L'espoir est toujours permis

Chapitre Unique




  A 7 heures trente Eloise s'arrêta devant le portail imposant et sonna d'une main nerveuse. Elle n'en était pas à sa première expérience en tant que kinésithérapeute à domicile. La mère de sa future patiente lui avait dit au téléphone que sa fille n'était pas très commode et était venue à bout de plusieurs kinés. La dernière était partie en sanglotant bruyamment. Un domestique vint lui ouvrir en la priant de le suivre. Il l'introduisit dans un salon dont les proportions dépassaient presque son petit appartement. Elle resta debout jusqu'à l'arrivée de la maîtresse de maison qui l'accueillit avec un sourire chaleureux où brillait l'espoir.

- Bonjour, mademoiselle Gauvin, je suis contente de vous rencontrer. Je suis si heureuse que vous ayez pu vous libérer pour nous. Je ne vous cache pas que je place de grands espoirs en vous, vous m'avez été vivement conseillée par un ami qui ne tarissait pas d'éloges à votre sujet.

- Je vous remercie, madame, pour la confiance que vous semblez placer en moi, je vous promets de faire de mon mieux.

- J'en suis sûre. Mais avant de vous présenter Véronique, je voudrais vous donner quelques détails qui vous aideront à mieux évaluer la situation et qui vous seront certainement utiles. Il y a quelques mois ma fille a eu un grave accident de voiture. Le tableau de bord après plusieurs tonneaux lui a écrasé les deux jambes. Les médecins sont tous optimistes, Véronique peut retrouver l'usage de ses jambes si elle fournit les efforts nécessaires. Mais ma fille s'y refuse. Elle n'était pas seule dans la voiture et son amie est morte sur le coup. Elle se sent tellement coupable qu'elle se punit en refusant de guérir, et je compte sur vous pour lui rendre l'envie de vivre. Je sais, interrompit-elle la jeune infirmière qui s'apprêtait à protester, vous n'êtes pas psychologue, mais je vous demande au moins d'essayer, comprenez moi c'est mon unique enfant, finit-elle en pleurant.

- Pardonnez-moi si je suis indiscrète, mais je voudrais savoir ce qui a causé l'accident ?

- Il était huit heures du soir, ma fille et son amie rentraient d'une séance de gym, et le destin a voulu qu'elles se trouvent ce jour-là sur le chemin d'un chauffard ivre, il est mort sur le coup. Je ne sais pas pourquoi ma fille se sent si coupable, ce n'était pourtant pas de sa faute.

- Je comprends, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider votre fille.

- Venez avec moi je vais vous présenter Véronique. Ne soyez pas impressionnée par son air revêche ou son regard dur, au fond c'est un vrai sucre d'orge, mais elle souffre tellement depuis ce maudit accident.

- Je vous suis, dit courageusement Eloise qui se doutait que sa tâche serait ardue. Les victimes d'accident et surtout quand il y a un mort se sentent souvent tellement coupable qu'il est difficile de les soigner dans les meilleures conditions. Mais elle s'arma de courage et de cela elle n'en manquait pas.

Elle suivit son hôtesse qui frappait déjà à la porte de sa fille.

- Chérie, dit-elle en entrant dans la pièce sombre, je voudrais te présenter Eloise.

- Je te l'ai dit cent fois maman je n'ai nul besoin d'une baby sitter. Alors renvoie la d'où elle vient, avant qu'elle ne s'enfuit comme si elle avait le diable à ses trousses, cria presque une forme allongée sur le lit.

- Allons, voyons ma fille est - ce des manières de recevoir mon invitée ?

- Ce n'est pas ton invitée, c'est une énième garde malade, tu crois que je l'ignore ?

Eloise qui était restée en retrait pénétra dans la chambre. Elle sentait que la mère désespérait de venir à bout de son irritante progéniture. Elle s'approcha du lit où était allongée une jeune femme d'une grande beauté. Même allongée on pouvait voir que celle-ci était très grande. Ses longs cheveux noirs doux et soyeux flottaient librement sur l'oreiller. Et ses yeux étaient d'un bleu qu'Eloise n'avait encore jamais vu. Un bleu si clair mais aussi si dur et glacial que l'iceberg qui a coulé le Titanic. Pourtant ce regard était si beau, et lorsqu'il se posa sur elle, Eloise fut étrangement mal à l'aise.

La mère de Véronique sortit en les laissant seules. Eloise s'approcha un peu plus de sa patiente nullement impressionnée par le regard meurtrier que lui lançait celle-ci.

- Vous m'avez entendue ! Je ne veux pas de baby-sitter, alors repartez d'où vous venez, si vous voulez rester entière.

- Ah oui ? Entière dites-vous ? Et qui me mettra en morceaux ? Vous ? Finit-elle en jetant un regard de dépit sur les jambes inertes, elle voulait à tout prix faire réagir la grande brune.

- Mes jambes sont hors service mais mes bras eux fonctionnent très bien.

- Voyez-vous ça ! Et vous vous lèverez comment pour me rattraper si je vous échappe, ne rêvez pas Véronique, si vous vous entêtez ainsi vous ne pourrez nuire à personne, trop vulnérable, dit-elle en hochant la tête. Et je pense même trop lâche. Elle secoua la tête de gauche à droite d'un air de regret pour marquer ses paroles.

- Pour qui vous prenez-vous ? Vous n'avez aucun droit de me parler ainsi. Dégagez de ma chambre sur le champ ! Hurla-t-elle à la fin, consciente que cette fois elle avait affaire à quelqu'un de plus coriace.

- Ou bien ? Vous me jetterez dehors avec un coup de pied au derrière, hum je ne crois pas que ce soit possible dans votre état, ajouta-t-elle pour enfoncer le clou, il fallait que sa patiente se rende compte des désagréments qui s'ensuivraient si elle refusait toute guérison. Elle continua implacable, Vous serez à la merci des gens, vous dépendrez des autres, vous ne ferez rien sans l'aide des autres, alors réfléchissez bien à votre position, je vous laisse mais je repasserai demain vous n'avez pas le choix Véronique je ne partirai pas en hurlant à la mort. Et au fait je m'appelle Eloise, et vous pouvez m'appeler Elo comme font tous mes amis.

- Je n'ai pas besoin de le savoir puisque je vous dis que je ne veux pas de vous ici, partez et laissez moi tranquille, ce qui adviendra de moi ne vous regarde pas.

- Eh bien, vous vous trompez ça me regarde, puisque je suis engagée pour vous soigner et vous ne pouvez pas me renvoyer étant donné que c'est madame votre mère qui m'a embauchée. Alors à demain Véronique, j'ai été ravie de vous rencontrer, finit-elle en souriant avec malice.

Avant de partir elle ouvrit en grand le rideau et la fenêtre pour laisser le soleil pénétrer à flot dans la grande chambre.

- Ça sent le renfermé ici et vos jambes ont besoin de vitamine D, le soleil vous en apportera en grande quantité.

- Vous êtes vraiment culottée, refermez immédiatement cette fenêtre.

- Non, faites-le, vous-même.

Eloise sortit de la chambre laissant sa patiente fulminer de rage. Elle regrettait d'avoir été si dure avec elle, mais elle devait la pousser à bout pour l'obliger à revoir sa décision de se laisser handicapée à vie. Elle n'est pas banale c'est le moins qu'on puisse dire, pourvu que je ne me sois pas plantée. J'aimerais tellement l'aider. Mais pour cela il faudrait qu'elle y mette du sien sinon je ne peux vraiment pas la soigner contre son gré. Elle aura toute la journée et toute la nuit pour réfléchir, et là ce sera à moi d'entrer en scène pour aller à l'assaut de sa muraille.

Véronique ne décolérait plus, elle maudissait cette petite blonde qui se croyait tout permis. Elle eut quelques heures pour réfléchir sous le soleil qui réchauffait agréablement son corps. Et elle dut reconnaître que la petite femme avait du cran. Elle ne s'était pas sauvée devant son regard le plus dur. Elle avait même osé ouvrir la fenêtre ce que personne, pas même sa mère, n'avait osé faire. Elle eut largement le temps de réfléchir à ce que lui avait dit la jeune blonde. Elle était vraiment à la merci de tout le monde. Elle ne pouvait même pas se rendre seule aux toilettes, elle était obligée de tout faire dans le haricot qu'avait laissé sa dernière victime, et c'est sa mère qui le nettoyait. Cela certes l'avait toujours mise mal à l'aise vis-à-vis de sa mère. Bon il est temps que je m'y mette, puisque Dieu ne veut pas m'ôter la vie. Cela la fit penser à Sophie, pourquoi ne suis-je pas morte à sa place, mon Dieu Sophie, comme tu me manques. Elle revit le visage toujours souriant de son amie et cela la plongea dans un abîme de chagrin. Si elle était toujours vivante elle m'aurait botté les fesses pour que je réagisse. Mais si cette blonde croit qu'elle va avoir le dernier mot elle se trompe lourdement.


Le lendemain Eloise vint se poster devant elle, un large sourire sur les lèvres et un plateau entre les mains.

- Je vous apporte votre petit déjeuner, ensuite si vous le voulez bien, je vous ferai un massage des jambes et vous ferai faire quelques exercices très simples.

- Est-ce que j'ai vraiment le choix? répondit Véronique d'un air maussade, s'étonnant elle-même de ce qu'elle venait de dire.

- Bien sûr, Véronique, je ne peux rien faire sans que vous n'y mettiez de la bonne volonté, écoutez faisons la paix, je ne suis ici que pour votre bien, croyez-moi.

- Ah oui, et à combien d'euros se chiffre mon bien ?

- Tout travail mérite salaire Véronique, vous n'avez peut-être pas besoin de travailler pour manger mais moi si. Et ce travail est mon unique source de revenus. Alors oui ce n'est pas du bénévolat mais un travail payé. Maintenant mangez je reviendrai vous voir plus tard.

- J'ai envie de faire pipi, apportez-moi le haricot, ordonna-t-elle sèchement. Elle savait que ce n'était pas le travail de la kiné mais elle voulait voir comment réagirait cette dernière à cette demande.

Elle fut surprise de voir la jeune fille lui rapporter l'objet et l'aider à se positionner pour être plus à l'aise, puis elle le prit et pénétra dans la salle de bain, Véronique entendit l'eau couler, la jeune femme était en train de le laver, nullement dégoûtée. Elle la remercia du bout des lèvres avant d'entamer son petit déjeuner.

Eloise attendait sagement devant la fenêtre, admirant le jardin soigneusement entretenu. Elle avait de la peine pour Véronique qui mangeait le regard triste et perdu dans le vide.

- C'est bon je n'ai plus faim, merci.

Eloise emporta le plateau et le confia à la femme de ménage qui passait par là. Elle revint dans la chambre décidée à aider la magnifique femme contre son gré.

- Je vais commencer par vous masser les jambes, comme vous restez au lit toute la journée, elles ont besoin d'être stimulées.

Véronique ne répliqua pas, ses jambes lui faisaient encore mal même si elle ne le reconnaîtrait pas sous la torture, alors elle se laissa faire, s'épatant de capituler aussi vite.

Le massage lui fit du bien, les mains d'Eloise étaient douces et fermes à la fois. Celle-la au moins a eu le cran de me défier, de plus je ne me sens plus la force de lutter, et je veux remarcher ne serait-ce que pour pouvoir me rendre seule aux toilettes, allez courage Véro, fais-le au moins pour Sophie.


Eloise s'appliqua pendant plus d'une heure à rendre la vie aux muscles endormis par des mois d'alitement. La peau de sa patiente était douce au toucher. Elle se reprocha de trouver du plaisir à toucher cette peau. Véronique s'étonna d'être aussi détendue. Les mains d'Eloise lui faisaient vraiment du bien. Elle se laissa aller contre son oreiller priant pour que ces mains de fée ne s'arrêtent jamais.

Sophie, la pensée de la jeune fille pleine de vie et toujours souriante, lui fit venir les larmes aux yeux. Tout en se laissant aller aux douces mains d'Eloise, elle revit le film de leur histoire, comme elle le faisait souvent pour ne pas sombrer dans la folie qu'avait failli causer cette immense perte.

Comme d'habitude Véronique faisait ses exercices de musculation sans se préoccuper de ce qui l'entourait. Elle suivait son propre programme d'entraînement. Elle commençait toujours par vingt minutes d'abdos, puis elle attaquait aux haltères et aux barres. Tous admiraient son corps athlétique et bien proportionné. Certains, les plus hardis osaient même lui demander des conseils d'entraînement. Ce jour là, elle remarqua une jeune femme au corps très mince qui ne cessait de la regarder. Véronique ne put s'empêcher de crâner en chargeant sa barre, de disques qu'aucune femme ne touchait jamais. Elle fut très satisfaite en voyant du coin de l'œil dans le miroir les yeux de la jeune blonde s'agrandir d'étonnement. Elle la vit s'approcher d'elle :

- Heu… Bonsoir, mon… Je m'appelle Sophie, excusez moi si je suis indiscrète, mais n'est-ce pas trop lourd pour vous?

- Nan, répondit la grande femme, c'est juste une question d'habitude.

- Tout de même, vous ne risquez pas de vous blesser ?

- Si on n'échauffe pas les lombaires, si, mais rassurez-vous j'ai l'habitude, et je ne me suis jamais blessée, finit-elle avec une note de fierté dans la voix qui fit sourire Sophie, Véronique s'abaissa sans trop d'effort, maintenant la barre sur ses épaules et se releva en soufflant, rassurée sans savoir pourquoi Sophie s'apprêta à la quitter non sans regrets.

- Eh bien, bonne continuation, je vais là où est ma place, avec les débutants. Je peux connaître votre nom ?

- Véronique, répondit-elle du bout des lèvres.

- Bon, alors à bientôt j'espère Véronique, la salua Sophie avec un magnifique sourire.

Véronique regretta presque le départ de cette ravissante personne. D'habitude elle s'ennuyait très vite avec les gens, mais là elle aurait voulu que Sophie reste plus longtemps avec elle. Elle hocha la tête et continua ses exercices et cette fois sans remarquer qu'à l'autre bout de la salle une jeune femme la dévorait des yeux. Véronique espéra revoir souvent la jeune femme.

Et la belle brune la revit la semaine suivante. Ce fut Sophie qui vint vers elle à son grand bonheur car elle n'était pas très douée pour les avances.

- Bonsoir, Véronique ! Vous vous souvenez de moi j'espère.

- Bonsoir Sophie. Je suis contente de vous revoir.

- Et moi donc ! Rétorqua vivement la jeune blonde avant de rougir jusqu'aux oreilles, surprise de s'entendre appeler par son prénom.

- C'est gentil, rassura la grande brune, amusée et ravie de l'effet qu'elle produisait sur son interlocutrice.

- Je vois que vous n'avez toujours pas peur du poids, taquina la blonde en louchant sur les gros haltères que tenait sa belle inconnue, c'est comme ça qu'elle l'appelait dans ses rêveries.

- En effet.

- Je ne vais pas vous déranger trop longtemps, soyez quand même prudente, finit-elle avec un grand sourire.

- Je suis toujours prudente, répondit Véronique secrètement ravie du beau sourire qui lui était adressé.

- Peut-être à tout à l'heure.

- Sophie ? Elle avait rappelé la jeune femme sans véritable raison, puis voyant le regard interrogateur de l'autre femme, elle improvisa, ça te dirait de prendre un verre après l'entraînement ? Et voila se dit-elle qu'elle idiote je suis, elle va sûrement me rire au nez.

- Avec plaisir Véronique, à tout à l'heure alors.

- Oui, rendez-vous dans le hall d'entrée. Eh bien, pensa-t-elle au moins elle ne t'a pas remballée, c'est un bon début.

- Où veux-tu aller Sophie ? Demanda Véronique après qu'elles se soient installées dans son véhicule.

- Eh bien, comme c'est toi qui invites je te laisse décider.

Elles optèrent finalement pour un restaurant car elles avaient faim, après l'entraînement.

- Merci Véronique j'ai passé une excellente soirée, j'espère que ce ne sera pas la dernière, dit Sophie lorsqu'elle fut devant chez elle.

- C'était bien oui, et non ce ne sera pas la dernière, j'aimerais vraiment te revoir.

- Ça tombe bien, car moi non plus je n'ai pas envie de te lâcher, c'est la première fois que je me sens si bien avec quelqu'un.

- A très bientôt Sophie.

- Attends, la rappela Sophie alors qu'elle s'apprêtait à démarrer, tiens, elle lui tendit un bout de papier sur lequel elle avait inscrit son numéro, appelle-moi quand tu veux cela me fera plaisir, bon week-end Véronique.

- Merci, bon week-end à toi aussi.

Le lendemain Véronique tournait en rond dans son appartement. C'est fou comme elle me manque, pourtant je la connais à peine. J'ai envie qu'elle soit près de moi. Et si je l'appelais ? Non pas si vite quand même, et puis tant pis je l'appelle j'ai trop envie de la voir, advienne que pourra, et au moins je saurai si elle a elle aussi envie de me voir. Et puis si elle m'a donné son numéro c'est bien pour que je l'appelle. Composa le numéro et attendit le cœur battant, au bout de deux sonneries, la voix douce et enjouée lui répondit.

- Allo !

- Oui, Sophie c'est Véronique, je ne te dérange pas j'espère.

- Hey, salut, tu ne me déranges pas du tout au contraire, j'avoue que j'attendais ton coup de fil avec impatience, tu as bien fait de m'appeler Véronique, je suis heureuse de t'entendre, tu me manquais, finit-elle dans un murmure.

- Tu me manquais aussi, sourit la grande femme, je me disais que comme il fait beau tu voudrais peut-être sortir. Que dirais-tu d'un pique-nique ?

- Véronique! C'est une excellente idée, je vais tout préparer, viens juste me chercher.

- D'accord, dans une heure c'est bon ?

- C'est parfait. J'ai hâte d'y être.

- A tout à l'heure.

- Véronique ?

- Oui ?

- Merci d'avoir pensé à moi pour le pique-nique.

- Tout le plaisir est pour moi Sophie.

- Dis moi est-ce que tu as des choses à faire là tout de suite ?

- Heu… Non, pas vraiment.

- Alors pourquoi attendre une heure ? Viens tout de suite.

- Ok, je m'habille et je viens.

- Ne tarde pas trop d'accord.

- Promis.

Véronique ne s'était jamais changé aussi rapidement, elle avait vraiment hâte de revoir sa jolie blonde. C'est le cœur léger et chantant qu'elle frappa à la porte de la jeune femme qui l'accueillit avec un grand sourire.

- Viens, je finis juste la salade et tout sera prêt. J'ai préparé des sandwichs au poulet et au jambon c'est bon pour toi ?

- Bien sûr, c'est parfait.

- Alors on peut partir.

Elles arrivèrent au bord de la rivière vers midi. Sophie installa une couverture sur l'herbe et y disposa les couverts et la bouteille de vin qu'elle avait apportée.

- Tu veux manger tout de suite Véronique ?

- Et toi ?

- Ne te fie pas à moi car j'ai tout le temps faim.

- Et où tu mets tout ça, taquina la belle grande femme en regardant le corps mince de sa nouvelle amie.

- Je ne grossis pas, heureusement pour moi sinon tu ne m'aurais certainement pas regardée. Elle rougit en se rendant compte de ce qu'elle venait de dire.

Véronique se rendit compte que Sophie flirtait innocemment, elle choisit de ne pas embarrasser la jeune femme rougissante en relevant, elle préféra choisir un sandwich, dans le panier. Elle se servit un verre de vin et allait en verser dans le verre de sa compagne, quand celle-ci mit sa paume sur le verre en signe de dénégation.

- Non, merci je ne bois pas, dit la jeune femme avec un air triste dans le regard.

- Ah, ne sut que dire Véronique en remarquant l'air fermé de la jeune blonde. Elle comprit que sa nouvelle amie avait un problème avec la boisson mais ne voulut pas être indiscrète.

- Mon… Mon père est alcoolique, dit-elle doucement. Et je ne veux pas être comme lui, il est si violent quand il boit… La jeune femme ne put continuer de peur de se laisser submerger par la peine.

- Sophie, dit gentiment Véronique, tu ne seras jamais comme lui, il y a trop de douceur et de bonté en toi.

- Tu le crois vraiment, rétorqua la jeune femme avec un sourire émerveillé.

- Oui je le crois.

- Mais tu me connais à peine.

- Oh, je pense que je te connais assez pour l'affirmer. Sophie est-ce qu'il t'a fait du mal ?

- Il… Il nous battait ma mère et moi, mais plus ma mère que moi. Dès que j'ai eu 18 ans je suis partie. Mais je me sens coupable vis-à-vis de ma mère que j'ai laissée seule avec lui.

- Sophie, tu ne dois en aucun cas te sentir responsable ou coupable, tu as bien fait de partir.

- Oui, merci pour ta gentillesse.

- A ton service, Véronique se sentait triste pour son amie et se jura que plus personne ne lui ferait de mal tant qu'elle était là pour elle.

Elles passèrent le reste de la journée, étendues sur l'herbe à parler de leur vie. Le retour fut silencieux car les deux femmes étaient tristes de devoir se quitter. Véronique était étonnée de ce sentiment si nouveau pour elle. Elle n'avait pas l'habitude de faire durer les choses. Mais avec Sophie elle savait que c'était différent cette fois. Elle ne voulait pas se presser. Elle voulait apprendre à connaître la jeune femme, avant de tenter quoique ce soit. Et surtout, même si Sophie montrait son attirance pour elle, elle voulait être sûre que Sophie ne cherchait pas juste à s'amuser. Depuis ce jour elles ne se quittèrent plus. Véronique prit l'habitude d'aller chercher Sophie pour aller à leurs séances de sport. Elles étaient toujours heureuses d'être ensemble, et avaient de plus en plus de mal à se quitter en fin de journée.

Deux jours avant Noël, elles étaient étendues sur le tapis du salon de Véronique, à profiter de la chaleur du feu de cheminée et à écouter l'album " Les mots " de Mylène Farmer. Véronique observait le beau visage de son amie éclairé doucement par les flammes. Son désir pour la jeune beauté blonde se faisait plus insistant. Sophie leva la tête sentant le regard de son amie. Leurs yeux s'accrochèrent une éternité, le ciel et l'océan se rencontrèrent dans une communion unique. Le cœur de Véronique battit comme un fou, elle sut à ce moment qu'elle était bel et bien folle de la jeune blonde.

- Sophie ?

- Ou… Oui ?

- Que fais-tu à Noël ?

- Rien de particulier. Je pense rester chez moi.

- Non, je veux que tu le passes avec moi. Ma mère sera ravie de te rencontrer enfin.

- Je ne voudrais pas déranger.

- Comment peux-tu dire une chose pareille, Sophie sois sûre que tu ne dérangeras personne, et ma mère a vraiment hâte de te connaître.

- Tu lui as parlé de moi ?

- Oui, je ne fais que ça depuis quelques temps, finit-elle en souriant.

- Alors j'accepte avec plaisir, merci Véronique.

- De rien, je ne vais quand même pas te laisser seule un soir de Noël.

- C'est gentil Véronique. Bon je vais y aller, demain je dois recevoir un nouveau client qui est très exigeant et je ne voudrais pas arriver en retard. On se voit demain après le boulot.

- Bien sûr, je te raccompagne.

Véronique se tenait devant la vitrine du bijoutier, très indécise. Qu'est-ce que je pourrais lui offrir sans qu'elle ne se rende compte de mes sentiments. Une bague serait trop significative, une chaîne ? Pareil n'est-ce pas ? Ah ce bracelet a l'air parfait. Elle ressortit de la bijouterie très satisfaite de son choix.

Elle se présenta vers 19 heures à la porte de son amie, elle allait frapper quand elle entendit des éclats de voix, il y avait un homme chez elle. Elle prêta l'oreille, décidée à s'en aller si c'était trop intime. Elle en voulut à Sophie de ne pas lui avoir parlé de cet homme qui faisait à l'entendre partie de sa vie. " Tu ne te refuseras pas à moi tu m'entends ? Tu m'appartiens. Tu n'es qu'une petite traînée qui joue les " sainte n'y touche ", choquée Véronique ne savait plus quoi penser, la voix continuait hargneuse, tu croyais pouvoir m'échapper hein ? " " Papa ! Arrête je t'en prie, cria la voix pleine de terreur de son amie ". Papa !? Le sang de Véronique ne fit qu'un seul tour, elle frappa durement contre la porte, avec son pied. Celle-ci s'ouvrit avec fracas. Véronique crut devenir folle devant le spectacle, son amie, son amour était couché sous son père se débattant de toutes ses forces. La grande femme empoigna durement l'agresseur de son amour et le projeta contre le mur, celui-ci tomba dans un bruit mat, sa braguette ouverte avec son sexe à l'extérieur fut la goutte qui fit déborder le vase. Elle le frappa d'un coup de pied en plein sur ses bijoux de famille, l'homme hurla de douleur avant de se tourner vers elle ses yeux injectés de sang exprimaient toute la haine qu'il ressentait envers cette femme plus forte que lui.

- Qui es-tu espèce de salope ? Pour qui te prends-tu ?

- Je suis sa femme ! Et si jamais je te retrouve ici je te réduis en bouillie, et je te donne à manger aux chiens errants. Maintenant dégage hors de ma vue pourriture, avant que je te tue.

- Sa femme ? Tu es une sale gouine Sophie …

Il n'eut pas le temps de déverser plus de venin car la grande femme l'avait empoigné et jeté dehors.

- Je reviendrai Sophie, crois-moi et personne ne pourra te sauver, hurla-t-il depuis le palier.

Mais aucune des deux femmes ne lui prêtèrent attention. Véronique se précipita vers Sophie qui était restée recroquevillée sur le sol, le visage inondé de larmes.

- Là, c'est fini ma chérie. Je te jure qu'il ne te fera plus jamais mal. Je le jure, promit-elle en berçant la jeune femme terrorisée dans ses bras, lui murmurant des mots tendres à l'oreille pour l'apaiser.

Peu de temps après, les sanglots de Sophie cessèrent, elle resta accrochée de toutes ses forces à la grande brune savourant ce moment unique. Elle leva enfin la tête et accrocha le regard de sa protectrice.

- Ma femme ? Murmura-t-elle avec un doux sourire marquant son acceptation.

- Hum… Je suis désolée, je n'ai pas réfléchi, répondit Véronique avec un sourire penaud.

- Ne sois pas désolée Véronique, j'aurais voulu que ce soit vrai.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Que tu aurais voulu que je le sois vraiment ? Véronique n'osait espérer que ce fut le cas.

- Oui, dit simplement la jeune blonde tremblante de voir ses espoirs réduits en fumée, je t'aime Véronique et ce depuis le premier jour où je t'ai vue à la salle de sport. Elle attendait tête baissée le verdict de la femme à qui elle venait de déclarer son amour.

- Tu m'aimes ? Véronique se sentait pousser des ailes de bonheur, oh ma chérie si tu savais comme moi je t'aime. Elle se pencha vers les lèvres tant convoitées et les baisa avec toute la dévotion qu'elle ressentait pour son amoureuse

- Voila, je pense que c'est assez pour aujourd'hui. La douce voix d'Eloise la sortit de ses rêveries. Véronique ? Est-ce que vous allez bien ? S'inquiéta la jeune kiné devant le silence de son interlocutrice.

- Oui, oui, ça va grogna la grande brune.

Quelque chose dans la voix cassée de sa patiente alerta la jeune blonde elle se rapprocha de Véronique et remarqua les larmes qui mouillaient ses joues.

- Je suis désolée, je vous ai fait mal.

- Non, je… Vous m'avez fait au contraire beaucoup de bien.

Eloise voulait lui demander pourquoi elle avait tant de douleur dans le regard dans ce cas. Puis elle comprit.

- Votre amie vous manque, dit-elle doucement.

- Elle n'était pas que ça, c'était ma femme, c'était… Elle ne put terminer, les sanglots l'étranglèrent.

Eloise hésita une seconde, puis se lança quitte à être durement rabrouée, elle entoura la jeune femme de ses bras et la serra doucement contre elle. Véronique ne résista pas, au contraire elle se blottit contre l'étreinte bienvenue. Sans crier gare elle se retira brusquement. Comme si elle regrettait son geste de faiblesse. Eloise ne dit rien, comprenant.

- Je vais vous laisser, je vous reverrai demain. Reposez-vous Véronique, dit-elle sans attendre de réponse.

Véronique s'en voulut de sa brusquerie, Eloise avait été si gentille et si patiente. Elle se sentit très seule après le départ de la jeune blonde qui lui rappelait tant l'amour de sa vie.

Son esprit vogua une nouvelle fois vers le temps où elle avait été si heureuse. Vers cette nuit de Noël, où sa vie avait été changée à jamais pensait-elle.

Et elle se revit embrassant la merveille qu'elle tenait dans ses bras pour la première fois. C'était si doux et si beau. Sophie avait répondu à son baiser avec toute la dévotion qu'elle ressentait pour son héroïne. Puis Véronique n'en put plus, son désir, exacerbé par les caresses de sa compagne, avait atteint son apogée. Elle osa poser ses paumes sur les seins fermes, ce contact la fit frémir. Elle ne s'arrêta pas sentant son amie se cambrer sous la caresse et l'attirer plus vers son corps. Véronique s'enhardit et laissa courir ses mains sur chaque parcelle de ce corps juvénile et parfait. Rencontrant l'obstacle des vêtements elle les ôta fébrilement. Enfin elle pouvait admirer la merveille de chair douce qu'était Sophie. Les mains de Sophie allèrent tremblantes à la découverte de son amie. Nues toutes deux, elles se collèrent de tout leur long l'une contre l'autre, appréciant la sensation de leurs peaux réunies.

Véronique repoussa doucement sa compagne, pour pouvoir goûter à nouveau les lèvres vermeilles. Elle prit tout son temps pour explorer la bouche consentante. Ses lèvres, en aventurières, sillonnèrent le savoureux territoire où elles régnèrent en maître. Sophie au bord de l'évanouissement ne résista pas à l'envie de goûter avec sa langue cette bouche fureteuse qui la comblait au-delà de ses espérances. Véronique répondit à l'appel en introduisant la sienne. Le baiser les rendit folles de désir. Véronique, sans interrompre le contact, fit descendre sa main vers le centre accueillant et moite.

- Ma chérie, tu es si mouillée.

- C'est toi qui a ouvert les vannes, continue s'il te plaît ne t'arrête pas, finit-elle en gémissant.

Véronique ne se le fit pas dire deux fois. Elle voulait emmener son amante vers des sommets toujours plus hauts. Elle posa sa paume contre le sexe trempé et la pressa fortement, Sophie gémit de plus bel. La grande femme fit aller et venir ses doigts contre le clitoris gonflé de plaisir. Abandonnant les lèvres tentatrices, elle lança un regard plein de passion et de promesses à la jeune femme et descendit lentement le long du corps ferme et tendre, parsemant de baisers et de coups de langue furtifs le chemin qui la menait vers son fantasme. Lorsqu'elle posa ses lèvres sur le bourgeon prêt à exploser, Sophie souleva ses hanches en poussant un cri de surprise, ravie. Véronique joua avec le bouton exacerbant le désir de son amie, qui ne cessait de crier son nom sur toutes les gammes. Sophie empoigna les cheveux de Véronique pour mieux presser sa tête contre son entrecuisse, lui signifiant ainsi de mettre un terme à sa torture. La grande femme comprit que son amie était aux portes de la jouissance, elle entoura les hanches vacillantes d'un bras pour les maintenir en place et introduisit ses doigts dans la grotte béante, elle les fit précipitamment aller-venir et mordit le clitoris. Sophie se perdit dans l'exquise douleur qui explosa en elle tel un volcan.

- Mon amour, haleta-t-elle, tu es époustouflante, je ne pourrai jamais décrire ce que tu m'as fait ressentir, c'était… C'était…

- Chuuuut, respire mon cœur, chuchota Véronique en prenant la jeune femme dans ses bras.

- Oh, Véronique, je n'avais jamais ressenti ça, jamais.

- Je suis heureuse que ça t'ait plu.

- Ca ne m'a pas seulement plu, c'était indescriptible, c'était beau, c'était magique. Merci mon amour. A mon tour de te faire trembler dans mes bras.

- Tout ce que tu veux chérie.

- Je ne te garantis pas de réussir à te…

- Sophie, interrompit Véronique, je t'aime, et de ce fait tout ce que tu feras sera bien.

Sophie s'appliqua tant et si bien, qu'à la fin elle avait entre ses bras une Véronique suffocante.

- Tu vois, dit Véronique en cherchant son souffle, pas besoin d'être une experte, tu as été parfaite. Je t'aime Sophie.

- Je t'aime Véronique, tellement.

- Attends-moi, une minute, je reviens mon cœur.

- Où vas-tu ?

- Pas très loin, rassura Véronique en allant vers son sac et en retirant un paquet cadeau.

- Joyeux Noël mon amour.

- Oh, Véronique, il est si beau, s'extasia Sophie en découvrant le bracelet couché dans son écrin de velours cramoisi, merci, elle se serra fort contre son amie en sanglotant.

- Sophie ma chérie ne pleure pas je t'en prie.

- Et comment je ferai pour évacuer ce trop plein d'émotions que tu as suscité en moi, demanda-t-elle en souriant. Je vais chercher mon cadeau.

Véronique attendit sagement que Sophie revienne de sa chambre. Elle flottait sur un nuage de bonheur. Elle avait enfin trouvé sa raison de vivre. Elle souriait encore, quand son amie revint se coucher contre elle.

- Tiens, joyeux Noël à toi aussi mon âme. Je ne savais pas encore si je pouvais te la donner, mais maintenant je sais que j'ai fait le bon choix.

Véronique comprit à la taille du paquet que la boite renfermait une bague, elle l'ouvrit sous le regard un tantinet inquiet de son amie. Une bague en or surmonté d'un petit cœur en saphir s'offrit à ses yeux ébahis.

- Sophie, elle est… Si belle. Tu veux bien me la mettre au doigt.

- Avec plaisir. Voilà, maintenant nous sommes fiancées, annonça-t-elle en embrassant son amie avec toute la passion qu'elle ressentait pour elle.

Quelques heures plus tard, elles étaient toujours tendrement enlacées, béates de bonheur partagé.

- Tu as faim chérie ? On pourrait commander quelque chose, demanda la grande brune.

- Pourquoi commander, quand toute la nourriture dont j'ai besoin se trouve entre mes bras, c'est de toi que j'ai faim mon amour. C'est le plus beau Noël de toute ma vie. Merci Véronique, merci d'être entrée dans ma vie et de m'avoir permis d'entrer dans la tienne.

- Merci à toi aussi, répondit Véronique en attirant la jeune femme dans ses bras pour une longue nuit d'amour.

Depuis ce jour elles vécurent ensemble dans l'appartement de Véronique, Sophie n'entendit plus parler de son père. Jusqu'à ce jour où un chauffard avait rencontré sa destinée.

Véronique caressa la bague qui n'avait plus jamais quitté son doigt. Sa compagne lui manquait tant. Elle regarda les cicatrices sur ses jambes, souvenir de cette nuit fatidique où elle avait perdu son âme. Elle ferma les yeux et se laissa emporter par le sommeil. A sa grande surprise, Eloise investit son esprit avant que Morphée ne l'emporte vers un autre univers.

Plusieurs semaines passèrent, Eloise l'encourageait de plus bel à essayer de se tenir debout et stimuler ses jambes. La grande brune sentait la vie revenir dans celles-ci. Elle s'était habituée à la jeune blonde, et elle attendait le matin avec plus d'impatience chaque jour. Elle appréciait de plus en plus la présence et la joie de vivre de la jeune femme. Et lorsque celle-ci s'en allait elle ressentait un grand vide dans son cœur. Véronique avait parfois peur de retrouver l'usage de ses jambes, car cela signifierait qu'elle ne verrait plus la jolie, très jolie Eloise. Elle arrivait à se lever en s'aidant des béquilles et à faire quelques pas sans souffrir, mais elle ne voulait pas en parler de peur de mettre un terme au contrat de la kiné.

- Véronique, vous devez essayer de tenir sur vos jambes, c'est important. Je vous aiderai, je ne vous laisserai pas tomber.

- Pourquoi est-ce si important ?

- Parce que je veux voir le résultat de notre travail, et je veux que vous guérissiez.

- Où est le problème, vous êtes toujours payée, non ?

- Vous croyez vraiment que c'est tout ce qui me motive ?

- Quoi d'autre alors ?

- Je vois, si vous n'y mettez pas du votre nous n'avancerons jamais, je vais m'en aller, et si vous avez envie de rester sur ce lit jusqu'à la fin de votre vie libre à vous, d'être à la merci et à la solde de tout le monde. Je reviendrai demain pour une dernière séance et ensuite vous vous débrouillerez toute seule.

- Vous êtes comme toutes les autres, le moindre obstacle vous fait peur et la seule perspective est la fuite…

- Non, Véronique c'est vous qui avez peur. De quoi, je ne saurais le dire. Mais je ne vois aucune raison de rester plus longtemps. Au revoir Véronique.

- C'est ça, partez, et vous n'êtes pas obligée de revenir, cria-t-elle à la kiné qui partit sans se retourner.

Je ne suis qu'une idiote, je lui dis des horreurs pour la faire fuir alors que je ne veux qu'une chose sa douce présence. Il va falloir te faire soigner le cerveau Véronique. Comment tu vas rattraper ça hein ? Tu peux me le dire ? Sois maudite pauvre conne. Elle regarda tristement, par la fenêtre, la femme qu'elle venait de renvoyer durement, monter dans sa voiture et partir.

Eloise sentit les larmes ruisseler sur ses joues. Elle avait si mal. Elle se mit au volant et démarra en trombe. Voulant mettre le plus de distance entre elle et l'intense femme qui l'avait blessée au plus profond de son être. Mais pourquoi ai-je si mal, pourquoi mon cœur va-t-il exploser dans ma poitrine, c'est insensé. " C'est parce que tu l'aimes Eloise " répondit une petite voix pour elle. N'importe quoi. " Ah oui, alors pourquoi tu souffres tant ? Hein ? Tu te prépares avec soin le matin avant de la retrouver, ton cœur bat la chamade quand tu arrives devant la porte de sa chambre, et tu chavires à chaque fois qu'elle te rend ton sourire, et pourquoi tu rallonges les séances de massage d'au moins une demi-heure parce que tu adores toucher sa peau si douce. Alors crois-moi tu es raide dingue de cette femme. " Je suis amoureuse de Véronique ! Mon Dieu, c'est une catastrophe. En plus après ce que je lui ai dit elle doit sûrement me détester. Ses pleurs redoublèrent d'intensité, elle dut s'arrêter sur le bas côté car celles-ci l'empêchaient de voir la route. Elle décida que demain serait vraiment la dernière fois qu'elle verrait Véronique, cela lui brisa le cœur, mais elle n'avait pas le choix, elle reprit la route la mort dans l'âme.

Véronique se leva à l'aide des béquilles et commença à faire des va et vient dans sa chambre spacieuse. Elle lâcha une des deux cannes et savoura avec délectation cette nouvelle réussite. Elle avait décidé de remarcher avant le lendemain, pour montrer à la belle Eloise que ses efforts n'étaient nullement vains. Cela faisait des jours qu'elle s'appliquait en secret, voulant faire une surprise à sa kiné. Et aujourd'hui plus que jamais elle voulait y arriver. La jeune blonde avait dit que demain serait la dernière séance. Véronique y repensa avec tristesse. Pourquoi avait-elle été si dure avec elle, alors que son seul désir était de la prendre dans ses bras et de l'embrasser à lui faire perdre le souffle. Elle avait depuis longtemps abdiqué devant ses sentiments, les reconnaissant aussi forts que ceux qu'elle avait eu pour sa bien aimée Sophie. Elle savait que la défunte lui souriait de sa place au Paradis. Sophie n'aurait pas voulu que son amante et amie renonce à la vie. Mais à quoi bon Eloise devait sûrement la détester. Demain elle verra que son travail avait porté ses fruits elle partirait moins déçue se rassura-t-elle. Mais dois-je renoncer à elle pour autant. Je revis depuis qu'elle est entrée dans ma vie. Elle a apporté le soleil qui avait longtemps été caché par des nuages noirs, me laissant dans les ténèbres de mon immense chagrin. Mais aujourd'hui je suis plus vivante que jamais. Eloise si tu savais. Comment pourrai-je me pardonner. Seras-tu indulgente pour une vieille peau aigrie. Demain je ferai tout pour me faire pardonner. Allez Véronique marche tu peux le faire. Elle lâcha la deuxième béquille, en la laissant tomber sur le sol. Ses jambes étaient légèrement tremblantes, mais Véronique n'était pas femme à abandonner facilement. Ses efforts furent récompensés quand elle arriva lentement mais sûrement jusqu'au salon où sa mère lisait ses magazines.

- Maman, appela doucement la jeune femme.

- Véronique ? Tu marches ? Oh, mon bébé, tu marches, quel bonheur, s'enthousiasma sa mère en allant vers elle et la serrant dans ses bras. Je savais que cette fille était bonne. Je suis si heureuse ma chérie.

- Pas autant que moi maman, pas autant que moi.

Sa mère l'aida à s'asseoir sur le canapé, elle lui prit les mains et les garda dans les siennes, elles n'avaient pas besoin de parler, leurs mains communiaient dans une complicité enfin retrouvée.

- Maman, je voudrais faire une surprise à Eloise, demain quand elle viendra, enfin si elle vient.

- Comment ça si elle vient, elle t'a dit qu'elle ne venait plus ?

- Non, enfin oui, je ne sais pas en fait. On s'est disputées et je ne sais pas si elle va revenir.

- Je vais l'appeler tout de suite.

- Non, elle m'a dit qu'elle viendrait et je pense qu'elle le fera. Sinon tu pourras l'appeler demain. Mais si elle vient, je voudrai que tu la fasses attendre dans le salon, c'est ok ?

- Bien sûr mon amour, allez viens allons manger j'ai une faim de loup avec toutes ces émotions.

Le lendemain, Eloise arriva comme à son habitude à neuf heures. La mère de Véronique la pria de la suivre dans le salon. Eloise était trop triste pour s'inquiéter. Ce jour était celui où elle verrait Véronique pour la dernière fois. Ou pas, peut-être qu'elle ne voulait plus la voir. Sinon pourquoi sa mère l'avait-elle accompagnée au salon, sûrement pour lui signifier son congé. Mais la mère de Véronique la laissa seule après lui avoir adressé un grand sourire avec une lueur mystérieuse dans le regard.

Eloise n'eut pas à attendre longtemps, elle s'était levée et regardait par la baie vitrée, le magnifique jardin qui entourait la maison. Au son de la porte qui s'ouvrait, elle se retourna et se figea. Véronique marchait vers elle, encore incertaine sur ses jambes, mais elle avançait dans sa direction en souriant. Eloise sentit une boule se former dans sa gorge, et c'est en sanglotant qu'elle rejoignit la grande femme ses bras largement ouverts. Véronique s'y blottit ivre de bonheur.

- Véronique ! C'est merveilleux, c'est si inattendu. Mais comment tu as fait ? Hoqueta-t-elle en se reculant sans lâcher le corps qu'elle aimait tant et sans se rendre compte qu'elle venait de la tutoyer.

- Je m'entraînais après tes départs. Je voulais te faire une surprise.

- Et c'est réussi, je suis si heureuse pour toi. Et… Heu… je voulais m'excuser…

- Non, la coupa Véronique en la serrant plus étroitement contre elle, c'est moi qui dois te présenter des excuses, c'est toujours moi qui attaquais en premier. Me pardonnes-tu ?

- Si tu me pardonnes aussi Véronique, car je n'y allais pas de main morte avec toi.

- Eloise, je dois t'avouer une chose, si je ne t'ai pas dit que je m'entraînais en ton absence, c'est pour que tu ne cesses de venir, j'avais peur que ma guérison ne t'éloigne de moi. Je sais que tu n'es plus obligée de venir en tant que kiné, mais s'il te plait reviens toujours en tant qu'amie.

- En tant qu'amie ? Non, ce ne sera pas possible Véronique.

- Mais pourquoi Eloise ? Tu m'en veux tant que ça, finit-elle dans un murmure où Eloise perçut toute sa détresse.

- Je veux plus Véronique, je ne peux pas me contenter de ta seule amitié.

- Eloise, J'ai bien entendu ? Tu veux dire que…

- Je veux dire ça, elle se mit sur la pointe des pieds et effleura de ses lèvres celles de son ex patiente, est-ce que tu es d'accord ?

- Oh oui, souffla la grande femme en reprenant le baiser, mais cette fois il n'était plus chaste, permettant aux deux femmes de s'exprimer dans la langue universelle des amoureux.

- Je t'aime Eloise, murmura son amie quand elle eut retrouvé son souffle, merci pour tout, tu as été merveilleuse.

- Hier encore je croyais que j'avais tout gâché. Mais hier est bien loin, moi aussi je t'aime Véronique, tellement.

Avides l'une de l'autre elle se laissèrent tomber sur le canapé en se dévorant la bouche. Elles ne se rendirent pas compte, que derrière la porte une femme souriait tendrement à la vue de leurs corps enlacés. Sa fille avait enfin trouvé une raison de vivre.








Depuis le 23/06/2008