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Un autre homme entra dans ma geôle et me saisit le bras, je grimaçais. "Aille !"
Il me tira hors de la pièce, puis il nous mena parmi un dédale de tunnel aussi sombre les uns que les autres. Finalement il me poussa dans une salle et referma la porte derrière moi. Ce n'était pas exactement une salle, mais plutôt, un genre de large couloir aux murs tendu de grands draps de lin derrière lesquels brillait une lumière ambré. J'avançais prudemment en me tenant sur mes gardes.
Toute cette mise en scène était probablement un piège. Je fermais les yeux en imaginant mon île sablonneuse au bord de l'océan dans l'espoir que ce truc fonctionne à nouveau, mais quand je les ouvris j'étais toujours au même endroit. Je continuais donc à avancer doucement.
Bientôt, je vis apparaître une silhouette derrière le mur de lin. Une ombre chinoise de grande stature qui portait non pas une épée, mais une arme. Une mitraillette en fait.
"Merde !" Dis-je tout bas.
Je vis bientôt une autre ombre se dessiner de l'autre côté, pareil à la première, elle portait également une énorme mitraillette. Ils allaient me transformer en passoire. Comme par hasard, j'arrivais devant un socle sur lequel trônait une mitrailleuse qui avait été placée là à mon intention et passais sans même la regarder. Ne verse pas le sang. Quoi qu'il arrive ne verse pas le sang. Pendant que je passais tout près j'entendis la voix de Zina dans ma tête. Si tu peux courir… cours. Si tu ne peux pas courir… rends-toi puis ensuite cours… J'allais devoir trouver une solution et vite car ils allaient me faire la peau. Sa voix continuait à me hanter. S'ils sont trop nombreux, laisse-les se battre entre eux pendant que toi tu cours. Une idée me vint en tête, et j'élaborais mon plan.
M'avançant doucement, je m'arrangeais pour ne pas faire de bruit. Bientôt les deux silhouettes furent face à face, d'un côté et de l'autre du couloir, et je compris que je n'allais avoir qu'une seule chance. Je simulais un éternuement avant de plonger face contre terre. Mon plan fonctionna merveilleusement et les rafales passèrent au-dessus de moi de part et d'autre.
Puis les deux silhouettes s'effondrèrent atteintes par les balles de l'autre.
Je me relevais péniblement. Je venais d'échapper à une mort certaine et n'avais pas verser le sang. C'était vraiment incroyable…
Un homme entra bientôt dans la pièce et se dirigea vers moi. "Tu ne pourras pas éternellement échapper à ton destin. Tu es l'Élue, elle t'a choisie car ton âme est la plus pure d'entre toutes." Me dit-il en me tirant hors de la pièce.
"Je ne vais tuer personne ! Et mon âme n'est pas si 'pure'. Tiens, juste là, j'ai des pensées impures !!! Je le répète, je ne tuerai point !" M'écriais-je. "Je me laisserais mourir avant !" Continuais-je, et j'étais sérieuse.
"C'est ce qu'on va voir !" Me répondit-il en me poussant devant lui. Comme il marchait derrière moi, sans me tenir, je décidais d'un plan pour lui faire faux bond. J'allais lui prouver que je n'étais pas si pure que ça ! Ce sale type allait s'en prendre plein les couilles. Sur ce je me retournais, et lui balançais un fulgurant coup de pied dans les parties en imitant le cri de ma guerrière. "Ayayiyiyiyiyiylala !!!" Il tomba à genoux en portant les mains au point d'impact et je pris mes jambes à mon cou.
Ces satanés tunnels n'arrêtaient pas de bifurquer et je me retrouvais plus souvent qu'autrement devant des embranchements ou des carrefours. Comme je n'avais aucune idée de l'endroit où j'allais, j'optais pour prendre toujours la gauche. Quelques heures plus tard j'arrivais dans un cul de sac et rebroussais chemin. C'est alors que j'entendis des pas venir dans ma direction et me figeais sur place. J'étais piégée. J'attrapais donc une grosse pierre anguleuse qui traînait par-là et la serra très fort. J'allais me défendre. Ne verse pas le sang ! "Non, mais tout de même tu en demandes pas mal là !" Murmurais-je tout bas.
Ma surprise fut totale quand je vis une femme au crâne lisse tourner le coin. Elle avait la peau presque grise, et des prunelles argentées. De son corps et sa tête, sortaient quelques fils qui ondulaient de façon indépendante. Ce qui me fit penser à la Méduse l'une des trois Gorgones, la seule des trois à être mortelle et qui pouvait être vue des hommes, celle dont le regard sinistre pétrifiait l'infortuné qui l'apercevait, je détournais le regard malgré moi. N'avait-elle pas en guise de cheveux des serpents sifflants et repoussants ? Moi qui avais horreur de ces bestioles… Je relevais tout de même les yeux pour la regarder, tant pis si j'étais transformée en statue de pierre, ma curiosité était trop forte.
Elle portait un uniforme moulant aussi argenté que ses yeux. Elle me regarda en silence pendant que j'élevais ma pierre prête à la frapper. Elle me sourit faiblement. "Rien ne sert de t'enfuir et encore moins de me frapper." Me dit-elle doucement, elle avait une voix rauque et mélodieuse. Comme sortit d'outre-tombe en fait. Je frissonnais.
"Qui êtes-vous ?"
"C'est étrange, je viens de demander la même chose à ton amie."
"Zina ?" Dis-je en abaissant ma pierre. "Où est-elle ?"
Elle me sourit grossièrement. "Quelque part, ici." Me répondit-elle. "Tu aimerais la voir ?"
"Oui." Rétorquais-je aussitôt. Même si je savais que je ne devais pas faire confiance à cette femme, l'idée de retrouver ma guerrière était plus forte que tout. Elle me fit donc un signe de la main et je me mis à la suivre en silence. Elle nous guida à travers un labyrinthe de tunnels et de couloirs mal éclairés, et nous arrivâmes bientôt devant une grande porte de métal poli. Elle se retourna pour me regarder et me sourit à nouveau. Cela me glaça les sangs.
"Elle est là-dedans." Me lança-t-elle en ouvrant la porte. "Entre, si tu veux la voir." Elle se déplaça sur le côté pour me laisser passer, et je me précipitais à l'intérieur.
"Zina ?" Dis-je à voix haute en ne la voyant pas. La porte se referma derrière moi et un rire cristallin monta dans les airs. Il faisait sombre et je n'y voyais rien. "ZINA ?" M'écriais-je à nouveau en sachant maintenant que je m'étais faite piéger mais en ayant un tout dernier espoir qu'elle soit là-dedans.
Une faible lumière verte s'alluma et je vis dans quoi je venais de mettre les pieds. Une cage d'environ trois mètres de large et d'au moins vingt mètres de long. Derrière moi le muret de la cage était rempli de piques, et il se mit à avancer. J'allais devoir avancer également si je ne voulais pas me faire embrocher.
À l'autre bout se tenait une ombre que je ne distinguais pas tout à fait, mais suffisamment pour voir qu'elle était armée d'une longue épée. Cette ombre attendait patiemment que je vienne vers elle.
Pour réussir à rester en vie, j'allais devoir affronter celle ou celui qui se tenait tranquillement au bout de ma cage. À mi-chemin entre cette personne et moi, je vis une épée qui traînait sur le sol. Quand j'y arrivais, je la ramassais. Le rire cristallin de la femme me parvint de nouveau aux oreilles. Quoi qu'il arrive ne verse pas le sang. Je n'allais pas avoir le choix, ça allait être moi ou cette personne. Ma situation était désespérée. Plus j'avançais, plus je distinguais les traits de l'ombre qui se trouvait à l'autre bout. La frayeur s'empara de moi quand je vis cette forme, qui devenait de plus en plus discernable, faire tournoyer son épée… C'était elle ! C'était Zina !
Un instant je fus totalement soulagée de l'apercevoir et fis même quelques pas pour aller la rejoindre. De toute façon, je n'avais pas le choix le mur avançait rapidement. Mais je stoppais net quand je fus suffisamment près pour voir le rictus mauvais qui lui barrait le visage. Dans ses yeux brillaient une lueur démente, et elle me souriait en découvrant une rangée de dents blanches qui évoquait en moi les crocs effilés d'un chien enragé. Elle fit encore tournoyer son épée et renifla dédaigneusement. Je savais que quand elle faisait cela, c'était parce qu'elle s'assurait une meilleure grippe, mais je savais aussi que c'était le signal qu'elle s'apprêtait à tuer. Un rire démentiel sortit de sa gorge. Elle allait me trucider j'en étais maintenant certaine.
Ce foutu mur avançait toujours…
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