Karreleus fit un pas de côté, pour éviter le coup tournoyant de l'épée massive de Potus, et revint à la charge, manquant de peu la tête de l'autre homme. "Allons, fillette. Ma mère se bat mieux que toi !"
Hors d'haleine, le jeune homme, ajusta sa grippe sur la poignée moite de son épée, et tenta d'être paré pour une autre attaque. "J'essaie, Karreleus ! Je te l'ai dis, je suis un fermier !"
"Tu es un soldat maintenant, mon gars. Et tu ferais mieux de te mettre à agir en temps que tel avant que la Conquérante ne te tranche la tête."
En pâlissant, Potus ravala sa salive, puis hocha la tête d'un air déterminé. "Je suis prêt."
"Ce n'est pas une fourche que tu as entre les mains, par Zeus ! Écarte les pieds un peu plus. Comme ça !" Le vieux soldat fit une démonstration et Potus imita sa position.
"C'est mieux ?"
"Presque. D'accord maintenant, lève ton épée comme ça. Fermement. Prêt ? J'arrive."
Les yeux de Potus s'agrandirent sous le choc, comme il rusait pour éviter le coup. Un long sourire lui barra le visage. Malheureusement, son étonnement lui fit oublier que l'épée revenait vers lui pour répéter sa performance.
Son épée s'envola de ses mains, et le jeune homme sentit une pointe métallique s'immiscer au travers de son armure et entrer profondément dans sa poitrine. Regardant Karreleus avec surprise, Potus tomba à genoux, et s'affala face contre terre.
"Pour l'amour de Zeus. Lève-toi, mon gars !" Le vieil homme retourna Potus sur le dos, et écarquilla les yeux quand le sang jaillit de la plaie ouverte dans la chaire. "Que je sois damné ! Potus, qu'est-ce qui t'a pris de me faire une chose pareil ?"
"Je . . . ."
Gabrielle qui avait surpris le dernier passage de l'exercice de sa place, sous le couvert d'un bouleau, choisi ce moment pour apparaître. Elle alla placer ses mains sur la blessure ouverte et comprima les chairs.
"Retourne avec les autres cuisinières, femme !" S'écria Karreleus en tentant de se défaire de la Barde." Cet homme à besoin d'un guérisseur, pas d'une nourrice."
"Je suis une guérisseuse," répliqua Gabrielle, "et cet homme va mourir si on ne l'empêche pas de saigner tout de suite."
"Mais …"
Un autre soldat, attiré par le tumulte, arriva sur les lieux, avec dans les mains une armure à moitié réparée. Se levant debout, Gabrielle le détroussa de l'aiguille et du fil qu'il tenait dans ses mains, marmonna un prompt remerciement à l'homme pétrifié, puis leva les yeux sur Karreleus. "As-tu de l'alcool ?"
Le vieil homme se concentra à refermer ses mâchoires qui pendaient mollement "Non… La Conquérante ne nous laisse pas en garder ici," dit-il finalement.
"J'en ai justement ici, chérie," dit un troisième soldat qui arrivait, en sortant une flasque malpropre de ses cuirs.
"Tu vas te faire arracher la tête pour ça, Pentrès."
"Ce que la Conquérante ne sait pas ne lui fait pas mal, Karreleus. Hé, ! Ma douce, que penses-tu de moi, et toi partageant la même ceinture derrière la tente des provisions?" Demanda-t-il en balançant le flacon, d'une manière qu'il pensait séduisante.
"Une autre fois peut-être," répliqua la Barde, arrachant le flacon des doigts sales du malfrat. Elle se retourna de nouveau vers son patient. "Ça va faire un peu mal, Potus."
"Es… Es-tu un ange ?"
Gabrielle sourit. "Non. Juste une amie. Prend une bonne respiration, et laisses-la ressortir doucement, ça sera fini avant que tu ne t'en rendes compte, d'accord ?"
Le jeune homme hocha la tête, avec adoration.
La Barde, ôta le bouchon du flacon et versa librement une rasade directement sur la coupure en hémorragie.
Potus cria, puis s'évanouit.
"Ça rendra le travail plus facile," dit-elle avec indulgence. Elle fouilla dans son sac et en sortit un linge propre, qu'elle et Xena utilisaient pour effectuer des bandages, puis épongea la blessure, et nettoya le plus gros du sang. "Ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air. Quelques points de sutures, et il aura une belle cicatrice à montrer à ses amis."
Les soldats regardèrent stupéfaits, Gabrielle qui recousait adroitement la blessure ouverte, en effectuant des points minuscules et précis. Souriant de satisfaction, la Barde porta son poids sur ses talons et recula, puis essuya ses mains ensanglantées sur son chiffon. Ensuite elle regarda les soldats qui étaient attroupés autour d'elle. "Si vous êtes assez gentils pour me pointer la direction de votre tente de soins, nous pourrions y amener cet homme, le mettre dans un lit décent et lui faire un bandage approprié." Énonça-t-elle en leur prodiguant son sourire le plus charmeur.
Elle se retrouva aussitôt entouré par presque la moitié d'un camp de volontaires ardents.
Oh, ! Xena, si tu pouvais me voir, en ce moment.
*******
La Conquérante qui s'était levé à l'aube, était assise devant la carte qui était étendue sur la table et mettait au point des stratégies de bataille, quand on frappa à la porte de ses quartiers.
Elle fit un signe de tête en direction de son garde, et la porte s'ouvrit. Un autre soldat fit un pas sur le seuil, et effectua une profonde révérence. "Callisto demande une audience avec sa Majesté."
S'adossant contre le dossier de sa chaise, Xena frotta l'os situé au haut de son nez, entre son index et son majeur. "Faites-la entrer."
Le garde s'inclina une fois de plus. "Selon vos désirs, votre Majesté."
Il disparut un moment, puis réapparut, remorquant une Callisto faussement effarouchée.
"Bon matin, ma douce !" S'écria Callisto d'une voix chantante. "C'est un si glorieux matin, n'es-tu pas d'accord avec moi ?"
Xena regarda brièvement sa seconde, puis retourna son attention vers la carte sur la table. Avec un geste de la main, elle renvoya les deux gardes, qui s'inclinèrent et sortirent silencieusement de la pièce.
Callisto parcourut la distance qui les séparait, jucha une fesse sur le coin de la large table, et retira la dague que Xena avait plantée au cœur de Rome. Elle fit la moue en regardant la brillante chevelure noire de la Conquérante. "Ça m'a tout l'air que quelqu'un que je connais à eut une soirée tout à fait ennuyeuse hier soir."
Xena lui jeta un bref coup d'œil. "Il me semble que tu as tout fait pour ça."
Callisto s'étira comme un chat, et parada fièrement la myriade d'ecchymoses qui parsemaient son épaule, son cou et le haut de sa poitrine. "J'aime à penser que c'est un devoir sacré, mon amour. Après tout, quelqu'un doit s'amuser ici. Et comme ce n'est évidemment pas toi…" Elle fit pirouetter la dague dans sa main, et commença à se récurer les ongles avec.
Xena poursuivit l'étude de ses plans de bataille.
Voyant que la Conquérante ne mordait pas à l'hameçon, Callisto soupira, se remit sur ses pieds, marcha vers la fenêtre, et regarda les soldats qui commençaient une nouvelle journée sur le terrain. Elle se retourna vers la femme qui ne s'intéressait pas particulièrement à cette vue. "Oh allons, Xena ! C'est une si belle journée ! Le soleil brille …" Elle s'arrêta, et inclina la tête. "Tu te rappel ce qu'est un 'soleil', n'est ce pas, chérie ? C'est cette grosse chose jaune qui est accroché dans le ciel et qui nous fait transpirer ?"
Xena jeta un autre regard en coin vers Callisto. "Je présume que tu as une bonne raison d'interrompre mon travail ?"
Callisto renifla, et fit tournoyer le coutelas dans sa main. "Si tu peux appeler regarder pour la millième fois ce plan ennuyeux, travailler."
"Je peux."
"Pourquoi ne suis-je pas surprise ?"
"À toi de me le dire."
Avec un soupir exagéré, Callisto revint perché une fesse sur le coin de la table. "Tu devrais sortir davantage," commenta-t-elle d'un ton presque sérieux, suivant avec la pointe de la dague une des frontières de la carte. "Et tu sais quoi !"
"Et que devrais-je savoir ?" Releva Xena, avec un accent traînant, en repoussant le bout du coutelas du dos de la main.
"Une inspection surprise !" S'écria joyeusement la blonde. "Je pense que les troupes se relâchent un peu trop." Sans lever la tête, les yeux de Xena incisèrent sur place sa seconde en chef.
"Et la faute repose sur qui…"
Callisto fit de nouveau la moue. "C'est juste une manière de parler, ma chérie. Je suis sûr qu'ils sont fin prêt à obéir à tes ordres. Mais ça leurs feraient un bien fou de voir leur galante meneuse marcher à grand pas parmi eux, pour les calmer." Elle inclina la tête et scruta les yeux bleu glacés, pendant qu'elle faisait tournoyer la pointe du couteau autour de son doigt. "Ce n'est pas bon pour eux, de penser que tu n'as peut-être plus autant d'emprise sur eux, surtout en ce moment, n'est ce pas."
Un papillon virevolta dans le ventre de la blonde, quand elle remarqua qu'un sourire noir prenait naissance sur les lèvres de la Conquérante. Avant qu'elle ne puisse seulement penser à bouger, Callisto fut débarrassé de son couteau, son cou se retrouva emprisonné par une main de fer, et son corps fut pressé contre le corps ferme et la douce poitrine de son assaillante.
"Plus d'emprise, hum ?" Ronronna Xena à l'oreille de Callisto. "Est-ce que j'ai l'air 'd'avoir perdu mon 'emprise' selon toi ?"
Presque étourdit, dû aux sensations et aux effluves parfumés que l'essence de la Conquérante lui imposait, les habituelles remarques piquantes de Callisto, moururent dans sa bouche. Elle déglutit, déterminé à ne pas montrer la peur et le désir qu'elle ressentait subitement, vis à vis de la grande femme qui revint aussitôt à la charge.
"Je t'ai posé une question, Callisto."
"Si je pouvais me souvenir de quelle était la question, je me ferais un plaisir d'y répondre, ma douce."
"Ne penses pas une seconde, que je sois si entichée de tes 'services' que j'hésiterais à rompre ton joli petit cou, Callisto. Tu ne vie seulement que parce que je te le permets. Tu respire parce que cela me plaît. Tu ferais mieux de te souvenir de ça."
Callisto garda délibérément le silence, et évita même de formuler des pensées, au cas où la Conquérante devinerait leurs sens, simplement en respirant le même air qu'elle.
"Alors dis-moi, Callisto," continua Xena sur le ton de la conversation en resserrant un peu son étreinte avant de relâcher sa captive pour l'envoyer s'écraser contre un des murs de la pièce, et qui pour terminer projeta sa dague, qui se planta dans le bois à juste un cheveu au-dessus de la tête blonde, "avons-nous du plaisir, maintenant ?"
De sa position sur le plancher, Callisto lui jeta un regard venimeux.
Xena renversa la tête en arrière et rit, puis se dirigea vers l'une des portes de la pièce. "Ling Li ! Niamey !"
Les deux servantes de corps arrivèrent en trombe dans la pièce, s'inclinant aux pieds de celle-ci. "Oui, votre, Majesté ?"
"Préparez mon armure et mes armes." Elle regarda Callisto derrière elle, ses dents blanches brillèrent à la lumière de la torche. "J'ai une armée à inspecter."
*******
Avec de petits grognements, deux soldats soulevèrent le corps inconscient de Potus et le posèrent sur le petit lit rudimentaire contenu dans le confinement de la tente des soins, puis essuyèrent leurs mains ensanglantées sur le devant de leur pantalon.
Un grand asiatique mince, portant de longs cheveux gris et une barbe de la même couleur, qui lui descendait jusqu'à la taille. Marcha jusqu'au lit et regarda l'homme blessé. "Qui est responsable de ça ?"
Karreleus avança d'un pas. "Il avait oublié de maintenir sa garde et je l'ai atteint. 'Ce n'était pas voulu'."
"Et les soins ?"
Se raclant la gorge, Gabrielle avança d'un pas. "Hum... Ça c'est moi."
Le grand homme regarda la jeune femme, puis le garçon, puis encore la jeune femme. Il sourit légèrement. "Vraiment impressionnant. D'où te viens ce talent ?"
"Une … amie … m'a apprit."
"Alors c'est une bénédiction que d'avoir eut une amie aussi compétente. La Conquérante pourrait vouloir vous avoir toutes les deux à son service."
Gabrielle se frictionna la nuque, et pensa vite, "Hum… hé bien, mon amie… elle n'est pas d'ici."
Des yeux sombres la détaillèrent avec suspicion. "Dommage. Plus les soldats débarquent sur nos rives, moins il y a de guérisseurs pour s'occuper d'eux."
"Je serais heureuse d'aider. Si vous pensé que je peux vous être utile."
La méfiance de l'homme devint plus apparente. "Il est rare pour une femme de connaître l'art de guérir. Et encore plus rare, qu'elle traîne parmi une armée. As-tu quelque chose à cacher ? Serais-tu une esclave en fuite ?"
Il lui agrippa les bras, et y chercha une marque de fer rouge. Gabrielle lui permit de l'examiner, sachant que l'homme déterminerait qu'il n'avait aucune raison de la soupçonner. "Non." Lui assura-t-elle. "Je ne suis pas… d'ici non plus." Elle réfléchit rapidement. Un endroit jaillit dans son esprit. "Je viens des îles au nord de la Gaule. Britannia. Peut-être en as-tu déjà entendu parlé ?" Elle espérait que non. Le nom lui était venu des brèves conversations qu'elle et Xena partageaient le soir. S'il commençait à lui poser d'autres questions, elle était perdue.
L'homme sourit légèrement. "Cela explique la coloration de ta peau. Malgré que tu parle le grec comme si c'était ta langue natale."
Gabrielle sourit. "Ouais, ! Et bien, j'ai des années de pratique."
Après un long moment, le guérisseur hocha la tête, et relâcha ses bras. "Alors tu es la bienvenue. Je suis Tao Feng, le guérisseur en chef de l'armée de la Conquérante. Et tu es ?"
Pendant un long moment, la Barde considéra mentir. Mais elle réalisa que la confiance ne se gagnerait pas en mentant. Callisto finirait bien par la découvrir tôt ou tard. Elle soupira sans que ça paraisse. "Je suis Gabrielle. Enchanté de faire ta connaissance, Tao Feng."
Le guérisseur s'inclina. "Tout le plaisir est pour moi, Gabrielle." Il se retourna vers le jeune garçon qui venait d'arriver. "Tu cous comme un Maître. Connais-tu aussi les propriétés des herbes et les techniques de soins ?"
La Barde afficha un large sourire. "Ouais. ! On peut dire que j'ai fais cela une fois ou deux dans ma vie."
Tao Feng fit une consciencieuse inspection du corps de la jeune femme, notant évidemment les muscles et le corps athlétique qu'elle arborait. Une suspicion commença à éclore dans son cerveau, mais il la repoussa. "As-tu pris part à plusieurs batailles ?" Lui demanda-t-il aussitôt.
Gabrielle hocha la tête et remit une mèche de cheveux derrière son oreille. "Quelques-unes. Mon amie… était une Guerrière. J'ai passé pas mal de temps en sa compagnie, en l'assistant d'une bataille à l'autre."
"Où es ton amie maintenant ?"
"Elle… est morte." La vérité de cette déclaration la frappa et lui fit monter les larmes aux yeux. Elle fixa le plancher pour tenter de refouler la tristesse qui l'envahissait. Tu me manque Xena.
Le guérisseur déposa une main compatissante sur son poignet. "Je suis désolé, de sa perte. Il semble que ton amie comptait beaucoup pour toi."
"Elle était tout pour moi."
Voyant la véhémence étinceler dans ces profonds yeux verts, Tao Feng ne put que hocher la tête.
Voulant et ayant le besoin de briser la tension qui régnait, Gabrielle regarda autour d'elle, six autres hommes étaient étendus, sur les lits de fortune. "Peux-tu me parler de ces hommes ?"
Souriant légèrement, Tao Feng fit un geste vers les grabats. "Blessures mineures, pour la plupart. Je leurs ai donné des sédatifs pour accélérer la guérison. Tous, sauf celui-ci." Marchant dans la tente vers un homme géant, le guérisseur retira la couverture de fourrure qui le recouvrait, et exposa la jambe presque gangreneuse. "Il se l'est brisé en tombant de cheval. J'ai tenté de sauvé sa jambe, mais il ne semble pas que j'y sois parvenu. Par contre, je vais continuer jusqu'à qu'il n'y ait plus d'espoir."
"C'est vraiment admirable."
"Et vraiment imprudent," dit Tao Feng, en replaçant la couverture sur la jambe décolorée. "Pour un guérisseur dans l'armée. Mais j'ai été entraîné à la cour de Lao Ma, et je ne peux pas faire autrement."
Gabrielle inclina la tête. "Lao Ma ?"
"Une femme merveilleusement intelligente. Un mentor pour la Conquérante en quelques sorte, Où du moins l'a-t-elle été, pour un temps. Elle régente maintenant la Chine sous la gouverne de la Conquérante. Il semble que le professeur soit devenu l'élève une fois de plus."
"Excuses-moi de te dire ça, Tao Feng, mais Lao Ma ne me semble pas être une femme si formidable ou si rusée puisqu'elle laisse quelqu'un comme la Conquérante régenter son pays, et spécialement de si loin."
Tao Feng mit un doigt sur ses propres lèvres. "Des mots comme ceux-là doivent être tut et gardé dans ta tête, Gabrielle."
Gabrielle blanchit en réalisant trop tard la gravité de son erreur. Ses yeux parcoururent la tente, imaginant toutes les oreilles qui venaient d'entendre ce qu'elle venait de dire. "Pardonnes-moi. Je ne voulais offenser personne."
Après un long moment, Tao Feng lui fit un clin d'œil. "Les excuses ne sont pas nécessaires. En autant que tes commentaires visent la sagesse de Lao Ma… il est dit qu'il y a plusieurs façon d'apprivoiser une bête sauvage."
La Barde le regarda, ses yeux s'emplir de tristesse et elle devint mortellement sérieuse. "Et si la bête est trop vigoureuse pour être apprivoisée ?"
Le guérisseur lui renvoya un regard remplit de compassion. "Alors tu dois choisir entre deux maux. La laissé libre de faire ce qu'elle veut ou te sacrifier pour le bien de l'humanité."
Les yeux de Gabrielle plongèrent vers le sol, le cœur pesant. "J'avais peur que tu dises ça."
"Ce n'est pas le moment de parler de ces choses, Gabrielle. Apprivoiser des bêtes est un travail qui est laissé à ceux qui ont des connaissances plus appropriées que les nôtres. Concentrons-nous plutôt sur le petit rôle que nous avons à jouer dans cette dramaturge, d'accord ?"
Quand la Barde hocha finalement la tête, Tao Feng sourit. "Tu es forte. Je peux sentir cela." Il se retourna. "Les bandages sont dans le panier. Les herbes sont là. Et les autres provisions sont là-bas. Je dois laisser ces hommes entre tes mains. Si tu as besoin de quelque chose, demande au soldat le plus près de venir me chercher."
"Je… peux faire ça. Merci, Tao Feng."
Le vieil homme s'inclina profondément. "Merci, Gabrielle."
Avec un dernier sourire, il sortit de la tente.
Puis il entra de nouveau, le visage tendu. "La Conquérante vient. Nous devons réveiller les hommes."
"Quoi ?"
"Elle arrive. Les hommes doivent être réveillés et doivent être renvoyés dans leurs unités. Vite. Nous n'avons pas beaucoup de temps." Tao Feng commença à secouer le soldat le plus près.
"Attends. Ces hommes sont blessés. Pourquoi devons nous les réveillés ? Qu'est-ce qui ce passe ?"
Réprimant un soupir, le guérisseur se retourna vers Gabrielle. "Si elle trouve ces hommes dans cette tente, ils seront exécutés. La Conquérante n'a pas besoin de soldats blessés dans son armée. S'ils ne peuvent pas se battre, ils mourront."
"Mais c'est…" la voix de Gabrielle traîna, comme elle se souvint. Elle se souvint de sa propre rencontre avec une Xena changé par la menace de la Horde contre les Athéniens. Elle se remémorait les ordres de Xena de ne plus donner à boire où à manger aux hommes les plus atteints. Elle se souvenait les ordres de sortir du lit les hommes qui étaient encore en état de se battre et de les renvoyer à leurs postes.
C'est la guerre, Gabrielle. Qu'est-ce que tu espère ? Du prestige ? De la compassion ?
Il n'y a pas de bon choix, seulement un degré moindre de méchanceté.
Qu'est-ce que tu vas faire, Xena ?
Faire ? Nous allons tous les tués ! Éliminer la Horde ! Tu comprends ? Tu sais, tu n'as jamais cédé à la haine. Tu ne sais pas à quel point ça peut être… bon.
"Oh ! Xena," murmura-t-elle, les yeux brillant de larmes, "qui t'arrêtera cette fois ?"
Tao Feng se raidit, puis regarda la jeune femme avec curiosité. . "Excuses-moi ?"
Gabrielle s'empourpra. "Ce n'est … rien." Elle prit une profonde inspiration, et la laissa ressortir lentement. "Dis-moi ce que je dois faire."
Fouillant dans un des sacs, Tao Feng en sortit plusieurs paquets d'herbes qu'il commença à broyer entre ses doigts, et qu'il laissa tomber dans un bol. Ensuite il ajouta une généreuse rasade d'eau d'une des gourdes et remua vigoureusement la décoction.
"Qu'est ce que c'est ?" Demanda Gabrielle. Son visage se crispa quand elle sentit l'odeur amère.
"Une mixture qui tue la douleur et qui stimule l'homme. Normalement, une dangereuse combinaison. Mais j'ai bien peur que nous n'ayons pas le choix en ce moment. Réveilles les hommes et fait leurs avaler ça. Je vais les faire escorter plus loin sur les lignes. Puis, je devrais faire la même chose pour les autres tentes du campement, peux-tu t'occuper de celle-ci toute seule ?"
Après un moment, la Barde accepta, et hocha la tête. "Ce n'est pas la chose que je préfère faire, mais s'il n'y a pas d'autre alternative …"
"Il n'y en a pas d'autre. Comme je te l'ai dit, ils quittent cette tente, où ils meurent."
"Alors, je ferais ce qui doit être fait."
Tao Feng sourit. "Ton amie était vraiment une personne judicieuse de t'avoir fait confiance, Gabrielle de Britannia. Bonne chance." Puis avec une dernière révérence il quitta la tente.
Soupirant et replaçant une mèche errante derrière son oreille, Gabrielle alla réveiller le premier des hommes.
*******
La Conquérante était assise bien droite sur l'étalon à la robe noisette et arborait un port de reine. Ses cheveux noirs et sa cape pourpre, voletaient librement dans les rafales intermittentes du vent. Callisto montait à sa droite, Marcus à sa gauche, et à leur remorque, suivaient trois Gardes Royales
Le Commandant de son armée, Dagnine, trotta jusqu'au groupe, ses armes et son armure impeccablement astiquées. Il la salua en se frappant la poitrine du poing. "Majesté !"
Elle fit un léger signe. "Dagnine."
Perplexe de la visite soudaine et impromptue de sa Régente, le Général regarda les autres personnages du groupe. Personne ne répondit à sa question muette, sauf Callisto qui lui envoya un sourire purement malicieux. Il regarda de nouveau la Conquérante. "Comment puis-je vous assister aujourd'hui, Majesté ?"
Xena le regarda simplement.
Dagnine regarda derrière lui, résistant à l'envie urgente de se trémousser sur sa selle.
Callisto, sans contraintes, se recula finalement. "La Conquérante veut inspecter ses troupes, imbécile. Crois-tu qu'elle avait juste envie de faire une petite promenade sur le terrain."
"Oh. ! Ohhhhhhh. Les troupes ! Bien sûr !"
"Il lui manque quelques bardeaux," Dit Callisto, en catimini. "Pauvre chéri."
Lançant un regard furieux à Callisto, Dagnine, poussa son cheval en avant et regarda la massive armée qui se tenait devant lui.
La Conquérante éperonna son cheval, qui partit d'un trot rapide, et bientôt elle dépassa l'infortuné Général en ne lui jetant à peine qu'un coup d'œil. Callisto la harcelait depuis des années pour qu'elle remplace Dagnine. Xena suspectait que c'était parce qu'il ne se laissait pas facilement acheter. La Conquérante avait en sa possession le seul prix que Dagnine n'avait jamais convoité - La Pierre d'Ixion -. Mais encore, le soldat savait qu'elle l'avait, mais ce qu'il ignorait, c'était où elle la cachait.
C'était une obsession qui le garderait à son service jusqu'à ce qu'elle décide de lui enlever la vie, où de lui remettre son prix.
Elle avait une préférence marquée pour la première option.
Il avait prouvé sa loyauté en la défendant contre ce qu'il avait cru être une attaque de Borias. Et même s'il n'était pas la plus brillante chandelle du candélabre, c'était un excellent combattant ; fort et talentueux avec une variété incalculable d'armes.
Rien de plus n'était nécessaire, pour la Conquérante, puisqu'elle menait elle-même ses armées à la bataille. C'était quelque chose, que ceux qui ne la connaissaient pas, ne s'attendaient pas. La moitié des souverains du monde, ne revêtaient pas armes et armures pour aller trotter parmi les batailles sanglantes justes pour le sport.
À moins que ce souverain ne soit Xena, Qui à elle seule, valait cinquante de ses meilleurs hommes. Quand la Conquérante cavalait à la tête de son armée, elle inspirait irrémédiablement ses troupes. Et ce type d'inspiration ne pouvait pas s'acheter en restant assis sur un trône, peu importe le nombre de dinars qu'on aurait pu payer.
Affichant un visage sans expression et une attitude royale, la Conquérante tira sur les rênes et stoppa son cheval devant le premier escadron de soldats. Tous affichaient cet air sévère et se tenaient bien droit, leurs visages aussi blancs que celui de leur chef.
Rang après rang, qu'il soit archer, lancier, guerrier, catapulteur, manieur de masse, porteur d'étendard, cavalier ou homme d'infanterie de siège, se tenaient droit comme des statues devant le regard impassible de la Conquérante.
Des centaines de fanions, portant tous, les couleurs et les armoiries de l'Impératrice de la Grèce, claquaient élégamment dans un va et vient provoqué par la brise fraîche. C'était le seul son que l'on pouvait entendre sur tout le terrain.
Les yeux polaires de Xena balayèrent le champ de guerriers, en se gardant bien d'afficher la fierté qu'elle avait au cœur, sur son visage. C'était ses hommes, achetés et payés avec le sang de leurs frères, qui avaient été rappelés à l'ordre par leur puissante Reine, l'unique propriétaire de leurs vies, de leur souffle.
Sa sérénité fut grossièrement interrompue comme Dagnine amena son cheval haletant et s'arrêta devant elle. Lui aussi, admira le spectacle qu'il avait devant lui, son visage étincelant de fierté. "Selon votre souhait. Majesté. Votre armée est prête à mourir sous vos ordres."
Xena tourna lentement la tête, emprisonnant son regard avec le sien. "Il serait préférable qu'ils soient prêts à tuer sous mes ordres, Dagnine. Mourir est une option que je laisse à mes ennemis."
Le Général devint livide. "Bien sûr, Majesté. C'est ce que je voulais dire."
Derrière eux, Callisto grogna.
Avec un léger bruissement, la Conquérante descendit dans les rangs.
*******
"Elle vient par ici," murmura Karreleus au jeune homme à sa gauche, qu'il soutenait fermement par la taille. "Peux-tu te tenir debout tout seul ?"
"Je… Je n'en suis pas certain." Potus était tremblant et pâlot, plus par la douleur que par le fait que la Conquérante de la Grèce n'était plus qu'à cinquante pieds, et se dirigeait droit sur lui.
"Tu ferais bien mieux de le savoir et vite, mon gars. Parce que te tenir debout ne sera plus une option pour toi si tu ne t'en assure pas très bientôt."
"Laisses-moi, alors." Siffla Potus.
Le vieux soldat fit ce qu'on lui avait demandé, à la minute où il retira son bras, Potus s'effondra sur le sol, Karreleus attrapa le jeune homme. "Par le Tartare …" Ces mots s'arrêtèrent quand il reconnut le cheval familier qui emplit sa vision. Il se redressa comme s'il avait été frappé par la foudre, en tentant de redresser Potus avec lui comme il le put.
"M… M… Majesté."
"Karreleus."
La voix profonde et rauque de la Conquérante envahit les sens du vieux soldat, sa colonne vertébrale se figea bien droite, pendant qu'un choc électrique descendit le long de son crâne jusqu'à ses orteils puis remonta jusqu'à son ventre.
Que la Conquérante se souvienne du nom de quelqu'un était de deux choses l'une, soit une bénédiction, soit une malédiction.
Pour sa vie, Karreleus ne put deviner laquelle des deux s'appliquait à lui dans ce cas.
"Je sais que la Conquérante veut que ses hommes se supportent l'un l'autre, mais je crois que c'est allez un peu trop loin, tu ne crois pas ?" Demanda Callisto, en regardant les deux hommes en souriant cruellement.
Par pur réflexe, Karreleus retira son bras comme s'il avait été brûlé, laissant Potus couler ou nager par lui-même.
Le jeune homme tomba encore, mais se reprit avant de toucher le sol. Serrant les dents de douleur, il se redressa lentement et se tint aussi droit qu'il le put, en vérité, ce n'était pas du tout droit.
Callisto fit la moue à cet étalage. "Le pauvre chéri, il souffre! J'ai justement un remède pour ça."
Étirant le bras, la blonde sortit son épée du fourreau et la balança dans un arc mortel qui oscilla directement vers le cou de l'homme.
Potus ferma les yeux et pria les Dieux, espérant que sa mort ne serait pas douloureuse.
Aussi vite qu'un chat, une autre longue lame métallique bloqua l'élan meurtrier de l'épée de Callisto, et repoussa l'arme loin du cou exposé du jeune homme.
"Range ça, Callisto," grogna la Conquérante, sans même regarder sa Seconde.
"Oh ! Xena. Dois-tu toujours garder tout le plaisir pour toi?"
Ignorant la femme, Xena ramena sa propre épée sur Potus, sa lame tranchante découpa aisément et avec hâte le gilet rapiécé, pour exposer l'ennuyeux bandage blanc. Une demi-seconde plus tard, le bandage fut aussi de l'histoire ancienne, laissant à l'air libre les sutures de sa poitrine.
"Comment est-ce arrivé ?"
Potus déglutit. "J'ai… trébuché… Majesté."
"Il ment, Xena ! Laisses-moi le tuer pour toi. S'il te plaît ?"
Le jeune homme retint un hurlement de douleur comme la froide lame de l'épée de la Conquérante se mit à jouer avec les points de sutures de sa blessure.
"Et est-ce que… tu trébuche… souvent ?"
"Non, Majesté," réussit-il à dire entre ses mâchoires serrées.
"Xe-na…" supplia Callisto.
"Tu ne prendrais pas la chance de me mentir, n'est-ce pas ?" Xena augmenta la pression de son épée sur la poitrine du costaud Potus.
"Non, Majesté!!!" Il ne put réprimer le cri qui sortit, et même si ses jambes se dérobèrent sous lui, il réussit malgré tout à rester sur ses pieds, le visage et la poitrine enduit de sueur.
Souriant légèrement, Xena retira son épée. "Je pourrais avoir besoin d'un homme qui s'en tient à son histoire sous… la menace… adverse. Rapportes-toi au Capitaine de ma Garde Royale. Peut-être pourra-t-il trouver un remède pour te guérir de ton infortuné… maladresse."
Jusqu'à la fin de ses jours, Potus ne sut jamais quel Dieu lui avait donné la force d'exécuter une révérence, mais après ce jour, il les pria tous avec gratitude pour lui avoir épargné la vie.
Avant que personne ne puisse dire ce qu'ils avaient vu, la main de la Conquérante bougea. Un gémissement résonna et Pentrès se retrouva sur le dos, ses yeux morts, fixant le soleil et la moitié d'un chakram enfoncé dans sa poitrine sans vie.
Le rire enchanté et perçant de Callisto emplit l'air.
"Dis-moi, Karreleus," dit Xena sur le ton de la conversation, "y a-t-il une raison pour que mon décret bannissant l'alcool dans les campements ait été ignoré par les hommes de ton escadron ?"
Ravalant difficilement, Karreleus inclina la tête et fixa ses bottes. "Pas de raisons, Majesté."
Callisto s'avança encore une fois sur sa selle, mettant une main en coupe sur une de ses oreilles. "Peux-tu parler plus fort, vielle chèvre. Je ne pense pas que la Conquérante t'a entendu signé ton propre arrêt de mort. Je sais que moi je n'ai pas entendu."
La tête de Karreleus se releva comme il se remit droit. "J'ai dis, 'Pas de raisons, Majesté.'"
La femme blonde sourit. "C'est ce que j'avais cru entendre mon chou." Se reculant, elle se tourna vers Xena. "Est-ce que je peux au moins tuer celui-ci ?"
Le regard distant revint dans les yeux de la Conquérante, et avec un geste de la main, elle continua sa route le long des troupes.
Derrière elle, Callisto hurla son triomphe.
*******
Gabrielle était agenouillée près du soldat profondément comateux et flattait doucement ces fins cheveux noirs. Prenant sa voix la plus douce, elle lui raconta des histoires sur la Xena qu'elle avait connu, celle qui s'était tourné vers le bien, après l'intervention d'un merveilleux héros.
Elle n'utilisait toutefois pas le nom de son amante. C'était un risque, qu'à ce point, elle n'osait pas prendre.
C'était assurément ses meilleures histoires, remplit d'inspirations et d'exemples, expliquant comment l'amour et le désir d'être bon pouvait vaincre les forces du mal.
L'homme, bien sûr, ne répondait pas, mais le son de sa propre voix, empêchait Gabrielle d'imaginer toutes les horreurs qui la guettaient au dehors de la tente, vu le silence inquiétant qui régnait.
Elle s'arrêta de parler un court instant plus tard, pour rafraîchir sa gorge desséchée avec l'eau d'une gourde. Ce fut à ce moment qu'elle entendit le bruit des chevaux qui se rapprochaient et qui s'arrêtèrent directement devant la tente. La gourde lui échappa des mains et elle essuya les gouttes qu'elle avait sur les lèvres, son cœur battait en un curieux mélange d'anticipation et de terreur abjecte.
Elle pouvait sentir la présence de Xena à travers le tissu de la tente. Elle pouvait presque la sentir dans la brise ; cette combinaison d'odeurs de chevaux, de sueur, et de cuirs était si évocatrice pour ses sens. Elle agrippa le lit de fortune où reposait le soldat et ses jointures blanchirent sous la tension.
Le bruit agaçant d'un cheval, le rajustement d'une armure, le bruit mât d'une tente quand on ouvre le rabat, et elle était là, en cuirs et armures, son aura dégageant un magnétisme surréaliste.
La gorge de Gabrielle se dessécha à nouveau quand elle regarda vers le haut et que son regard fut capturé par les yeux bleus clair ; Ceux-là même qu'elle aurait passé une vie entière à contempler, seulement c'était une étrangère qui la regardait. Le rythme de son cœur augmenta et son estomac se noua.
C'était une chose à peine imaginable que de rencontrer cette femme froide, distante, qui éclipsait toute trace de chaleur humaine, d'amabilité, de compassion, tout ce que Gabrielle savait être bien camouflée à l'intérieur d'elle.
C'était une toute autre chose que de se tenir face à face avec toutes ces contradictions personnifiées, voir les différences et les ressemblances, aussi visible que le pinacle du Mont Olympe lui-même, quoique biaisé de façon très fondamentale.
Elle se sentit défaillir, mais se débattit avec la formidable force de sa volonté, acquise avec les années.
En entrant dans la calme pénombre de la tente, le regard de Xena tomba sur une petite femme aux cheveux dorée, accroupit aux côtés d'un lit occupé. De magnifiques yeux jade séduisirent et retinrent les yeux scrutateurs de celle-ci.
Xena prit la femme pour une Amazone dès le premier regard, et avait aisément remarqué, les muscles fluides sous le confinement de ses habits de paysanne. Assez étrangement, par contre, elle ne ressentit pas l'étincelle de colère qui accompagnait habituellement la rencontre avec une Guerrière Amazone.
Au lieu de ça, la Conquérante surprit autre chose dans ce regard franc. La bonté, l'ouverture et la tendresse.
Si son cœur n'avait pas été si victorieusement enterré sous une chaîne de montagne entière de haine noire, elle aurait pu voir ce que c'était vraiment.
De l'amour…
Gabrielle sentit son corps se remettre sur ses pieds par la puissance de la promiscuité provoquée par la présence de Xena. Elle se tint passivement debout devant son amante changée en étrangère, décidé à ne pas se laisser gagner par la peur qui ferait surgir la bête que celle-ci portait en son sein.
Voyant qu'elle devrait être celle qui briserait le silence, la Barde laissa un sourire apparaître sur son visage. "Hum…! Hello." Elle s'arrêta un moment, n'ayant aucune idée de la façon dont Xena voulait qu'on s'adresse à elle. "Je… suppose que tu te demande qui je suis, et ce que je fais ici."
Le visage de la Conquérante demeura impassible. Si elle avait été offensée par le manque de considération honorifique de la femme, elle ne le montra pas.
Gabrielle s'éclaircit la gorge. "Hé bien… au cas où tu te le demanderais, mon nom est," elle déglutit, "Gabrielle. Je suis une guérisseuse."
Un sourcil s'éleva.
"C'est ce que je suis vraiment," se dépêcha d'expliquer la Barde. "Je me promenais tout près d'ici, lorsqu'un jeune homme s'est blessé dans le camp. J'ai suturé sa plaie et Tao Feng, ton guérisseur en chef, m'a engagé." Finit-elle avec un sourire éclatant.
Qui disparut aussitôt quand l'épée de la Conquérante se retrouva tout juste sous son menton.
Elle avait une si grande confiance en Xena, qu'elle ne cligna même pas des yeux ; au lieu de ça, ses yeux restèrent fixées sur les yeux bleus rétrécit de son assaillante.
"Cesse de creuser ta tombe encore plus profondément qu'elle ne l'est déjà en me mentant, Amazone. Ta mort rapide pourrait se transformer en une mort très lente.
"Il n'est pas nécessaire de me tuer," répliqua Gabrielle, d'un ton fulminant, malgré la précarité de la situation. "Je n'ai rien fait de mal."
"Tu t'es arrangé pour infiltrer un camp remplit de plusieurs milliers de soldats armés."
Gabrielle rougit légèrement. "Hé bien, si c'est ce que tu pense." Elle s'oublia pendant un moment et sourit malicieusement à la femme qui était, et qui n'était plus sa partenaire. "Que penses-tu de ma technique ? Matériel d'espionnage de première classe ?"
L'épée s'enfonça un peu plus dans la chaire tendre de son cou, elle se rattrapa vite.
"C'était une plaisanterie."
La Conquérante se débrouilla pour masquer son ahurissement le plus complet, pendant qu'elle observait Gabrielle. Cette femme, qui avait en réalité, l'air d'une gamine, se tenait là, la pointe d'une épée appuyée sur la gorge, à sourire et à raconter des plaisanteries, comme si elle avait parlé à une de ses plus chères amies et non à la Conquérante de la Grèce. Xena était extrêmement perplexe. Était-ce une simple d'esprit ou était-elle plus rusée que les renards qui venaient parfois se promener sur ses terres ?
Un seul regard dans les yeux vert étincelant, servit à anéantir assez rapidement la première possibilité. Ils débordaient d'intelligence, de joie, quoiqu'un doux feu y brûlait, cela laissa Xena, une femme habitué à ce que tant d'intelligence soit utilisée comme une arme contre elle, encore plus perplexe.
Ce ne fut pas une réflexion avec laquelle elle se sentit en paix.
Remarquant les subtils mouvements du corps de la Conquérante, Gabrielle comprit qu'il ne lui restait pas beaucoup de temps, elle réagit en vitesse. "C'est plutôt difficile d'infiltrer un campement quand les soldats vous y invite," commença-t-elle. "Et ils m'ont invité. D'une certaine façon."
Les paroles de la Barde firent leurs effets magiques sur Xena, intrigant la plus crainte et la plus dangereuse femme du monde. "Continu."
"Comme je l'ai dit. Je marchais au bout de ton campement, quand j'ai vu un jeune garçon rencontrer sa destinée au mauvais bout de l'épée. C'était un accident, mais quand j'ai vu que les autres soldats restaient plantés là, à le regarder se vider de son sang, hé bien…je n'ai pas pu passer mon chemin."
"Alors tu… l'as aidé."
Gabrielle sourit. "C'est ça ! Bien sûr, Karreleus ne voulait pas me voir là au début. Il croyait que j'étais une cuisinière ou quelque chose comme ça. Mais quand j'ai attrapé du fil et que j'ai commencé à le coudre, je crois que ça l'a convaincu assez rapidement. Il m'a conduit à cette tente, c'est là que j'ai rencontré Tao Feng, et pour le reste tu es au courant."
"Karreleus … Alors, le jeune homme avec, à la poitrine, une blessure suturé… c'était ton œuvre ?"
"Oui."
Après un moment, Xena hocha la tête et abaissa son épée. "Impressionnant."
Les coins des yeux de la Barde se plissèrent pendant que son sourire se diffusait en un réflexe joyeux. "Merci !"
L'épée remonta de nouveau. "Tu ne m'as toujours pas expliqué, pourquoi une Amazone, avec de si précieux talents a été 'convenablement' trouvé vagabondant si près de mon camp."
Pardonnes-moi, Artémis. "Je ne suis pas une Amazone."
Le coin de sa bouche se retroussa en un sourire, Xena utilisa son arme pour entailler la modeste blouse de paysanne de la Barde, la découpant par le milieu. Puis elle utilisa la pointe de son épée pour faire glisser le matériel endommagé en bas des épaules de Gabrielle. "Ton corps confesse une vérité que ta langue dénie," elle la contempla. Ses yeux s'attardèrent sur les muscles de l'abdomen et des bras, avant de venir se poser sur la généreuse poitrine de la jeune femme, et d'y rester fixé pendant plusieurs battements de cœur.
Gabrielle résista à l'urgence de se recouvrir, et resta planté fièrement devant l'inspection de la Conquérante. "Toutes les femmes robustes dans le monde ne sont pas nécessairement des Amazones," rétorqua-t-elle en regardant catégoriquement Xena.
Les yeux de Xena s'agrandirent une fois de plus. Il y avait plus, dans cette femme qui semblait innocente et pleine de logique qu'il y avait parut au premier abord. Mais combien plus, la Conquérante ne le savait pas, et c'est ce qui rendit la chose un peu plus difficile. "Peut-être," dit-elle, en gardant son épée là où elle était. "Mais plusieurs le sont."
"Je ne suis pas une des leurs."
"Et je suis sensé croire cette histoire en me basant sur quoi ? Ta parole?"
"Ça serait un début, oui."
Xena grogna. "Alors tu me prends pour une idiote."
"Ce n'est pas le cas, Xena. Tu es peut-être bien des choses, mais 'idiote' ne fait pas partit de la liste."
L'épée remonta encore une fois dans le cou de Gabrielle. "Très peu m'ont appelé par mon prénom et ont survécu pour le raconter."
La Barde leva le menton. "Alors je suis heureuse de me compter parmi les favoris."
"Tu présume beaucoup trop, Amazone," grogna la Conquérante.
La Barde soupira. "Est-ce qu'on y revient encore ? Je te l'ai dit, Je ne suis pas une Amazone. Je suis juste une femme qui s'est trouvé, au bon endroit, au bon moment, et j'ai pu aider quelqu'un qui avait besoin des habiletés que j'ai. Il n'y a aucune sinistre motivation là dedans. Je ne suis pas une espionne et je ne suis pas une tueuse. En fait," ses yeux brillèrent de fierté, "Je n'ai jamais prit une vie. Et je n'ai pas l'intention de commencer maintenant."
De sa position dominante, Xena regarda la jeune femme, profondément dans les yeux, cherchant à deviner ses pensées, ses motivations. Elle était comme un manuscrit ouvert, comme un fruit mûr prêt à être cueillit. Mais elle ne put rien trouver entre les lignes de son histoire de plus que ce qu'elle y avait trouvé depuis le tout premier regard ?
Le regard de la Barde était candide, et cela rendit Xena, une femme qui avait passé presque la moitié de sa vie à flairer les mensonges pour lui éviter qu'ils ne lui coûtent la vie, encore plus prudente.
Mais en même temps, sous toutes réserves, elle se prit à croire la femme. Sur rien d'autre, sinon que sur l'étrange déclaration qu'elle n'avait jamais prit une vie.
Rabaissant son épée et la transférant dans sa main gauche, la Conquérante s'avança d'un pas, diminuant ainsi, encore plus, l'espace qui les séparait, et de sa main droite elle prit le menton de Gabrielle. Avec son pouce calleux, elle se mit à jouer avec la peau satinée des lèvres de l'autre femme. "Qui es-tu ?" Demanda-t-elle, doucement, prête à se perdre dans la chaleur et la douceur du visage qu'elle avait entre les mains.
Les gestes de Xena n'étaient pas cruelles ; ni amoureux. Mais Gabrielle ne put empêcher son corps de répondre à cette caresse, c'était quelque chose que, sa Xena, avait si souvent fait dans des occasions beaucoup trop nombreuses pour être comptées. Elle déglutit pour prévenir sa réaction naturelle de succomber aux caresses qui lui étaient faites. "Je… veux être une amie," murmura-t-elle finalement sous la pression des doigts de Xena.
"Je n'ai pas besoin d'amies," répliqua la Conquérante, tout en continuant de caresser les lèvres de la femme avec son pouce.
"Peut-être pas, mais j'aimerais tout de même en être une."
Gabrielle se raidit quand un son de bottes heurtant le sol se fit entendre et que le tissu de la tente bougea. La voix chantante de Callisto s'insinua derrière. "Xena, chérie, dissimules-tu des cadavres là dedans ? Nous avons une inspection à terminer, au cas où tu l'aurais oublié."
Xena continua de regarder dans les yeux de Gabrielle, son pouce jouant toujours distraitement sur les lèvres de celle-ci. "Prends Marcus et ses hommes et retourne au palais. Je vous rejoindrai là-bas dans un moment."
La Barde se raidit encore plus comme une main entrouvrit un des pans de la tente. "Oh ! Bon ! Maintenant je sais que tu es en train de faire quelque chose d'amusant," dit Callisto.
"Retournes au palais, Callisto… c'est un ordre."
La main resta encore un moment où elle se trouvait déjà depuis un bon moment avant qu'elle ne soit finalement enlevée. Un profond soupir suivit. "Bien. Comme tu veux ! Je suppose que je devrais me trouver mes propres cadavres pour m'amuser avec eux."
Puis elle partit, laissant Gabrielle respirer plus ou moins librement. Elle leva les yeux, mais la froideur distante était revenue dans les yeux de Xena, la changeant, encore une fois, en ce qu'elle était, la Conquérante.
Laissant retomber sa main du visage de la Barde, Xena se retourna pour regarder le soldat qui reposait toujours aussi inconscient sur le lit. Elle remarqua la pâleur de son visage et la sueur qui dégoulinait librement sur le corps à moitié vêtu. Avec la pointe de son épée, elle releva la lourde couverture de fourrure qui le recouvrait, ne jetant à peine qu'un coup d'œil à la jambe grossièrement infectée, avant de la laisser retomber.
"Tao Feng pense que sa jambe peut être sauvée," essaya de dire Gabrielle.
"Tao Feng ne trompe que lui-même."
"Et comment le sais-tu ?"
Xena la regarda brièvement. "Parce que je le sais." Se retournant, la Conquérante leva son épée, et se prépara à l'enfoncer dans le cœur de l'homme.
Sachant qu'elle n'avait ni la rapidité ni la force d'arrêter cet élan, Gabrielle fit la seule chose qu'elle put faire. Elle recouvrit de son corps celui du soldat et cria.
Miraculeusement, Xena fut capable de stopper son mouvement à un cheveu près d'embrocher deux corps, quand juste un seul s'y était trouvé un instant auparavant. Ses yeux en état de choc, s'agrandirent de colère. Elle attrapa le dos de la blouse de Gabrielle et tira la petite femme vers l'arrière, la secouant comme une poupée de chiffon. "Qu'est-ce que tu fais !"
"Tu ne peux pas tuer cet homme."
La Conquérante relâcha sa prise, la lançant au centre de la tente. "Regardes-moi."
"Non !"
Abaissant une fois de plus son épée, Xena tourna le dos à la jeune femme qui sauta sur ses pieds. "Non ?"
"Qu'est-ce qu'il a fait pour mériter d'être exécuté ?"
"Il ne m'est plus utile."
"Parce qu'il ne peut pas se battre ?" Demanda Gabrielle incrédule, sur un ton coloré.
"Exactement."
La Barde s'approcha le plus près possible de la Conquérante. "Xena, c'est un homme, pas une épée brisée."
"C'est un Guerrier qui n'est plus en état de se battre. Pour moi c'est un poids mort."
Les yeux de Gabrielle s'emplirent de rage et de tristesse. "Et sa famille ? Est-il 'un poids mort' pour elle aussi ?"
Xena n'hésita pas. "Oui."
"Je ne te crois pas."
"Je n'ai pas demandé que tu me crois. Et encore moins ta permission." La Conquérante repoussa Gabrielle au loin, par contre cette fois, elle le fit plus doucement. Puis elle éleva son épée, empoigna le pommeau de ses deux mains, et la plongea d'un mouvement incisif, transperçant le cœur du soldat ce qui le tua instantanément.
"Par les Dieux," étouffa Gabrielle avec répulsion, en dessous de toute compréhension de l'acte dont elle venait d'être témoin.
Après avoir essuyé le sang sur la lame de son épée, Xena fouilla sous les couvertures de fourrure et extirpa de dessous le matelas, la bourse du soldat. Se retournant, elle tendit la bourse lourdement emplit de dinars, "Trouves un coursier, et assures-toi que ceci sera remit à sa famille. Dit leurs qu'il est mort avec honneur. Puis assures-toi qu'il recevra un enterrement décent."
Gabrielle regarda la bourse, puis son regard noyé par les larmes remonta vers les yeux sans émotions de la Conquérante. "N'as-tu même jamais, su son nom ?"
Plus tard, la Barde jura avoir vu pendant un court instant, la tristesse envahir les yeux bleus métalliques de Xena, mais aussi vite que le souffle éteint la flamme d'une chandelle, cette lueur avait disparu. "Son nom était Samos. C'était un de mes meilleurs cavaliers."
Et sans un autre mot, la Conquérante tourna les talons et disparut, laissant une Gabrielle au cœur brisée.