Quand j'ouvris la porte, j'eus vite fait de me rendre compte que je tombais à point. Je n'hésitais pas une seconde et alla me placer devant elle. S'ils avaient l'intention de la lapider, ils devraient en faire autant avec moi. Il me fallu encore me servir de ma meilleure arme, c'est à dire mes rhétoriques étoffées et ma verve incontestée. Repensant à tout ce qui s'était passé depuis les dernières vingt-quatre heures, j'eus la ferme impression que la rupture subite et sans éclats de Kally avait quelque chose à voir avec ma grande fauve d'amie. Ma plaidoirie sembla un peu calmer les ardeurs de son public en furie. Cette fois je n'avais pas eu à inventer quoi que ce soit, je n'avais eu qu'à laisser parler mon cœur. J'avais fini par assommer mon audience avec mon intempestive logique, quand ils nous firent clairement comprendre que l'on devait quitter les lieux sur-le-champ. Je ne me fis pas prier.
Une fois dehors je remarquais qu'elle semblait distante ; mais en fait, elle tentait de me semer. Cela ne me découragea pas, et je l'attrapais par la manche pour lui faire comprendre qu'elle ne pouvait pas m'abandonner toute seule dans cet enfer. J'en profitais pour lui décocher un ravissant sourire et lui faire les yeux doux. Mais je savais que cela était inutile puisque de toute façon mes paroles allaient la convaincre. Elle finit par abdiquer. Et elle me dit que nous allions rendre visite à son frère. Elle avait cependant oublié de me dire que celui-ci habitait le cimetière. Je restais donc là un moment à l'attendre, mais ma curiosité l'emporta sur mon bon sens et je la suivis à pas de loups.
Quand je la vis mettre un genou en terre et s'appuyer contre la pierre à l'épitaphe de son frère, cela me chamboula et mes yeux se remplirent de larmes. C'était tout à fait renversant. Mais moins encore que la prière qu'elle lui adressa. Elle n'était plus seule, j'étais là et je lui fis savoir.
Je la convainquis par la suite de retourner à l'auberge pour parler une fois de plus à sa mère. J'avais l'intention de faire front commun avec elle. Si elle ne croyait pas Zina, elle allait me croire. Mais en arrivant devant l'Auberge, nous entendîmes la voix de Trèkon filtrer à travers la porte. Non surprise, elle ouvrit la porte ce qui mit tout de suite fin à ce que Trèkon faisait, c'est à dire tabasser un pauvre citoyen.
J'assistais à l'échange et au combat qui s'en suivit. Jamais je n'avais vu une telle chose. Zina était vraiment épatante, elle m'éblouissait littéralement, et j'en eus plusieurs fois le souffle coupé. Penser que j'avais touché le cœur de cette femme me remplit d'une frénésie sans borne. Si je devais affronter vents et marées pour elle, je le ferai. En fait, je réitérais mentalement à plusieurs reprises mon vœu de lui dédier ma vie. Bien sûr, elle en termina avec Trèkon de façon assez spectaculaire. Cette femme était tout à fait majestueuse et elle le vira avec éloquence.
J'assistais également aux retrouvailles avec sa mère, et me surpris à verser quelques larmes.
Cette nuit là après avoir mangé et bu, à écouter Sirène la mère de Zina, ressasser de fabuleux souvenirs d'enfances, nous montâmes nous coucher. J'aurais bien aimé qu'elle m'invite à partager sa couche, mais elle n'en fit rien. Je la respectais davantage pour cela. Je ne savais pas trop quels étaient ses sentiments à mon égard. Mais je ne voulais pas précipiter les choses. Pour le moment, l'important était que j'étais avec elle et qu'elle semblait avoir cédé face à mon entêtement à la suivre. Je fermais les yeux repue de cette longue journée, non sans lui avoir auparavant jeter un dernier coup d'œil. Elle était magnifique. Pourquoi était-elle si rétive à me laisser entrer dans sa vie ? Nous allions bien voir. J'avais hâte de savoir de quoi demain serait fait, mais j'avais surtout hâte de la contempler à nouveau, de plonger à corps perdu mon regard dans ses prunelles azurs, de percer à jour cette femme si énigmatique, si forte, si puissante, même si je savais qu'elle avait maintenant un point faible. Moi.
Je l'aimais et allai destiner chaque jour de ma vie à lui faire découvrir qui j'étais et tout ce que je pouvais lui offrir. Mon amour pour elle était sans limite. Je finirais bien par apprivoiser la bête farouche et sauvage qu'elle était.