"- Qu'est ce qu'il fait? Pourquoi il s'arrête? Allez redémarre sale machine! Oh non..."
Les murs se rapprochent, je me sens mal, il y a tout qui tourne, et la dernière chose que je vois ce sont deux magnifiques yeux bleus qui me regardent avec inquiétude. Tout se met à tanguer. Le noir. Je me réveille. Je suis toujours dans l'ascenseur. Je me sens bien mieux pourtant. Elle est où? Et là je comprends, elle me tient dans ses bras, me berçant doucement, pour tenter de me calmer. Je suis bien obligée de me rendre à l'évidence: ça marche! Ça marche même bien!
"- Ça va mieux? Tu es claustrophobe? Ne t'inquiètes pas ça va aller, j'ai appelé, les dépanneurs seront là d'ici 10 minutes, tu vas tenir le coup?
- Je... euhh... oui... je crois... merci!" Je regardai les deux bras qui m'entouraient. Elle s'excusa et voulut se retirer.
"- Non! Reste comme ça! C'est bien, ça me calme un peu..." Elle me sourit et serra un peu plus fort en guise de réponse. Je sentais la chaleur de son corps à travers mes vêtements. Je n'avais plus peur, je ne pensais plus à rien, plus qu'à elle, et ses bras autour de moi... Je pouvais même mourir cela m'était égal, tant que j'étais tout contre elle. Sa main gauche caressait distraitement mes cheveux, tandis qu'elle me regardait et que je me perdais dans l'immensité de ses yeux. Je pouvais sentir la tension dans son corps, visiblement elle était inquiète Pour moi... Cette idée me réchauffa le coeur. C'est à ce moment là que j'ai commencé à réaliser, j'étais... tombée amoureuse... et de ma voisine. Super, et comment je vais m'en sortir maintenant? Je n'osais plus la regarder, j'avais l'impression d'être une profiteuse, de ne pas mériter l'attention qu'elle me portait... Je ne savais plus quoi faire, je recommençais à paniquer, je me sentais mal, je voulais m'échapper de sa délicieuse (trop délicieuse) étreinte et je n'avais nulle part ou aller, dans ce tout petit espace. Je voulus me lever brusquement, et ma tête se remit à marteler, et tout se remit à tourner. Saletés de vertiges! Elle se leva d'un bond, me saisit par les épaules, me retourna face à elle, me regardant droit dans les yeux, et là j'ai eu si peur qu'elle y lise que je les ai fermés. Elle me tira jusqu'à elle. Je ne pensais même plus à résister. J'étais comme une mouche attirée par le miel. J'appuyais ma tête entre son épaule finement musclée et la naissance de ses seins. A nouveau, son parfum entêtant vint m'envelopper, de même qu'une sensation de sérénité et de sécurité. Tant pis, je résisterai une autre fois. J'étais si bien, je ne vis pas le temps passer, je ne saurais pas dire combien de temps nous sommes restées dans cette position. Tout à coup elle me recula pour me montrer les dépanneurs qui s'affairaient à nous sortir de là. Je fus à la fois soulagée et terriblement déçue. Au bout d'un quart d'heure d'efforts, l'ascenseur se remit en marche et s'arrêta à mon étage. Je voulus descendre et rentrer chez moi, mais elle me saisit le bras d'une poigne de fer:
"- Hors de question! Je la regardai avec incompréhension et surprise.
- Pou...pourquoi non?
- Tu viens de vivre un sacré mauvais moment (Pas tant que ça...), tu vas venir chez moi et te reposer."
Ce n'était pas une question. Sans un mot, je lui fis juste signe que j'allais poser mes courses et prendre les escaliers. J'entrai dans l'appartement... enfin dans la piscine devrai-je dire. Il y avait de l'eau partout. Soudain je me rappelai qu'il fallait refaire la tuyauterie qui était un peu vieille et qui risquait de ne plus tenir le coup très longtemps. ET MERDE! Je me rendis dans la salle de bain pour constater l'étendue des dégâts: ils étaient importants, il y avait plus de 50 cm d'eau dans la salle de bain et l'inondation avait également atteint les pièces voisines. Je me précipitais pour aller couper l'eau. Et puis je m'arrêtais. Je me mis assise à même le sol, les fesses dans l'eau, et je me mis à pleurer. Les événements de la journée avaient eu raison de mes nerfs. La tête dans les mains et occupée à me lamenter sur mon sort, je sursautai lorsqu'une main vint se poser sur mon épaule:
"- Sale journée pour toi. Tu veux qu'on appelle les plombiers?
- Oui, vas y... Qu'est ce que je vais faire maintenant? Je n'ai plus rien..."
Elle me regarda avec compassion, pendant de longues minutes, sa main toujours sur mon épaule.
"- Viens chez moi!
- Je... tu m'excuseras, mais là j'ai pas trop envie de boire un coup...
- Non, je veux dire viens habiter chez moi en attendant! Je possède les deux appartements au dessus, et je ne t'embêterai pas, tu auras ton espace ne t'en fais pas...
- Pourquoi?... Pourquoi fais-tu ça Jen?" dis-je sur un ton plein de gratitude. Elle ne répondit pas à ma question, se contentant de me dire "Viens" et de m'accompagner jusqu'à son divan, avant de redescendre pendant quelques minutes qui m'ont paru une éternité.