Moi la conquérante

Chapitre 3




La brise plus fraîche maintenant, avec la venue du soir, entrait par la fenêtre ouverte de la salle d'étude de la Conquérante, lui soulevant les cheveux et les laissant retomber paresseusement dans son dos. Les parchemins qu'elle tenait devant elle, bruissaient légèrement et elle les reposa, d'un mouvement agacé, et elle loucha comme la lumière des torches envoyèrent danser quelques mots dans l'ombre. Son corps frissonna lentement, et un courant d'air se propagea également sur le corps de certains de ses Gardes Royales, et bien entendu, sur Callisto, qui ne pouvait s'empêcher de croiser le fer avec Xena que ce soit dans cette réalité ou dans une autre.

Un peu plus tôt dans la journée, un messager avait amené les parchemins qui contenaient le résumé des espions qu'elle avait posté à Rome et dans les provinces avoisinantes. Ses yeux avaient brièvement parcouru les textes, et n'avait rien trouvé d'inespéré dans les missives.

César était sur le point de devenir Empereur, mais une rumeur de révolution courait apparemment sur toutes les lèvres des citoyens romains. Les Sénateurs devenaient agités et certains appuyaient même cette révolution. C'était tout ce qui lui était venu à l'oreille.

Un sourire sombre prit naissance sur ses lèvres comme elle lut que César avait envoyé Brutus et plusieurs légions sur la mer en direction de la Gaule pour y éteindre une rébellion. Brutus était, sans aucuns doutes, le meilleur général de César. L'armée de son ennemi ne s'en trouvait que plus faible sans lui à sa tête. Pourquoi César avait choisi de l'envoyer si loin pendant que la Grèce était près de cogner à sa porte ? C'était un casse-tête qui l'occuperait, pendant plusieurs jours.

"Bâtard vaniteux," murmura-t-elle, en prenant le parchemin suivant sur la pile.

"De qui parlons-nous cette fois ?" Demanda Callisto de la place qu'elle occupait près de la fenêtre, en replaçant un des coussins et en s'enroulant une mèche de cheveux autour du doigt. "Non, non … laisses-moi deviner." Grogna-t-elle lourdement, elle s'assit plus droite. "Il est environ de cette taille, a un style de coiffure atroce, et adore mettre la Princesse Guerrière que tu es sur une croix."

La Conquérante lança un bref regard à Callisto avant de retourner son attention sur le parchemin qu'elle était en train de lire.

Callisto renversa la tête en arrière et rit. "Oh Xena, Xena. Il n'y en a que pour César, n'est-ce pas ? César ceci, César cela. Si je ne te connaissais pas si bien, je jurerais que tu as encore le béguin pour lui."

Toutes réponses que Xena était sur le point de formulées furent stoppées par un son inhabituel venant de la brise fraîche du soir. Relevant la tête, elle attendit en état d'alerte.

Le son se répéta. Et encore, et encore augmentant en intensité.

"Quoi ?" Demanda Callisto, habitué à cette expression.

La Conquérante se leva lentement, puis traversa la pièce pour aller regarder dehors par la fenêtre. Tout semblait normal, mais ses instincts transmettaient une alarme que son corps ne pouvait pas ignorer

"Des problèmes," murmura-t-elle, en se retournant et traversant la pièce jusqu'à la grande porte qui scellait celle-ci.

Callisto sauta en bas du divan, se frappant dans les mains. "Chic !"

Attrapant la poignée, Xena ouvrit la porte brusquement, ses yeux lancèrent des éclairs en direction d'un de ses gardes. Avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche pour parler, un tintamarre retentit dans le corridor laissant apparaître un jeune homme hors d'haleine qui courut jusqu'à elle. Presque en s'effondrant à ses pieds, exténué, il réussit à dire "Problème !" En essayant de s'incliner devant la conquérante et il faillit une fois de plus tomber sur le plancher.

"C'est évident, petit vers de terre insignifiant," gronda Callisto, en empoignant le coursier par le devant de son uniforme et en le soulevant jusqu'à ce qu'il ne soit qu'à quelques pouces de son visage. "Quel genre de problèmes ?"

Le coursier prit quelques inspirations difficiles, ses poumons semblaient vouloir exploser d'avoir eut tant d'efforts à faire.

Callisto le secoua sauvagement. "Parles, ingrat, où je vais nourrir Cerbère le chien des enfers avec ton petit corps."

"P…P… Persiens !"

Xena se retourna promptement, la main sur le pommeau de son épée. "Ou ? ""

"Dans le… camp ! Ils… Ils ont pris plusieurs… bateaux Égyptiens… en mer ! Ils sont entrés… dans le port !"

"Et le commandant du port les a laissé entrer ?" L'homme allait mourir, vraiment lentement, et de sa propre main, se jura-t-elle.

"Non ! Oui ! Majesté ! Ils étaient… dé… déguisés comme des Égyptiens ! Il ne pouvait pas savoir !"

"Laisses-le, Callisto."

Roulant ses yeux, la Guerrière blonde laissa tomber le soldat haletant, puis secoua la main qui l'avait tenu, d'un air dégoûté.

La Conquérante regarda le coursier par terre, ses yeux étaient devenus argentés et brûlaient d'excitation. "Où sont ces Persiens maintenant ? Exactement."

Le jeune homme retrouva finalement son souffle. "Ils sont encore dans le camp des Égyptiens, Majesté. La petite armée de Chine est venue leur prêter main forte, et Dagnine a dit de vous dire qu'il avait envoyé deux escadrons là bas. Il restera derrière avec le plus gros des forces au cas où une autre attaque se produirait ailleurs dans le camp.

"Il a vraiment dit ça ?" Remarqua Callisto, hochant la tête d'un air amusé. "Tu dois te tromper. Cet idiot incompétent ne pourrait même pas trouver son chemin vers un cabinet et ça même s'il avait une carte sous les yeux."

Se penchant, Xena redressa le coursier et le remit sur ses pieds. "Retournes là-bas, et dis à Dagnine de rester sur ses gardes. Sous aucunes circonstances, il ne doit envoyer d'autres troupes, à moins que je ne lui en donne directement l'ordre. Tu as compris ?"

"Oui, Majesté."

"Bien. Va maintenant."

La Conquérante reposa le coursier par terre, et se retourna une fois de plus vers le portier. "Réveilles Marcus et dit lui de préparer ses troupes. Nous avons des Persiens qui ont besoin d'une leçon."

Le caquètement enchanté de Callisto résonna dans le palais.

Que les Persiens soient des combattants féroces ne faisait aucun doute ! En fait, la Conquérante avait déjà pensé à forger une alliance avec eux, ne serait ce que pour cette qualité qui les démarquaient.

Mais à la fin, elle rejeta sagement cette facétie. Cette chose qui faisait d'eux des combattants féroces, les rendaient aussi, indigne de confiance à l'extrême. Forger une alliance, peu importe ce qu'ils auraient pu rapporter militairement parlant, serait revenu à leurs donner le couteau qu'ils lui auraient si gentiment planté dans le dos.

Et ce n'était pas une chose qu'elle avait envie de voir se produire.

Les cris et les hurlements des hommes qui se faisaient massacrer, étaient porté par la brise jusqu'à ses oreilles, même parmi les bruits tonitruants des chevaux paniqués qui couraient. Elle sentit un sombre désir grandir dans son cœur, puis se répandre dans son corps en entier, infusant ses muscles et ses membres d'un pouvoir mystérieux.

Elle sourit férocement, ne se sentant vraiment vivante que sur un champ de bataille, l'odeur du sang et de la mort la fit frissonner de plaisir encore plus que les lèvres d'une amante n'auraient pu le faire.

Son épée sortit de son fourreau et siffla de façon sibilante. Elle embrocha sa première victime avant que la sombre Conquérante ne se rende compte qu'elle l'avait fait.

Son cri de guerre résonna au-dessus de la furieuse bataille, provoquant peur et frayeur parmi les hommes. Elle se laissa doucement couler dans les eaux de la fureur, la Régente des Nations, et la Persécutrice de la Mort, tout ça, emballé dans une terrible draperie de beauté et de force surnaturelle.

Les hommes s'affaissèrent devant son impétuosité, l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'il ne reste que des cadavres, là où s'était tenu debout des hommes quelques instants auparavant. Comme des soldats de bois qu'un enfant aurait brisé sans peine.

Elle s'enfonça plus profondément dans le conflit, épargnant ceux qui avaient encore ses faveurs, et changeant le cours de la bataille, pour faire tourner celle-ci à son avantage.

La Conquérante regarda par terre après avoir fait trépasser deux soldats qui se trouvaient dans les parages, et vit la jeune guérisseuse blonde qui combattait à sa manière, assommant des hommes deux fois sa grandeur, l'un après l'autre, avec de furieux coups de bâton d'Amazone. La bataille qui faisait rage se déroulait, et Xena était captivé par la fluidité des muscles de la petite femme, par la grâce de ses mouvements qui faisait ressembler la bataille qu'elle menait à une danse primitive. "Que fais-tu là ?" S'entendit-elle crier par-dessus le tumulte.

Gabrielle regarda vers l'apparition sanglante juchée sur un destrier, puis cligna des yeux. La Conquérante froide qu'était devenu sa Xena lui sauta aux yeux. Plus de Guerrière passionnée qui combattait pour le bien. Son cœur lui fit mal, au fait de se sentir à la fois si proche et si loin de cette femme qui la regardait, une épée ensanglantée à la main. "Et que crois-tu que je fasse ici ? Je suis en train de me battre!" Grogna-t-elle en mettant un homme à ses genoux, puis en lui assenant un dernier coup de bâton ce qui l'étendit raide sur le sol.

"Je croyais que tu avais dis que tu ne tuais pas."

"Je ne tue pas !"

Et à ces mots elle vit des signes de vie dans les corps qui se trouvaient aux pieds de la Barde. Xena continua à la regarder, impressionné malgré elle.

Après avoir assommé un autre opposant, Gabrielle regarda de nouveau vers Xena, ouvrant de grands yeux horrifiés à la vue d'un lancier Persien qui se dirigeait, en galopant à tombeau ouvert droit sur la Conquérante de la Grèce. "Xena ! Derrière toi !"

Sans même lâcher des yeux la jeune femme, Xena étira son bras par derrière et saisit la lance à quelques pouces de son dos. Avec un mouvement du poignet, elle tira dessus et son attaquant fut projeté en bas de sa monture, puis elle le transperça avec la grande lance. "Merci," répliqua-t-elle avec un léger signe de tête.

Gabrielle sourit légèrement, essayant de ne pas regarder l'homme qui avait la poitrine transpercée par la lance, mais heureuse d'avoir été, une fois de plus, au bon endroit au bon moment. "Bienvenue."

Tout ce qui aurait pu avoir été dit fut interrompu par des acclamations qui montèrent au-dessus du camp, signalant que la bataille était terminée.

Callisto et deux autres soldats grecs amenèrent un homme gigantesque jusqu'à la Conquérante. Souriant malicieusement, la Guerrière blonde envoya un coup de pied derrière les jambes de l'homme qui tomba à genoux sur le sol ensanglanté. "Inclines-toi devant la Conquérante, porc pathétique," gronda-t-elle, donnant un autre coup de pied sur la tête de l'homme pour que celle-ci rencontre le sol. Ses bras étaient attachés solidement derrière son dos, et Xena pouvait facilement voir les muscles de ceux-ci se tendre dans un effort pour rompre ses liens.

Avec un signe de tête de la Conquérante, un des soldats tira la tête de l'homme et le remit sur ses genoux. Son visage était barbouillé de boue.

Xena plaça la pointe de son épée sur la gorge du Persien, et sourit légèrement. "Menais-tu ses hommes ?" Demanda-t-elle dans son propre langage.

Instinctivement la réponse de l'homme fut de redoubler ses efforts dans le but de s'enfuir, ses dents se serrèrent férocement.

Callisto lui envoya un autre coup de pied, qui l'envoya embrasser le sol une fois de plus. Son corps tomba comme un poisson mort et son visage rencontra la boue pour la seconde fois.

Un autre signe de Xena, et le Persien fut tiré par en arrière une fois encore.

"Menais-tu ces hommes ?"

L'épée se pressa de nouveau sur la gorge de l'homme. Un petit cri fut perçu et une traînée de sang descendit le long de son cou.

Depuis sa position quelque part un peu plus loin de l'action, Gabrielle était immergée dans son propre dilemme, seulement dans son cas, c'était un dilemme intérieur. Une partie d'elle voulait empêcher ce qui était sur le point de se dérouler devant ses yeux, la mort lente, douloureuse et inutile d'un homme. Mais une autre partie d'elle argumentait, lui semant de partir de là au plus vite. Comment était-ce possible que la blonde psychopathe ne l'ait pas encore découverte, c'était une question que Gabrielle n'osait même pas se poser.

Quand le soldat Persien fut projeté une fois de plus dans la boue et que le son de doigts brisés résonna sous le poids de la botte de Callisto jusqu'à ses oreilles. Gabrielle prit sa décision.

Prenant son bâton fermement dans ses mains, elle fit un pas dans la direction du groupe, son visage affichait une ferme détermination.

Elle fut stoppée net par quelque chose qui lui empoigna fermement l'épaule. Elle se retourna pour voir le visage sombre de Tao Feng qui la maintenait.

"Il y beaucoup de gens qui ont besoin de ton aide ici," dit-il doucement.

Gabrielle tourna la tête pour voir le soldat être soulevé une fois de plus, les tendons de son cou étaient gonflés par la terreur et la peur. "Oui je sais, mais…"

"Tu ne peux plus rien pour lui, Gabrielle. Il est le général de l'autre armée. Sa vie est perdue." Il baissa la tête légèrement. "Sûrement que tu réalise cela?"

Gabrielle se retourna vers le guérisseur, d'un air maussade. "Bien sûr que je le réalise. Mais cela ne veut pas dire que je suis d'accord. Ni que je doive rester là comme si de rien n'était." Ses mâchoires se serrèrent avec détermination. "J'ai déjà pu empêcher une chose pareil par le passé." Se souvenant, de la bataille au fort d'Athènes.

"Tu ne pourras rien arrêter cette fois." Tao Feng regarda par-dessus l'épaule de la petite femme.

Le doux son d'une épée qui fend l'air se fit entendre. Puis se fut le silence total.

Gabrielle soupira, et ne se retourna pas. "Il vient de se produire ce que je croyais qui allait ce produire, n'est-ce pas?"

Le guérisseur acquiesça pendant que la foule applaudissait, au moment même ou la triomphante Callisto, levait la tête du général Perse bien haut dans les airs.

"Par les Dieux," soupira Gabrielle, malade de dégoût

Tao Feng la regarda, ses yeux noirs en amande affichaient la tristesse. "Viens. Il y a beaucoup d'hommes dont la vie n'est pas encore perdue. Peut-être tes talents pourront-ils les sauver de la lame de la Conquérante."

Gabrielle voulait se retourner ; pour imprimer dans sa mémoire cette vision de mort qu'elle n'avait pu prévenir.

Au lieu de ça, elle refoula ce sentiment indulgent au tréfonds d'elle-même, et se contenta de suivre Tao Feng qui se frayait un chemin au travers des cadavres vers la tente des soins au centre du camp Égyptiens.

L'odeur de la douleur, de la peur, et de la mort assaillit les sinus de Gabrielle quand elle ouvrit les pans de la tente des guérisseurs. Des soldats blessés emplissaient chaque recoin disponible, sur les lits, sur les tables, sur le sol, il y en avait partout. Plusieurs criaient et agonisaient. D'autres pleuraient piteusement demandant de l'eau. Et d'autres semblaient mort.

Tao Feng courut vers un homme blessé, pour le réconforter pendant que deux autres guérisseurs faisaient de leur mieux pour soigner ses blessures. Droit devant elle, Gabrielle vit un homme crier et tenter de retirer une lance qui lui avait transpercé la jambe. Son visage était livide et il souffrait mille morts, puis ses yeux se révulsèrent dans sa tête.

Prenant une grande respiration, Gabrielle commença à esquisser un sourire lumineux et calme sur son visage, elle toucha l'homme gentiment. "Je suis ici pour aider," dit-elle d'un ton serein. "Quel est ton nom ?"

"Z… Zargos," dit-il, en sifflant de douleur. "Est-ce… Est-ce que je vais la perdre ?"

La Barde regarda la blessure, elle était profonde, mais en y regardant mieux, elle semblait moins grave qu'au premier regard. La lance avait transpercé la partie tendre de la cuisse du soldat, cela lui donnait un avantage, par contre elle ne pouvait pas dire si la lance compressait une artère, ce qui faisait que le sang ne coulait que très peu pour le moment. Elle regarda de nouveau les yeux du soldat. "Je ferai de mon mieux pour que tu ne la perdes pas."

Après un long moment, l'homme fit un signe de tête et se laissa tomber en arrière sur le grabat, ses mâchoires se contractèrent pour retenir un cri de douleur.

Gabrielle se tourna et attrapa le premier soldat encore potable qu'elle put trouver. "Vas me chercher autant d'eau que tu peux, ainsi que des bandages propres, et aussi des sangles."

Le soldat la regarda comme si elle avait deux têtes.

"Tout de suite !" Grogna-t-elle, lui donnant une poussé sur la poitrine pour le faire bouger.

La poussée envoya l'homme hors de la tente, il secoua la tête et se demanda comment une femme qui faisait la moitié de sa taille avait fait pour lui donner une si forte poussée. Peu importe, il lui obéit comme si l'ordre était venu de la Conquérante en personne.

Après tout, ce n'était pas bon de se mettre un guérisseur à dos. Peut-être en aurait-il besoin un jour.

Se retournant vers un autre soldat blessé, elle attrapa la gourde de ses mains juste comme il était sur le point de boire, et nettoya ses mains ensanglantées avec cette eau, en les frottant du mieux qu'elle le put. Puis elle arrosa la blessure avec le restant, enlevant les saletés et le sang coagulé autour de la plaie, c'était tout ce qu'elle pouvait faire vu les circonstances.

Elle attrapa plusieurs bandages au moment ou un guérisseur passait devant elle, épongea l'excès d'eau et de sang, et regarda de plus près la blessure, sous une lumière inadéquate.

"Toi, là-bas," cria-t-elle à un autre soldat qui venait tout juste de déposer son camarade blessé, "apporte cette torche et tiens la, au-dessus de moi. J'ai besoin de lumière."

Le soldat fit ce qu'elle lui avait ordonné, arriva torche à la main, et regarda les beaux yeux verts de la femme à qui il avait obéis sans discuter.

Avec un meilleur éclairage, elle put enfin voir la gravité de la blessure. De par la position de la lance, il semblait que ses pires craintes se confirmaient, l'arme compressait effectivement l'artère de l'homme, ce qui provoquerait une hémorragie massive si elle n'était pas assez rapide pour appliquer une pression efficace sur la plaie béante.

Elle examina le dessous de la jambe du soldat. La pointe de l'arme sortait de la chaire d'environ quatre pouces. Environ un pied de l'arme trônait au-dessus de celle-ci. D'un côté comme de l'autre, la lance était couverte de saleté et de sang, donc peu importe ce qu'elle déciderait de faire, la tirer où la pousser, cela contaminerait la plaie à coup sûr.

Elle soupira, et essuya la sueur qui lui trempait le front avec le dos de son poignet, y laissant une trace noirâtre de sang et de terre. "D'accord, alors. Tirer semble être la meilleure alternative." Elle se leva, et attrapa la torche des mains du robuste soldat. "J'ai besoin que tu m'aides. Quand je lèverai sa jambe tu devras briser la pointe de la lance, ensuite, enlèves le haut très lentement."

Le soldat la regarda avec dédain. "Tu es folle, femme ?"

"Pas la dernière fois que j'ai regardé, non. Maintenant, est-ce que tu vas m'aider ou pas ?"

Après avoir vu l'absolu et extrême détermination irradier autour de la femme tel une aura, le soldat ne put rien faire d'autre qu'acquiescer, en combattant la nausée qui lui remontait dans la gorge. "D'accord," croassa-t-il. "Qu'est-ce que je dois faire ?"

"Tu n'as qu'a casser la hampe, aussi près de la jambe que possible." Elle se retourna vers l'homme blessé. "Prends de profondes inspirations, Zargos. Ça sera finit avant que tu ne t'en aperçoives."

"C'est… c'est ce qu'i… qu'ils disent tous. J'ai déjà vu ça."

Souriant. Gabrielle lui tapota l'épaule de sa main libre, puis passa celle-ci sous la jambe et la souleva aussi haut qu'elle le put. Elle fit signe au soldat, qui agrippa la lance ensanglantée dans ses mains et, avec force, il cassa la pointe, son compagnon blessé hurla.

"Ça va. Ça va, Zargos," dit Gabrielle d'un ton apaisant, elle donna la torche à un autre homme et attrapa d'autres bandages dans un panier qui était miraculeusement apparut à ses côtés. "Il va maintenant tirer sur la lance pour la retirer, puis après, je vais te coudre, et tu seras comme un neuf, d'accord ?"

"Fini… Finissez-en vite, o..ok ?"

"Ok." Elle fit un autre signe, et attendit que le soldat empoigne la lance et commence à tirer doucement pour la retirer de la jambe de Zargos.

Le blessé perdit connaissance avant qu'elle ne soit complètement retirée, ce qui soulagea Gabrielle, le soldat, et l'homme qui maintenait la torche.

Au moment ou l'arme fut libérée, Gabrielle saisit les deux côtés de la plaie et appliqua une pression avec les bandages sur la jambe, elle y mit toute la force dont elle était capable. Les linges blancs devinrent rouge en quelques secondes et le sang s'insinua entre ses doigts. "Plus de linge," ordonna-t-elle, soulagé de voir que sa requête était exécutée sans discussion.

Avec un curieux fourmillement dans le bas ventre, elle réalisa qu'elle venait de reconnaître les mains qui avaient remplacé les siennes sur la jambe de Zargos, pour y maintenir la pression.

Alors, le calme absolu qui régnait dans la tente se manifesta à ses oreilles, elle tourna lentement la tête, pour être accueillit par des yeux bleu perçant, extrêmement près d'elle. "Xena," dit-elle, une sorte de soulagement heureux passa au travers de son corps. L'odeur de son amoureuse, la même odeur, même dans cet univers pourrit, même avec la tension intense qui suit une bataille, vint la submerger, et elle permit à cette odeur de l'apaiser comme rien d'autre au monde n'aurait su le faire.

Elle regarda un peu plus loin, ses deux aides qui étaient sur le point de s'évanouir, leur posture était si rigide.

La Conquérante, ne parut pas s'en apercevoir, ses yeux perspicaces étaient maintenant occupés à examiner le soldat qui s'était retrouvé soudainement sous ses bons soins. "Vas chercher du fil pour le coudre. Je maintiendrais la pression."

Hochant la tête, Gabrielle se leva en s'étirant pour chasser les crampes musculaires de ses bras et de son dos. Elle se retourna vers l'homme qui tenait la torche, il était planté là comme une statue de sel, la torche comme gelée, bien haut, au-dessus de sa tête. Elle s'approcha de lui et lui murmura à l'oreille, en s'assurant que Xena l'entende. "Évanouis-toi, et tu lui serviras de petit déjeuner."

Le soldat figer cligna des yeux, puis se relaxa juste un peu, la couleur revint sur son visage.

"Bon garçon," grogna Gabrielle, en lui tapotant l'épaule, puis elle s'éloigna pour trouver du fil.

*******

L'aube se leva amenant avec elle un nouveau jour. Dans la tente des guérisseurs, Gabrielle termina de nouer un bandage sur le dernier blessé. Elle adressa à l'homme un de ses radieux sourires et lui donna une petite tape sur son bras blessé. "Essais de ne pas trop l'utiliser pour les prochains jours, et n'enlève pas ces points de sutures, d'accord?"

Le soldat, un vieux bonhomme aux cheveux gris, avec plus de cicatrices sur son corps que de lignes sur une carte, répondit à son sourire avec un des siens. "Merci. C'est la plus bel ouvrage de suture que je n'ai jamais eus."

Gabrielle ne put s'empêcher de rire. "Bien sûr, et dis le à tes amis. C'est bon pour les affaires."

"Pas pour nos affaires," répliqua-t-il en bougeant ses yeux vers l'arrière, où Xena était assise occupé à terminer son travail.

La Barde acquiesça. "C'est trop vrai."

Après un moment, le soldat hocha la tête une fois de plus pour la remercier et prit congé de la soigneuse.

Gabrielle bailla et s'étira de bon cœur, cela avait été une longue journée et une longue nuit. Alors elle se retourna, ses yeux se posèrent sur la chevelure couleur corbeau de la Conquérante, qui finissait justement de coudre la jambe d'un jeune archer.

Au plus grand étonnement de la Barde, Xena était resté dans la tente toute la nuit, prêtant ses propres talents aux autres guérisseurs, dévoilant ainsi à ses hommes, un autre côté de la femme complexe qu'elle était.

Et, en travaillant aussi près d'elle, Gabrielle put presque… presque, oublier que ce n'était pas sa Xena, mais une personne différente qui prêtait son aide, pour de vagues raisons.

La Xena de Gabrielle était une femme qui soignait parce que c'était bien de le faire. Cette Xena utilisait ses talents comme elle affûtait la lame de ses armes. Parce que pour elle, pensa Gabrielle, c'est ce que ces hommes étaient. Des armes à réparer, et non des hommes qui avaient besoin d'être sauvés.

Heureusement pour la Barde, elle fut épargnée de revivre la mort de Samos. Si un de ses hommes avait été trop atteint pour qu'il ne lui soit plus d'aucune utilité, la Conquérante s'en serait débarrassée. Elle avait traité tout un chacun avec la même expression clinique et froide qui était sienne jour après jour, en tant que Régente de la Grèce.

Gabrielle nota sans difficultés que cette Xena était la concentration personnifiée. Sa Xena utilisait cette faculté pour les protéger, tandis que cette Xena l'utilisait comme une raison d'être. Et peu importe ce qui perturberait cette concentration, que ce soit une amie ou une amoureuse -- et Gabrielle ne désirait pas y penser en ce moment. La pensée de Xena avec d'autres amantes au lit, était une pensée qu'elle réfrénait dans son esprit--, ou toutes autres personnes souffriraient des conséquences de cet affront, de ses propres mains.

Toutefois, il y eut des moments tout au long de la nuit, ainsi qu'aux petites heures du matin, où elles avaient été réunies côte à côte, têtes penchées, cheveux entremêlés et corps se frôlant fortuitement, pendant qu'elles examinaient avec attention des blessures ou autre chose, où la Barde oublia juste pendant un moment que ce n'était pas un travail mais un devoir, et que lorsque la nécessité de soigné serait passé et qu'elles auraient accompli leur tâche, elles se retireraient au lit ensemble, avec la satisfaction du devoir accomplit, et reconnaissantes pour l'amour et le soutient qui scellaient le lien qu'elles partageaient entre elles.

La Conquérante leva les yeux de sa tâche, bien consciente du regard de jade qui pesait sur elle, et fit un signe de la tête aux deux soldats crispés. Ils vinrent rapidement et relevèrent leur camarade en l'appuyant sur sa bonne jambe. Le trio s'inclina pour lui faire hommage, et se retournèrent pour sortir de la tente.

Xena se leva à sa pleine hauteur, et s'étira pour chasser les crampes de ses muscles, qui souffraient d'avoir été contraint à travailler à une minutieuse tâche. Elle scruta la tente en examinant les blessés alités, puis fit un signe de tête à Tao Feng et ses assistants, qui s'inclinèrent de façon formelle.

Finalement, ses yeux vinrent se poser sur une Gabrielle échevelée. "Tu m'as prouvé ta valeur aujourd'hui, guérisseuse. Je te permets de vivre, et de me servir. Pour le moment, du moins."

Avant que Gabrielle ne puisse ouvrir la bouche pour protester, Xena prit avec désinvolture le bâton de la Barde qui se trouvait dans un des coins de la tente. "Un jour, cependant, tu devras m'expliquer, ce que tu fais, une femme qui nie être une Amazone, avec un bâton de guerre Amazone." Elle fit tourner le bâton entre ses mains, et planta un regard argenté sur sa nouvelle guérisseuse. "Avec, de plus, la marque de leur Reine au bout de celui-ci."

Gabrielle rougit, en louangeant la faible lueur des torches, et ne put qu'attraper le bâton qui lui fut lancé.

"Nous verrons cela plus tard." Le regard perçant de la Conquérante la transperça une fois de plus, avant qu'elle ne tourne les talons et ne quitte la tente.

L'entourage en entier se décrispa en émettant des soupirs de soulagement, ni plus, ni moins fort que Gabrielle elle-même.

*******

Xena sortit de la tente, respira à fond l'air frais du matin, et perçut dans la brise, l'odeur encore persistante de la bataille. Un coursier lui amena son cheval, elle l'enfourcha en silence en se recalant sur sa selle, et regarda la tente pendant un moment, avant de faire virer son étalon pour prendre le chemin qui la mènerait au campement grec.

Cela faisait bon nombre d'années qu'elle n'avait pas dépensé ses heures post-bataille dans un hospice, à s'occuper de ses hommes. Tout aussi longtemps que quelqu'un n'avait pas eut la témérité d'envahir ses terres. Dans un sens, c'était justifié qu'elle prenne un peu de temps pour inspecter ses hommes et tout le reste pour s'assurer qu'ils seraient efficients et prêts pour une autre confrontation. Elle conclut donc, que son temps avait été bien investi, et cela la rendit heureuse.

Elle était bien satisfaite, quoiqu'elle n'en parlerait jamais, de la nouvelle guérisseuse aux beaux yeux verts qu'elle venait de s'acquérir si fortuitement. Malgré le fait qu'elle savait que la femme cachait un très grand secret, la Conquérante était, pour le moment, contente de la tournure des événements. Des yeux affûtés, et des langues déliées suivraient chaque mouvement de la blonde, et ça, aussi longtemps que Xena le jugerait nécessaire.

Il y avait aussi cette électricité entre elles, il n'y avait aucun doute là-dessus. Cette même flamme qui la transcendait pendant les batailles, et qui la pressait d'agir à la première opportunité.

Alors, pourquoi galopait-elle à vive allure vers le campement de ses hommes, plutôt que de retourner vers son palais, pour se prélasser somptueusement dans les bras de sa nouvelle guérisseuse ?

En effet, pensa-t-elle, en stoppant son cheval soudainement à mi-chemin du campement. Elle était la Conquérante de la Grèce. Une femme qui n'hésitait pas à prendre quiconque dans son lit, consentant ou non, pour satisfaire ses besoins charnels. Toute personne qui se trouvait dans les limites presque illimitées de son royaume, du rang le plus élevé de ses ambassadeurs au plus modeste des mendiants de la rue, ne vivaient que pour assouvir ses caprices, quoiqu'ils puissent êtres. Ce qu'elle voulait, elle le prenait, que les Dieux soient damnés, si c'était une terre, de l'argent ou bien une amante.

Et elle voulait définitivement la femme qui se prénommait Gabrielle.

"Gabrielle," murmura-t-elle au soleil levant, savourant chaque syllabe qui s'échappait de sa bouche. "Gabrielle", prononça-t-elle de nouveau pour prendre bonne mesure de ce mot, en l'imprégnant d'une essence passionnée, pendant qu'elle imaginait comment cela sonnerait quand elle couvrirait de son corps nu, les charmes, plus que suffisant, de la belle jeune femme.

Le bruit des sabots d'un cheval battant contre la terre interrompit sa rêverie et elle tourna la tête en plantant ses yeux étincelants sur le cavalier qui approchait.

Un membre de sa Garde Royale arrêta son cheval à ses côtés, et fit une légère révérence à partir de sa selle. "Majesté, Marcus requiert votre présence au palais. Deux espions ont été découverts en train de fuir à bord d'un bateau en partance." Il prit une longue inspiration. "Marcus croit que ce sont des romains, Majesté."

Toutes pensées de plaisirs érotiques et de gentille blonde s'envolèrent derechef de son esprit, et ses yeux se rétrécirent. "En est-il certain ?"

"Non, Majesté. C'est pourquoi il demande votre assistance."

"Très bien…Allons-y."

Sur ce, elle fit tourner son étalon, et partit au grand galop en direction de son immense palais, ne laissant à son Garde Royale aucune chance de la rattraper.

*******

Gabrielle marcha vers le centre de la tente, plongea ses mains sanglantes dans un bol d'eau propre, et les nettoya vigoureusement. De sa place tout près d'un des lits occupés, Tao Feng la gratifia d'un petit sourire. "En une nuit, tu as réussi à sauver la vie d'au moins vingt hommes si ce n'est pas plus, et tu as impressionné la Conquérante se faisant. Un exploit tout à fait remarquable et persuasif pour une première fois.

La Barde afficha un sourire espiègle, et lança la serviette qu'elle avait utilisé pour se sécher les mains sur la poitrine du vieil homme. "Je n'ai pas été trop mauvaise, n'est-ce pas ?"

"Je dois admettre que non." Il l'observa, pendant qu'elle baillait derrière sa main. "Allez, tu as besoin de te reposer. "Grâce à toi, il y beaucoup de lits inoccupés. Choisis et essais de dormir."

Gabrielle bailla de nouveau, et secoua la tête. "Non, ça va. Je vais t'aider à veiller sur les blessés. Ils ont besoin d'être alimentés et tournés…" Elle bailla encore, le coin de ses yeux s'abaissèrent, "et leurs pansements ont besoin d'être changés…"

Elle ne sembla pas remarquer que Tao Feng avait doucement prit son bras et la menait vers un des lits, où il la poussait pour qu'elle s'y assoie. "Je suis un vieil homme qui n'a pas autant besoin de sommeil qu'auparavant. Je surveillerai les blessés pendant que tu te reposeras. Après, tu prendras la relève.

Se laissant aller à l'inévitable, la Barde hocha finalement la tête et remonta ses pieds. "D'accord," marmonna-t-elle, déjà à moitié endormie. "En autant que tu… promettes…de me… réveiller…"

Il la couvrit avec une fourrure épaisse, et balaya tendrement une mèche de cheveux blonds de son visage. Elle dormait déjà. "Je te le promets." Murmura-t-il, laissant Gabrielle à ses rêves.

*******

Callisto entra à grands pas dans la salle du trône, les yeux écumants de fureur. "Peu importe de qui est cette limace immonde qui est responsable d'avoir omit de me tenir au courant qu'il y avait des espions romains entre les murs de ce palais, je jure qu'il le pa.…" Sa voix s'atténua à la vue de la forme négligemment allongée sur le trône de la Conquérante. "Oh hello… Xena." Son sourire était excessif, et elle essaya de se composer un air doucereux et innocent, sachant très bien que Xena pouvait lire en elle comme ont lit sur un parchemin.

Xena ne se donna même pas la peine de lever les yeux des deux hommes presque nus qui étaient prosternés à ses pieds, pieds et poings liés. Leurs corps frêles en position fœtale, étaient maladifs et pâles, leurs poitrines velues suintaient de sueurs froides. Ils puaient de tous leurs pores, mais s'était l'odeur pestilentielle de la frayeur, celle que la Conquérante leur inspirait, à sa grande joie.

Marcus fit un pas respectueux vers le grand trône, tenant fermement roulé dans sa main, un morceau de parchemin. "J'ai trouvé cela sur l'un d'eux, Majesté."

Callisto battit des mains. "Oh, c'est bon pour toi, Marcus. C'est tellement courageux de ta part… Avoir trouvé quelque chose d'aussi important sur un de ces deux mollusques. Je parie qu'ils se sont débattus comme de vieux chiens édentés."

"En réalité," exposa Marcus dans son style sans humour typique, "je l'ai extrait de son…" L'homme à la peau sombre fit un geste, avec le parchemin roulé, en direction des partis intimes d'un des espions.

Callisto recula d'un pas, son visage ridé de dégoût. "J'aurais pu vivre très heureuse sans savoir."

Quand Marcus remit le parchemin à sa Régente, il décela dans ses yeux un scintillement étincelant. Xena ne s'était même pas donné la peine de déguiser le petit sourire satisfait qui était brièvement apparu sur ses lèvres.

Elle déroula soigneusement le parchemin, accompagné par de faux hauts le cœur de Callisto, et remarqua, sans en être surprise, qu'il avait été gribouillé à la hâte, et délibérément écrit en Grec.

Elle y trouva un décompte tout à fait précis de sa force militaire actuelle, le nombre des renforts disponible dans les ailes, les armes disponibles, les bateaux, les vivres, à toute chose près.

Elle regarda encore une fois le parchemin, ses émotions bien dissimulées sous le masque stoïque de son visage, avant de chiffonner le parchemin dans son poing.

Les deux hommes avaient été recrutés à la hâte, et avait faillit à leur tâche.

Donnes à la Grèce ce qui appartient à la Grèce. Donnes à César ce qui appartient à Rome." Dit-elle en tournant légèrement la tête vers Marcus. "Coupes leurs les mains et la langue, et retourne le reste à César, avec mes compliments."

Les deux hommes commencèrent à se débattre, en criant fort et en tremblant de terreur. Marcus s'inclina, et escorta en compagnie de la Garde Royale, les deux hommes qui luttaient férocement avec leurs pieds, ignorant leurs cris de pitié. "Selon votre volonté, Majesté."

"Oh, il faut absolument que je voie ça !" Croassa Callisto, les suivants à grands pas, un sourire maniaque accroché à son visage.

"Si c'est ce que tu souhaites, Callisto," entonna la Conquérante d'une voix mortellement venimeuse.

"Mais Xena… !"

Xena tourna la tête, et regarda placidement sa Seconde. "Aimerais-tu vraiment te joindre à nos amis romains, Callisto ?"

La blonde stoppa net. "Oh, j'y pense, c'est plein de courant d'air dans les cachots souterrains." Elle regarda Xena en souriant timidement. "Je crois que je vais passer pour cette fois. Merci de m'avoir prévenu."

"Marcus."

Son général fit halte. "Oui, Majesté ?"

"Je te tiens personnellement responsable de la livraison de ses espions. Fais attention de ne les perdre de vue. Me suis-je bien fais comprendre ?"

Marcus fit une profonde révérence. "Selon vos désirs, Majesté."

La Conquérante le congédia de la main, et Marcus suivit ses gardes et mena les deux hommes récalcitrants vers leurs malheureux destins.

Callisto, changea complètement de direction, et se dirigea avec désinvolture vers l'arrière du trône de la Conquérante, fixant de ses yeux sombres la boule de parchemin chiffonnée que celle-ci avait jeté à ses pieds. Comme elle se penchait pour la récupérer, son geste fut interrompu par une botte qui se posa sur la petite boule et l'écrasa sous sa semelle jusqu'à ce qu'elle soit réduite en miettes, à un cil près des doigts tendus de Callisto.

La Guerrière blonde se leva lentement. "Qu'est-ce qu'il y a, Xe-na ? " Elle pencha la tête, en souriant vertement. "Tu n'as pas confiance en moi ?"

Les yeux de la Conquérante se rétrécirent, cependant elle s'abstint de faire un commentaire.

Callisto rejeta la tête en arrière et rit, avant de rencontrer le regard fixe de Xena, dans une raillerie démentielle. "C'est ce que j'aime de toi, Xena. Toute cette passion et pas de cœur. " Elle rit de nouveau en battant des mains tel un enfant ravis. "Nous faisons une si merveilleuse équipe, tu ne penses pas ?"

Seul le silence lui répondit.

*******

Recluse dans ses quartiers, Callisto était occupée à refaire la décoration en lançant des objets sans prix contre les murs en pierres de la pièce. Ses cris perçants ajoutaient à l'ambiance, et à l'œuvre qu'elle créait avec son sens artistique peu commun.

Après plus d'une heure, comme elle ne donnait toujours pas signe de fatigue, une figure sombre se détacha des ombres et marcha dans la lumière en souriant d'un air satisfait. "Amour ? Qu'est-ce que tu as fait de cette place, " dit une voix profonde d'un ton narquois.

Reconnaissant la voix, Callisto se retourna, son visage arbora le rictus féroce d'un animal enragé. "Toi ! " Cria-t-elle, en se précipitant vers l'intrus, toutes griffes dehors.

En un éclair, elle fit un vol plané dans les airs, son estomac brûla comme du feu, et elle atterrit rudement contre un des murs de pierres puis s'affala mollement sur le sol.

"Tu devrais vraiment contrôler ton tempérament, ma chérie. Le rouge ne te va pas du tout. " Un rire bas se répercuta dans la pièce décimée.

Callisto se remit sur ses pieds, souhaitant plus que jamais, depuis que son plan avait été élaboré, retrouver sa déité et faire mordre la poussière au bâtard arrogant qui se tenait debout, les mains sur les hanches, et qui lui souriait d'un air satisfait en la regardant de haut.

N'ayant pas le pouvoir de faire cela, elle lui lança un regard glacial. "Pourquoi es-tu ici ?, " Demanda-t-elle finalement.

"Peut-être que je voulais juste savoir comment ma Déesse - maintenant mortelle - favorite allait ?" Des sourcils sombres se froncèrent dans une pitoyable tentative d'afficher un air innocent.

Le sourire de Callisto aurait pu faire fondre une barre de métal. "Oh c'est bien ton intention, n'est-ce pas ?" Elle prit une profonde inspiration. "C'est horrible !" S'écria-t-elle. "Je t'avais demandé des espions, pas des lardons sans cervelles !"

L'intrus haussa les épaules, et étendit les mains. "Tu as obtenu ce pourquoi tu as payé. C'est toi qui as voulut faire une affaire rapide et bon marché."

Callisto retroussa les babines de nouveau. "Si tu parle d'une baise rapide contre le mur d'une taverne, Arès, aussi bien oublier ça tout de suite."

Le Dieu de la Guerre pouffa de rire. "Je suis sûr que tu connais bien ça, ma chérie."

Callisto ravala visiblement sa colère. "Je suis désolée," dit-elle d'une voix glaciale, "Tu dois faire erreur entre moi et ton autre petite amie. Tu sais, la grande fauve, aux cheveux noirs qui s'amuse à transformer mes plans en vapeur, au moment même où l'on se parle ?! ?! ?"

Arès fit semblant de réfléchir à ça. "Je n'ai jamais eu connaissance qu'elle fasse ce genre de chose, non."

Oubliant sa leçon précédente, Callisto s'élança une nouvelle fois sur le Dieu de la Guerre. Il la renvoya négligemment voler contre le même mur où elle s'effondra encore, avec force et douleur.

Elle se remit sur ses pieds, plus lentement cette fois, refusant de donner à Arès la satisfaction de savoir à quel point elle avait mal. "Tu m'as laissé tomber, Arès. César n'amènera pas l'armée de Brutus si les espions n'arrivent pas jusqu'à lui pour lui transmettre les informations concernant la force militaire de Xena. Son arrogance idiote lui coûtera cette guerre, et nos plans pour régir ce monde en même temps.

Arès haussa ses larges épaules. "Les espions coûtent un dinar la douzaine, ma chérie. César obtiendra ton message... éventuellement." Il regarda ses ongles, et les lima négligemment contre sa veste de cuir. "À ta place, cependant je m'inquiéterais davantage… d'un problème plus urgent. Un problème qui se trouve en ce moment même dans ton entourage direct."

"Tu vas partager ce petit secret avec moi, n'est-ce pas ?"

Le Dieu aux cheveux sombres sourit d'un air satisfait. "Bien, ce n'est pas très grand, c'est ennuyeux comme le Tartare, et ça a la capacité de jeter ton plan en entier par l'embrasure de la fenêtre, pour ainsi dire."

Callisto fronça les sourcils. "Arrêtes de parler par énigmes et viens en aux faits, Arès !"

Le petit sourire satisfait s'approfondit. "Le dit problème, ma chère Callisto, consiste en ce que tu semble avoir une Barde dans le collimateur." La tête sombre bougea par saccade et s'inclina vers l'arrière comme Arès rit faiblement.

Callisto le regarda avec des yeux vides pendant un instant. "Une quoi ?"

"Allez, Callisto ! As-tu perdu ta cervelle en même temps que ta déité ? Petite ? Blonde ? Ennuyeuse ? Barde ? Toutes ces petites choses ne te sonne pas une cloche ? Hmmm ?"

Si Arès avait été mortel, il serait mort sur place au seul regard de Callisto. "Essaies-tu de me dire, que la petite salope qui ne se mêle jamais de ses affaires est ici ?! Gabrielle est ici ?! Dans cette réalité ?! ?"

Arès lécha son doigt et fit un geste de haut en bas dans les airs. "Un zéro pour la petite blondinette." Il pencha la tête, en la regardant fixement. "Es-tu sûr que tu ne caches pas quelques noirs desseins supplémentaires au fond de toi ?"

Un sourire sombre fleurit sur le visage de Callisto. "Peut-être cela n'est pas une si mauvaise journée après tout. D'abord je ferai des trous dans ses membres bardiquement ennuyeux, jusqu'à ce qu'elle ressemble à une fourmilière, puis, je lui coudrai les lèvres, puis…"

"He he he. Non pas si vite, ma chérie. Le problème avec ton plan, aussi charmant puisse-t-il être, consiste en ce que tu finisses par te mettre Xena royalement à dos. Il semble que notre petite amie ait déjà réussi à s'insinuer dans les bonnes grâces de la Conquérante."

"C'est impossible. Je viens tout juste de quitté la salle du trône, et je n'ai pas vu la petite chienne nulle part. Si Xena était au courant que Gabrielle est ici, elles se rouleraient comme des belettes en rut dans chaque pièce du palais !"

Arès sourit. "Jalouse ?"

"De cette petite paysanne ? Si peu."

Le sourire s'élargit, et un scintillement passa dans ses yeux sombres. "Se pourrait-il que dans ce petit monde parfait que tu as créé, tu ailles tout obtenu, tout, sauf Xena ?"

Callisto lui sourit de la même manière. "Oh, je finirai bien par l'avoir. Avec des chaînes au cou et agenouillée à mes pieds comme la bonne petite bête qu'elle est. Et peut-être, si elle me sert particulièrement bien, je la laisserai regarder pendant que mes hommes prendront des libertés avec le petit moustique ennuyeux qu'est sa Barde." Elle rit sottement et ferma les yeux doucement en imaginant la scène.

En ouvrant les yeux, elle jeta un œil vers Arès. "Où est cette petite chérie, de toute façon ? Je pense qu'elle sera ravie de rencontrer, une bonne vielle amie, n'est-ce pas ?"

"Désolé. Je ne peux pas faire tout le travail à ta place, Callisto. Rappel toi juste cela. Elle sait qui est cette Xena, mais cette Xena n'a pas la moindre idée de qui est Gabrielle. Juste que c'est une femme qui vient juste d'arrivée au campement."

Callisto rit de nouveau. "Cette journée se passe de mieux en mieux, tu ne trouves pas ?"

Arès disparut dans une pluie d'étincelles rouges, ne laissant que son petit rire satisfait flotter dans les airs.

La Guerrière blonde ne réalisa même pas qu'il était parti. "Iciii - Barde, Barde, Barde. Nous allons follement nous amuser ensemble, toi et moi."

*******

"... et ainsi, tandis qu'Hercule était occupé à attacher toutes les tentacules de la Méduse, Iolaus donna un petit coup au dos de sa robe, et elle se retrouva toute nue dans son hideuse splendeur. Poséidon fût si offensé par cette vision, qu'il transperça la Méduse de son trident, la jeta dans le ciel et laissa les citadins s'en aller. C'est pourquoi, si vous regardez le ciel pendant la pleine lune, vous serez toujours capables de voir... bien... la pleine lune !"

Gabrielle termina son histoire avec un sourire, tapotant la main du jeune soldat comme il essayait de rire malgré la douleur qui lui vrillait les côtes.

On entendit des applaudissements reconnaissants partout dans la tente et la Barde esquissa un salut, avec un scintillement reconnaissant dans les yeux. "Merci à tous. Vous avez été un merveilleux auditoire."

"Et un de tes admirateurs en particulier s'est montré un peu plus réceptif que les autres," fit remarquer Tao Feng, en souriant allègrement comme il entrait dans la tente. Il était resté à l'extérieur pour écouter l'histoire afin de ne pas interrompre la conteuse qui était apparemment un maître dans cet art.

Gabrielle sauta sur ses pieds, en haussant légèrement les épaules, et elle gratifia le vieux guérisseur d'un sourire chaleureux. "Qu'est-ce qui t'amène ici, Tao Feng ?" Ses sourcils s'abaissèrent dans un froncement. "Je pensais que tu étais supposé te reposé."

"C'est ce que j'ai fait. Mais je suis là maintenant. Il y a autre chose que l'on doit faire."

La Barde ouvrit ses bras, faisant un geste vers les hommes. "J'ai donné les bains, changé les bandages, passé la nourriture et les herbes, j'ai même raconté des histoires. Il n'y a vraiment plus rien à faire pour le moment."

"Pas pour les blessés. C'est plutôt un… devoir. Une obligation dont il s'agit, j'en ai bien peur."

Gabrielle inclina la tête. "Quelle sorte d'obligation ?" Soudainement certaine qu'elle n'allait pas apprécier la réponse.

Tao Feng tapota sa poitrine de ses longs doigts. "À chaque nouveau quartier de lune, la Conquérante tient une audience sur la place publique. Les déclarations et les nouvelles lois y sont lues. Elle juge aussi ceux qui sont soupçonnés de crimes contre la couronne. On exige que tous les citoyens de Corinthe y soient présents. Il n'y a aucune exception à la règle, à moins que la Conquérante elle-même n'accorde le congé, ce qu'elle fait pour les blessés."

"Bien mais, quelqu'un doit rester ici pour aider. Si tu n'as pas d'objection, je préférerais que ce soit moi. Après tout, je ne suis pas une citoyenne d'ici, pas vrai ?"

C'était la vérité, Gabrielle désirait tout faire pour éviter de le suivre à la Cour de la Conquérante. La nervosité lui tordit les tripes, sachant que si elle y allait, elle verrait et entendrait des choses qu'elle ne serait pas capable de supporter.

Et si ses craintes se confirmaient, comment ferait-elle pour regarder son âme sœur dans les yeux, ça évidemment, s'était si sa mission s'achevait sur une note couronnée de succès ? Pourrait-elle regarder sa Xena dans les yeux sans se rappeler ce qu'elle aurait vu dans cette Cour Corinthienne ?

Tao Feng jeta un regard de compassion sur la jeune femme, ressentant facilement ses craintes, même de sa position, à mi-chemin à travers la grande tente. Il refit le chemin inverse et lui mit une main chaude sur l'épaule. "S'il y avait une façon de t'épargner cela, Gabrielle, je la trouverais. Mais il n'y en a aucune."

"S'il te plaît, Tao Feng. Je suis certaine qu'il y aura des centaines de personnes là-bas. Ils ne remarqueront sûrement pas mon absence ?" Elle leva son regard sur lui, ses grands yeux verts brillaient de supplication.

"La Conquérante le saura."

"Mais... "

"Elle le saura, Gabrielle. S'il te plaît. Tu dois venir comme nous tous."

Après un long moment, la Barde prit son courage à deux mains et inclina la tête, adressant une prière à tous les Dieux pour que la Conquérante soit, pour cette séance, d'une humeur magnanime.

*******

Le secteur entourant la place forte grouillait de monde. Tous les citoyens de Corinthe étaient égaux en ce jour ; jeune ou vieux, sain ou infirme, riche ou pauvre. Chacun était réduit à un dénominateur commun : Ils étaient les vaincus.

La place elle-même était remplie par les membres de la Garde Royale, resplendissant dans leurs uniformes d'occasions, pourpre, or et blanc. Chacun d'eux portait une longue lance, dont le bout était solidement planté dans le sol à leurs pieds.

Cinq cents soldats ou plus, de l'armée grecque s'étaient joints à la foule de participants, armes en mains ils parcouraient des yeux la foule grouillante, plus vigilant que jamais. Presque cent cavaliers tournaient continuellement autour du site, leur hauteur leur donnant un avantage complémentaire sur la foule, en cas d'ennuis potentiels.

Tout à fait contre son gré, Gabrielle se retrouva debout face au reste de l'armée grec, Tao Feng assurait une présence silencieuse, et calme au-dessus de son épaule gauche. Quoiqu'il y ait plusieurs rangées de citoyens beaucoup plus grands devant elle, la Barde avait, malgré son dépit, une vue prenante sur le trône haut perché sur une estrade ornée de marbre.

Derrière et à gauche du trône, un gong énorme était accroché, un grand maillet attendant à son côté.

Après un long moment, un homme énorme, nu à part un pagne de lin qui couvrait à peine son anatomie, grimpa silencieusement sur l'estrade, souleva le maillet lourd et, avec une puissante oscillation, martela le gong, envoyant les réverbérations sombres de l'instrument par-delà le gigantesque site et les citoyens qui y attendaient.

Comme si un sort venait de leurs sceller les lèvres, la foule entière se tût en même temps que mourut la dernière note du gong.

Le son de pieds chaussés marchant vers eux, avec la ferme intention de faire une forte impression dans la place soudainement silencieuse, se fit entendre. Marcus et Dagnine arrivèrent en vue, suivit par une suite de soldats de haut rang, tous resplendissaient dans leur parure martiale.

Le gong sonna de nouveau et plusieurs hommes tout aussi énormes, et tout aussi légèrement vêtus que le sonneur de gong, sortirent en marchant deux par deux. Chacun tenait un gigantesque rameau attaché à une longue perche serré sur leur poitrine massive.

Quand ils atteignirent le devant du podium, les hommes fendirent les rangs pour révéler encore six hommes portant un palanquin sur lequel la Conquérante de la Grèce était étendue.

La litière fut soigneusement déposée par terre, et deux des hommes lui offrirent leurs mains, celle-ci accepta et se leva gracieusement, les gratifiant de son imposante stature.

Gabrielle se couvrit rapidement la bouche avec la main quand elle vit Xena comme elle ne l'avait jamais vu auparavant.

Xena la Conquérante.

Régente de la Grèce. Régente de l'Inde. Régente de l'Égypte. Régente de la Chine.

Régente du monde.

Elle secoua la tête de stupéfaction. Xena était magnifique, et totalement hors de portée, dans sa robe de satin dorée de style asiatique. La vision qui s'offrait, à Gabrielle, était un tel contraste entre Xena, la Dirigeante absolu et Xena, la femme qui marchait de long en large de par la Grèce dans des cuirs usés par d'innombrables batailles, pareil pour ses bottes ; son cheval, ses armures et ses armes étant les seules choses de valeur qu'elle possédait.

Et cela la frappa pour la première fois, elle comprit ce que cette expression curieuse, qu'elle avait vu transparaître dans les yeux de Xena la nuit avant que tout cela ne commence, signifiait. Il y avait eut de la crainte dans ces yeux étincelants. La crainte d'imaginer ce que sa vie aurait pu être si Hercule ne l'avait pas convaincu de changé, et de suivre une route différente.

Mais Gabrielle connaissait, maintenant exactement, ce que cette même expression signifiait dans ces mêmes yeux.

De la passion.

Cette passion à l'état pur. Cette passion flamboyante. Cette passion sans merci. Même après cinq ans, cette fougue, cette passion destructrice qui brûlait frénétiquement, prisonnière dans les profondeurs de l'âme de Xena, n'était gardée que par une faible et vacillante volonté qui luttait pour contenir les élans de conquêtes qui brûlaient en elle jour et nuit sans relâche.

"Oh, Xena," chuchota Gabrielle dans un souffle. "Tu n'as pas seulement renoncé à l'obscurité pour trouver la paix. Tu as renoncé au monde entier."

Les yeux perçants de Xena parcoururent la foule grouillante. Elle était bien consciente de l'effet qu'elle provoquait sur tout un chacun, soldat aussi bien que citoyen. Perspicace et judicieusement calculatrice, elle savait que ses sujets étaient unis par une seule et même chose.

La peur absolue qu'elle incitait.

Elle savait aussi que cette peur pourrait être utilisée contre elle, si un spectaculaire soulèvement populaire se produisait, renforcée, peut-être, par sa propre armée.

La seule option pour contrecarrer cette menace était de donner aux citoyens une raison de craindre encore plus quelque chose d'autre que sa propre gouverne.

"Citoyens de Corinthe," commença-t-elle, laissant sa voix profonde, et mélodieuse se répandre sur la foule, "De la même manière dont je me tiens ici devant vous, la Grèce se tient debout sur le bord d'un précipice, qui, si elle y tombait, bouleverserait vos vies. Comme vous tenez aux convenables droits civiques que vous accorde quotidiennement la Grèce, vous devez savoir qu'une personne dont le seul but est de vous enlever ces droits, désir se présenter ici. Comme vous tenez aussi à votre liberté, vous devez aussi savoir que cette même personne désir vous l'enlever et faire de vous des esclaves."

Elle marqua une longue pause, laissant ses paroles faire leurs effets.

"Cette personne se nomme César de Rome."

Un murmure se répandit dans la foule, mais cessa rapidement quand Xena leva les bras.

"Au moment même où vous, vous réunissez ici sous cette bannière bénie de la Grèce, César réunit son armée et ses galions, et s'apprête à venir sur cette terre abondante pour la faire sienne. Il ne vient pas pour vous libérer, mais pour vous asservir. Il ne vient pas pour glorifier la Grèce, mais pour la détruire.

"Il est le destructeur."

Un autre murmure émergea de la foule, plus fort cette fois.

Xena permit que cela dure encore un moment avant de demander à nouveau le silence.

"Je me tiens devant vous aujourd'hui, non pas en tant que votre Régente, mais en tant que votre Sauveur."

Une autre ondé de murmures remplit la place.

"Regardez autour de vous, Citoyens de Corinthe. Regardez autour de vous et voyez les milliers d'hommes et de femmes courageuses qui ont répondu à mon appel ; eux qui sont plus que jamais résolus et plus que jamais préparés à verser leur propre sang pour vous défendre et défendre ce pays. Guerriers de la Grèce. De Chine. De pays aussi lointains que l'Inde et l'Égypte. Préparez-vous à livrer courageusement bataille contre le Monstre de Rome."

La Conquérante fit silence une fois de plus, et regarda la populace se tourner pour regarder les armées massives qui les entouraient. Les regarder, pour la première fois, non pas comme des geôliers mais comme des défenseurs.

Elle put voir un nombre incalculable de personne offrirent des sourires hésitants et des signes de tête approbateurs aux soldats qui étaient debout et qui affichaient des visages de marbre fier devant les regards des citoyens.

Quand l'attention de la foule revint sur elle, Xena recommença à nouveau. "Et comme je l'ai fait depuis la toute première fois ou j'ai tenu une épée, je mènerai cette grande armée, et préserverai la gloire de la Grèce."

Cela commença, alors. D'abord telle une voix solitaire à l'arrière de la foule. Puis s'étendit de par les masses pareilles à une gigantesque vague frappant les rochers, augmentant en force et en vitesse.

"Xe-na! Xe-na ! Xe-na ! Xe-na !"

Au milieu de la foule hurlante, Gabrielle était debout, abasourdit, tout juste capable d'empêcher sa propre voix de se joindre aux autres.

Jamais excessivement bavarde, cette femme s'était débrouillée, par la seule force de ses paroles, à faire oublier à une population entière, ses propres crimes contre eux et à retourner leur colère vers un adversaire dont ils n'avaient jamais entendu parlé, et qui plus est, n'avaient encore jamais jusqu'à maintenant, attenté à leur vie ou à leur bien.

Elle n'avait entendu discourir Xena que deux fois depuis qu'elles étaient ensemble. L'un à une foule indifférente pendant qu'elle confessait les crimes qu'elle avait commit contre la ville de Cirra, contre les parents de Callisto, et contre Callisto elle-même. L'autre à un groupe de soldat démoralisé qui croyait qu'elle était leur seul espoir.

Comment l'avait appelé cet homme déjà ? "Xena de Corinthe," chuchota-t-elle, en retournant son attention vers la figure autoritaire qui était debout devant elle droite comme un piquet et qui de toute évidence se complaisait devant l'adulation de la foule. "Par les Dieux. C'est exactement ce que tu es devenu maintenant, n'est-ce pas ?"

Comme si elle avait entendu le chuchotement par-dessus le vacarme de la foule, la Conquérante rencontra infailliblement les yeux verts de sa nouvelle et très belle guérisseuse. Elle permit à un bref petit sourire satisfait de soulever un des coins de sa bouche avant de le faire disparaître presque aussi rapidement. Quels secrets se cachent derrière ces yeux brillants, Amazone ? Et combien de temps s'écoulera avant que tu ne me les révèles ?

Après un long moment, elle brisa le sceau qui scellait leurs prunelles, laissant l'objet de son attention presque à bout de souffle par l'intensité du regard qu'elles avaient partagé.

La Conquérante leva les bras, et la foule se tut une fois de plus.

Elle garda le silence pendant encore un instant, ses yeux devinrent aussi durs et brillants qu'un diamant, et son visage se renfrogna pendant qu'elle jetait un regard sur la foule.

"Il y a des traîtres parmi nous."

Cette fois, quand les clameurs recommencèrent, Xena ne fit rien, réprimant un sourire de naître sur ses lèvres pleines. "Tel les loups parmi les moutons, ils viennent. Attaque les vieillards. Les infirmes. Vos enfants. Ils s'emparent de vos biens, en vous souriant et vous mettent des chaînes au cou en guise de paiement. Et, tel les loups, ils sont trop lâches pour attaquer un ennemi d'égale force. Au lieu de cela, ils s'en prennent à ceux qui sont trop faibles pour s'opposer à eux."

Elle marqua une pause pendant un instant, et parcourut la foule des yeux. Ils regardaient derrière eux scrutant leur voisin avec suspicion.

"César n'a aucune envie de se battre contre moi. Il sait que c'est une bataille qu'il ne pourrait remporter. Au lieu de cela, il envoie ses partisans, et ses espions, pour s'insurger contre la Grèce, et cherche à saper sa glorieuse unification."

Ses bras s'ouvrirent grand une fois de plus. "Citoyens de Corinthe. Je ne permettrai pas à cette puissante nation, de tomber entre les mains de la Bête."

La foule éclata tel une seule voix, criant, chantant et martelant furieusement l'air de leurs poings.

La Conquérante parcourut la foule du regard pendant qu'ils lui criaient leur fervente adulation. Souriant brièvement, un sourire dure, presque amer, elle se retourna et marcha vers son trône. Elle se retourna encore, et y prit place gracieusement.

Marcus s'avança, et déploya un parchemin. "Pour empêcher César d'imposer sa lâche volonté sur la Grèce, la Conquérante a décrété les lois suivantes."

La foule en furie se tut tranquillement quand le Capitaine de la Garde commença à lire les Décrets Royaux qui imposeraient une loi martiale des plus stricte sur le peuple. Toutes les affaires en cour devraient être réglées d'ici le coucher du soleil. Les attroupements de plus de trois personnes à l'extérieur des maisons, commerces ou autres établissements d'affaires, leur étaient maintenant interdits. Tenir un discours contre le Royaume était passible de mort.

Quand il eut fini, Marcus recula et se plaça, de nouveau, derrière le trône à l'extrême droite de la Conquérante.

De sa place sur la droite de Xena, Dagnine avança d'un pas. "Amenez les prisonniers !" Gabrielle regarda, paralysée, quand on tira une jeune femme d'une petite hutte sur la gauche de l'estrade, et qu'on la jeta, tête première dans la saleté de l'escalier. La femme avait des cheveux blonds roux et portait des vêtements de paysanne. Quand elle souleva la tête, la Barde haleta à haute voix, livide, des yeux vert brillant de détermination rencontrèrent les siens pendant un bref instant avant de se détachée d'elle.

"La ressemblance est remarquable," observa Tao Feng à côté de Gabrielle. "Vous pourriez presque être des sœurs."

Le commentaire de la Barde se perdit comme la voix de Xena résonna au-dessus de la foule. "Quel es ton crime ?"" La jeune femme tourna la tête, comme pour se moquer de la Conquérante. "J'ai parlé." Ses yeux étaient imprégnés de mépris, pour la femme qui la regardait négligemment.

"Elle a monté les gens contre vous, Majesté," dit Dagnine. "Elle les a encouragés à la révolte."

Lentement, Xena se leva de son trône, un petit sourire satisfait sur le visage. Comme une bête sauvage traquant une proie, la Conquérante de la Grèce marcha calmement en bas de l'estrade vers la jeune femme. "Lèves-toi."

Reste parterre ! S'il te plaît, reste par terre ! Pensa Gabrielle.

La femme lutta pour se remettre debout, insoumise et implacable, devant son bourreau. Xena s'arrêta intentionnellement devant elle, dominant de sa stature imposante cette dernière qui était passablement plus petite. Elle tendit la main, et prit une mèche des cheveux dorée, puis descendit ensuite sa main et caressa les lèvres de sa captive.

"Est-ce que tu es coupable ?" Minauda-t-elle.

Xena, non ! Arrêtes ! Ne fais pas ça !

D'un air provoquant, la femme se poussa de la caresse de la Conquérante. "J'ai donné espoir aux gens. Aux craintifs. Aux affamés. À ceux qui ont disparu dans la nuit, pour ne jamais plus être revu." La femme se tourna, et regarda la foule.

Gabrielle se raidit, des larmes d'horreur se formaient déjà dans ses yeux, certaine de savoir ce qu'allait scander la femme. La même chose que ce qu'elle aurait elle-même dit.

"N'avez-vous aucune dignité ?" S'écria la femme face à ses auditeurs négligents. "Aucuns droits ? Le droit de vivre ! D'être libre !!"

Par les Dieux. C'est vraiment moi !

Un sourire sombre se forma sur les lèvres de la Conquérante comme la foule restait silencieuse. "Je suppose qu'ils ne t'entendent pas."

La jeune femme se balança en arrière, le visage emplit de haine. "Je ne suis pas la seule. Tu ne peux pas nous voler notre âme."

Le sourire de Xena s'élargit comme le cœur de Gabrielle coula à pic. "Le meilleur remède pour l'âme c'est la peur. Tu serviras d'exemple."

Elle fit un geste négligent aux gardes qui attentaient. "Mettez-la en croix."

Xena, non ! Ne fais pas ça ! Par les Dieux, ne fais pas ça !

Relevant un peu sa robe, la Conquérante remonta l'escalier, et tourna ensuite la tête. "Brisez-lui les jambes."

La jeune femme n'émit pas même un son quand on l'attacha à la croix. Mais quand la lourde masse lui brisa les jambes, elle et Gabrielle crièrent à l'unisson.