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Ces derniers temps, j'avais l'impression que la relation que Lena et moi entretenions s'était transformée en partie de cache-cache, où nous nous perdions. Nous nous évitions le plus soigneusement possible, et je crois que si nous avions du participer à un concours qui consistait à ne plus nous voir, nous serions championnes toutes catégories. Le pire, je crois, c'est que son éloignement me paraissait être une bonne chose. Je me croyais prête à affronter ces regards étrangers nous jugeant pour un crime que nous n'avions pas commis, mais ce n'était pas le cas. Enfin, si, mais ma mère était encore moins compréhensive que les idiots du lycée qui me traitaient de lesbienne, et les ragots vont vite malgré les vaines tentatives qui essayent de les effacer des mémoires. Les jours passaient vite, leur monotonie me faisait perdre le fil du temps. Je ne sais pas le nombre de jours qui se sont écoulés jusque ce moment, mais, alors que le soleil hivernal me sortait de mon lit en ce matin de Novembre, j'appris que nous déménagions pour Saint Pétersbourg, tout à l'Ouest. Je tremblais de joie. Ma mère ne comprenait pas, comment une gosse presque adulte pouvait accepter de quitter ses amis, ses habitudes aussi facilement. Je crois que même elle a reçu la nouvelle moins joyeusement que moi. Pourtant, ce changement me paraissait être un opportunité pour changer de vie et éviter les erreurs commises et oublier les souvenirs douloureux. Ma mère fut la plus déçue par cette nouvelle. La pâte collante moscovite de son quotidien qui lui paraissait intéressant ne semblait pas vouloir se défaire d'elle facilement. Quelques larmes coulèrent au moment de dire au revoir à mes amis, mais le temps a pour habitude de soigner du mieux qu'il peut les blessures les plus profondes, et je me souviendrai toute ma vie la réaction de Lena quand j'avais tenté de lui donner un baiser d'adieu : une grosse baffe me laissant une belle trace rouge. Je me mis à aimer Saint Pétersbourg plus que tout. Elle m'offrait ce que Moscou n'était plus capable de me donner : un bel avenir. J'oubliais toute la bande de mes amis, sauf peut être Anastasia devant le spectacle indescriptiblement beau dont me faisait cadeau la mer. Léna n'était pas mon premier amour. Je le sus le jour où je tombai réellement amoureuse. Elle ne s'est plus manifestée, même pas pour s'excuser... Tant pis, aujourd'hui, cela m'importe peu. |