La rencontre

Chapitre 11




  Un bruit agaçant se fit entendre.

"Mmmmm non"

Malgré mes protestations, le bruit ne cessait pas.

"Grrrr" Je grognais tant que je pouvais.

J'attrapai mon portable et décrochai.

"Gnalo ?" murmurais-je d'une voix endormie.

"Je te réveille mince, je suis vraiment désolée Alex"

"Salut Yulia…t'inquiète il fallait que je me lève de toute façon"

Je jetai un coup d'œil vers le réveil. 8h30.

"T'es une lève tôt toi" dis-je un peu mécontente.

"Il est 10h30 ici"

"Méchant décalage horaire. Méchant" je grognai un peu pour l'embêter.

"Quel grognement sexy dis-moi. Dès le matin comme ça"

"Que veux-tu, je suis sexy 24/24. Je n'y peux rien"

Elle rit à mes propos et je me délectai de ce rire.

"On peut dire que Lena à un bel effet sur toi"

"Comment ça ?"

"Et bien quand je suis partie, tu étais tellement timide que tu ne disais rien et voilà que maintenant; tu ris et tu oses t'exprimer"

Je souris.

**C'est vrai que j'adore l'effet que Lena me fait**

"J'ai juste pris mes marques, je sors de ma coquille et voilà le résultat"

"Vilaine coquille" dit Yulia avec une méchante voix.

"Alors, que me vaut ce réveil matinal ?"

"Quoi ?" dit-elle d'un air vexé. "Tu n'es pas contente de m'entendre ?"

" Hey, j'ai jamais dit ça"

Je me lève et me dirige vers le canapé sur lequel je m'étends en baillant.

"Tu devrais aller te recoucher"

"Non, je préfère te parler"

"Ha…il était temps de le reconnaître" dit la russe, toute fière.

"Ecoutez moi celle-là" dis-je en riant.

"Une remarque à faire peut-être ?"

"Peut-être…"

***

Nous discutions depuis près d'une demi heure et mon ventre gargouillait.

"Commande toi à manger ou tu vas dépérir sur place, j'entends ton ventre jusqu'ici"

"C'est que je suis une fille bruyante"

Elle se prit un fou rire. J'aimais bien quand elle riait comme ça mais…le rire de Lena était de loin le plus magique.

"Qu'est ce que j'ai dit qui te fasse rire autant ?" demandais-je étonnée.

"Rien…rien" dit elle entre deux éclats de rire.

"Ok…tu sais que je commence à m'inquiéter, je ne vais pas tarder à appeler les hommes en blancs"

Elle se reprit peu à peu et se calma.

"Désolée, mon esprit pervers a prit le dessus"

"Ha bon mais pourtant je n'ai…"

Le déclic se fit en moi et je compris enfin son allusion.

"Ha ha, franchement c'était nul"

"Ouais je sais, j'ai déjà fait mieux en la matière"

"Qu'est ce que je pourrais bien manger ? Tu as une idée toi ?"

"Commande le ptit dej de la maison, je les adore moi"

"Ok je vais me laisser tenter alors, je te fais confiance. Tu restes en ligne hein, j'en ai pour quelques secondes"

"Pas de problème"

Je passai ma commande à l'accueil et reprit Yulia en ligne."

"Voilà, suis de retour"

La conversation allait bon train quand on sonna à la porte, j'allai ouvrir et c'était le groom qui venait m'apporter mon ptit dej. Je lui donnai un pourboire et il partit grand sourire.

"C'est vrai que ça à l'air bon"

"Il faut toujours me faire confiance Alex"

"Mouais c'est ce qu'elles disent toutes…"

"Hey je suis pas comme toutes les autres"

"C'est ce qu'elles disent aussi"

Je la narguai un peu en commençant à picorer dans l'assiette que j'avais mise face à moi dans le divan, le dos à la porte d'entrée. Tout à coup, je renversai un peu de mon jus d'orange sur moi car elle venait de me faire rire.

"Je suis toute mouillée c'est malin"

"Toute mouillée, je ne t'ai rien dit encore. Waw je suis encore plus douée que je ne le croyais"

"Yulia, Petite perverse" dis-je d'une voix sensuelle pour l'embêter.

"…..Tu sais que cette voix là est très…efficace" elle était visiblement étonnée du ton que je venais de prendre.

"Je sais, je suis très douée dans ce domaine il parait, je pourrais t'apprendre quelques trucs"

Le mouillé sur mon pantalon me gênait, je pris la serviette qui était à côté de l'assiette et épongeai le jus en faisant des mouvements de vas et viens sur mes cuisses.

"Je vais en mettre partout si ça continue"

J'entendis alors un son derrière moi, je me retournai et n'eu le temps de voir qu'une tignasse rousse avant que la porte ne se referme violement.

"Lena ?"

"Quoi Lena ?" demanda Yulia un peu perdue.

"Non rien, je dois te laisser Yul, je te rappelle plus tard ?"

"Oui pas de problème, à plus Alex"

"Bye"

Je raccrochai vite fait et allai prendre une douche rapide. En fait, je ne crois pas m'être déjà lavée si vite. Je choisi une tenue décontractée, ce qui se résumait à un jeans délavé et un petit sous pull avec un col en V, et je fonçai enfin à la recherche de Lena. Je ne l'avais pas entendue entrer pendant mon appel avec Yul et je me demandais bien pourquoi elle était partie de la sorte. Je me trouvais dans le couloir direction sa chambre quand un groom sortit précipitamment de là où je voulais entrer. Je le regardai bizarrement avant de m'avancer pour y entrer.

"Mademoiselle" dit le groom avec un mignon accent espagnol.

"Oui ?"

"Vous…Vous ne devriez pas entrer"

Je du lui faire un regard interrogateur car il enchaîna.

"Mademoiselle Katina est de très mauvaise humeur et ne souhaite voir personne. Ce sont ses mots"

Je lui souris gentiment.

"Je suis sur qu'elle ne verra aucune objection à ce que je vienne la voir" dis-je plutôt sûre de moi.

Il acquiesça et prit l'ascenseur pour vaquer à ses occupations. Néanmoins, son avertissement mit un petit frein à mon enthousiasme. Je toquai et vit seulement par après la pancarte qui pendait à la poignée demandant de ne pas déranger. Trente secondes plus tard, elles me semblèrent durer des minutes entières, Lena vint ouvrir. Elle posa ses yeux, généralement joyeux, sur moi. Ils étaient de glace à cet instant. Elle attrapa la pancarte et me la mit sous le nez.

"Tu ne l'avais pas vue ? Le message est clair pourtant !"

Je fus tellement surprise de son attitude envers moi que je ne sus quoi répondre.

"Tu comptes rester plantée là à me regarder ?"

"Non !" Je réagis enfin. "Je suis désolée, je ne l'ai vue qu'après avoir toqué et puis tout le monde met ça quand…"

"Et bien je ne suis pas tout le monde" le coupa t-elle.

J'en eu le souffle coupé. Je me retournai et filai direct dans ma chambre afin de cacher les larmes qui menaçaient de couler d'ici peu. J'entrai et claquai la porte. Je la verrouillai et filai dans mon lit pour pleurer. Je n'avais pas l'habitude de régir ainsi mais ce que j'éprouvais pour elle était tellement fort que de la voir me crier dessus ainsi m'avait complètement abattue. Au bout d'un moment, je ne savais plus si mes larmes étaient dues à ses mots ou à ma colère vis-à-vis du fait que je n'avais pas écouté le groom quand il avait essayé de me prévenir.

Je me levai pour aller me passer de l'eau froide sur le visage. Ça avait le don de me calmer. Je me décidai à appeler Lucy pour lui raconter ce qui venait de se passer, elle au moins pourrait me conseiller.

***

Une demi heure après, elle connaissait tous les détails des derniers jours.

"Attends, il faut essayer de trouver une explication logique à sa réaction" me dit Lucy qui n'en revenait pas de ce que je venais de lui dire.

"Mais je ne lui ai rien fait ce matin et hier soir, on s'est quittée en très bon terme !" j'élevais un peu la voix car la colère me reprenait.

"Calme toi poulette c'est rien, elle nous fait un caprice de star"

"Ca ne lui ressemble pas"

"Lex, tu ne la connais que depuis trois jours et encore"

"Je sais…" en fait elle ne m'aidait pas beaucoup en me disant ça. "Je vais devoir te laisser, gros bisous et je te tiens au courant mais bon, je suis certaine que je ne vais plus tarder à rentrer" j'avais pris un ton triste.

"Ne perd pas confiance, elle peut très bien être de mauvaise humeur maintenant et changer du tout au tout ce soir…je n'aime pas te savoir dans cet état. Ça va aller ?"

"Oui oui. Il faut que je me fasse à l'idée c'est tout. Je ne suis pas à son niveau."

Elle me dit encore quelques conneries pour me remonter le moral puis je raccrochai.

***

Il était passé midi depuis plusieurs minutes maintenant et je commençais à avoir faim. Je me commandai un petit quelque chose et attendit le groom avec impatience. Il ne tarda pas et j'allai ouvrir.

"Bonjour mademoiselle"

"Pedro, quelle bonne surprise" j'étais toute étonnée de voir le garçon de salle.

"Je vous apporte votre commande"

"Entrez"

Je fermai la porte derrière lui et il déchargea son plateau sur la table du salon.

"Vous allez bien ?" me demanda-t-il en me fixant.

"Ça peut aller"

"Désolé de me mêler de ce qui ne me regarde pas mademoiselle mais vous ne semblez pas être en grande forme"

Son accent hispanique était vraiment craquant, dommage que je ne sois attirée que par les filles...

"J'avoue, ça a déjà été mieux mais bon, il y a des jours comme ça où on va moins bien que d'autres"

"Vous voulez m'en parler ?"

J'hésitai quelque instants puis fit non de la tête.

"Parlons plutôt de quelque chose de joyeux voulez-vous"

C'est ainsi qu'on commença à parler d'un peu de tout, de son travail à l'hôtel, des stars qu'il voyait défiler tous les jours. Il me fit part de quelques anecdotes très drôles. C'est à la fin d'une d'entre elles que Lena entra dans ma chambre, j'étais alors morte de rire car Pedro venait d'en lâcher une sur Paris Hilton et enfin bref…

"Lena ?" demandais-je étonnée de la voir si tôt vu le crise qu'elle m'avait fait.

Je vis très bien à son regard haineux qu'elle n'était pas ravie de me voir en compagnie du garçon d'étage.

"Je suis sûre que vous êtes attendu ailleurs" dit-elle d'un air glacial au jeune homme.

"Oui mademoiselle. Au revoir" murmura-t-il juste avant de refermer la porte, il ne savait plus ou se mettre, il s'avait bien qu'il suffirait d'un mot de la rousse à la direction et il perdrait son boulot sur le champ.

"Tu lui as fait peur" J'étais bien décidée à lui montrer qu'elle ne pouvait pas passer ses nerfs sur moi.

"Il n'est pas payé pour passer son temps à discuter. J'ai peut-être interrompu quelque chose entre vous ?"

"Bien sur que non, on rigolait c'est tout. Tu sais il y a des gens qui sont sympas avec moi, ils ne passent pas leurs nerfs sur ceux qui ne leur ont rien fait"

J'eu droit à un regard qui me fit peur mais qui m'excita en même temps. Si j'en avais eu le droit, je lui aurais sauté dessus et…hum.

"En tout cas tu ne perds vraiment pas de temps, tu passes du coq à l'âne en à peine une heure"

"Quoi ?" J'étais perdue là, c'est elle qui me fait une crise et c'est moi la responsable ?

"Tu joues bien la comédie, tu te fais Yulia au téléphone, ensuite tu te tapes le groom et…"

"COMMENT OSES-TU ME DIRE UNE CHOSE PAREILLE ?" J'avais hurlé, c'était plus fort que moi.

"Je ne suis pas sourde, pas besoin de gueuler"

"D'abord je ne me suis pas faite Yulia, ni au téléphone, ni ailleurs et ensuite, je ne me suis jamais tapé de mec et ça n'arrivera jamais. C'est certain"

"Ho je vous ai entendue et je t'ai surtout vue tout à l'heure sur le canapé. Tu avais l'air très occupée"

"Tu écoutes mes conversations et en plus tu te fais des films sur ce que tu interprètes"

"Je ne suis pas venue ici pour avoir des explications. Un taxi viendra te chercher à six heures pour t'emmener à l'aéroport"

Je senti les larmes revenir à la charge. Je lui tournai le dos et prit un air satisfait.

"Parfait, je vais faire mes valises"

Je l'entendis souffler d'une manière bizarre, je faisais exactement ce bruit là quand j'étais triste. Je me retournai mais elle passait déjà la porte.

Je passai les cinq minutes d'après à crier tous les jurons que je connaissais en français. Ça devait être marrant de l'extérieur. J'étais au bord de la crise de nerfs, non en fait j'étais en plein dedans. Découvrir que son idole n'a rien à voir avec ce quoi on rêvait et bien…ça fait mal. Beaucoup de mal.

Je fis mes valises en pleurant. Je repensais à toutes les fois où je m'imaginais avec Lena. Pendant des années je l'avais idolâtrée, c'était un modèle pour moi, gentille, sincère, vraie, elle ne se la ramenait pas comme Yulia ces derniers mois. Et puis en fin de compte, mademoiselle Katina se prenait quand même de haut. Elle n'était pas comme tout le monde, elle était quelqu'un. Et malgré tout ça, je ne parvenais pas à la détester comme j'aurais du faire. Je savais au fond de moi qu'elle n'était pas comme ça, que c'était une sorte de bouclier. Je ne savais pas de quoi elle voulait se protéger et puis de toute façon, il était trop tard maintenant. Je ne savais pas si j'allais la revoir. Peut-être à un concert dans quelque mois. Aurais-je le courage d'y aller pour la revoir en vrai ? Je ne sais pas. Je voulais aller me jeter à ses pieds et lui demander pardon, même si je ne savais pas ce qu'elle me reprochait exactement.

Je mis mes valises à côtés de la porte et allai m'asseoir dans le divan. Je réfléchissais à ce qu'il s'était passé ce matin pour que Lena réagisse de cette façon. Je retournais la situation dans tous les sens mais je ne trouvais rien qui put provoquer une telle colère chez elle. Le souvenir de la perversité de Yulia me fit sourire puis tout à coup, les paroles de Lena prirent enfin un sens !

"C'est pas vrai" murmurais-je.

Je me revis en train de parler sensuellement à Yulia pour l'embêter, Lena devait déjà être dans la chambre et aura interprété la scène, enfin c'est vrai qu'il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures. Pourtant je la taquinais juste.

"Ho non !"

Je me revis en train d'essuyer le jus de fruit que j'avais renversé. De dos, les mouvements ont du lui faire croire que hooooo que je me… en parlant avec Yul. JE SUIS MAUDITE.