Juliette au carré

Chapitre 12




Le mois s'écoule entre les promenades en amoureuses, les cours de Lena, les examens, médicaux de la brune, scolaires de la rousse. Si cette dernière les réussit brillamment, ceux de sa compagne empirent de jours en jours.
Désormais en vacances et libres, elles passent le plus clair de leur temps ensembles. Ballades romantiques sur la jetée, alternance entre petit café- restaurant et bons petits plats mijotés dans le studio de Yulia, les filles ont trouvé leur rythme, et s'aiment plus que jamais. Yulia, malgré ses examens négatifs, reprend des couleurs et semble moins fatiguée, alors, Lena espère et croit à une vie pour elles, plus longue, et plus réjouissante. De l'espoir, elle passe à la croyance, elle y croit à cette vie, où tout semble plus léger avec sa Yulia.
La jeune rouquine garde sa candeur et son innocence malgré les épreuves qu'elle traverse et imagine sa vie future, aux cotés d'une Yulia guérie et amoureuse. Elles vivront ensembles, Yulia travaillera ou repassera son bac, pendant qu'elle continuera ses études à l'université. Oui, cela semblait bien.
Lena sourit en rêvant à sa vie future, elle sait que Yulia va guérir. Ne l'a-t-elle pas dit elle-même ? La plus grande force de ce monde est leur amour. A deux, elles vaincront !
Le lendemain soir, Lena a demandé à son amour de la rejoindre sous leur olivier, elles iront au restaurant. Ses parents absents, la rouquine sait qu'elle pourra passer la nuit chez son amour. Elles franchiront le grand saut ensemble, Lena ne veut pas laisser Yulia partir seule. Si elle espère et croit à une vie plus belle, elle sait que les examens médicaux sont plus fiables que ses espoirs et cela de mal en pire. Elle le sait.
Voilà pourquoi, demain sera le grand soir.

" C'est le grand soir " pense Yulia, en coiffant machinalement ses cheveux ébouriffés avant d'attraper ses clefs et claquer la porte derrière elle, en jetant un dernier regard dans la pièce.

***

" J'espère qu'il ne lui est rien arrivé, elle a une demi heure de retard " pense Lena, en regardant sa montre une dixième fois. Elle lève les yeux au ciel et regarde les étoiles, qui la passionnent. Elle est intimement persuadée que chacune d'entre elles a une âme et que peut-être, dans l'univers, une vie regarde l'astre auquel elle appartient. Elle y voit une constellation particulière, qu'elle n'avait jamais remarquée, près de la Grande Ours, une forme en Y, sauf qu'il semble manquer une dernière étoile pour l'achever. Celle qui rejoint les deux branches en une seule.

" Ah ! Yulia ! "
La silhouette brune se retourne, ce n'est pas elle.
En raccrochant, Lena affiche un visage contrarié au vieil olivier et lui parle directement, seul témoin de leur promesse.
" Elle ne répond pas au téléphone, je ferais peut-être mieux d'aller chez elle, il lui est peut-être arrivé quelque chose de grave "

Essoufflée d'avoir aussi vite monté les marches, Lena toque à la porte en reprenant sa respiration

" Yulia ? "
Elle sort le double des clefs de son sac, que sa chérie lui avait confié il y a quelques jours " comme un vrai couple " lui avait-elle murmuré en l'embrassant tendrement à la naissance de l'oreille.
Elle entre et s'arrête net. L'appartenant est totalement vide, seule une enveloppe est posé sur le parquet nu, avec son nom dessus. Lena n'a pas besoin de lire, elle a comprit. Elle l'ouvre quand même et lit le contenu de la lettre. En la dépliant, un bijou tombe avec un bruit sourd sur le sol, elle le ramasse et l'observe. Elle ne l'avait jamais remarqué au poignet de Yulia auparavant, c'est un discret bracelet, composé de deux chaînes d'or et deux cœur, où est gravé sur chacun Y' et L'.
Elle retourne à sa lettre.

Lena, mon amour.

Je te demande de me pardonner, toi qui a eu la force de respecter ta promesse, moi je ne la trouve pas, justement parce que c'est notre amour qui me la donne. Comment aurais-je pu être celle qui t'aime et qui te tue ?
Pardonne-moi, je t'en supplie, ne me rejoints pas, tu as toute la vie devant toi.
Les derniers battements de mon cœurs approchent à une allure vertigineuse, mais ils battent tous pour toi et mon dernier souffle sera mon dernier " je t'aime ".

Yulia


Au cours des jours qui ont suivit, Lena n'a pas quitté sa chambre. Elle sait que Yulia est sûrement rentrée chez elle et la rouquine n'a pas cherché à la retrouver. Elle a comprit.
Elle se décide un soir de sortir. Elle rejoint leur olivier, leur petit paradis d'amour, pour cela, elle passe devant le lycée et aperçoit à travers la pénombre et les grilles fermées pendant l'été, une tache sombre. Le banc où elle était assise le jour où leurs regards se sont croisés. Elle arrive sous l'arbre, à quelques pas du vieux bâtiments où tout a commencé.
Le dos contre le tronc solide et fort de l'olivier, les eux fermés, elle repense à son année, à sa vie avec Yulia. Son cœur s'arrête un dixième de seconde pendant qu'un léger souffle fait trembler le feuillage de l'arbre. Un murmure inaudible, un dernier " je t'aime ".
Lena ouvre doucement les yeux, ses mains tremblent. Son regard se perd dans le ciel d'été et retrouve sa constellation en Y. L'étoile qui rejoint les deux branches est à présent née et brille. C'est une lueur forte et déterminée. Un inconnu dirait une lueur rebelle, inconvenante de briller autant. Lena, elle, sait que c'est une lueur d'amour.


Prologue (et oui, à la fin ^^ ce n'est justement pas un épilogue) J'effleure doucement le bracelet qui étincelle à mon poignet et craque mes doigts, comme tu avais l'habitude de le faire. Machinalement, je touche mes joues, que tu caressais tendrement. Elles sont trempées de larmes, de douleur. J'ai enfin fini mon projet, le plus important que je me suis jamais donné. J'attrape ma veste, l'automne commence à se faire sentir, " nous sommes fin novembre ", c'est la première fois cette année que je remets un blouson chaud. Un froissement de papier me fait froncer les sourcils et sors de ma poche un papier. Ton dessin, ton mot que je n'ai jamais eu le temps de relire avant ton accident.

" Lena,
Pardonne moi du mal que je te fais, si tu savais… sache que je ne te déteste pas et ta rupture a été la plus grosse blessure que je n'ai jamais eue. Pourtant, crois-moi, il y en a eu quelques-unes. Pas une seconde, je n'ai cessé de t'aimer, le regard que tu as posé sur moi ce jour si particulier m'a envoûtée et m'a donné la force de vivre. Lena, je suis malade, j'ai le sida. C'est ce démon qui m'empêche d'aimer un ange comme il se doit. Pourtant, je t'aime, mon ange.
Me pardonneras-tu un jour ? Je n'ai pas le droit de te demander de telles choses, mais tu ne liras sûrement jamais ce que j'écris, comme je ne découvrirai peut-être jamais ce que tu écris sur ces dizaines de pages pendant nos heures en 206, Lena, stp, bas-toi contre la vie, aime-la comme je t'aime.
Je te regarde, absorbée dans ton travail. Mais qu'est-ce que tu écris donc ? Tu m'avais promis le premier jour, que si nous avions un jour une histoire ensemble tu l'écrirais. J'aimerais tant la lire, mais je n'aurais probablement pas le temps.
Je t'aime Lena, mon amour. "


Ma Yulia… Si le destin ne nous a pas épargné, aujourd'hui, le hasard finit bien les choses. Je découvre ton mot au moment où j'achève mon dernier mot " une lueur d'amour ". Tu ne pourras pas la lire d'où tu es. En achevant notre histoire, je comprends tes actes, ta fuite ce soir-là a été la plus belle preuve d'amour qui ne m'a jamais été donnée.
Tu avais raison mon amour. Nous sommes unies pour l'éternité.