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J'avais rejoint la table traînant un peu les pieds. Même si Lena ne se laissait pas encore faire, ça viendrait tôt ou tard, non ? Je ne suivais pas la discussion qui m'entourait. Je pensais tout simplement à Lena. Dans ces moments là, plus de Yulia taquine, seulement une jeune fille amoureuse (totalement) et pensive. Alors qu'un instant, je semblais avoir saisi de quoi parlaient nos amis, je lançais ''Qui, Monsieur Khrouchtchev ?'' Ils me regardèrent étrangement, comme si je venais de leur dire que j'étais mère de 5 enfants. Puis, comme si rien ne s'était passé, ils reprirent la conversation, là où elle s'était arrêtée. Un soupir peu bruyant pénétra en dehors de ma bouche. Ce qui s'était passé à l'instant, ça m'arrivait tellement souvent... Pourquoi ? Je suppose que le sujet de débat ne me convient pas. Nouveau soupir. Je sortis mon meilleur ami de ma poche. Un iPod noir, nouvelle génération 8 gigas. Une pure merveille. Je l'allumais et toujours en silence, je mis un peu de Rock. Mes doigts glissèrent sur la surface ronde alors que j'augmentais légèrement le son de ma musique. Oui, ce petit appareil était un élément presque vital de ma vie. Tout simplement parce que contrairement à un ami, il ne me jugera jamais et ne me dira jamais de choses blessantes à mon sujet ; ne dit-on pas que pour que notre bonheur soit utopique il faut être sourd, muet et aveugle ? Je n'en doute pas, chacune de ces choses nous empêche de subir la société actuelle et de faire du mal autour de nous : un sourd ne peut pas entendre les remarques sarcastiques de ses proches, un muet ne peut pas critiquer son entourage et un aveugle ne voit pas les horreurs que font les hommes les uns aux autres. Je me laissais aller au rythme de la musique et aux prouesses du guitariste. Je sais que ça peut paraître idiot, mais les chansons dont la puissance vous déchirait les tympans et dont le rythme effréné ne faisait qu'augmenter vos pulsions cardiaques avait tendance à faire évacuer le stress accumulé lors d'une journée de cours. Lena me rejoignit, enfin. Un doux sourire s'afficha sur mon visage. Depuis ces dernières années, je crois que c'était la seule qui pouvait me faire sourire franchement. Bien sur, il y a les fête d'anniversaire ou autres choses du genre, mais qu'est-ce que c'est quand on a une vie déchirée, des parents à qui on ne parle que pour dire 'Bonne nuit' ? C'était vrai que d'un côté, je n'avais pas à m'en plaindre : pas de longue discussion pendant lesquelles je devais faire un résumé de ma journée de cours. Oui, je crois que ma situation était quand même la meilleure. D'un point de vue 'temps perdu', d'un point de vu financier et social : imaginez vous une jeune brunette rebelle jusqu'à la pointe des cheveux se balader avec un drôle de casque sur lequel est fixée une caméra. Ridicule, non ? Ca ferait mal à ma réputation et au porte-monnaie... Je souris à Lena en repensant à mes idées loufoques. A vrai dire, je ne sus jamais si c'était mes pensées qui me firent sourire ou la présence de ma belle. Mes yeux la détaillèrent, encore. Je ne pouvais détacher mon regard de sa silhouette au physique plus qu'alléchant. Ses yeux verts pétillants, ses cheveux aux longues boucles rousses. Est-ce que si elle avait été un garçon, l'aurait-on traité de Poil de carotte ? Non, bien sûr que non, elle était trop jolie pour ça, même avec un autre sexe, je suppose que son physique aurait fait des jaloux... |