La réalité réapparut d'elle-même quand Xena cligna lentement les yeux dans le soleil prospère et brillant, resserrant sa prise sur Gabrielle, dont les genoux se trouvaient sous elle. "Où sommes-nous ?"
En avalant plusieurs fois pour chasser la nausée, la Barde regarda autour d'elle par delà l'immense champ vide dans lequel elles se tenaient maintenant debout. "Je ne sais pas," répondit-elle enfin, reconnaissante de l'appui que le corps chaud et fort de Xena lui fournissait derrière elle.
Xena resserra sa prise une fois de plus, Gabrielle haleta de douleur. "Qu'est-ce que tu veux dire par, ' tu ne sais pas ' ? Tu nous as envoyées ici."
"Bien, techniquement, je nous ai envoyées 'à un quand'. Pas exactement 'un où'. Je pense." J'espère.
Retournant la petite femme dans ses bras, la Conquérante lui saisit les épaules et la secoua. "Explique-toi, Amazone. Maintenant."
"Je le ferai, je le promets Xena, mais me faire mal ne fera pas autre chose que me faire tomber dans les pommes pour le moment, alors si tu pouvais juste desserrer un peu... " Elle soupira de soulagement comme la poigne ferme diminua légèrement sa pression de sur ses épaules. Un vent frais souffla à travers le champ, recourbant les herbes dorées et lui donnant la chair de poule. Elle repéra un petit taillis d'arbres à l'Ouest et fit un geste avec sa tête. "Pourrions-nous juste... allez là-bas pour l'instant ?"
En regardant dans la direction indiquée, les yeux de la Conquérante se rétrécirent. Les arbres étaient l'endroit où les Amazones se sentaient le plus à l'aise. "Pourquoi ?"
"Parce qu'il fait froid et que je suis nue. Je voudrais aller quelque part où je ne serai pas aussi… exposée."
En scrutant fixement les arbres, Xena en appela à ses sens, respirant, écoutant et sentant pour s'assurer qu'il n'y avait pas de danger. Quoiqu'elle soit intensément suspicieuse, tous sembla calme. Elle relâcha les épaules de Gabrielle, lui fit faire un tour, agrippa solidement le poignet de celle-ci, mit sa main libre sur son chakram, et marcha avec sa captive vers le taillis, ses yeux plus vigilants que jamais.
Gabrielle remit aussitôt en question son choix quand elles entrèrent dans l'abri feuillu du petit bois. Le bosquet était parsemé de buissons de mûres sauvages qui déchiraient sa chair non protégée. "Peut-être que ce n'était pas une si bonne idée," marmonna-t-elle, en retirant une épine de la taille de son pouce de sa cuisse nue.
Après un examen final et approfondi du secteur, Xena libéra sa guérisseuse et, en soupirant, tira sur la cape qui lui couvrait les épaules. "Soulève tes bras."
Gabrielle obéit, et la Conquérante fit tournoyer la cape dans la brise fraîche, et l'enroula ensuite autour du corps de la Barde comme une robe, serrant un peu plus sur le flanc droit pour la refermer solidement.
À cause de leurs énormes différences de taille, la cape lui tomba jusqu'au-dessous des genoux, mais au moins elle était protégée contre les intempéries du bois et elle aurait juste un peu plus chaud. Elle sourit en guise de remerciements, sentant la douceur de la soie contre son corps.
"Maintenant parle, Amazone. Aucune diversion. Aucun jeu. La vérité. Maintenant."
"D'accord . . . ."
"Alors, Amazone. Où sommes-nous ? Où est Alcmène ?"
Gabrielle se gratta la nuque. "Bien, vois-tu, Alcmène n'est pas exactement 'un où'. C'est plutôt 'un qui'. Un 'qui' très enceinte. Du moins j'espère qu'elle l'est."
"Assez de ces idioties !"
"Xena, s'il te plaît. Je ne suis pas idiote. C'est juste... compliqué à expliquer. Si tu pouvais te détendre juste un moment et me donner le temps de penser... " Elle regarda profondément dans les yeux évidemment glacials de Xena "Ce n'est pas une bonne idée."
Gabrielle prit une profonde inspiration. "La pierre nous a transportées dans le passé. Je pense que c'est environ il y a trente ans, peut-être trente-cinq. Je ne peux pas en être certaine. Nous sommes... bien... Je suis ici pour essayer d'empêcher Callisto de tuer Alcmène."
Les yeux de la Conquérante se rétrécirent. "Callisto ? Ce n'est pas possible."
"Oui, Xena, c'est possible. Souviens-toi, Callisto t'a donné la Pierre de Chronos. C'était après qu'elle eut fini de l'employer pour assassiner Alcmène et après l'avoir employée pour changer la tapisserie du destin."
"Explique." commanda-t-elle rudement.
Gabrielle inspira profondément encore une fois. "Callisto est... était... d'une autre réalité. Une réalité dans laquelle, comme elle te l'a dit, tu as tué sa famille."
"Comment ? Comment ai-je tué sa famille ?"
"Elle est de Cirra."
Les yeux de Xena s'assombrirent comme elle fouillait dans sa mémoire. Le nom du village lui était familier. Alors, elle se souvint. Une fois, pendant un raid, ses hommes avaient accidentellement embrasé la ville. Elle ne pouvait pas se rappeler qu'il y avait eu des survivants et le dit à Gabrielle.
"Peut-être pas dans cette réalité, mais d'où Callisto vient, elle a survécu. Elle t'a blâmée pour la mort de sa famille et décidé de consacrer sa vie à te pourchasser, à te tuer pour te faire payer pour ce que tu as fait."
"Une histoire vraiment intéressante, Amazone."
"C'est une histoire vraie, Xena." Elle se retourna légèrement, Gabrielle vit un rondin qui était tombé là et marcha vers lui pour s'asseoir. Sa blessure palpitait et elle se sentait faible et étourdie. Elle mit une main au-dessus de son sourcil, et fut soulagée de constater qu'il était frais et sec. Elle regarda alors en direction de son impatiente auditrice. "Pour je ne sais quelle raison, au lieu de t'affronter directement cette fois, elle a obtenu la Pierre de Chronos, et elle est retournée à ce temps où nous sommes maintenant pour tuer Alcmène."
"Et quel but ce meurtre a-t-il servi ?"
"Elle a changé le cours d'histoire."
Xena sourit légèrement. "Et comment a-t-elle fait ?"
Gabrielle croisa ses bras sur sa poitrine, étreignant son corps pour essayer de parer la fraîcheur de la brise. "Alcmène est une très belle femme. Les Bardes disent que Zeus a été si enchanté par elle qu'il a pris la forme de son mari et l'a engrossée. Elle porte un fils qu'elle a nommé Hercule."
La Conquérante inclina la tête. "Hercule. Le même demi-dieu mythique dont tu as l'habitude de gaver mes hommes dans la tente des soins." Son ton trahit son incrédulité.
"Hercule n'est pas un mythe. Ou peut-être l'est-il, ici. Mais je te dis, il a existé, avant que Callisto ne change l'histoire en tuant sa mère."
"Je te le demande de nouveau, Amazone. Comment la mort d'un homme, tueur de bête mythique ou pas, est sensé changer l'histoire ?"
"Par un nombre incalculable de façon, je suppose. Mais je n'en connais seulement qu'une."
Xena leva un sourcil. "Et c'est ?"
On entendit le bruissement soudain dans les cimes des arbres et Xena chercha, son chakram déjà dans sa main. Une masse d'oiseaux arrivèrent pour se percher et la Conquérante se détendit, son arme toujours prête. Elle baissa les yeux sur la femme assise. "Tes compatriotes ne semblent pas pressées de te revoir, Amazone."
La jeune femme soupira, en frottant ses bras pour contrer le froid. "Pour la dernière fois, Xena, je n'ai aucune compatriote. Il n'y a que moi ici, et j'espère, contre toute attente que j'ai fait la bonne chose." Elle fixa le bout de ses pieds, qui jouaient négligemment avec une racine partiellement exposée. "De toute façon, pour revenir à ta question. Voilà environ quatre ans, Hercule s'est heurté à un Seigneur de Guerre qui essayait de se gagner encore plus de pouvoir en lui opposant son meilleur ami et en s'enfuyant à toutes jambes avec le butin." Elle chercha la Conquérante des yeux, qui, malgré son comportement, écoutait attentivement. "Ça ne marcha pas. Le Seigneur de Guerre repartit, défait."
Xena renifla. "Bien sûr qu'il s'est enfui. Avec la queue entre les deux jambes tandis que le duo entreprirent un autre périple. C'est toujours de cette façon que se terminent les contes idiots. Encore les bons qui triomphent des méchants." Ses yeux devinrent aussi brillants qu'un diamant. "Mais ce n'est pas ce qui arrive dans la réalité, Amazone. N'importe quelle réalité."
Gabrielle décida d'ignorer les remarques de Xena ce qui était la meilleure stratégie, car si elle mordait à l'hameçon, Callisto taillerait Alcmène en petits morceaux tandis qu'elle et la Conquérante continueraient à discuter dans les bois. "Quelques temps passèrent et Hercule rencontra de nouveau le Seigneur de Guerre, quoique cette fois dans une toute autre circonstance. Il trouva le Seigneur de Guerre seul, après qu'elle," la Barde prit une profonde inspiration, "après qu'elle ait été forcée d'affronter sa propre armée pour avoir sauvé un bébé." Des dents blanches firent leur apparition comme la Barde mâchouillait sa lèvre inférieure d'un air songeur. "On connaissait ce Seigneur de Guerre sous le nom de Xena : la Princesse Guerrière."
Le monde sembla se précipiter follement comme Gabrielle se sentit tirée et remise sur ses pieds par le devant de son impromptu vêtement. Son visage était si près de celui de la Conquérante qu'elle put sentir le parfum chaud du souffle de Xena. "Comment sais-tu toutes ces choses, Amazone ? Comment ?"
"Tu auras toutes tes réponses si tu me reposes par terre et que tu me laisses terminer l'histoire."
Xena entendit un bruit derrière elle. Laissant tomber la Barde elle dégaina son épée. À peu de distance, la Conquérante vit une femme très enceinte courir comme si sa vie en dépendait. Les jambes de la femme s'embrouillaient dans sa longue jupe de paysanne et elle trébuchait, en disparaissant dans les grandes touffes d'herbes dorées qui se balançaient. "Alcmène, je présume."
Gabrielle, qui n'avait jamais vu la femme auparavant, put seulement espérer et hocher la tête.
Une demi-seconde plus tard, une forme familière se matérialisa dans les airs, rejeta la tête en arrière, rit à gorge déployée en étendant son bras mince, et alluma les herbes qui abritaient Alcmène avec une boule de feu qui surgit du bout d'un de ses doigts.
La Barde se frotta le menton. "Um… Il y a quelque chose que j'ai oublié de mentionner à propos de Callisto."
"Donc il semble. Qu'elle soit . . . une Déesse maintenant."
Voyant Callisto tourner la tête et jeter un coup d'œil dans sa direction, Xena se recula derrière le tronc d'arbre épais pour se protéger, ses yeux argentés réduits à des fentes brillaient de suspicions.
"Maintenant me crois-tu ?" demanda Gabrielle en s'appuyant sur le dos de la Conquérante.
"Ça prendra bien plus que cette petite scène pour me convaincre et faire de moi une de tes partisanes, Amazone." Le corps de Xena était tendu tandis qu'elle regardait prudemment par delà le tronc et observait attentivement Callisto, qui rit de nouveau. Elle lança une autre boule de feu de manière extravagante en direction d'Alcmène. La boule de feu manqua de peu sa cible.
Si la Conquérante ne connaissait pas si bien sa seconde, et elle la connaissait, elle jurerait que Callisto était en train de jouer avec cette femme, histoire de faire un peu de sport avant de mettre un terme de façon permanente au plaisir de sa chasse.
"Partisane ou pas, nous devons la sauver," chuchota Gabrielle.
"Et pourquoi cela," rétorqua Xena, ne détournant pas les yeux de la scène.
"Pourquoi ?" répéta Gabrielle, abasourdie. "Xena, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, cette femme est enceinte. Et impuissante contre Callisto, Déesse ou pas ! Elle va mourir !"
"La Mort ça arrive, Amazone."
La Barde serra les dents et resserra le tissu autour d'elle plus fermement. "Pas tant que je suis autour pour l'arrêter."
Xena enveloppa un bras autour d'elle avant qu'elle ne puisse même penser à s'éloigner des arbres.
"Laisse-moi y aller !" siffla-t-elle entre ses dents.
"Du calme," entonna la Conquérante, observant comme la femme s'enfuyait en direction opposée. Elle se dirigeait maintenant directement vers elles.
En riant sottement de ravissement, Callisto pointa rapidement son doigt et roussit l'arbre derrière lequel Xena et Gabrielle se cachaient.
"Par les Dieux, c'était près !" soupira Gabrielle, en reculant pour permettre à Xena de s'éloigner de l'écorce fumante.
En contournant l'arbre, l'épée à la main, Xena inclina la tête, ses lèvres effleurèrent l'oreille de Gabrielle. "Ton amie se dirige par ici. Quand elle entrera dans le bois, attrape-la et cours. Je vais m'occuper de Callisto."
La Barde saisit les bras de Xena. "Tu ne peux pas faire ça ! Callisto est une Déesse ! Elle te tuera aussi !"
Un coin de la bouche de la Conquérante se souleva et un sourire désabusé apparut. "Cela ne t'a pas empêché de vouloir faire la même chose il y a un instant, pas vrai ?"
Gabrielle fronça les sourcils. "C'est différent."
"Nous discuterons de cela plus tard. Fais ce que je te dis."
"Ce n'est pas différent," bougonna Gabrielle à moitié essoufflée comme elle tirait brusquement sur Xena. "Excellent. As-tu une direction particulière en tête ?"
Alcmène trébucha dans le bois. En saisissant la femme presque à ses pieds, la Conquérante la poussa dans les bras de Gabrielle. "Allez, partez !"
Le Barde mit une main sur la bouche d'Alcmène avant que celle-ci n'ait la chance de crier. "Nous sommes ici pour t'aider. Je sais que tu es fatiguée, mais tu dois courir avec moi aussi rapidement que tu le peux. Nous allons trouver un endroit sûr, je te le promets."
Les yeux d'Alcmène étaient arrondis par la panique, mais après un instant, elle hocha la tête.
En enlevant sa main de la bouche d'Alcmène, Gabrielle sourit et lui saisit la main. "Bien… Allons-y..."
Xena attendit que Gabrielle ait quitté le bois, en tenant leur invité par la main, se retourna, et marcha délibérément autour du tronc d'arbre pour se retrouver dans la lumière du soleil. "Salut, Callisto," ronronna-t-elle, accotant son épée contre sa large épaule.
La Déesse blonde fut prise de court, ses yeux sombres s'élargirent sous le choc. "Xena ! Pas que ce n'est pas une belle surprise, mais que fais-tu ici ?"
La Conquérante sourit. "Je pourrais te poser la même question, Callisto."
"Oh, un peu de ci, un peu de ça." regardant fixement par-dessus l'épaule de Xena, elle scruta l'obscurité de la vallée naissante du boisé. "Où est ta petite morveuse de Barde adorée ? Dans un endroit sûr, je suppose ?" Callisto sourit d'un air moqueur et inclina la tête sur un côté. "Je sais à quel point elle te mène par le bout du nez, pauvre chérie."
Xena classa cette donnée quelque part dans sa tête pour une référence future et posa la pointe de son épée contre la cavité du cou de Callisto.
En levant le bras dédaigneusement, Callisto enleva simplement la lame d'une chiquenaude. "Oh, s'il te plaît. Sûrement n'as-tu pas oublié le petit morceau d'ambroisie que tu m'as offert en cadeau, Xena ? Tu sais probablement que tu ne peux me blesser avec cette chose. Sois un chou et remets-la à sa place avant que quelqu'un ne se blesse, veux-tu ?"
L'esprit de Xena était confus. Elle savait parfaitement bien qu'elle n'avait jamais vu d'ambroisie et même si elle en avait vu, Callisto serait la dernière personne à qui elle donnerait un tel cadeau. Déterminée à ne pas laisser cette salve de confusion la dominer, elle posa une fois encore son épée contre le cou de la blonde. "J'ai pensé, qu'une petite bataille serait amusante ? En souvenir du passé ?"
Le sourire de Callisto mourut et elle dégaina sa propre épée. "Oh, pourquoi pas. Je ne peux jamais résister à un défi, Xena. Particulièrement quand ça vient de toi. Tu réussis toujours à faire sortir le plus mauvais de moi."
Elle dansa en s'avançant et leurs lames s'entrechoquèrent, une explosion d'étincelles tomba sur le sol. Elles se séparèrent, et se rencontrèrent de nouveau, leurs visages se touchaient presque tandis que leurs épées avec une force brutale entraient en jeu.
La Conquérante fut un peu déconcertée quand la force imprégnée d'ambroisie de Callisto résista à la sienne, égale à égale, mais elle tint sa grippe fermement serrée, déterminée à ne pas céder.
Callisto rit sottement. "Oh Xena," ronronna-t-elle en se léchant les lèvres, "si j'avais su que c'était la façon de te faire grogner et gémir, j'aurais volé de l'ambroisie il y a bien des années !"
En secouant la tête, Xena se détendit un peu et quand Callisto répondit, elle brisa rapidement l'emprise de leurs lames et se poussa loin du mouvement bas de la lame de la Déesse.
"Oh, vraiment très bon, ma douce."
Xena lança son cri de bataille.
Callisto répondit par un cri perçant.
Bientôt les sons du métal s'entrechoquant pris le dessus sur le gémissement du vent, qui semblait hurler son approbation face au combat qui avait lieu.
Xena courut vers Callisto, et, à la dernière seconde, se donna un élan pour bondir haut par-dessus la tête de celle-ci, forçant ainsi la Déesse à se retourner dos aux arbres. La Conquérante atterrit solidement sur ses pieds, les genoux fléchis, sa lame prête à pourfendre l'ennemi.
En souriant, Callisto agita un doigt dans la direction de Xena. "Autant que j'ai pu savourer cette petite danse, ma chérie, je t'ai suffisamment permis de me retarder. Je dois simplement me dépêcher maintenant. Les affaires d'abord." bouda-t-elle. "Penses-tu que tu pourrais au moins être heureuse pour moi, Xena ? Après tout, je fais tout cela pour toi."
"Oh c'est bien ce que tu fais, n'est-ce pas ?"
"Mais bien sûr, ma chérie ! Sans Hercule pour se mêler de tes affaires, tout ça sera à toi!" Elle sourit. "Et tu devras me remercier pour ça." Ses yeux sombres se rétrécirent en signe de défi. "Et que possède ta précieuse petite Gabrielle qui puisse rivaliser avec ça, hmm ? Tout ce qu'elle a à offrir c'est son joli petit corps. Tandis que moi, chère Xena, je t'offre le monde !"
Tandis que les affirmations de Callisto ne faisaient pas beaucoup de sens à une Conquérante perplexe, ses mots servirent, au moins en partie, à confirmer certaines des incroyables histoires que Gabrielle lui avait racontées. Xena se demandait à nouveau si peut-être elle n'avait pas eu raison dès sa première présomption, que ces deux femmes étaient d'une façon ou d'une autre complice l'une avec l'autre, travaillant en tandem pour insuffler en elle une quelque forme de folie qui finirait pas causer sa perte.
En secouant la tête, elle se débattit pour regagner sa concentration. Callisto la regardait fixement, en souriant d'une manière extravagante.
"Alors. Aurais-je droit à un baiser de 'remerciement' ?"
"Continue de rêver, Callisto."
"C'est ce que je pensais." La Déesse leva un doigt ennuyé, et sourit d'un air satisfait quand une décharge de lumière bleue commença à se former. "Juste un petit quelque chose pour que tu te souviennes de moi, chérie."
Xena réussit juste à temps à monter son épée pour faire dévier le coup. Avec une chance aveugle, l'arme de la Conquérante renvoya la boule d'énergie directement sur son créateur, soufflant Callisto de ses pieds et frappant dans le même arbre qu'elle avait roussi plus tôt. La Déesse s'effondra par terre, inconsciente, le cuir fumant autour du trou carbonisé qui commençait déjà à guérir près de son nombril.
À pas prudents, Xena s'approcha de Callisto, et poussa la femme inconsciente avec le bout de sa botte. Comme il n'y eut aucune réaction, Xena leva un sourcil. "Je vais devoir me rappeler ce petit truc."
Elle poussa Callisto encore une fois pour s'assurer que celle-ci était bien inconsciente et inclina la tête satisfaite. Xena remit son épée dans son fourreau et se mit en route dans les bois, ses yeux parcouraient déjà le sol tapissé de feuille en cherchant la piste des deux femmes qui s'étaient enfuies.
*******
Quand Alcmène trébucha pour la troisième fois dans la même minute, Gabrielle stoppa et la força à s'arrêter, puis la regarda avec inquiétude. "Est-ce que ça va ?"
Alcmène se pencha, et mit les mains sur ses genoux en essayant désespérément de reprendre son souffle. "Je... pense que oui. Donne-moi juste une... minute... pour reprendre mon... souffle." Une douleur intense lui vrilla le ventre. "Ow !"
"Qu'y a-t-il ? Est-ce que tu te sens bien?"
La douleur diminua. Puis revint, en redoublant d'intensité. "Je ne suis... ow !... pas certaine. Je pense que le bébé arrive."
Gabrielle retourna Alcmène. "En es-tu certaine ?!"
"Bien... Je n'ai jamais eu de bébé auparavant... mais c'est ce à quoi ça ressemble."
La Barde se passa la main dans les cheveux. "Ok, ok. Um... Nous devons trouver un endroit où tu puisses te reposer."
"Cela sonne - par les Dieux ce gosse a un de ces coups de pied ! - vraiment bien à mes oreilles."
Inclinant la tête, la Barde scruta les alentours. Dans un effort désespéré, elle les mena en bas du pré dans un secteur plus rocailleux et bifurqua le long d'un ravin dont les murs rocheux s'élevaient d'un air menaçant au-dessus de leurs têtes. Une entrée étroite était à peine visible et elle s'y dirigea, en pointant la voie à Alcmène. "Je doute que ce soit très confortable là-dedans, mais au moins nous serons à l'abri du vent."
En remontant sa jupe en lambeaux, Alcmène commença à avancer. "Qu'attendons-nous alors ? Allons-y !"
En secouant la tête avec amusement, la Barde trottina rapidement afin de ne pas se faire distancer.
*******
"Là," dit Gabrielle en couchant Alcmène derrière une barrière de roche naturelle qui la protégerait du soleil brillant au-dessus de leurs têtes, il faisait beaucoup plus chaud dans le ravin. "Ce n'est pas exactement une suite de luxe dans la meilleure Auberge d'Athènes, mais c'est le mieux que nous pourrons trouver par ici."
Alcmène sourit et la Barde put aisément voir les traits d'Hercule dans le visage de la femme. "C'est une bonne place, um... J'ai bien peur de ne pas connaître ton nom."
" Gabrielle," répondit la jeune femme, étreignant la main d'Alcmène. "Heureuse de faire ta connaissance."
"Pas autant que moi, je suis vraiment heureuse que tu sois ici," répondit Alcmène, en rendant l'étreinte. "J'étais sûre que mon bébé ne verrait jamais le jour avec cette femme qui me poursuivait. As-tu la moindre idée de qui elle est ?"
"Son nom est Callisto. Ce ne pas une personne très agréable."
Alcmène rit. "Peux-tu répéter ça. Ces choses qu'elle a faites... est-elle une Déesse ? Pourquoi veut-elle me faire du mal ? Je suis certaine de n'avoir rien fait pour l'offenser. Je ne l'ai jamais vue avant aujourd'hui."
"Ce n'est pas toi. Pas vraiment. C'est elle. C'est une femme très colérique, très amère."
"Bien, ton amie est très courageuse, d'être restée là-bas pour se battre contre elle pour que je puisse m'enfuir. J'espère qu'elle pourra nous retrouver. Je voudrais la remercier."
"Elle nous retrouvera." J'espère. Oh, Xena, s'il te plaît sois prudente.
"Tu as beaucoup d'estime pour elle."
"Elle en vaut la peine."
Alcmène inclina la tête face à la conviction contenue dans la voix de sa jeune bienfaitrice, puis elle haleta comme elle sentit quelque chose de décidément étrange. "Gabrielle ?"
En tournant la tête, la Barde nota l'expression peu commune sur le visage de l'autre femme. "Qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que quelque chose cloche ?"
"Je . . . Je, hum, pense que je viens de perdre mes eaux."
Gabrielle s'accroupit rapidement. "Dis-moi, s'il te plaît, que tu rigoles."
"Bien, à moins qu'un ruisseau ne se soit ouvert par enchantement au-dessous de moi, je ne rigole pas."
"Oh, mes vieux."
Soudainement, un léger bruit se fit entendre à l'entrée du ravin. Gabrielle sauta sur ses pieds. "Xena !" s'écria-t-elle avec soulagement.
La Conquérante inclina la tête, balayant des yeux l'endroit que l'Amazone avait choisi, cela l'impressionna malgré elle.
"Va voir ton amie, Gabrielle. Je resterai ici."
La Barde se pencha, et plaça une main chaude sur le bras d'Alcmène. "Es-tu certaine ?"
"Oui. La douleur semble avoir disparu pour le moment et je pense qu'il est préférable que j'essaie de me détendre. Le pire est encore à venir, Vrai ?"
En souriant avec empathie, Gabrielle serra doucement le bras d'Alcmène et quand la jeune femme inclina la tête, elle se releva et fit le tour de l'abri de rocheux, puis marcha à la rencontre de Xena qui était à mi-chemin entre l'abri et l'entrée.
"Intéressant choix." commenta la Conquérante.
"Bien, j'ai supposé que c'était un endroit facilement défendable." Gabrielle se mit une main dans le cou, et regarda autour d'elle. "Ou il le serait, si Callisto n'était pas une Déesse." Elle regarda Xena. "En parlant d'elle, où est-elle ?"
"Occupé. Pour le moment. Et la femme ?"
"En sécurité."
"Pour le moment."
Gabrielle se raidit au ton alarmiste de la voix de Xena. "Que veux-tu dire ?"
"Callisto m'a dit des choses très intéressantes tandis que nous croisions le... fer."
"Intéressantes, huh ?"
"Très intéressantes."
"Est-ce que tu veux m'en parler ?"
Le visage de Xena se durcit. "Ce serait un travail qui t'irait mieux, Amazone. Que s'est-il passé, exactement, quand Hercule a rencontré ta Princesse Guerrière."
"Bien, tu... elle... Xena s'est joint à Hercule et Iolaus pour défaire l'attaque de Darfus contre un village voisin. Xena a tué Darfus, mais Arès l'a ressuscité des morts et l'a rendu plus puissant qu'avant."
"Mais ils ont réussi à le tuer de nouveau."
"Exactement."
Xena hocha la tête. "Et après ?"
Gabrielle regarda la saleté sous ses pieds. "Bien, tu... elle... a toujours été assez discrète sur ce qui c'est passé après, mais elle a dit qu'il avait ôté les chaînes qui lui entravaient le cœur." Elle chercha de nouveau, les yeux flamboyants et intenses. "Xena, Hercule t'a fait voir que tu n'avais plus besoin de marcher dans l'obscurité. Il t'a montré que c'était bien d'être bon ; d'aider son prochain au lieu de lui faire du mal. Tu l'as remercié et tu es partie pour trouver ta propre voie dans ce monde. Un chemin de Bonté. Que tu appelles 'le Plus grand Bien'."
"Cette Xena n'a jamais existé, Amazone. Sauf dans ton imagination brûlante de fièvre."
"Tu as tort, Xena. Cette personne existe." Elle souleva sa main, plaça ses doigts sur la chair chaude de la poitrine de la Conquérante. "Ici. Dans ton cœur. Tout ce que tu as à faire c'est de la laisser sortir."
Les dents de Xena se découvrirent, elle saisit le poignet de Gabrielle dans une poigne de fer et retira brusquement la main de la jeune femme. "Il m'apparaît qu'Arès avait raison."
Gabrielle refusa de laisser l'exposition de douleur apparaître. "À propos de quoi ?"
"Tu es mon ennemi. Parce que si ce que tu dis est vrai et que je permets à ce Hercule de naître, je perdrai mon trône. Je perdrai tout ce que j'ai passé ma vie à construire en me battant."
"Xena, ce n'est pas ça . . . ."
"Qui Règne sur la Grèce dans ta réalité, Amazone ?"
"Bien, personne, mais . . . ."
"Exactement. Tu es venu pour me reprendre la Grèce." Jetant Gabrielle au loin, Xena descendit et retira un poignard de sa botte. "Cela n'arrivera pas."
Gabrielle sauta sur ses pieds, observant avec horreur la Conquérante qui se déplaçait infailliblement vers le lieu ou Alcmène reposait, sa main balançant le couteau à chacun de ses pas.
En regardant désespérément autour d'elle, la Barde se baissa et saisit une pierre qui se moula confortablement à sa main. En se redressant et en faisant reculer son bras, elle pria Artémis pour faire mouche. Elle la regarda filer à toute vitesse vers sa cible.
Qui se retourna à la dernière seconde possible et attrapa la pierre de sa main libre, pour écraser celle-ci avec force. Elle fulminait de colère, tandis qu'elle regardait fixement Gabrielle avec des intentions meurtrières. Après un moment, cependant, Xena ouvrit sa main, laissa la poussière de la pierre retomber par terre, et continua sa route vers son but ultime.
"Xena ! Ne fais pas ça!!"
Alors vint une boule de feu bleuté qui toucha la cible manquée de Gabrielle, frappant par le fait même la lame du couteau qui vola en éclats contre un des murs rocheux du ravin. En même temps que vint la boule de feu, un cri strident de colère se répercuta sur les murs et les deux femmes s'arrêtent pour se tourner vers sa source.
"Ça c'est bien toi, Xena. Ruer de coups de pieds une femme déjà par terre, pour ensuite t'en aller sans même te retourner." Callisto sourit. "Tu n'as pas honnêtement pensé que j'allais te lasser m'échapper, n'est-ce pas ?"
La Conquérante était debout droite comme un piquet et ne dit rien, sa main vide se serrait et se desserrait pour tenter de contenir sa colère.
Callisto tourna légèrement la tête. "Hé bien ! ! ! Salut, Gabrielle ! Je savais que tu étais ici quelque part à renifler les jupes de Xena. Je crois que tu détiens quelque chose qui m'appartient !"
"Oublie ça, Callisto," gronda la Barde.
"J'aimerais bien, chérie. Mais la vérité est, que je n'ai jamais pu oublier le regard sur le visage de ma mère quand sa robe s'est enflammée et que tout le reste est parti avec elle en fumée. Chaque fois que je ferme les yeux, je peux entendre ses cris perçants. Elle priait pour que quelqu'un l'aide." La Déesse se frotta le menton avec le dos de sa main comme ses yeux reprirent leur concentration. "Donc, sois une bonne fille et mène-moi à la petite putain de Zeus, veux-tu ?"
"Tu devras me passer d'abord sur le corps, Callisto," avertit Gabrielle.
La Déesse rayonna. "J'espérais que c'était ce que tu allais dire!"
Une traînée de feu s'échappa du bout du doigt de Callisto, mais la Barde était prête et se laissa tomber par terre, en roulant pour éviter le coup.
En manquant sa cible, la boule de feu frappa l'abri de roche et Alcmène cria comme les rochers éclataient, et que les débris déchiquetés s'éparpillaient partout.
En arrêtant son roulé boulé désespéré, Gabrielle changea complètement de direction et prit couvert dans l'abri, puis protégea le corps de la femme recroquevillée avec le sien comme il continuait à pleuvoir des roches sur elle.
Le rire de Callisto se répercuta de nouveau et elle tourna la tête. "Et voici un petit quelque chose pour te remettre le change d'avoir été une si vilaine fille, Xena."
Une autre boule de feu s'envola.
La Conquérante eut juste le temps de la faire dévier avec le chakram qui était apparu dans sa main.
Une autre boule bleutée jaillit et Xena la fit dévier la renvoyant vers sa propriétaire, Callisto s'écarta de la voie. "Oh, Xena. Tu ne pensais tout de même pas que je tomberais deux fois dans le même piège, n'est-ce pas ?"
Xena haussa les épaules. "Ça valait la peine d'essayer."
"Vrai. Il est bon de savoir que certaines choses ne changent jamais, ma chérie. Comme lutter toujours pour avoir le dernier mot ! Même dans des situations désespérées, comme celle-ci."
Les deux femmes sortirent leurs armes en même temps. Le chakram de Xena s'envola directement vers Callisto, et celle-ci lança une autre boule d'énergie. Les deux combattantes esquivèrent comme leurs propres armes ricochèrent en direction de leurs têtes.
Le chakram frappa le mur le plus proche, projetant des étincelles et desserrant quelques petites pierres qui roulèrent sur le sol, avant de rebondir et de se diriger de nouveau vers sa propriétaire.
La boule de feu de Callisto frappa le mur très près de l'entrée du ravin, faisant éclater la surface rocailleuse et le mur gronda de façon menaçante.
Derrière le petit abri rocheux, Alcmène poussa Gabrielle. "Le bébé arrive !" cria-t-elle, s'accrochant à ses cheveux à cause de la douleur. "Le bébé arrive !"
Pendant que Gabrielle faisait des pieds et des mains pour essayer de l'aider, Callisto rit. "Tu as entendu, Xena ? Ton destin est sur le point de naître directement devant tes yeux. Combien de gens peuvent dire ça ?" Elle sourit, en levant les bras. "Dernière chance, Xena. Tu sais ce qu'Hercule fera si on lui permet de naître. Laisse-moi le tuer et le monde sera à toi !"
"Et je devrais vivre en sachant que je te dois ma couronne ? Pas question, Callisto."
La Déesse haussa les épaules. "Fais comme tu veux, alors. Je vais devoir régner sans toi, c'est tout."
Elle serra sa main droite fermement, et l'ouvrit ensuite pour laisser apparaître une boule de feu rayonnante, et blanche qui crépita, alors que de grosses étincelles en sortaient. "Au revoir, chère Xena. J'aimerais dire que cela a été amusant, mais ça ne l'a pas été. Adresse mes salutations à Hadès quand tu le verras, d'accord ?"
Elle étendit brusquement sa main, et projeta la boule d'énergie.
Xena tint son chakram devant elle et quand le coup arriva, la puissance de l'impact la souleva de terre, le chakram glissa de sa main comme elle vola sur la longueur du ravin. Elle entra en collision avec le mur du fond et s'effondra par terre, à peine consciente.
"Et maintenant, mon prix. Sors de là, sors de là peu importe où tu es, Alcmène. Il est temps de faire face à la musique, ma chérie."
Gabrielle s'accroupit à côté de la femme en couche, paralysée par l'indécision. Elle voulait désespérément aller vers Xena, qui gisait au pied du mur, le sang coulait le long de son visage, et ses yeux étaient vitreux et vides.
Quand Callisto vint tout près, elle se leva sur ses pieds et saisit le chakram qui avait atterri sur ce qui restait du mur de roche qui abritait Alcmène. Son visage était de marbre ; et ses yeux, vert jade brillaient de détermination.
Callisto s'arrêta et sourit. "Eh bien, eh bien, eh bien, si ce n'est pas la courageuse petite Gabrielle s'opposant à la grande, et méchante Déesse." Elle inclina la tête. "Repose le jouet de Xena avant que tu ne te fasses mal, hmmm ?"
"Tu ne gagneras pas, Callisto."
"Et de quelle manière comptes-tu m'arrêter, chérie ?"
Derrière elle, Alcmène cria d'agonie et Gabrielle se tourna pour observer les tendons du cou de la femme qui contractèrent sous la force de sa poussée.
La Barde se détourna. "Je renoncerais à ma vie pour donner la chance à Hercule de voir le jour."
Callisto inclina la tête. "Et c'est exactement ce que je vais te prendre." Elle tendit un bras, pour ensuite le laisser soudainement tomber, un sourire lent fleurit sur son visage. "Non, te tuer de cette façon serait trop facile." Elle dégaina son épée et la fit tournoyer une fois. "Je pense que je préfère faire ça de la bonne vieille façon. Et de cette façon, toi et ton cher mari mort pourrez comparer vos blessures."
Avec un cri perçant, Callisto attaqua.
Gabrielle se défendit, employant le chakram pour parer les coups d'épée qui semblaient venir de toutes les directions en même temps.
Son bras brûla comme le bout de l'épée de Callisto traça une ligne à travers sa chair et les cris d'Alcmène en douleur remplirent l'air tandis qu'elle poussait, la Barde redoubla d'efforts, faisant dévier coup après coup tandis qu'elle cherchait un moyen de pénétrer les défenses de la Déesse.
"Gabrielle ! Aide-moi ! S'il te plaît !" hurla Alcmène, la douleur était insupportable et la force de ses contractions s'intensifiait.
Gabrielle s'affaiblissait et elle le savait. Son cœur était déchiré dans trop de directions et la force divine de Callisto devenait accablante. Elle serra les dents, ses muscles se tendirent, elle continua à faire dévier les coups avant qu'une décharge ne lui fasse lâcher le chakram.
"Fin de la partie, Gabrielle."
Gabrielle resta bien droite, le menton bien haut, à regarder fixement Callisto directement dans les yeux tandis que la Déesse levait son épée pour porter le coup fatal.
Et ensuite, avec un sixième sens presque mystique, qu'elle avait développé au cours des années, elle s'aplatit sur le sol comme un corps aéroporté, vola, pieds devant, directement au-dessus d'elle et atterrit droit, dans l'estomac de Callisto, envoyant celle-ci voler à travers le ravin et s'affaler contre un des murs de pierres.
Xena atterrit, se baissa et saisit son chakram, c'est alors qu'elle le jeta sur la brèche qu'avait fait Callisto avec une de ses boules de feu un peu plus tôt.
Le tonnerre gronda de par le ravin étroit comme le mur commençait à s'effondrer, envoyant des rochers énormes sur le sol.
Regardant vers le haut, Callisto cria.
En attrapant son arme, Xena se tourna et releva Gabrielle qui était sur le sol. "Cours !" cria-t-elle pour se faire entendre par-dessus le vacarme de l'éboulement qui arrivait.
"Pas sans Alcmène !"
"Cours !" cria de nouveau la Conquérante, en donnant à la Barde une bonne poussée en direction de la sortie.
Les rochers commençaient à s'approcher et Xena courut derrière Gabrielle, qui s'arrêta et se retourna. "Tu ne peux pas la laisser là, Xena. C'est une femme innocente. S'il te plaît. Tu dois l'aider."
En poussant Gabrielle de nouveau, la Conquérante se précipita vers la droite, se plia et prit Alcmène dans ses bras. La femme en couche se tordait dans ses bras, faisant presque perdre l'équilibre à Xena ce qui les tuerait à coup sûr. "Reste tranquille ou je te tuerai moi-même."
Cette fausse menace produisit son effet, tandis que Xena reprenait son équilibre. Elle réussit à les porter hors de danger.
Comme une rivière en furie, les rochers continuaient à passer, ébranlant le sol du ravin avant de rencontrer le mur, où ils s'effondraient et s'agglutinaient en une couche immobile.
Puis tout redevint calme, sauf la poussière qui tombait comme de la pluie et les gémissements d'Alcmène qui haletait avec détresse.
"Porte-la ici !" dit Gabrielle en indiquant un espace relativement près du sol.
Xena porta son fardeau jusqu'au secteur indiqué et le posa sur le sol, avant de rapidement détourner la tête et balayer le secteur pour détecter la présence de Callisto.
Gabrielle s'agenouilla rapidement, en étreignant la main d'Alcmène et tressaillit à la force de la poigne féroce de l'autre femme.
"D'accord," chantonna la Barde, "Ça va. Ouvre les jambes et fais-moi voir, ok ?" Se remettant à genoux entre les jambes ouvertes d'Alcmène, elle vit la tête qui commençait à sortir. "C'est bon, Alcmène. Je peux voir la tête. C'est excellent."
"Est-ce que je peux pousser ?"
"Oui. Donne tout ce que tu peux. Une bonne et grosse poussée. Maintenant."
Quand Alcmène s'arqua pour pousser de toutes ses forces, Gabrielle glissa ses mains sous la tête tandis qu'elle se présentait, suivie rapidement par le reste du corps.
Alcmène cria de soulagement et Gabrielle rit, en tenant le bébé qui se tordait dans ses mains. "C'est un garçon !"
"Est-ce qu'il . . . qu'il va bien ?"
La confirmation se fit entendre comme le bébé poussait un grand cri indigné.
"Oh, merci Dieux."
Au son du cri de l'enfant, la Conquérante arriva, et baissa les yeux sur le minuscule corps, qui hurlait dans les mains de Gabrielle. Sa main se posa lentement sur son chakram et elle le retira de son crochet, son regard intense était concentré sur l'enfant.
L'enfant qui emporterait tout ce qu'elle était, tout ce pourquoi elle s'était battue, tout ce qu'elle avait gagné. Les sons, les parfums et les souvenirs de ces batailles sanglantes coururent derrière ses yeux, son corps répondit à l'appel séduisant de la guerre.
Le bébé gémit de nouveau, secouant ses poings et Xena cligna des yeux, en se recomposant. Il la regarda imperturbable pendant qu'elle se rappelait encore d'autres souvenirs, celui d'un enfant en bas âge. Celui qu'elle avait protégé, et qui avait fait qu'elle avait dû passer l'épreuve du Gantelet poussée par les hommes de sa propre armée. Son propre fils, Solan, placé dans les bras forts des Centaures qui l'avaient accueilli comme le fils de leur héros, Borias ; et que les Amazones avaient tué lors de leur guerre contre les Centaures ; une guerre qui avait pris fin avec la mort de Velasca et la décimation de la race Amazone.
Elle ne s'était jamais permis de pleurer la perte d'une vie si minuscule et si précieuse, sachant que le faire la distrairait de son but ultime : la conquête de la Grèce.
Elle permit à son regard de se déplacer du bébé à la mère. Alcmène la regardait fixement avec une expression alarmée. Pourquoi devrais-je permettre à ton fils de vivre quand j'ai laissé le mien mourir sans même verser une larme ? L'enfant de Zeus mérite-t-il plus de vivre que l'enfant d'un monstre ?
La Conquérante regarda encore vers le minuscule et innocent bébé blotti si tendrement dans les bras de sa mère. Es-tu ma fin? Ou mon commencement ? Si je perds tout ce que j'ai, que me restera-t-il à gagner ?
Elle joua distraitement avec son pouce calleux sur le bord tranchant comme un rasoir de son chakram, en se demandant pourquoi une décision si simple était devenue soudainement si difficile à prendre.
Gabrielle regarda prudemment la Conquérante, incapable de lire les émotions dans les traits burinés de son visage. "Xena ?"
Xena leva lentement les yeux pour rencontrer les yeux vert jade qui la regardaient calmement. Tant d'émotions dans ces beaux yeux. Tant. Que vois-tu quand tu me regardes, Amazone ? Me vois-tu vraiment comme je suis ? Ou vois-tu celle que je pourrais devenir.
"Qui es-tu ?" demanda-t-elle finalement. Et, encore plus important, qui suis-je ?
"Je suis Gabrielle. La femme qui t'aime."
"Tu . . . m'aimes ?"
Rien de plus qu'une dévotion infinie se vit dans le visage de Gabrielle. "Oui. Et t'aimerai toujours."
"La plus grande des faiblesses."
Gabrielle secoua la tête. "Non. La plus grande des forces, la plus grande de toutes les forces. "
La Conquérante secoua la tête une fois, comme pour nier ces mots, et, levant son arme, elle fit un pas en avant, sa mâchoire fermement serrée, ses dents blanches brillantes dans l'air poussiéreux.
Avec un gémissement de douleur, elle baissa son chakram.
Et coupa le cordon ombilical qui reliait toujours l'enfant et la mère.
Elle déchira un morceau du tissu de la robe en lambeaux d'Alcmène et attacha rapidement le cordon avant de faire un pas vers l'arrière, des émotions puissantes furent finalement libérées de la prison où elle les avait tenues prisonnières pendant tant de sombres années.
Les émotions l'écrasèrent et mirent la puissante Conquérante sur les genoux, son chakram tomba de sa main pour atterrir sur le sol poussiéreux.
Gabrielle remit rapidement Hercule à sa mère, et se précipita ensuite pour se mettre à genoux devant son âme sœur. "Xena ?" demanda-t-elle doucement de nouveau.
La tête de Xena se souleva lentement. Dans ses yeux, perdus, son âme hurla son besoin de réconfort et cela Gabrielle lui donna sans réserve, tirant Xena dans une étreinte soudée elle posa la tête de la grande femme sur son épaule. "Je suis là, Xena. Je serai toujours là. Toujours."
Après un moment, Xena se retira brusquement. Elle afficha un minuscule sourire, qui réussit à atteindre ses yeux brillants de larmes. "Merci, Gabrielle," chuchota-t-elle d'une voix rauque.
La Barde sanglota au son de son nom et leva la tête, puis guida doucement les lèvres de Xena vers les siennes pour un baiser d'absolue dévotion, et d'amour profond et total.
Et le monde devint noir de nouveau.
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Quand Gabrielle reprit connaissance, il y avait toujours cette sensation de lèvres chaudes, douces qui étaient appuyées sur les siennes. Ces lèvres dont le goût était encore meilleur que le meilleur vin grec, ces lèvres attachées à ce visage plus beau qu'une Déesse Olympienne et ce corps qui était aussi stupéfiant que... nu ?
La Barde tint ses yeux fermement clos, ses mains continuaient à se balader nonchalamment sur les muscles et la cambrure des reins de Xena. Ouais. Nu…
De grandes mains erraient avec une grâce sensuelle sur son propre corps, ce qui convainquit Gabrielle qu'elle était dans un état semblable de nudité.
Et couchée sur le dos.
Partiellement couverte par une douce et épaisse fourrure.
Ses yeux s'ouvrirent, provoquant un énorme choc pendant que son esprit prenait finalement le dessus sur ses hormones.
Avec fort regret elle brisa le baiser passionné, impuissante à faire autre chose, Gabrielle repoussa Xena loin et se leva de leur couche, son corps entier tournait en rond comme elle parcourait les alentours du boisé dans lequel elle s'était soudainement retrouvée.
Haut au-dessus de sa tête, les oiseaux gazouillaient gaiement, se faisant la cour dans l'auvent feuillu qui abritait du soleil le bosquet tacheté. À sa gauche, Argo secoua la tête et poussa un hennissement, puis continua de brouter l'herbe tendre. Derrière elle, un feu de camp brûlait doucement, la fumée parfumée vint lui chatouiller les narines agréablement.
Elle baissa le regard pour voir Xena, à moitié nue sur leur grabat, qui la regardait elle aussi, une expression amusée couvrait son visage. "J'ai dit quelque chose que je n'aurais pas dû ?" gronda-t-elle d'une voix basse.
Gabrielle rougit et secoua la tête, toujours incapable de croire ce qu'elle voyait. "Hum .. .non."
La Guerrière inclina la tête lentement, son visage se rida dans un demi-sourire. Gabrielle eut le souffle coupé quand elle vit l'amour qui brillait dans les yeux pâles de Xena - son cœur manqua plusieurs battements.
En s'agenouillant lentement, Gabrielle étendit une main tremblante. Xena la saisit immédiatement pour la porter à ses lèvres et poser un doux baiser contre la paume de la Barde. "Est-ce que ça va ?" murmura-t-elle en employant sa main libre pour caresser tendrement la joue de Gabrielle. Elle essayait de lire les émotions par delà les yeux étincelants de la Barde.
"Je... ne suis pas certaine. Je crois que oui. C'est juste... " Elle prit une profonde inspiration, et la libéra lentement. "Je t'aime, Xena."
Le sourire qu'elle reçut fit voler son cœur en éclat. "Je t'aime aussi, Gabrielle."
"Redis-le."
"Je t'aime ?"
"Bien, cela aussi. Mais j'ai voulais dire mon nom. Dis encore mon nom."
Le sourcil de Xena s'arqua, mais elle obéit. "Gabrielle".
Et soudainement elle se retrouva entourée par les bras chauds de la Barde, qui riait et pleurait. "Par les Dieux, c'est bon d'être à la maison !"
Xena permit à sa jeune amante de la renverser, ne comprenant pas le moins du monde ce qui venait de se passer, mais heureuse que, Gabrielle soit en sécurité, et au chaud et dans ses bras.
Comme des lèvres ferventes se placèrent sur les siennes, la Princesse Guerrière arrêta de penser à tout ça et capitula simplement à l'amour qui enveloppa son cœur et son âme.
Et quelque part, au-dessus, les Parques continuaient leur tissage, entrelaçant les fils d'un monde qui avait été déchiré en morceaux par la haine et recousu par la plus grande force d'entre toutes.