Le concours de nouvelles

Chapitre Unique




 

Il était 12h15 quand la sonnerie retentit dans la classe où Sam avait écouté attentivement son professeur de français. Alex avait dessiné des dessins choux sur son classeur, et Clover avait maté Steven, son voisin tout le cours. Toute la classe crevait la dalle, et les élèves étaient prêts à foncer vers la sortie succombant à l'appel de leurs estomacs qui gargouillaient mais le professeur de français les arrêta net.

" J'ai encore quelque chose à dire après je vous laisse tranquille "

Les élèves protestèrent à voix basse et se replacèrent à leurs places respectives à contrecœur.

Et le professeur continua sa phrase.

" Le concours de nouvelles pour votre classe commence à partir d'aujourd'hui et vous avez une semaine pour rapporter vos nouvelles au CDI, si vous voulez y participer inscrivez votre nom sur la liste qui se trouve sur mon bureau, vous pouvez partir à présent "

De nombreux élèves se dirigèrent vers la sortie, un très petit nombre était allé s'inscrire, Sam dit à ses amies qu'elles se verraient après, faisant mine d'avoir des questions sur le cours. Alex et Clover partirent donc à deux vers la cantine, elles avaient faim mais avaient tout de même décidé d'attendre Sam. Sam, quant à elle, mourait d'envie de participer à ce concours de nouvelles mais elle ne voulait pas que ses amies soient au courant. Motif : elle avait pour projet d'écrire une nouvelle lesbienne, étant elle-même homosexuelle. D'un air timide elle s'avança vers le professeur

" On peut écrire anonymement ? "

" Bien sûr mais tu n'en tireras aucune gloire " rit le prof.

Sam esquissa un bref sourire le prof lui conseilla de mettre le titre de sa nouvelle en inscription, Sam réfléchit une seconde et inscrivit sur le papier d'inscription " Tout ce que je ne pourrai jamais te dire " Ce fut le premier titre qui lui passa par la tête. Une fois inscrite elle disparut en direction du couloir où Alex et Clover l'attendaient impatiemment. Heureusement elles ne posèrent aucune question. Elles mangèrent toutes trois sur une table vers le fond du réfectoire, Clover ne parlait que de Steven, Alex lui répondait mais Sam rêvait à ce qu'elle allait bien pouvoir écrire, elle connaissait déjà son titre, elle savait déjà à qui son œuvre allait être dédiée. Puisqu'elle s'était inscrite anonymement tout était permis.

 

Le reste de la journée passa lentement sous les rêveries de Sam qui mourait d'envie de commencer sa nouvelle. Elle observa l'objet de tous ses désirs, celle qui inspirerait bientôt sa nouvelle, sortir du lycée avec une élégance froide qui lui plaisait tant. Elle aurait voulu parler à cette fille brune à la peau pâle. Mais Clover lui en aurait beaucoup voulu et Sammy n'avait aucune envie de trahir une de ses meilleures amies. Et de toute manière la jeune fille tant convoitée était hétéro et la rejetterait tout de suite, Sammy étant une des meilleures amies de Clover. Cette fille si mystérieuse, la jeune rouquine aurait tant aimé en savoir plus sur elle, elle sentait que Mandy n'était pas aussi superficielle qu'elle voulait bien le montrer.

 

Samantha réfléchissait dans le calme de sa chambre paisible à comment s'y prendre pour commencer sa nouvelle, elle pensait à Mandy, à ses yeux violets, à ses cheveux noirs soyeux, à chacun de ses gestes et trouva soudain l'inspiration. Elle écrivit chaque jour pendant une semaine, l'histoire se tissait au fil de ses rêves. Et ainsi le lundi où les nouvelles devaient être rendues Samantha avait terminé et avait fini par écrire tout ce qu'elle ne pourrait jamais dire à Mandy… Elle ne le lirait jamais, ou peut être que si cette nouvelle faisait partie des trois nouvelles gagnantes elle serait disponible au CDI.

 

Le rassemblement de la classe se déroula le mercredi matin, tout le monde était à moitié réveillé, seule élève impatiente de connaître les résultats des nouvelles : Sam. Ses yeux pétillaient, elle avait hâte de découvrir si oui ou non ses rêveries lesbiennes seraient récompensées, si Mandy y aurait accès, si elle la reconnaitrait, si oui le prendrait-elle bien…les longs ongles de Sam martelaient la table à cause du stress. Son crétin de voisin la regardait d'un air interloqué " Quoi on n'a pas le droit de… " Sam n'eut pas le temps de finir sa phrase que le prof prit la parole

" Troisième prix décerné à… "

Putain accouche triple buse ! Il est chiant ton suspens ! pensa Sam.

" À… "

Allez crétin !

" Rosie Martin, pour la nouvelles " Les princesses du Moyen Âge " "

Cucul à souhait ce titre pensa à nouveau Sam.

 

" Le deuxième prix à… "

" À… "

C'est pas vrai il ne va pas recommencer son speech !

 

" Valérie Timpton pour la nouvelles euh… " Tronçonneuses ensanglantées "...Très charmant…je vous rappelle que ce sont les résultats du vote des élèves "

 

Sam faillit exploser de rire mais eut tout de même la décence de se retenir. Ce qui fut néanmoins difficile.

" Et la premier prix… "

" A … "

PUTAIN, tout le monde se fichait éperdument de connaître le premier prix et était heureux de louper du cours, seule Sam s'impatientait, prête à étrangler le prof devant elle.

" Euh…pas de nom pour la nouvelle " Tout ce que je ne pourrai jamais te dire " Bravo à cette personne inconnue "

WOUAH OUAIS OUAIS OUAIS OUAIS OUAIS OUAIS cria Sam en dansant sur sa table et en courant dans tout le lycée. Non je plaisante. Elle essayait juste de ne pas exploser de joie, elle avait vidé son cœur dans cette nouvelle et elle voulait absolument obtenir le premier prix pour que Mandy la lise. Malgré tout elle avait peur de sa réaction et ne savait même plus si elle devait être heureuse ou non.

 

 

 

Mandy s'ennuyait terriblement, elle avait été envoyée par leur professeur au CDI pour faire des recherches " Mon cul ! C'est plutôt pour qu'il puisse glander tranquille " murmura la jeune fille entre ses dents. Les recherches devaient être sur un explorateur à la con qui ne l'intéressait pas du tout. Alors que toute sa classe cherchait assidûment, Mandy trainait, ses amies Catlin et Dominique faisaient partie des élèves qui devaient chercher sur un navigateur tout aussi inintéressant, c'est quoi cette idée de faire deux groupes de recherches en une classe ! C'est idiot. Alors que Mandy se promenait au hasard dans le CDI, elle tomba sur les trois nouvelles disposées sur un petit présentoir de bois, elle devina tout de suite que ces trois nouvelle étaient les gagnantes de l'autre classe, ils avaient déjà fait le concours. Celui de sa classe était dans une semaine. Elle prit le premier prix, le titre l'avait plus attirée que le machin des princesses et les Tronçonneuses ensanglantées.

 

 

 

 

C'est plus une lettre qu'une nouvelle, j'étale limite mes histoires de cœur à tout le lycée mais je m'en fous, je n'ai pas mis mon nom. À qui est adressée cette lettre ? À la fille qui hante mes pensées depuis longtemps déjà, à celle que je ne pourrai jamais avoir, à l'inaccessible, l'élégante, l'hétéro… Chère fille qui hante mes pensées, je te regarde tous les jours sortir du lycée avec tes amies que j'envie à un point inimaginable. Les mots ne me font plus peur cachée derrière une feuille de papier et mon anonymat, alors je dois te dire, je t'aime. Je t'aime pour ta façon de marcher, j'aime ton arrogance, j'aime ta beauté j'aime ta peau blanche et tes manies que je guette sans cesse. Chaque fois que je me décidais à te parler, je reculais pour ne pas trahir une amie, pour ne pas être rejetée, pour donner la parfaite illusion d'être hétéro. J'aimerais tellement en apprendre davantage sur toi, tu es mon mystère. Quand je te vois rentrer chez toi à pied, j'aimerais te suivre, savoir où tu vis, savoir qui tu es je veux dire qui tu es vraiment. Tu dois te demander comment je peux t'aimer sans te connaître vraiment, ce doit être ça qu'on appelle le coup de foudre. Je me souviens de chaque instant que j'ai passé avec toi… Je me souviens de tout, toutes ses répliques cinglantes, à la fois hilarantes et cyniques et blessantes, je m'interroge, sur ce que je suis pour toi, une bécasse sans cervelle, probablement. Parfois quand tu souris à tes amies, je rêve que ce sourire est pour moi. Qu'un jour tu me souriras comme ça. Chaque chanson d'amour que j'écoute m'inspire ton visage, chaque roman à l'eau de rose pourri, devient subitement intéressant quand je nous imagine en couple principal. Jusqu'ici, seuls des mots négatifs sont sortis de nos bouches quand nous nous sommes retrouvées l'une face à l'autre. Toute la journée mes mots comme les tiens résonnaient dans ma tête, m'aimes-tu comme je t'aime ? As-tu entendu les mots qui sortaient de mon cœur plutôt que ceux de ma bouche ? Bien sûr que non, comment aurais-tu pu ? Peut-être en ayant un super détecteur de cœur et… Ma gueule >_<… Personne ne peut avoir un super détecteur de cœur, et c'est bien dommage parce que j'aimerais tant savoir ce qu'il y a dans le tien. Je sais que ta vie ne tourne pas autour de t'acheter de nouvelles bottes ou te vernir les ongles. Conviction personnelle : tu vaux mieux que ça. Conviction personnelle : je saurais t'apporter amour et tendresse si tu me laissais ma chance. Eh oui, j'ai bien conscience que je parle dans le vide ou au moins à quelques autres âmes délaissées qui lisent mes pitoyables lamentations… Oh Mandy, tes yeux ravageurs, ta peau merveilleuse, tes longs cheveux noirs soyeux, tes longues mains pâles, que j'ai voulu tenir à maintes reprises, tout comme ton corps mince et magnifique que j'ai toujours rêvé de serrer dans mes bras, loin d'être aussi musclé qu'un beau gosse du lycée, mais je suis aussi loin d'être aussi conne, un point partout ! Question existentielle : pourquoi aime t'on toujours ceux qu'il ne faut pas aimer ? Dix milliards d'inconvénients du genre, ma meilleure amie te déteste, je suis lesbienne, toi probablement pas… Merde je me mets anonyme et je donne tout plein d'indications, y a pas plus con. Une partie de moi a envie que tu saches que je t'aime, une autre aimerait se cacher dans un trou pour le reste de ses jours. J'ai choisi la partie de mon cœur qui veut te dire à quel point je t'aime, c'est si facile a écrire sur du papier mais tellement difficile à dire en face. Bravo si tu devines qui je suis.

 

Quelqu'un qui t'aime

 

Etonnée Mandy ne savait plus quoi penser, cette fille semblait vraiment tenir à elle. À moins que ce ne soit du foutage de gueule, Clover aurait-elle pu monter ce coup dégueulasse ? Oui c'était dans ses cordes, mais Clover n'avait jamais eu autant de bon sens, elle n'aurait jamais pu écrire une lettre sans faute d'orthographe. D'un coté Mandy avait envie d'y croire, parce que c'était beau. Mais il fallait se méfier, des tas de filles jalouses ou idiotes la haïssaient et auraient pu écrire des conneries. Est-ce que ça lui était adressé au moins ? Des tas de filles peuvent s'appeler Mandy et avoir les cheveux noirs et la peau blanche et une pire ennemie et…bon c'est certain, ça lui était adressé. Mais qui aurait bien pu écrire ça ? Mandy avait des tas d'ennemies qui elles aussi rêvaient de lui voler la précieuse place de reine du lycée, mais sa principale rivale…était Clover ! C'était sûrement une de ses amies mais qui? Sam ou Alex ?

" Mandy Qu'est ce que tu fous ?? Ça a sonné, tu préfères lire des conneries écrites par des loosers plutôt que d'aller en récré ou quoi ?? " Demanda Dominique, le sourire aux lèvres

" Non, j'arrive je n'avais pas entendu c'est tout, pathétique ce truc" répondit Mandy en le reposant sur son étagère, il ne fallait surtout pas que ses amies le lisent, elle ne voulait pas que " l'anonyme " soit moquée non plus, elle n'était pas si cruelle.

 

Malheureusement pour elle, sa remarque fut entendue par les mauvaises oreilles, celles de Sam qui, blessée, était partie se réfugier dans les toilettes. C'était maintenant sûr elle ne l'aimait pas, que ses sentiments soit caractérisés de " truc pathétique " lui faisait mal au cœur.

 

Pendant ce temps Mandy, en cours, pensait encore et encore à cette lettre. Tous les mecs du lycée étaient à ses pieds, elle avait mis du temps à avoir une telle réputation et à obtenir un tel respect. Elle n'allait sûrement pas tout gâcher en révélant son homosexualité, surtout si c'était une farce. La sonnerie de fin des cours retentit, Mandy et ses amies se dirigèrent vers la sortie, et elle ne pouvait pas s'empêcher de guetter si l'écrivain anonyme la regardait. Mais dans toute cette foule, elle ne vit rien. Elle marcha en direction de sa maison et regardait derrière elle si celle qui l'aimait la suivait, personne. Je ne vais pas laisser cette histoire occuper mes pensées ! annonça Mandy à son chat, tout en se vautrant sur son lit. Elle alluma la télé, merde un film à l'eau de rose ! L'anonyme regardait-elle ce film en même temps et pensait-elle à elle ? C'était tout de même perturbant de savoir que quelqu'un vous avait écrit une lettre d'amour enflammée à l'époque où les ados se contentent d'un " Tu veux sortir avec moi ? " en exhibant leurs sourires ravageurs.

" T'en pense quoi toi ? "

" Miaou "

Le chat de Mandy, Griffith ne l'aidait pas beaucoup. Tant pis, se dit Mandy en s'efforçant de ne plus penser à rien.

 

 

Samantha laissa son portable sonner dans le vide, ça devait être Clover ou Alex. Elles l'avaient harcelée pour savoir ce qui n'allait pas. Elle n'allait pas leur balancer qu'elle aimait Mandy et qu'elle s'était pris un gros râteau indirect. Exténuée, Sam décida de prendre un bain chaud avec plein de mousse et elle laissa aller son visage dans l'eau, pensant un instant que si elle était vraiment aussi désespérée pour le faire, elle se noierait.

 

 

Le lendemain fut un jour horrible, sûrement l'un des plus horribles de sa vie pour Mandy, dès qu'elle mit le pied dans le lycée des ricanements se firent entendre derrière son dos. Ces deux filles aux yeux maquillés de rose et fringuées comme des sacs ? C'est bien elles qui ont l'audace de se foutre de ma gueule ?? ZEEEN pensa Mandy qui bouillonnait intérieurement prête à commettre un meurtre, elle ne supportait pas que l'on se moque d'elle.

" Il parait qu'une lesbienne t'a mis le grappin dessus tout le monde en parle au lycée, c'est trop drôle !! " annonça Catlin en signe de Bonjour.

En voyant la tête de son amie Mandy se retourner avec regard assassin en supplément, elle opta pour se la fermer, trouvant subitement la situation moins drôle. Toute la journée elle eut des demandes idiotes proférées par des personnes tout aussi idiotes.

" T'es lesbièèèènne ?? "

Elle eut un mal fou à répondre non, Mandy sentait son monde s'écrouler en entendant les affreux ricanements, allait-elle perdre le respect de tout le lycée ? Tout ça c'est à cause de cette sale anonyme !! C'est à cause d'elle qu'elle est dans ce pétrin pour être polie mais pour Sam la journée ne fut pas meilleure.

 

" Est-ce l'une de vous deux qui a écrit ce truc ? " demanda Clover tendue.

" Qu'est ce que ça peut te foutre ? " s'énerva aussitôt Sam.

" Je te signale que j'ai une certaine réputation moi ! J'attends vos réponses ! "

" Qui te dit que ça parlait de toi tu n'es pas la seule fille jalouse de Mandy " répondit Alex.

" JE NE SUIS PAS JALOUSE !! "

Sam n'aurait jamais pensé que sa nouvelle aurait eu de telles répercussions, surtout sur Mandy. Elle lui voulait tant de bien et au lieu de ça elle lui avait apporté plein de merde. La vie pouvait-elle être aussi pourrie ? En plus son amie Clover en pâtissait beaucoup aussi, puisque, étant l'ennemie number one de Mandy les soupçons se tournaient vers Sam ou Alex, et si Clover avait une amie lesbienne, sa quête pour être la plus populaire des filles du lycée était fichue.

" Alex, je suis sûre que c'est toi avec ton air garçon manqué, ça fait bien lesbienne ça non ?"

" Ce n'est pas moi Clover " se défendit Alex.

" Menteuse !! "

" Non je te dit que non !! " s'énerva Alex.

Sam voyant Alex accuser à tort décida de prendre ses responsabilités.

" Clover…c'est moi, je suis amoureuse de Mandy depuis la 6ème "

" Comment tu oses me trahir ?? "

" Ce n'étais pas mon intention ! De toute façon on s'en fout elle trouve que ma lettre est pathétique… " Annonça tristement Sam.

" Oh c'est trop mignon Sammy, à sa place et si j'étais lesbienne je t'épouserais "

" Merci Alex… "

 

 

Du coté de Mandy :

 

" Mandy !! Je sais qui c'est ! "

" Ben dit le Dom je veux savoir, Alex ou Sam ?? "

" C'est Sam, comme elle pleurnichait c'était aussi pathétique que Roméo et Juliette " lança Dominique, cynique.

Alors comme ça ce n'était pas une blague. J'irai chez elle ce soir et je lui dirai ce que j'en pense de sa rédaction qui m'a trainée dans la boue, tout la journée j'ai eu des…

" T'es plus in Mandy, ce n'est pas branché tout ça "

Les terminales ne la respectaient plus et les sixièmes ne l'admiraient plus, elle avait l'impression d'être vulnérable et que bientôt la grande Mandy que tout le monde vénérait, ne serait plus qu'un souvenir pour laisser place à la pauvre looseuse qui chlingue et qui est toujours seule en cours, cette pensée la terrifiait.

 

" JOURNÉE DE MERDE !! " cria Sam dans la maison vide, ses parents travaillaient tard et elle pouvait ainsi se défouler à grand coup de cris.

 

Merde quelqu'un sonne, hors de question d'aller ouvrir, pensa Sam mais le quelqu'un insistait. Elle descendit de sa chambre à contre cœur pour aller voir qui venait l'emmerder cette fois-ci, elle mit son œil sur le judas, ouvert. Et elle y rencontra un autre œil qui épiait l'intérieur, pas n'importe quel œil, un œil violet, elle ne connaissait qu'une personne au monde qui avait des yeux violets, elle prit un grand coup sa respiration et ouvrit rapidement la porte.

Mandy qui s'était appuyée sur la porte faillit se vautrer maladroitement sur le parquet sombre du hall d'entrée de la famille Simpsons. Elle se rattrapa juste à temps sur le cadre de la porte. Sam était sans voix elle regardait par terre un peu gênée, savait-elle ?

" Quand comptes-tu me faire entrer je ne suis pas venue pour observer tes nains de jardins ! " lança Mandy d'une voix exaspérée.

Sam se recula pour laisser passer la brune, elle se retint de rire et demanda

" Alors pourquoi es-tu venue ? "

En plongeant ses yeux verts dans le magnifique violet des yeux de Mandy

" À ton avis ! Je m'emmerdais en passant par là peut être, tu as gâché ma vie ! "

Mandy observait les yeux de la rouquine, des larmes commençaient à perler à l'intérieur des yeux verts qui respiraient la sincérité.

" Je…Je suis désolée je ne te voulais que du bien, pardon " après ces paroles la rousse éclata en sanglots. À sa grande surprise elle sentit des lèvres se poser sur les siennes alors trempées de larmes, et elle sentit des bras la serrer.

Mandy avait été touchée par la lettre de Sam et elle sentait dans ces yeux un amour et une fidélité incroyable. Elle avait toujours pensé que Sam était une jolie fille pleine de bon sens mais elle avait également toujours pensé que Sam était comme un robot programmé pour tout réussir. Un peu comme ces filles qui n'oubliaient jamais rien et qui se sentaient des petites Einstein. Mais elle découvrit Sam sous un autre jour, elle savait s'excuser et en plus elle était drôle et belle et elle sentait bon. Sam sentit le souffle de Mandy lui murmurer

" J'te déteste "

Sachant parfaitement que le contraire criait dans son cœur, peut-être qu'elle avait réussi à utiliser un décrypteur de cœur, ça existe, finalement.

 

Mais Mandy détestait la vieille banalité du bisous-bisous habituel et des je t'aime qui viennent ensuite. Elle décida que leur relation serait faite de mystères et de surprises, de doutes et de palpitations… parce que c'est plus marrant. Après ce super baiser digne des grands films d'amours, Mandy déposa un baiser sur la main de Sam avant de disparaître élégamment.

 

Sam en resta abasourdie, sur le pas de la porte. Elle se dit que ce n'était finalement pas trop mal, si son cœur continuait à battre aussi vite, Samantha Simpsons finirait par mourir d'une crise cardiaque.

 

La rouquine jeta un œil furtif à sa main, et sans s'en rendre vraiment compte elle lança d'une voix mielleuse :

" Je ne me laverai plus jamais la main ! "

 

" Sam je te sais plus raisonnable que ça, voyons, c'est antihygiénique ! "

 

" C'est dingue le manque de délirosité que vous avez-vous les adultes, je ne peux jamais laisser parler ma spontanéité ! "

 

" On ne dit pas " délirosité " Samantha, et la spontanéité n'a rien à voir avec le n'importe quoi ! "

 

Exaspérée, Sam courut jusqu'à sa chambre pour se vautrer sur son lit. Gaby avait le don de l'énerver ! Bien sûr qu'elle savait qu'on ne disait pas " Délirosité ", elle manquait juste cruellement de laisser aller, de fantaisie, de marrade quoi ! Ah la vie pouvait être ennuyeuse, s'il n'y avait pas Mandy pour pimenter la sauce.

 

Sam avait cherché plein de fois si Mandy avait un blog, en vain, sans résultat. Elle n'en avait sûrement pas, de toute façon c'était très con les blogs. Sam se demandait même pourquoi elle en avait un, en fait c'était pour se lamenter et crier sa rage à des gens qui s'en foutaient.

 

La rouquine pensa alors qu'il fallait peut être mettre à jour le fameux blog, ironie du sort, il s'appellait le " n'importe quoi land " en hommage à l'expression coutumière de Gaby, et comme le nom l'indiquait on pouvait y trouver…n'importe quoi.

 

Mais ce jour-là, Sam n'avait aucune envie de rédiger son blog. Elle avait envie de surprendre. Il était hors de question qu'elle fasse la petite fille docile aux ordres de sergent Mandy, elle est trop docile avec tout le monde, l'intello va enfin pouvoir s'éclater… Les doigts agiles parcoururent l'annuaire de la ville pour chercher le nom de…Delaroyale !

 

" Mwerf " répondit la voix de Mandy.

" Ce que tu m'as fait tout à l'heure, c'est l'équivalent de si je te disais je t'aime... "

" Sam ? "

" Et que je raccrochais, Ha ! "

 

Mandy entendit juste un bip... Bon, elle l'avait cherché… Sam, elle paraissait tout ce qu'elle n'était pas. C'est dingue comme on peut se tromper sur les gens, souvent Mandy l'avait imaginée en couple, bizarrement elle avait toujours eu du mal, pensant Sam bien trop prude.

 

Mais là c'était comme si elle faisait la connaissance d'une nouvelle personne. Elle s'en voulut de ses préjugés, mais ce qui compte ce n'est pas le moment où on découvre le trésor, c'est déjà pas mal de l'avoir découvert !

 

La tête pleine de rêves, Mandy se laissa nonchalamment aller sur son lit pour lire un livre qu'elle avait emprunté au CDI du lycée, mais elle n'arrivait plus à comprendre les mots qui s'alignaient les uns au autres. Elle était juste surexcitée qu'une histoire d'amour aussi magique lui arrive à elle. Ces trucs de coups de fils inattendus et de départs glamours, elle avait toujours pensé que c'étaient des rêves qui resteraient des rêves. Ah putain, ce que la vie pouvait être belle…DES FOIS.

 

Le lendemain, rien ne fut plus exaltant que les œillades secrètes et significatives avec Sam, Mandy avait toujours adoré les secrets, et celui-ci n'avait pas intérêt à apparaître au grand jour. C'était marrant de capter tous les petits signes, les regards, les sourires en coin. À chaque sarcasme de Clover, Mandy et Sam sentaient comme un mur se dresser entre elles, le mur ce n'était pas uniquement Clover mais aussi le mode de vie, le lycée c'est comme des espèces de clans.

 

Le clan spies et la purple team c'était un peu comme les vampires et les lycans. Mandy riait intérieurement de s'imaginer en vampire et Sam en lycan plein de poils roux ! Ou une belle vampire rousse ! Non Mandy ne riait plus intérieurement, elle salivait !

 

Elles se croisaient souvent dans les couloirs, et comme d'habitude elles se bousculaient, mais le bousculement avait plus l'air d'un frôlement à présent. Les jeux de regards étaient intenses et profonds, c'est cela que Sam préférait chez les filles, les relations ne consistaient pas à s'embrasser comme des bourrins à longueur de journée, c'était plus subtil. Toute la journée les deux filles auraient voulu sautiller de joie, comme des gamines et sans qu'elles ne l'aient soupçonné elles ressentaient toutes deux la même chose au même moment.

La sortie du lycée se déroula sans encombre. Comme toujours le clan vampire et le clan Lycans se séparaient pour rejoindre leurs sweet home respectives. Enfin pas pour Sam qui, comme à son habitude, traînait à la bibliothèque, histoire d'avoir un peu de tranquillité sans cette mère étouffante.

" Bonjour Samantha " salua Liliane

" Bonjour " répondit Sam d'une voix posée.

 

Elle connaissait bien Liliane, la bibliothécaire, à force d'être fourrée ici… Liliane aimait bien Sam, elle la considérait avec respect, car c'était quelqu'un de droit. Ce que Liliane ne savait pas c'est que Samantha venait à la bibliothèque pour lire les aventures tumultueuses de Sienna et Constance. Des livres lesbiens centrés autour de ces deux personnages.

 

Ici Sam était en paix, évadée dans le monde du joli petit couple, elle les avait enviées et jalousées, Sienna et Constance. Oui, elle aurait voulu elle aussi, malgré toute la merde que ça implique, former un petit couple stable avec une jolie fille, fascinante, quelqu'un qui redonne à la vie un goût d'adolescence… Ou au moins être une jeune fille…

 

Maintenant elle avait Mandy, magnifique, fascinante avec qui elle formait un couple stable, clair et surprenant. Tranquillement assise sur un fauteuil de la bibliothèque, son gilet sur les genoux et le tout dernier tome inédit de son livre favori dans les mains, un mince sourire vint illuminer le visage, signe qu'elle était heureuse, plus que d'habitude encore.

 

Pendant ce temps, un mince sourire se dessinait aussi sur le visage de Mandy, emmitouflée dans son écharpe blanche et bien calée sur le canapé, elle avait enroulé une couverture à motif écossais, en laine épaisse autour de son corps gelé.

 

Janice s'installa près d'elle sur le canapé, elle regarda un instant Mandy avant de lui demander :

" Tu fais quoi ?? "

" Rien de spécial, c'est ce qui s'appelle glander en termes spécifiques, et toi ?? "

" Moi, je me dis que la vie est monotone, je déprime Mandy, je ne fais rien de mes journées, je me traîne, je n'ai pas de métier, pas de passion, je me fais belle, et après ?? "

 

Mandy avait l'habitude des plaintes incessantes de Janice, elle était lunatique, très souvent découragée et déprimée. C'est dingue ce que les gens peuvent paraître différents vu de l'intérieur. Janice, à la vue de tout le monde, était une belle jeune femme riche et comblée, qui n'avait rien à espérer de plus dans la vie.

 

Elle pleurait toujours à moitié, comme chaque soir et Mandy avait appris à l'écouter, mais elle aurait tout de même bien aimé que Janice lui demande un jour comme elle allait ELLE. Mandy se leva et partit chercher une couverture pour Janice. En passant devant la cuisine elle prépara également deux chocolats chauds qu'elle posa délicatement sur un plateau chinois de Janice.

 

Oui, les gens peuvent paraître tellement différents vu de l'intérieur, Mandy cherchait souvent l'attention au lycée parce qu'elle aurait aimé simplement que quelqu'un s'intéresse à son humeur du jour et à ses petites galères d'adolescentes. Au lycée elle pensait pour elle, et uniquement pour elle, et ça faisait du bien. Mais à la maison c'était Janice qui devait être chouchoutée.

 

Une fois les chocolats chauds déposés sur la table basse et Janice emmitouflée dans la couverture marron, Mandy se rendit compte qu'elle avait oublié les mouchoirs, elle retourna les chercher. Janice finissait par pleurer 90 pourcents du temps…

 

Mandy se posa enfin sur le canapé, Janice parlait mais Mandy avait cette fois-ci du mal à écouter, elle était en couple avec Samantha. Elle frissonna, la brune eut presque l'impression de sentir à nouveau le délicieux frôlement d'épaules qu'elles avaient échangé dans le couloir.

 

Oh si elle pouvait raconter cela à quelqu'un qui s'y intéresserait, elle viderait enfin son cœur trop lourd des secrets de Janice. Elle raconterait chaque jour des petites parcelles de sa vie à Sam mais elle avait envie de discuter avec quelqu'un d'autre…de Sam justement ! Elle n'allait pas parler de Sam à Sam, ce serait complètement ridicule !

 

Et voilà ! Heureusement que Mandy était retournée chercher des mouchoirs, Janice pleurait et se mouchait avec un bruit de trompette qui s'accorde assez mal avec ce physique élégant.

" Merci de m'avoir écoutée " conclua Janice.

 

Le pire c'est que Mandy ne l'avait PAS écoutée du tout, et Janice ne s'était même pas rendue compte de la différence ! Si elle parlait à un sac de farine, est ce qu'elle le verrait ?

 

Elle n'avait qu'à parler à Griffith voilà ! Griffith, leur chat. Elle essaya de lui taper la causette mais l'ingrat préféra se détourner d'elle pour se goinfrer de croquettes.

 

Sam sortit de la bibliothèque à contre cœur avec une chanson absolument affreuse dans la tête " J'aimerais bien refaire un tour du coté de chez Swan … " voilà ce que la pauvre rouquine avait dans la tête en boucle, elle bouillonnait intérieurement  mais l'air ne partait pas !

 

" Au revoir Liliane "

" À bientôt Samantha "

 

Sur le chemin du retour Sam en eut tellement marre de cette chanson qu'elle se cogna la tête du plat de la main en criant :

" Casse-toi ! "

 

Et, comme si le seigneur lui en avait voulu un groupe d'ados (du lycée) ricanèrent en se chuchotant dans les oreilles. Mais bon il ne faut pas trop en vouloir au bon dieu, il lui a quand même donné une petit amie fascinante !

 

Une fois rentrée Sam se retrouva nez à nez avec sa mère qui rentrait des courses, Samantha l'aida à tout ranger, aucune des deux ne dit un mot. C'était très pesant mais la rouquine junior n'avait jamais rien à dire à la rouquine senior. Et admettons qu'elle dise quelque chose elle avait le droit à une analyse gratuite de la part de sa mère. Exemple :

 

" Je me sens tarte d'avoir fait ça ! "

" Ah Sam si tu dis ça c'est que tu manques de confiance en toi et tu te dévalorises… "

 

Et blablabla et blablabla on ne peut rien dire dans cette maison, alors on ne dit rien, c'est tout.

 

" Va faire tes devoirs Samantha ! Tu sais c'est important et si tu ne veux pas c'est que tu manques de… " Annonça Gaby aussitôt coupée par Sam :

" Je n'ai pas dit non, j'y vais "

" Si tu ne laisses pas les gens finir leurs phrases ça traduit un manque de… "

 

" Merde, Ta gueule, ta gueule, ta gueule ! "

 

 Cria Sam…Dans sa tête, comme d'habitude refoulant sa colère elle monta sans broncher faire ses devoirs. Vivement la prochaine rencontre avec Mandy…

 

Cette prochaine rencontre se déroula au centre commercial de la ville où Mandy et ses amies étaient parties faire leurs achats, Mandy ne se confiait pas trop à ses amies mais elles riaient beaucoup ensembles sans que Mandy ne soit véritablement très attachée à elles.

 

Ce jour là, elles s'amusaient à essayer des trucs absolument hideux et de se prendre en photo avec, sans se faire pincer par la vendeuse. Mandy était en train de se faire photographier en peau de mouton sans manche accompagné de lunettes à montures vertes très moche. Elle prit une pose de mannequin de revue quand de la cabine d'essayage ressortit Clover, habillée d'un " magnifique " petit haut rose bonbon.

 

" Mandy, la peau de mouton te va à ravir, mais c'est cruel de ne pas compatir au meurtre de tes cousins " lança Clover, toute fière.

 

" Il y a que dans les films que le rose bonbon fait oublier les sales gueules "

 

Clover soupira, Alex semblait avoir hâte de partir et Sam fixait un point imaginaire pour se composer un visage neutre. Mandy et ses amies prirent ensuite la direction opposée en prenant le temps de remettre le gilet et les lunettes à leurs places. Clover était folle de rage…

 

" Qu'est-ce qu'elle a celle là à tout le temps traîner dans nos pattes avec son gilet de mammouth ? "

 

" On ferait mieux de l'éviter Clover…Oh regarde un petit nounours trop choupichou trognonou regarde il est tout douuuux "  s'extasia Alex.

 

" Euh…oui Alex tu oublies un petit détail c'est que JE M'EN FOUS QU'IL EST TOUT DOUX JE SUIS FOLLE DE RAGE CONTRE CETTE **** DE MANDY ! "

 

" Héhé euh d'accord, en fait j'ai rien dit du tout, je me tais " répondit Alex gênée.

 

" Clover on devrait continuer nos achats, j'ai bien envie d'un milkshake " avoua Sam.

 

" Ça fait longtemps que Mandy ne t'a pas dit de saloperies à toi, Sam " remarqua Clover.

 

" Ce n'est pas pour te vexer mais c'est surtout toi qu'elle ne peut pas saquer, nous elle s'en fout un peu, c'est juste parce qu'on est tes amies qu'elle nous balance des saloperies " rattrapa Sam.

 

Ouf, l'excuse était tout à fait plausible et le danger fut évité de justesse. Le reste de la journée se passa normalement pour les deux jeunes filles. Comme tous les soirs elles rentrèrent toutes chez elle, sauf Samantha qui fit son tour habituel à la bibliothèque, et Mandy aussi qui passa à la poste avant de rentrer tranquillement sous les douces lumières des réverbères. Une douce routine commençait à s'installer dans la vie des filles mais la routine n'était ni lourde ni désagréable en soit.

 

Comme Mandy l'avait prévu, Samantha reçut le colis qu'elle lui avait envoyé le lundi matin. Au centre commercial, Mandy avait entraperçu sa compagne en train de loucher sur un bracelet en or tout simple, venant d'un grand bijoutier. Elle l'avait automatiquement acheté et le soir même l'avait envoyé.

 

Mais Mandy n'avait pas prévu la mine déconfite de Samantha au petit matin ni le fait que son poignet ne soit pas orné du magnifique bracelet. De plus aucun sourire en coin ni regard malicieux ce jour là. Rien du tout.

 

Samantha avait-elle été gênée par la concrétisation de leur couple ? Ou c'était peut être une histoire de fric. Les théories se mélangeaient dans la tête de Mandy. Une seule persistait encore et encore sans qu'elle ne puisse penser à autre chose " peut être que Sam ne l'aimait pas " qu'elle voulait rompre et elle comme une conne elle lui envoyait un bijou juste avant qu'elle puisse casser. Bon, évitons les déductions.

 

Et voilà, Mandy avait fini sa journée sans rien savoir à propos de sa dulcinée. Elle ne pouvait pas rentrer chez elle comme si de rien n'était, mais Janice lui avait envoyé un texto dès la sortie du lycée :

 

" Rentre vite, j'ai besoin de toi… "

 

Que faire dans ce cas là ? Mandy supposa que sa discussion sérieuse avec Sam pouvait se remettre à plus tard en comparaison de ce message urgent. Mandy courut le plus vite possible malgré son aversion pour les activités sportives.

 

Une fois arrivée jusqu'à sa maison l'adolescente se précipita dans le salon pour y trouver une mère en pleurs.

" Qu'est ce qui ne va pas ? " demanda Mandy essoufflée.

" Je me sens seule, j'ai l'impression d'être une veille pomme ridée et indésirable "

 

Mandy ne connaissait que trop bien la principale peur de Janice, celle de vieillir. Une petite ride au coin de l'œil était pour elle une torture mentale. Mandy fut déçue de ne pas avoir accouru chez Sam pour les problèmes quotidiens de sa mère, elle qui avait eu la peur de sa vie. Elle écouta que d'une oreille les mêmes mots rabâchés à longueur de journée. Janice pleurait de ne rencontrer personne mais en même temps elle n'allait jamais nulle part.

 

Le lendemain, jour du dimanche, Mandy fut bien décidée à courir jusque chez Samantha avant que Janice ne se réveille. C'est donc ce qu'elle fit. Elle sonna à la porte et la sonnette chantait un air harmonieux. Un visage dur comme de la pierre mais en même temps accueillant comme les ménagères des années cinquante apparut à Mandy. C'était Gaby, la mère de Samantha.

" Bonjour madame, excusez moi si je vous dérange, je suis une amie de Samantha puis-je lui parler un instant ? " demanda poliment Mandy.

" Non ! Samantha est punie " répliqua sèchement la femme.

 

Mais l'adolescente n'était pas le genre à se résigner comme ça, elle tenta à nouveau une approche  :

" C'est pour un exposé que nous devons faire ensemble pour demain "

" Je connais son emploi du temps par cœur … "

Moi aussi pensa Mandy en écoutant la suite.

" Donc je sais que vous avez une heure de libre, la première heure du matin. Vous vous débrouillerez "

Sur ce la porte fut claquée poliment mais fermement au nez de Mandy. La jeune fille fut vite encore plus anxieuse qu'à l'arrivée. Gaby n'était pas un exemple de laxisme parental mais tout de même refuser que sa fille parle à une amie à propos d'un exposé, sans parler de la tête de Sam hier. Et le manque de regard et aussi le fait qu'elle ne l'ait même pas appelée… Ça commence à faire beaucoup réalisa Mandy.

 

Et, comme dans les films romantiques à chier, elle décida de ne pas rentrer tout de suite, elle ramassa une pierre et la lança contre la vitre de la chambre de Samantha. Et en effet, c'est bien sa bien aimée qui apparut.

" Mandy ! " lança Sam d'un air presque soulagé.

" Qu'est ce qu'il se passe putain ?! "

" Je ne peux pas t'expliquer maintenant je suis déjà trop dans la merde, si je me fais chopper ça devient pire "

" Ecoute, j'ai raconté à ta mère une histoire d'exposé à faire à la première heure demain, ni toi ni moi n'avons cours, on se rejoint dans la forêt, près de la baraque pourrie "

" D'accord je… "

 

" SAM ! " hurla la voix de Gaby

 

Aussitôt la rouquine referma la fenêtre et Mandy disparut dans la nuit.

 

Sam se laissa tomber sur son lit, elle allait déjà mieux que la veille qui avait été une journée terrible. Elle frissonnait et avait une irrésistible envie de pleurer. Elle se blottit dans les couvertures, serrant son ours en peluche fort contre sa poitrine. D'habitude ce geste enfantin lui remontait à coup sûr le moral, elle se sentait revenir en enfance comme si une peluche pouvait effacer tous ses problèmes. Mais ce coup ci, l'ours ne la réconforta pas, pas plus que la lecture de Sienna et Constance qui la fit pleurer plus qu'autre chose. Était-ce encore possible entre Mandy et elle après le drame qui venait de se produire ? Il fallait qu'elle avoue tout à Mandy demain. Le fait d'enfreindre pour la première fois les règles qu'on lui avait imposées, faisait peur à Samantha qui réussit tout de même à s'endormir.

 

Le lendemain pour la première fois la rouquine se leva instantanément après la sonnerie de son réveil. Gaby déjeunait en silence et lança à Sam le regard qui convenait à leur relation actuelle : un cauchemar. Elle partit le plus vite possible rejoindre son aimée, l'histoire de l'exposé avait décidé Gabrielle à lui lâcher un peu la grappe.

 

Au bout de dix minutes qui lui parurent interminables Samantha arriva jusqu'à la vieille baraque. C'était l'endroit idéal, car isolé, mais en état de délabrement certain. Samantha entra avec précaution et découvrir Mandy assise sur une planche de bois.

" C'est si crade ici, fallait bien que je pose mon cul quelque part d'acceptable, et toi aussi viens " proposa Mandy.

Sam alla donc s'asseoir. Elle pleura enfin, et s'en excusa entre deux sanglots.

" Ce n'est rien raconte moi "

" Bon, tu as dû te poser des questions j'en suis désolée, mais je crois que notre secret n'est plus si secret… En fait ma mère a trouvé le récit que je t'ai écrit dans le double fond du tiroir de ma table de nuit. Aussi elle a vu le bracelet à mon poignet, je n'ai pas assez d'argent pour m'en acheter des comme ça, elle a voulu savoir qui…ça c'est très mal passé, Mandy. Je ne pensais pas que ma propre mère serait homophobe mais là elle me surveille sans arrêt, elle veut me guérir "

 

" Oh Sam j'étais à mille lieux de me douter…j'ai cru que tu ne voulais plus de moi "

 

Samantha se posa sa tête sur les genoux de sa copine, Mandy caressa les cheveux roux de son amie et continua à discuter d'une voix calme et sereine malgré la situation.

 

" Pourquoi tu me regardais plus au lycée ?? "

Sam soupira.

" Je ne t'ai pas raconté le pire, ma mère a demandé à Clover de me surveiller parce que j'étais tendancieuse, je n'osais plus regarder aucune fille surtout que Clover pense que c'est un égarement d'ado "

" Tu sais ce que je pense de Clover "

" Oui mais c'est une amie d'enfance "

" Je sais… "

 

Un silence.

 

" Rien ni personne ne nous empêchera de nous voir, tous les soirs à 22h30 ici " déclara Sam.

 

Mandy fut surprise, ce n'était pas le genre de Samantha les cachoteries aux parents et les fugues en pleine nuit, elle ressentit la peur de la rouquine à l'idée d'enfreindre ses principes. La brune serra la main de son amie dans la sienne. Pour détendre un peu l'atmosphère Samantha lança :

 

" Notre nid d'amour c'est cette merde ! "

 

Mandy ricana, elle avait l'impression d'être dans un monde parallèle. Sam sortit de son sac les chips qu'elle y avait cachées.

 

" Si on se goinfrait ?? " proposa t'elle.

 

Mandy accepta. Et raconta la situation compliquée avec Janice, elles se comprenaient et riaient de situations pourtant pas franchement marrantes. Jamais la discussion ne fut lourde et Mandy put enfin soulager ses peines, se vider.

 

À contrecœur les filles se quittèrent pour les cours de la journée. Une journée qui fut éprouvante, Sam était surveillée en permanence et Mandy se retenait de blesser gravement Clover.

 

En rentrant le soir chez elle Mandy ne vit pas sa mère. Peu importe elle put se préparer pour rejoindre Samantha. Par contre la rouquine vit sa mère et entendit ses ordres. Elle en avait terriblement marre d'être une poupée docile au service de Sœur Gaby. Elle mourait d'envie d'enfin vivre, quitte à désobéir.

 

Le soir elle ressentit un bonheur grandissant à se venger de cette mère qu'elle haïssait à présent.

 

Comme prévu, à 22h30.

 

Elles se saluèrent d'un baiser passionné comme si elles ne s'étaient pas vues depuis des mois. Pour ne pas rester dans le taudis elles décidèrent d'attendre le bus pour la ville prochaine. Ensemble elles regardèrent un navet qu'elles critiquèrent entre deux baisers.

 

La soirée fut agréable, en rentrant Mandy ne trouva toujours pas sa mère et les jours qui suivirent non plus. Samantha subissait de plus en plus souvent le fanatisme religieux grandissant de sa mère qui la traînait à la messe en lui répétant sans cesse qu'elle était une pècheresse…

 

Janice sortait tout les soirs et par conséquent ne s'occupait plus du tout de sa fille qui en était désolée. Pourquoi servait-elle de bouche trou à sa propre mère ?!! Elles discutèrent, se conseillèrent et de temps en temps faisaient quelques allusions à avant leur relation. Vider son sac, il n'y a rien de mieux au monde pensa Mandy, elle comprenait à présent pourquoi Janice avait tant besoin de parler. Mais la discussion avec Sam était différente parce qu'elles s'écoutaient  mutuellement et enfin les deux aspects de la vie de la jeune fille se réunissaient. Comme chez elle, elle écoutait Sam, et comme au lycée elle pouvait avoir son quart d'heure de gloire.

 

Samantha aussi vivait une révolution intérieure, elle prenait conscience de grandir et de s'assumer, de ne plus avoir besoin de suivre les directives de sa mère…de s'amuser. De profiter et surtout de ne pas être jugée, ça faisait du bien de pouvoir faire la gamine et d'en être pardonnée, car être toujours sérieuse était un poids de plus en plus lourd à porter pour ses frêles épaules.

 

Vers la tombée de la nuit chacune rentrèrent chez elles. Des étoiles pleins les yeux. Mandy ne trouva pas Janice mais l'entendit rentrer vers une heure du matin, ces absences ne pouvaient plus durer. Mandy se sentait abandonnée. Seule chez elle.

 

Sam eut la chance de faire preuve de discrétion elle aussi, elle ne réveilla pas Gaby. Le lendemain, fille et mère se réveillèrent en même temps. Gaby semblait toujours aussi perturbée par la découverte de l'homosexualité de sa fille. Samantha tenta un pas en avant

" Tu as bien dormi ?? " demanda t'elle à sa mère.

 

" Comment veux-tu que je dorme bien en sachant que ma fille unique s'adonne à ce genre de perversions, je pensais t'avoir enseigné le respect de notre seigneur… "

 

" Maman, je m'en vais "

 

" Tu ne déjeunes pas ?? "

 

" Je ne voudrais pas t'imposer ma compagnie perverse ! " cria Sam en claquant la porte derrière elle.

 

Gaby resta seule dans la maison vide, trop vide depuis le départ de son époux. La religion l'avait sauvée. Gaby avait été la maîtresse de Paul, de cette union était née Samantha. C'est toujours difficile d'être la maîtresse, la salope du feuilleton en gros. Gabrielle s'était sentie souillée et rejetée…l'homme qu'elle pensait être son prince charmant n'était en réalité qu'un vulgaire pervers. Il n'était pas jeune, il avait 42 ans et Gaby en avait 32. Il aurait largement pu assumer sa fille avec ses revenus élevés mais il avait refusé.

 

Ainsi, Gaby s'était jetée à corps perdu dans la religion, comme d'autres se consacrent au travail. Elle s'était sentie pardonnée d'avoir été amante, d'avoir contribué à l'infidélité d'un homme et surtout pardonnée d'avoir mis une enfant au monde dans ces conditions.

 

La religion l'avait beaucoup servie, elle pensait donc que c'était à son tour de servir la religion et s'employa à faire de Sam une jeune fille plus " propre " qu'elle-même. 

 

Seule sur la table de la salle à manger elle repensait à tout ça, elle avait échoué. Samantha croyait dur comme fer à ses affreuses préférences. Gabrielle laissa tomber son combat et se mit à pleurer entre ses bras. Sam ne changerait pas…et elle avait perdu sa fille, un mur de 22 mètres de haut les séparait à présent…

 

Pendant ce temps Mandy apprit la cause des absences répétées de sa mère. Cette cause avait un nom…Hugues. Janice était arrivé, parfumée et maquillée gaie comme un pinson.

" Debout ma chérie " chuchota t'elle à l'oreille de Mandy.

Vêtue de son pyjama trop large et incroyablement délavé, Mandy descendit tranquillement les marches de l'escalier en bois moderne.

 

" Ah tu es debout ma chérie, viens donc prendre ton déjeuner avec nous "

NOUS. Oui Mandy avait bien entendu nous. Un homme à la barbe impeccablement rasée et déjà habillé se trouvait en face de sa mère, il avait un petit air niais.

 

" Bonjour ma petite, mon petit nom c'est Hugues et toi c'est Mandy ? "

 

Ah non, il n'a pas juste l'air niais, il est niais…Et Mandy se sentit incroyablement stupide dans son pyjama délavé avec ce niais.

 

" Tu sais Janice, je suis incroyablement doué avec les enfants " annonça Hugues.

 

Mandy étouffa un rire…c'était qui ce clown ??

 

Soudain, Mandy eut une vision d'horreur qui lui glaça le sang. Sa mère bouche contre bouche avec crétinus en train de rire comme une bécasse à tout ce qu'il disait. Pitié…Mandy courut se servir un bol de céréales. Elle buvait tranquillement son lait quand le crétinus reprit de plus bel.

" Oh il y a une toupie dans tes céréales, tu sais faire tourner une toupie Mandy ? "

 

J'men fous des toupies !! Pensa Mandy, exaspérée qu'on la fasse chier dès le matin. Janice répondit :

 

" Mandy est toujours incroyablement grincheuse le matin, c'est rien chou "

 

Ils s'embrassèrent à nouveau.

 

" Eh pas maintenant vous ne voyez pas que je mange ! " s'écria Mandy.

 

Ils ne firent pas attention à sa remarque.

" Faut que j'aille vomir " lança la brune, qui allait en fait s'habiller.

 

Une fois prête elle quitta le plus vite possible ce crétin. Pour une fois le lycée était un soulagement.

 

Mandy ne fut pas la seule à être en avance, Sam aussi se trouvait là plus tôt que prévu.

 

" Toi aussi t'avais hâte de te barrer de chez les fous ?? " lança Mandy à sa copine.

 

" Plus que hâte, ma mère et ses histoires de Jésus/ perversions, pourquoi toi ?? " demanda Samantha intriguée.

 

" Crétinus, mon nouveau beau père, ce qu'il est tarte… "

 

" Pourquoi ?? "

 

Mandy lui expliqua tout et Samantha éclata d'un rire incontrôlable, elle ne pouvait plus s'empêcher de rire et ne pouvait plus respirer. Mandy fut elle aussi prise d'un fou rire en mesurant la crétinitude de l'amant de sa mère.

 

Mais Clover et Alex arrivèrent près d'elles. Conscientes du danger mais ne pouvant plus s'arrêter de rire, Sam et Mandy entreprirent de se calmer…en vain.

 

Leur fou rire terminé, Clover adressa un regard dur à son amie.

 

" Tu rigoles en présence de ce détritus…ah oui j'oubliais ton coup de cœur d'adolescent…Mandy sais-tu que Sam est amouuureuse de toi ?? " lança Clover d'une voix tonitruante.

 

Mandy ne savait pas quoi répondre… Sam lança un regard suppliant à Alex qui vola au secours de son amie.

 

" Oh c'est l'heure les filles, venez… "

 

" Je t'ai à l'œil Sam, j'ai promis à Gaby que je ne te laisserais pas faire des choses que tu pourrais regretter "

 

" Vous m'emmerdez tous à vouloir diriger ma vie, tu n'es pas ma mère Clover ! "

 

" Moi je suis ton amie de toujours, on est comme sœurs non ?? "

 

" Si mais tu exagères…laisse moi être heureuse Clover "

 

" Tu en auras honte plus tard, être homo ça n'apporte que des insultes et jamais tu ne seras quelqu'un d'aimé, comme avant alors arrête tes conneries ! "

 

Samantha suivit Clover en grommelant, frôlant au passage la main de Mandy. Oui, la rouquine devait beaucoup à Clover…

 

Dès son entrée en seconde, Sam avait été l'intello ringarde dont tout le monde se moquait. Elle n'était bonne qu'à passer les devoirs. Samantha fut un jour abordée par Clover qui transforma sa vie. À présent on lui adressait des bonjour et tout changea…le lycée ne se révéla pas aussi merdique que le collège…grâce à Clover. Voilà ce que Sam lui devait.

 

Mais la rouquine refusait qu'on lui dicte à nouveau sa vie, rien ni personne ne la séparerait de Mandy. Pour une fois que l'amour souriait, pourquoi ne pas en profiter ?

 

Le soir même Mandy dut à nouveau supporter Mr.Crétin. Et Sam mangea avec une mère complètement muette. Mais Gaby se décida à rompre le silence

 

" Tu me détestes n'est ce pas ?? "

 

" Non, c'est toi qui détestes ce que je suis "

 

" Pourquoi, Sam…Pourquoi choisis-tu toujours les problèmes ? "

 

" Je n'ai pas choisi, maman, c'est comme ça. Je ne me suis pas dit un matin " Si je devenais homo pour faire chier ma mère " "

 

" N'utilise pas ce mot "

 

" Quoi ? Faire chier ?? "

 

" Non homo…ça me perturbe "

 

" Bref tout ça pour te dire que ce n'était pas pour te causer du tort ou quoi que ce soit "

 

Gaby soupira et Sam renchérit, pour une fois qu'elle pouvait parler.

 

" Pourquoi ça te gène tant ? "

 

" Parce que…je voulais que tu aies une belle vie, des enfants adorables qui courent dans toute la maison et…que tu réussisses mieux que moi en amour "

 

" Je suis heureuse, c'est ce qui compte non ?? "

 

" C'est la destruction de tout ce qu'on pensait évident qui fait mal Sam "

 

" Le rejet d'une personne qu'on aime, ça aussi ça fait mal, maman "

 

" Je ne peux pas m'y habituer…moi non plus je ne choisis pas, je ne peux pas ! "

 

" Ce n'est pas grave " mentit Sam, un peu déçue.

 

" On peut faire…comme si de rien n'était ?? " demanda Gaby perturbée.

 

Sam hocha la tête

" Peux-tu dire à Clover d'arrêter de me surveiller par contre ?? "

 

" Sam j'en ai plein la tête, parlons plus tard "

 

Samantha obéit et partit se coucher, la situation semblait s'améliorer. Mais Gaby pourrait-elle un jour accepter ? Difficile à dire…les étapes se franchiraient peut être petit à petit.

 

De son côté Mandy n'en pouvait plus ;

 

" De la purée maison, ma fraise des bois "

 

" Elle est délicieuse mon choupinou, et tu as dessiné un cœur dedans, oh que c'est mignon "

 

" Ça va Mandynette ?? " demanda Hugues de sa voix mielleuse.

 

" C'est quoi ce surnom ?"

 

" Tu n'aime pas ?? "

 

" Non, dans la mesure où c'est pour les moins de dix ans et que ça fait deux jours que l'on se connaît " répliqua Mandy, sincère.

 

" Mandy ! File dans ta chambre ! "

 

" Quoi ? J'ai le droit de pas aimer un surnom ? Et estimez vous heureux que je n'ai pas commenté la purée ! " S'emporta Mandy indignée de passer après un homme que sa mère connaissait depuis à peu près un mois.

 

" Oh mon doudou, je suis désolée " , entendit Mandy en quittant la table, ce con squattait de plus en plus souvent et Mandy bénissait les jours où il restait chez lui.

 

Il était 22 h et deux jeunes filles dont vous connaissez les noms se retrouvèrent.

 

" C'est dégueulasse, elle ne voit pas que c'est un crétin ?? " demanda Sam après que sa compagne lui ait raconté l'histoire du jour.

 

" Non ! Elle est amoureuse transie, tu sais quoi je crois que ça la rend conne "

 

" Moi c'est le sens inverse, ma mère semble se calmer, je suis triste pour elle parce qu'elle aimerait m'accepter mais elle n'y arrive pas, c'est plus fort qu'elle. En plus de ça elle m'imaginait déjà dans une baraque avec des petits rouquins qui courent partout "

 

" Ouais, mais elle s'y fera je ne pense pas que Gaby prenne le risque de perdre sa fille "

 

" J'espère " annonça Sam avec un demi-sourire.

 

" Tu as de quoi nous goinfrer ? " demanda Mandy.

 

" Non, mais j'ai de la lecture "

 

" Le dernier tome de Sienna et Constance !! "

 

" Ouais, faudra attendre longtemps avant d'en avoir un prochain "

 

" Savourons celui ci "

 

Blottie dans les bras de Sam, Mandy l'écoutait lire de sa voix mélodieuse. Sam faisait parfois quelques commentaires du genre " Quelle pétasse, t'as vu ça ? J'espère qu'elle crèvera au prochain ! ". Mandy se réjouit que leur couple à elles ne soit pas ponctué de " nounours " et " fraises des bois ".

 

Elle rentra chez elle, pensant que plus rien ne pouvait gâcher sa journée…

 

Elle se trompait lourdement…

 

Janice annonça guillerette à Mandy ;

 

" Hugues vient vivre avec nous "

 

" Je te ferai de la purée maison ce soir Mandynette " annonça celui-ci.

 

" Je peux pas, ce soir j'avais prévu de me tirer une balle de la tête "

 

La blague ne fit rire que Mandy.

 

Sam et sa mère firent, comme si de rien n'était.

 

Les jours passèrent et Mandy prenait de plus en plus à la rigolade la crétinité toujours grandissante d'Hugues. Son couple avec Sam était stable et la vie semblait  (à peu près) être réjouissante.

 

Quant à Sam, elle avait trouvé dans l'historique de l'ordinateur familial un site nommé

 

" Comment accepter l'homosexualité de son enfant ?? "

 

Gaby essayait et cela toucha Sam. Mais le site n'avait toujours pas porté fruits. Il était presque 22 h et aujourd'hui autant Sam que Mandy emporta un petit cadeau pour leur 1 an de relation amoureuse…

 

Sans oublier une couverture douillette et des chocolats. Une fois l'une à côté de l'autre Mandy fit part de son énervement à Samantha.

 

" Tu te rends compte, moi qui était toujours là pour elle, maintenant qu'elle à trouvé son crétin de Hugues je suis plus qu'une merde ! "

 

" Tu lui as fait part de tes sentiments ? " questionna Sam.

 

" Plus ou moins, elle devrait deviner avec mes réactions "

 

" Tu parles de l'épisode Mandynette ? "

" Pas seulement, Sam…je ne me sens plus chez moi "

 

Les yeux de Mandy devinrent humides.

 

" J'ai peur qu'il prenne trop de place dans cette maison "

 

" Tu as peur qu'il t'écrase carrément ? "

 

" Ouais, et ça a l'air d'être en bonne voie dans ce sens là… "

 

Sam ne savait plus quoi répondre, elle attira la tête de Mandy sur son épaule. Ce geste suffit à la réconforter. D'autant plus qu'extérioriser ses sentiments lui avait fait un bien fou.

 

" J'essayerai de lui parler clairement " conclua Mandy.

 

" Tu me raconteras " répondit Sam.

 

Et elles se quittèrent un peu à contrecœur.

 

Le lendemain premier jour des vacances. Mandy profita de l'absence de Hugues parti faire des courses pour discuter seule à seule avec sa mère.

 

" Maman, j'ai un truc à te dire "

 

" Oui, qu'est ce qui se passe ma petite poupée ?? "

 

" Ben…je ne sais pas comment te le dire, en fait depuis que Hugues est ici j'ai l'impression que tu le préfères "

 

" Tu es puérile, Mandy ! "

 

" Voilà tu vois ! Avant on pouvait parler, je pouvais dire mes sentiments sans que tu me dises que je suis puérile ! Je n'ai plus de place dans cette maison "

 

" Mais si… "

 

" Ou est ce que je n'ai plus ma place dans ton cœur "

 

" Mandy tu m'énerves "

 

" Oui ou non ?? "

 

Janice ne répondit pas et Mandy courut dans sa chambre en entendant Hugues entrer.

 

" Mandy reviens ici ! On va parler tous les trois "

 

Foutez moi la paix, je ne veux pas parler, vous me faites chier, pensa Mandy.

 

" MANDY ! " s'énerva Janice.

 

À force de cris, Mandy finit par descendre, elle se sentait seule contre tous et pas vraiment prête à se défendre. Elle s'assit timidement à la table où l'attendaient déjà sa mère et le crétin.

 

" Alors Mandynette tu voulais me parler ?? "

 

" Non "

 

" Enfin Mandy c'est une attitude totalement hypocrite " souligna Janice.

 

Le fait que sa propre mère la traite d'hypocrite blessa Mandy. Elle ne pouvait pas s'exprimer maintenant parce qu'elle était à bout, trop d'émotions pour ouvrir la bouche sans bégayer ou faire couler des larmes, et pour la jeune fille il était hors de question de perdre la face devant lui. Hugues était devenu son ennemi, il lui avait volé sa mère, l'amour de sa mère.

 

" Tu voulais faire le rôle du père c'est ça, ça arrive souvent aux jeunes comme Mandynette "

 

" Arrêtez de vous prendre pour un spécialiste de jeunes à la dérive !! Et puis vous ne me connaissez pas ! "

 

" Ta fille est réellement insolente Janice "

 

" Merde ! Quand je parle je suis insolente quand je la ferme je suis hypocrite ! "

 

" Mandy a toujours été un peu trop dépendante de moi " répliqua Janice.

 

" Quoi !? C'est la meilleure ! C'est moi qui t'ai toujours soutenue, c'est TOI qui avais toujours besoin de moi maman ! Tu essaies de faire quoi de te construire une autre personnalité devant ce type ! "

 

" Ce type à un nom " se mêla Hugues.

 

" Eh alors moi je ne m'appelle pas Mandynette ! Et puis c'est entre moi et ma mère, vous ne voyez pas que vous me faites du mal à vous mammourer sans arrêt, je ne suis plus rien pour ma mère à cause de vous ! "Lança Mandy en pointant Hugues du doigt.

 

" Mandy, ça suffit ! Tu me déçois beaucoup "

 

" Je vais dans ma chambre " répliqua sèchement Mandy.

 

Les larmes lui montaient aux yeux et finirent par noyer son oreiller. La situation ne pouvait plus durer, c'était lui ou elle.

 

 

Le lendemain Mandy trouva sa mère dans le salon, le visage fermé. Elle fixait Mandy d'un air tendu.

 

" Quoi ?? " demanda Mandy durement.

 

" Tu es fière de toi ? "

 

" Fière de quoi "

 

" De gâcher le bonheur de ta mère " répliqua Hugues que Mandy n'avait pas vu.

 

" Oui vous vous êtes le dieu en personne qui ne fait que du bien autour de lui et moi je suis une merde même pas foutue d'avoir su faire le bonheur de ma mère en 17ans de vie, j'ai pigé !! "

 

" En parlant de ça Mandy, tu as bientôt dix huit ans "

 

" Après demain, bravo maman pour une fois dans ta vie tu t'en souviens "

 

" J'aimerais que tu ailles vivre ta vie ailleurs chérie "

 

" C'était pour ça…j'aurais dû m'en douter, y a pas de miracle, c'est bon je me casserai ! Mais cesse de dire chérie à la fin de ce genre de phrases bien dégueulasse, merci ! "

 

" Tu crois que ce n'est pas dégueulasse ce que tu nous fais ! " répliqua à nouveau Hugues.

 

" TOI TA GUEULE !!!! " s'emporta Mandy.

 

La vie devenait invivable. Emplie de rage Mandy raconta à sa copine ses aventures.

 

" Quel salaud !! " admit Sam.

 

" Elle n'est pas mieux non plus… "

 

Sam prit la tête de Mandy entre ses mains ;

 

" Sache que tu as agi de la meilleure façon, tu as eu du courage, je suis fière de toi "

 

" Tu es bien la seule "

 

" Je ne te laisserais jamais tomber ma belle, jamais ! " promit Sam la voix pleine de conviction.

 

" Je t'aime toi "

 

" C'est réciproque…et je te jure qu'après demain tu auras un toit "

 

Cette conversation rassura Mandy qui passa quand même sa nuit à pleurer le rejet de sa mère. Janice ne connaissait que très peu son enfant. Elle ne s'était jamais vraiment intéressée à la vie de Mandy. Elle aurait pu fumer des joints et se droguer qu'elle ne s'en serait même pas aperçue. Mais maintenant avec son roudoudou d'amour ça devenait pire.

 

Le lendemain fut un jour de négociations pour Samantha.

 

" Maman s'il te plaît ! "

 

" Non Sam Non ! Comment oses-tu m'imposer ça alors que j'ai déjà du mal à tout digérer ? "

" Je suis désolée, je sais combien c'est difficile pour toi, mais je dois l'aider "

 

" Non seulement j'apprends que tu as ce genre de préférences, mais en plus tu désire héberger une fille dans ma maison ! "

 

" Mais enfin, c'est tout à fait innocent "

 

" Même, ça me met mal à l'aise d'être ainsi confrontée à la réalité "

 

" Réfléchis-y, je t'en prie, je t'en supplie "

 

" Sam laisse moi j'ai besoin de paix "

 

Samantha écouta sa mère, l'énerver ne l'avancerait à rien, elle soupira doucement et monta faire ses devoirs. Pendant ce temps Gaby décida de sortir, direction l'église histoire de se confesser, de soulager ses peines.

 

Elle trouva une église silencieuse, et illuminée de bougies. Cette ambiance lui donnait toujours du réconfort. Gabrielle entra timidement dans le confessionnal.

 

" Bonjour " commença-t-elle.

 

" Gabrielle, je reconnais votre voix " annonça le curé.

 

" Oui c'est bien moi, père Simon, je reconnais également la vôtre "

 

" Qu'est ce qui vous amène ?? "

 

" C'est Samantha "

 

" Ah oui, votre unique fille "

 

" Oui, c'est une pécheresse, elle a cette affreuse préférence pour les personnes de même sexe "

 

" C'est une maladie plutôt grave vous devez être contrariée "

 

" J'essaye de tolérer, de ne pas perdre ma fille, j'essaie de lui pardonner, de me dire que ce n'est qu'une passade…mais voilà qu'elle veut inviter une autre jeune fille à vivre sous notre toit pour une durée indéfinie alors que je faisais des progrès pour la revoir à nouveau comme avant…avoir Sam et…elle devant mes yeux, c'est plus que je ne peux le supporter "

 

" Je comprends, donc votre décision et de ne pas accueillir cette jeune pécheresse "

 

" Je suis perdue mon père, voyez vous je ne peux pas refuser l'hospitalité à une enfant de dieu, je ne serais pas une bonne catholique si j'ignore une personne dans le besoin, même s'il s'agit là d'une pécheresse "

 

" Oui en effet, vous vous devez d'ouvrir vos bras à cette jeune fille, pardonnez leur ce ne sont que des enfants elles ne savent pas ce qu'elles font "

" Si, le pire c'est qu'elles en sont tout à fait conscientes et se déclarent heureuses ainsi ! "

 

" Dans ce cas, accueillez cette jeune fille mais ayez l'œil ! "

 

" Très bien, merci mon père de votre soutien et de vos conseils, je me sens mieux "

 

" De rien mon enfant "

 

Gaby partit discrètement en se signant. Le père Simon avait toujours été un guide pour elle, il savait la rassurer et Gaby savait qu'il était sûr, que ce ne pouvait pas être pour en tirer du profit puisqu'il avait fait le serment d'abstinence. Elle était entrée la tête pleine de questions et de doutes et elle ressortait à présent la tête légère, sachant enfin quoi faire.

 

Samantha regardait la télé dans le salon quand sa mère rentra enfin. Gaby s'installa à côté de sa fille sur le canapé vert.

 

" Je peux couper le son, j'aimerais qu'on discute "

 

" Bien sûr, je t'écoute "

 

Pendant un instant Gaby pensa qu'elle était heureuse d'avoir une fille qui était prête à discuter.

 

" C'est à propos de…ton amie, en âme de bonne chrétienne, je veux bien que provisoirement, elle s'installe ici "

 

" Merci maman, merci, merci beaucoup, ça me tenait vraiment à cœur…je ne l'oublierai jamais " jura Sam, les yeux embués d'émotion, elle fit claquer un baiser sur la joue de Gaby.

 

Heureusement Gabrielle ne savait pas que la jeune fille en question était Mandy, la Mandy de la rédaction et qu'elle était plus qu'intime avec sa fille.

 

Mandy prépara sa valise, Griffith traîna dans ses pattes en miaulant.

 

" Tu es le seul qui va me manquer ici mon petit " annonça tristement Mandy en caressant doucement l'animal qui se mit à ronronner.

 

" Tu vas devoir te supporter Crétinus et l'autre… N'empêche, elle me manque maman, pas celle de maintenant qui est gaga de son con, celle d'avant, même qui pleurait tout le temps, jamais il ne lui serait venu à l'idée de me juger "

 

" Miaou " répliqua le chat.

 

" Laisse tomber " soupira Mandy.

 

Dès qu'elle eut fini de préparer sa valise, Mandy regarda une dernière fois sa chambre.

 

Elle se vautra une dernière fois sur son lit. Elle passerait sa dernière nuit ici.

 

Comme prévu Sam et Mandy se virent à 22h, Mandy devait se trouver chez Sam vers 11h du matin.

 

Le lendemain, elle partit sans un mot mais en claquant lourdement la porte. Janice sursauta après son départ.

 

 

C'est Gaby qui ouvrit la porte en essayant de paraître courtoise.

 

" Bonjour jeune fille, Samantha est… "

 

" Là, Salut, entre je t'en prie " coupa Sam.

 

Le sourire qui s'afficha sur les lèvres de sa fille contraria Gaby qui devenait franchement parano.

 

" Maman je l'accompagne installer ses affaires " annonça Sam.

 

 

" Non, je le fais ! " répliqua durement Gaby pour ne pas les laisser entre elles.

 

" Très bien " capitula Samantha.

 

Mandy suivit Gaby intimidée jusque dans une chambre décoré de manière sobre.

 

" Voici la chambre d'amis, vous y dormirez…votre nom ?? " demanda Gaby.

 

" Euh…merci de m'accueillir, c'est…très gentil, je m'appelle Mandy Delaroyale "

 

À l'annonce de ce nom le visage de Gabrielle se figea…Mandy comme dans la rédaction affreuse…Sam qui avait tant insisté, ce n'est pas un hasard. Gaby voulut cesser ce manège mais elle ne pouvait plus reculer. Elle laissa froidement Mandy seule ranger ses affaires.

 

Les pensées s'accumulèrent dans la tête de Gaby, Mandy connaissait-elle la nature des sentiments de Sam…pire…étaient-ils réciproques ? Gabrielle n'était pas prête à tout ce chamboulement, elle tenta de s'enlever de la tête ce genre de pensées de la tête.

 

Pendant le repas Gaby n'arriva pas à donner le change. Elle affichait un visage de pierre. Mandy se sentait un peu mal à l'aise, et Samantha encore plus. Un silence pesant régnait entre les trois femmes.

 

" Hum…Samantha peux-tu me passer le sel s'il te plaît " demanda Mandy.

 

" Oui, bien sûr " répondit Sam.

 

Gaby ne pouvait plus tenir en place lorsqu'elle vit leurs mains se frôler.

 

" Merci " répliqua Mandy.

 

Le regard de Gaby se voulait perdu et effrayant à la fois. Aucune des deux jeunes filles n'osait se sourire de peur d'offenser Gaby. Mandy, quant à elle brûlait d'envie de raconter à Sam l'épisode de l'installation et de sa présentation qui pétrifia littéralement Gaby.

 

Je comprends maintenant les stars et les paparazzis pensa Mandy tant elle se sentait épiée.

 

Les filles furent soulagées de quitter enfin la table.

 

" Maman, pouvons nous regarder un peu la télé ?? " demanda Sam, timidement.

 

" Je m'installe avec vous ! " s'empressa de répliquer Gaby.

 

Mais Samantha avait plus d'un tour dans son sac, elle passa sa main sous les cousins du canapé et y trouva celle de Mandy, ni vu ni connu.

 

Le lendemain, Gaby qui elle n'était pas en congé dut partir travailler.

 

" Vous ne restez pas ici toutes les deux ! " prévint Gabrielle.

 

" Et quoi alors on ne peut pas venir avec toi " remarqua très justement Sam.

 

" Non mais vous irez à l'église, avec les enfants de chœur "

 

Les yeux de Mandy s'arrondirent.

 

" On ne peut pas se permettre de refuser " admit Sam.

 

Et c'est ainsi qu'elles se retrouvèrent tout l'après midi en compagnie du détestable père Simon qui plaisait tant à Gaby.

 

Contrairement à sa mère Sam se sentait ici rejetée, jugée et surtout mal à l'aise. Mandy ressentait la même chose et la journée ne fut pas des plus réjouissantes.

 

Mais la soirée fut plus détendue. Sam et Mandy parlaient de temps en temps, elles comprirent enfin que c'était le moyen le plus efficace de mettre Gaby à l'aise étant donné que la mère n'était pas exclue de la discussion et que le sujet de conversation était banal.

 

La nuit fut paisible pour tout le monde, même pour Gaby qui avait pris un demi-somnifère.

 

 

Mais dans une autre maison la nuit fut loin d'être paisible, Janice se tournait et se retournait dans son lit, elle pensait à Mandy. Malgré la dispute elle était tout de même sa fille. Elle lui manquait…mais elle ne voulait pas non plus perdre Hugues qui lui avait enfin redonné le sentiment d'être belle. Elle se leva et passa faire un tour dans la chambre de sa fille.

 

Elle se coucha sur le lit et se mit à pleurer, c'est vrai que Mandy avait toujours été là pour elle. Mais elle avait été agressive avec Hugues.

 

 

 

Le lendemain, Sam et Mandy se rendirent à l'église, les jours étaient longs mais les soirées de plus en plus décontractées. Gaby se détendait, elle ne pouvait pas supporter le contact physique entre sa fille et Mandy mais discutait plus souvent.

 

Elle essayait de porter un jugement sur cette fille que Sam semblait tant aimer, cette Mandy…elle était plutôt polie c'est vrai et elle tournait bien ses phrases, elle semblait mature. Mais il n'empêchait que la relation était plus qu'amicale et c'était toujours étrange.

 

Très tôt le lendemain, Gaby partit faire sa confession de la semaine puisque nous étions dimanche. Elle retrouva l'innocent père Simon.

 

Elle se confessa comme d'habitude et par la suite le vieux prêtre raccompagna la dame jusqu'à la sortie de l'église. Mais tout ne se passa pas tout à fait comme prévu. Le vieux curé n'était plus l'être le plus pur que Gaby ait rencontré quand il essaya d'embrasser ses lèvres.

 

" Mais… et votre vœu de chasteté ? "

 

Déçue, Gaby repoussa le vieillard à la seconde tentative. Tout ce à quoi elle croyait s'effondrait sous ses pieds. De retour à la maison, elle s'installa sur la table du salon et se prépara un thé au caramel, son visage semblait figé. Elle ne bougeait plus, elle était surprise, triste et déçue comme jamais elle ne l'avait été.

 

Un vicieux, le père Simon. Comme tous les autres, comme Paul…ne pouvait elle pas rencontrer quelqu'un à qui elle pouvait faire confiance, sans ambigüité ? Gaby ne pouvait pas y croire, elle avait en plus de ça une migraine terrible à force de trop penser. Qu'allait donc faire Gabrielle demain ? Elle n'allait pas envoyer sa fille en compagnie de cet affreux personnage !

 

Elle s'installa sur le divan et s'endormit sans trouver de réponse à son problème. Quand les adolescentes se réveillèrent, elles trouvèrent Gaby endormie sur le divan, le visage pâle.

 

" Ma mère ne va vraiment pas bien en ce moment " se désola Samantha.

 

" Je me demande si je manque à la mienne " répondit Mandy.

 

" Je pense que oui "

 

Le repas de midi, et les discussions joyeuses des adolescentes avait un peu réconforté Gaby.

 

" Tu as passé une bonne journée maman ? " demanda Sam.

 

" Non " répondit Gaby.

 

" Pourquoi ?? "

 

" J'ai été déçue par quelqu'un, Sammy "

 

" Je connais ça " avoua Mandy en faisant référence à sa mère.

 

Gaby comprit l'allusion.

 

Gaby ne voulut plus en parler et elles discutèrent donc du temps, des vacances, des devoirs. Une petite routine commençait à s'installer, une routine qui fit presque oublier le malaise.

 

Sam et Mandy restèrent seules pendant que Gaby partit travailler le lendemain.

 

" Vous avez ma confiance, tâchez de ne pas la bafouer " recommanda Gaby.

 

Sa confiance avait trop été bafouée comme ça. Mais Sam avait toujours été une jeune fille loyale, et Mandy en avait tout l'air.

 

En effet, les jeunes filles se comportèrent correctement. Elles regardèrent un film, trainèrent un peu sur le net, une petite partie de PlayStation…des trucs anodins. On n'a pas besoin de toujours se coller l'une à l'autre pour s'aimer.

 

Le vendredi de cette même semaine on apprit par téléphone à Gabrielle le décès du père Simon, crise cardiaque.

 

Malgré l'immense déception qu'elle avait ressentie, Gaby ne put s'empêcher d'être accablée, son réflexe fut de conduire jusqu'à l'église.

 

Une nouvelle personne était au confessionnal. Le nouveau et Gaby abordèrent le sujet de l'homosexualité de Sam.

 

" Votre fille est heureuse Gabrielle "

 

" Je sais, mais pas selon la bible ! "

 

" La bible a été écrite il y a très longtemps, le temps n'est pas figé, vous savez "

 

" Oui, je sais mais il n'y a que Dieu à qui je puisse faire confiance ce n'est pas le moment de le décevoir "

 

" Vous avez vécu beaucoup de choses, mais vous vous améliorez grandement, l'homosexualité ce n'est pas un péché. L'époque a changé, et Dieu veut avant tout le bonheur. N'est ce pas le bonheur que votre fille a trouvé auprès de cette jeune fille ?? "

 

" Si... Merci, j'étais totalement perdue et là je me rends compte que Sam est une fille vraiment bien, je suis fière d'elle et je ne lui ai jamais dit, je me sens idiote de l'avoir jugée sans cesse et à tout propos "

 

" L'erreur est humaine "

 

Sur le chemin du retour Gaby vit une bande de jeunes filles clopes au bec, bouteilles à la main. Elles étaient occupées à allumer des boutonneux. Gaby soupira de soulagement, sa fille est gay, et alors, comparée à ses petites débauchées… 

 

Le nouveau prêtre lui avait ouvert les yeux. Gaby avait juste besoin d'un guide, qui la rassurerait à propos de Sam.

 

 

Le même jour chez Janice et Hugues

 

" Hugues "

 

" Oui "

 

" Mandy me manque "

 

" Elle s'est mal comportée, elle va comprendre et elle va revenir "

 

" Je me suis aussi mal comportée "

 

" Pas du tout, mon bichon tu ne te comportes jamais mal "

 

" Si, je lui ai dit qu'elle était dépendante de moi…mais c'est faux, c'est moi qui me suis toujours reposée sur elle "

 

" Elle aussi s'est emportée chérie "

 

" Ne mettons pas tout sur sa faute ! Je l'ai déçue, une mère doit toujours défendre son enfant "

 

" Pas quand il a tort "

 

" Elle n'avait pas tort ! J'étais aveugle, je crois que je l'ai négligée… par exemple je suis incapable de me souvenir la dernière fois où l'on a mangé ensemble, rien qu'elle et moi…peut être parce que ça remonte à longtemps…à trop longtemps "

 

" Ma présence te dérange toi aussi, je saoule tout le monde en gros " se vexa Hugues.

 

" Non ! Avant que tu ne viennes vivre ici, je sortais trop souvent avec toi, et trop tard "

 

" Tu peux très bien profiter un peu "

 

" J'ai trop profité ! "

 

La conversation se termina sur cette note.

 

Tout le monde passa une nuit agitée ce soir. Le lendemain, Sam fit un gâteau maison à Mandy pour son anniversaire.

 

Mandy en fut émue d'autant plus que Gaby le lui souhaita chaleureusement.

 

18 ans…ça fait bizarre de se dire qu'on est enfin majeure. Mandy se sentait encore un peu enfant et n'avait toujours pas pris conscience qu'elle était à présent une femme. Mais le regard doux de sa compagne sur elle semblait dire le contraire.

 

Samantha voyait vraiment Mandy comme une femme, ça changeait un peu de Janice qui lui envoya un message incroyablement tarte du genre

 

" Joyeux anniversaire, mon petit lapin "

Les jours passèrent, Gaby se remettait doucement, même si elle n'acceptait pas les embrassades et compagnie elle avait accepté le choix de sa fille. Elle avait même avoué à Sam qu'elle était fière d'elle. Mandy ne répondit jamais au message de Janice.

 

Parfois les blessures ne peuvent pas se refermer et Mandy décida ainsi d'oublier avec le temps sa déception et d'écarter Janice et Hugues de sa nouvelle vie. Un simple adieu peut être ?

Un simple dernier message…Mandy se décida à envoyer

 

" Je pars vivre avec ma petite amie dans un appartement, je vis ma vie comme tu me l'as demandé. Bonne chance avec Hugues "

 

 

Janice fut attristée de réaliser à quel point elle connaissait peu sa fille…jamais elle ne se serait doutée de son homosexualité.

 

Gaby prit assez bien l'idée de déménagement. Enfin après ses émotions, ses remises en cause, ses déceptions… bref tout ses changements. Elle allait enfin pouvoir couler des jours tranquilles, pouvoir se reposer et pour une fois vivre et profiter…sans trop réfléchir.  

 

 

 

 

 









Depuis le 09/12/2009