La nuit fut courte et mauvaise. J'arrivais pas à m'arrêter de réfléchir à tout et à n'importe quoi... Enfin surtout à Jen tu veux dire! J'avais vraiment envie de la voir, et de savoir comment elle allait, de lui parler, d'être près d'elle. Très étrange comme sensation, ça ne m'était jamais arrivé. Il fallait que je me lève. Pas envie... Pas le choix! Dans un grognement, je mis mes pantoufles Minnie achetées à Disneyland et j'allai dans la cuisine me préparer mon chocolat chaud, rituel de début de journée. Des bruits de pas au dessus. Elle est déjà réveillée! "Merde...!" Plus de lait! Je regardai la machine à café. Hors de question! Tu pourrais aller lui demander du lait... Je voudrais pas la déranger... Elle est ré-veil-lée, c'est pas comme si tu la sortait du lit! Et puis comme ça tu pourras la voir. Mon estomac grogna. Je montai les marches et frappai à la porte, tout en tentant (vainement) de me coiffer avec mes doigts. Elle ouvrit la porte, elle portait une ce que j'appelle une jupe-ceinture (le genre de jupe dont on se demande si c'est une jupe ou une ceinture!) qui lui allait à ravir et un petit débardeur. Elle fit un énorme sourire en découvrant ma tenue. Merde!! La honte!! Enfin elle avait de quoi rire, c'est sûr que de voir sa voisine arriver chez vous à 7h00 du mat' avec une chemise de nuit orange trop grande pour elle avec une grosse tête de Winnie l'ourson dessus et des chaussons Minnie, le tout accompagné d'une coiffure... spéciale et la tête de celle qui vient de se réveiller... ça vaut le détour! Heureusement que le ridicule ne tue pas...
"- Bonjour! Très seyant! me fit-elle, moqueuse. Je lui tirai la langue.
"- Euh... t'aurais du lait? J'ai plus de quoi faire mon chocolat chaud du matin! dis-je sur un ton joyeux
- Comme les gosses!! Bien sûr attends je vais te chercher ça!" dit elle en riant. Elle partit dans la cuisine puis revint 3 secondes plus tard, les mains vides.
"- Tu veux pas venir déjeuner avec moi, j'aime bien avoir de la compagnie, j'ai tout ce qu'il faut en plus... sauf du chocolat!!
- Et si je refuse? lui lançai-je sur un ton de défi
- Pas de lait, donc pas de chocolat! me répondit elle du tac au tac. Je soupirai, faisant comme si j'étais résignée alors qu'en fait, j'étais aux anges.
- Bon, ben si j'ai pas le choix... je reviens dans une minute, j'apporte le chocolat!"
Je redescendis les escaliers quatre à quatre, et m'empressai de trouver quelque chose d'un peu mieux à me mettre avant de prendre la boite du chocolat et de retourner chez elle.
Elle avait déjà tout préparé et je n'eus plus qu'à mettre les pieds sous la table. C'était le rêve!
Elle me regardait en souriant alors que je me goinfrais de pâte à tartiner.
"- Quoi? fis-je entre deux bouchées. Elle eut un sourire, remua son café, lécha la cuillère Ce que j'aimerais être une cuillère! et dit:
- Rien, je me demandais juste comment tu faisais pour rester mince avec tout ce que tu engloutis! En plus tu en as mis partout! fit elle en essuyant une trace sur ma joue de son pouce, avant de le porter à se bouche pour y sucer le chocolat. Je devins toute rouge.
- Tu peux parler, t'as vu ton corps?" Mais qu'est ce que j'ai dit!?!? Je regrette déjà! Je suis encore plus rouge, forcément. Je baisse la tête pour essayer de le cacher mais je sens ses yeux sur moi, et je sais immédiatement que ça ne sert à rien. Je la regarde. Elle est visiblement très amusée de mon embarras, mais se montre compréhensive:
"- Tu veux un autre chocolat?
- Hum.... non merci, je dois y aller, j'ai une rude journée aujourd'hui, j'ai toutes les livraisons au magasin et je dois aller faire les courses!
- Ok, comme tu veux!" Si tu savais ce que je veux! Mais à quoi tu penses? Tu as un copain je te rappelles! D'ailleurs elle n'a pas parlé du petit "incident" d'hier.
Elle se leva de sa chaise dans un mouvement souple et gracieux et déposa nos deux bols dans l'évier.
J'arrêtais vraiment pas de la regarder à la dérobée. C'était plus fort que moi. Ses yeux étaient ce qu'il y avait de plus beau mais le reste n'avait vraiment rien à envier. Je ne me rappelle pas avoir jamais vu un corps aussi beau et sculptural. Faut que t'arrête de la mater comme ça, elle va le voir! Comme si c'était pas déjà fait!! Décidant que la fuite était préférable, je me levai.
"- Encore merci pour le petit déjeuner, c'était sympa!
- On le refait quand tu veux!" me répondit-elle. Ok, alors... disons tous les matins?
J'arrivai à mon boulot en retard, mais peu importe, c'est moi la seule patronne et employée donc personne n'a rien à dire! A 9h, un jeune chauffeur livreur vint me poser une trentaine de gros cartons contenant les nouvelles fournitures. J'avais vraiment pas envie de bosser... Je pris donc les factures et le livre de compte, avant de fermer la boutique. C'est pas comme si tu faisais rien, tu vas faire les comptes... l'inventaire peut attendre! Je me dirigeai vers le supermarché à quelques pas de là. J'aurais du prendre la voiture!! J'avais acheté pour un régiment, et j'ai regretté dès que j'ai compris que j'allais tout devoir porter jusqu'à chez moi. C'est pas loin mais c'était lourd! J'ai l'impression que tous les gens me regardent... C'est probablement parce que tous les gens te regardent Sarah!! Ils ont jamais vu une fille tenter de ramener ses courses chez elle au prix de ses deux bras arrachés par le poids des sacs? Non j'imagine que non! Victoire!!! L'immeuble, à deux mètres, et mes deux bras sont encore en place... enfin pour l'instant! Et j'habite au troisième... c'est pas possible je vais crever là, je peux pas prendre les escaliers. Tant pis, résignée, j'appuie sur le bouton de l'ascenseur prête à affronter mes peurs. C'est juste l'espace de quelques secondes... J'entre dans celui ci en regrettant déjà, et j'appuie sur le bouton du troisième. Les portes commencent à se refermer... Et là, voilà Jen qui court, bloque la porte de son pied pour qu'elle se rouvre. Elle rentre dans le petit espace. Elle est tout contre moi. Son parfum enivrant arrive jusqu'à mes narines, c'est pas croyable comme elle sent bon. Elle appuie sur le bouton du quatrième. L'ascenseur referme ses portes et se met en route en ronronnant.
"- Eh ben t'es chargée dis moi!"
Tout à coup l'ascenseur s'arrête entre deux étages. Je regarde autour de moi, paniquée.