer à... Je presse la détente avant qu'il ne termine sa phrase : j'en ai assez entendu pour aujourd'hui.
* Le tatouage d'un génie et d'une lampe magique indique les détenus qui ont été condamnés pour trafic de drogue |