Le silence

Chapitre 9




Retour à Vladivostok. Yulia est chez son père, entre deux achats, elle et Igor traînent un peu chez lui. Elle vient de se servir un verre de lait, elle se dirige dans le salon pour aller regarder la télévision, mais malheureusement elle se prend les pieds dans le tapis et renverse un peu de lait dessus. Son père arrive, une éponge à la main, légèrement irrité par l’accident, commence à frotter la tâche, mais au fur et à mesure qu’il frotte, il s’énerve de plus en plus. "Non mais franchement tu peux pas faire attention où tu mets tes pieds ! Il m’a coûté une fortune ce tapis ! C’est du n’importe quoi ! Vraiment !", Yulia ne sait comment réagir, pendant six jours son père avait été tout ce qu’il y a de plus agréable, gentil, calme et là d’un coup c’est un autre homme, colérique presque haineux. Elle le regarde s’époumoner en se demandant si elle ne rêve pas. Tout doucement, il se calme "Je suis vraiment désolé mais comprends moi ce tapis m’a coûté très cher, j’ai travaillé dur pour l’acheter, tu sais comme ça peut être difficile pour moi parfois", Yulia finit son verre de lait "Ouais je comprends". Elle comprend surtout qu’à tout moment son père peut exploser et lui coller un poing. C’est à partir de ce moment que Yulia décide de se remettre sur ses gardes et de calculer le moindre de ses mouvements.

Le lendemain s’annonce comme une journée cool, du fait que le jour d’après c’est le retour, Igor a décidé de laisser à sa fille une journée de repos. Yulia reste donc chez sa tante à trainailler et à faire ses valises. Vers les 16h45, son père vient lui rendre une petite visite. Il l’aide à faire ses valises et discute un peu par la même occasion, "Cette Lena à l’air d’être une chic fille, une amie sur qui tu peux compter avec toutes les qualités et tous les compliments que tu fais à son propos", Yulia range son chargeur de portable dans sa valise "Oui, elle a fait beaucoup pour moi". Ensuite vient l’heure du départ de son père qui la laisse avec sa tante, "Je viens te prendre à 6h00 demain matin… Bonne fin de soirée". Yulia et sa tante dînent puis vont se coucher, demain on se lève tôt.

Le jour du départ, Yulia se prépare, vérifie une dernière fois qu’elle n’a rien oublié et descend ses bagages. Un dernier au revoir à sa tante, entre dans la voiture de son père et direction la gare. Il fait encore nuit "… Qui est-ce qui vient te chercher à la gare ? Ton copain ?", Yulia dormait les yeux ouverts "Oui c’est Lena euh non Lenovik qui vient me chercher". Son père tourne la tête, regarde Yulia, il a le visage crispé "Mais tu te fous de ma gueule là ! A chaque fois que j’te parle de ton copain ‘Lena’ te vient à la bouche !!", il pile tout d’un coup, Yulia a failli se prendre le tableau de bord, "Ah ça y est j’ai tout compris t’es qu’une sale petite gouine et Lena c’est ta pute de copine !!!", Yulia est terrifiée, elle enlève sa ceinture et tente de sortir de la voiture mais il la retient "T’en vas pas petite salope, puisque t’es si pressée de la revoir ta Lena, tu la reverras pas ! Tu vas voir je vais te soigner moi !! Je vais t’enlever ce démon de ton corps !!!"

14h20, j’attends Yulia à la gare, son train doit arriver dans 10-15 minutes, je suis venue avec une des voitures de mes parents, ça tombe bien puisque Mme Volkova ne pouvait pas venir la chercher. 14h36 son train arrive, la foule descend, je scrute l’apparition de Yulia, je suis impatiente de la revoir. Les dernières personnes descendent, pas de Yulia, je demande au contrôleur s’il n’a pas vu une petite brune descendre du train : aucune fille qu’il a vu ne correspond à ma description. Je décide de l’appeler sur son portable : ça ne répond pas, bizarre, ça ne sent pas bon tout ça. J’appelle la mère de Yulia pour la prévenir, elle appelle Tatiana pour savoir ce qui se passe "Bah moi ce matin, Yulia est partie avec son père à la gare" De là Tatiana prend la décision d’appeler chez Igor : ça ne répond pas, sur son portable : pareil. La fin de journée passe, toujours pas de nouvelle.

Mme Volkova me rappelle "Ils sont injoignables, Tatiana à même été voir chez Igor, il n’y a l’air d’avoir personne". C’est à ce moment là que mon mauvais pressentiment refait surface, il lui est arrivé quelque chose, je le sens "Vous inquiétez pas, je vais la retrouver votre fille, je vais à Vladivostok".

Je fais un sac vite fait avec quelques fringues et le nécessaire dont j’ai besoin, un peu de bouffe, ma mère vient vers moi "Tu n’as toujours pas de nouvelles de Yulia ?", je ferme le sac à dos "Non ça m’inquiète de trop" "Mais qu’est-ce tu fais ?" "Je vais la chercher, je vais à Vladivostok". Elle est étonnée "Quoi la chercher ?! Mais… Mais Vladivostok c’est à l’autre bout du pays et tu viens juste d’avoir ton permis, c’est dangereux !", je prends mon sac "Ouais peut être, mais faut que j’y aille il se passe sûrement quelque chose de grave…". Je me dirige vers l’entrée "Mais, elle va revenir faut pas s’inquiéter comme ça, et pis c’est pas à toi de s’occuper de ça, t’es qu’une copine !". Ces mots me font réagir, je pose tout "Justement chuis plus qu’une simple copine figure-toi ! Yulia c’est ma PETITE AMIE depuis quatre mois déjà… alors tu vois que tu veuilles ou non je m’en tape complètement !!". J’enfile mon manteau, prends mon sac. Je me retourne, ma mère a les yeux dans le vide "Bon cogitage !", je claque la porte d’entrée.

Mon voyage pour Vladivostok commence. Premièrement direction la station d’essence, puis c’est parti pour 6h30 de route. Le temps passe vite quand on conduit, je m’arrête deux ou trois fois pour me dégourdir un peu les jambes et je reprends la route. Enfin je vois le panneau ‘Bienvenue à Vladivostok’, un certain soulagement me fait sourire. Maintenant le plus dur reste à faire : trouver la maison du père de Yulia, "Alors c’est quoi déjà l’adresse que Yulia m’a donné… 23 rue de la Tcheka". Je tourne un peu en ville, vu l’heure (2h08), il n’y a presque personne dans les rues, je tombe finalement sur un plan de la ville à un arrêt de bus, je trouve la rue et m’y rends.
"Le numéro 23…", j’ai trouvé la maison, assez grande, jolie faut avouer (enfin je verrai mieux quand il fera jour…), toutes les lumières sont éteintes, je décide de rester dans la voiture, de dormir et d’attendre le jour pour agir.