Mes premiers émois

Chapitre 2




 

Le Bac en poche, j'avais rempli le contrat, implicite, passé avec mes parents. Mais maintenant, il était temps que je prenne une décision pour moi et mon avenir. Deux options se présentaient à moi : soit je poursuivais dans la branche que j'avais suivi et je devenais un véritable rat de laboratoire, soit je suivais les conseils de mon prof de dessin (une option que j'avais prise pour le Bac et qui c'était avérée utile, relevant ainsi amplement le niveau de ma note de philo) et je partais faire une école d'art sur Paris. Il m'avait proposé de me faire une lettre de recommandations, et sérieusement je ne pensais pas avoir une réponse positive. Mais ce fut le cas et cela acheva de me décider (outre le fait que j'avais un profond besoin de développer une part d'originalité que je percevais chez moi, mais que je n'arrivais pas à définir).

Je passai donc mes vacances à finaliser mon inscription et surtout à trouver un logement, ce qui n'était pas une mince affaire. Toutes ces occupations me faisaient bien vite oublier mon audacieux " baiser de fin d'année ". La honte de ce souvenir était d'autant plus gérable que je ne risquais plus de rencontrer l'objet de tous mes émois de lycéenne. C'était ce que je croyais, du moins, à cette époque.

Je n'eus pas assez d'un mois pour trouver l'appart idéal. Heureusement, en attendant, je logeais chez une tante, qui habitait dans la région parisienne. Cela permettait à mes parents de s'habituer à mon absence et de les rassurer. Moi, j'étais dans l'insouciance des débuts d'une nouvelle vie qui s'offrait à moi. Finalement, j'optai pour une colocation dans le 12ème arrondissement. C'était un cinq pièces immense que se partageait déjà deux étudiantes en deuxième année à la Sorbonne. Il y avait Magalie, une petite blonde du sud, un peu boulotte, complètement décomplexée (mais, je l'appris plus tard, au prix de longues années de thérapie), une miss cent milles volts, joviale, un sourire constamment scotché à ses lèvres. La seconde colocataire s'appelait Agnès, une grande brune de St Malo, d'apparence un peu froide et hautaine, mais qui s'avérait être quelqu'un d'entier et de sincère et surtout un véritable boute-en-train quand il s'agissait de faire la fête. J'occupais donc la troisième chambre de ce joli et clarteux appart, dont la quatrième pièce, plus petite, servait de salon intime pour celle qui serait amenée à inviter son petit-ami du moment. Le reste était en commun. Le loyer n'était pas excessif à proportion de la surface, mais je me rendis bien vite compte qu'il me faudrait trouver un petit boulot d'appoint ; ma maigre bourse ne servant qu'à des fins alimentaires.

 

La rentrée se passa sans gros problèmes, malgré le fait que je ne connaissais personne. D'un point de vu pratique de l'art, on ne nous jugeait que sur notre talent, et cela m'arrangeait, car j'en avais à revendre. Le plus difficile était de défendre son point de vue. Mais contrairement à ce que l'on pouvait penser, ma timidité maladive ne fut pas un obstacle pour moi, cela étant peut-être dû à mon changement de vie...

Cependant, il me restait une difficulté de taille à surmonter, et non des moindres : trouver un travail. Et là encore, je ne choisis pas la facilité (en même temps il ne s'agit pas d'être exigeant dans ce domaine) et dégotai un boulot de week-end, comme hôtesse de caisse dans une grande enseigne de disquaire. Malgré des débuts plutôt chaotiques, je prenais petit à petit de l'assurance. Malgré cela, sitôt franchi le seuil de l'appart, je retrouvais bien vite mes mauvaises habitudes et me précipitais dans ma chambre pour m'isoler du reste du monde. En quelque sorte, face à des inconnus, j'étais comme en représentation et tout se passait bien, mais une fois face à des personnes plus " intimes ", je me refermais comme une huître, de peur de trop dévoiler mon " moi " intérieur.

Cela semblait inquiéter mes colocataires. Au point qu'un jour, elles vinrent frapper à ma porte, intriguées de ne pas m'entendre rouspéter, comme à mon habitude, depuis plusieurs heures.

Pointant leurs visages défaits et interrogateurs à la porte, elles me demandèrent en cœur :

" Salut ! Comment ça va ?

- Ça va ! Ça va ! Ne soyez pas inquiète ! Je pensais... Peut-être le mal du pays ! "

Puis je me mis à rire devant leurs mines déconfites, ce qui suffit à rompre la glace.

- Tu nous rassures, finit par dire Magalie, car on te trouvait bien silencieuse depuis un petit moment. Tu nous as habitué à ta discrétion... mais à ce point !!!

S'en suivit une longue discussion où je fis un peu plus connaissance avec mes nouvelles amies et elle avec moi. Au point où nous en vîmes à certaines confidences. Je leur confiai notamment ma difficulté à trouver une apparence qui me convienne, tellement j'étais accablée par certains complexes. " J'ai vraiment l'air d'un sac, regardez ! ".

- Ah ! Ça ! J'ai le remède ! s'exclama Magalie. On va te faire une séance de relooking comme tu n'en as jamais vu, hein Agnès !

Celle-ci, tout sourire, trépignait déjà d'impatience, frappant dans ses mains " OUI ! OUI ! OUI ! ". Je ne l'avais jamais vu comme ça.

Rendez-vous était pris pour le vendredi qui suivit, pour une méga séance de shopping. Ça promettait. Moi qui adore ce genre de chose. Mais je n'osais pas les contrarier, les voyants si heureuses de le faire pour moi. Et puis, après tout, ça ne pouvait pas être pire que maintenant. Ce que je ne savais pas, c'était, qu'en plus d'un tour complet des grands magasins de fringues en tous genres, elles m'avaient pris un rendez-vous chez un coiffeur-visagiste, afin d'éradiquer définitivement la grande tresse qui barrait mon dos depuis plusieurs années déjà. Je jouai tout de même le jeu, loin de m'imaginer à quel point j'allais être transformée. En bref, je sortis de là, avec les cheveux courts, en bataille. Je n'en revenais pas!

" Ça te va à ravir mon cœur ! ", firent-elles d'une seule voix.

Pour clouer le tout, elles me dégotèrent une garde robe complète de la parfaite étudiante hippie/branchée. Mais, malgré mes nombreuses réticences à dévoiler certaines de mes formes, cela m'allait plutôt bien, en fin de compte. Je m'y habituai en tous cas.

" Allez ! On va pas en rester là, fit Agnès ! On va fêter ça ! "

Et moi qui pensais que ça allait se faire en toute intimité. Elles étaient déjà toutes les deux pendues à leur téléphone, à lancer des invitations à droite et à gauche.

" Bah oui ! Il faut bien tester ton nouveau look avec des personnes que tu ne connais pas ! ", s'exclama Magalie. Il était vrai que, depuis que j'habitais avec elles, c'était le calme plat à l'appart, ce qui ne me dérangeait nullement. Mais là, je ne pouvais pas y échapper. Bien sûr, de mon côté, je n'avais personne à inviter.

A partir de 20 heures, commença le défilé. Dix, quinze, vingt personnes, pour la plupart de la Sorbonne, prenaient possession du monde du silence qui était le mien jusque là. L'alcool coula à flot. Pour ma part, c'était une première. Dès les premiers verres, ce fut fatal pour moi. Très vite, je me désinhibai.

Un des rares souvenirs que j'eus de la soirée, ce fut qu'à un moment, voulant me soulager, j'étais tombée sur Agnès avachie sur les toilettes, en train de vomir tripes et boyaux. Soudain, je m'étais sentie terriblement responsable et m'étais effondrée en pleurs dans les bras d'un parfait inconnu. Il s'agissait en fait de Jérémy, un petit brun de 25 ans, qui exerçait la profession de photographe. J'avais fait sa connaissance un peu plus tôt dans la soirée. Il avait ce calme des artistes qui ont un regard posé sur les choses et les événements et qui, dans la minute qui suivait, pouvait se faire un délire clownesque, comme ça, pour rire. On avait bien sympathisé, car il avait ce don de mettre les gens tout de suite à l'aise. Et ce n'était pas une vaine qualité quand il s'agissait d'entamer une discussion avec moi.

Le lendemain matin, je mettais réveillée, allongée au milieu du tapis du petit salon, avec un mal de tête comme jamais j'en avais eu auparavant. Mes colocataires n'étaient pas dans un meilleur état, mais avaient assez d'énergie pour se moquer de ma petite jérémiade. Tout le monde, en tous cas, m'avait beaucoup apprécié. J'avais passé le casting.

" Surtout Jérem !, fis Magalie.

-Quoi Jérem ?

-Bah, tu lui as particulièrement plu. Il ne tarissait pas d'éloges à ton égard avant de partir ce matin. "

J'en revenais pas. Moi, je plaisais à quelqu'un ! C'était décidément une journée exceptionnelle. Mais là, j'allais véritablement vers l'inconnu total, car pour tout dire, je n'avais jamais eu de relations sentimentales jusque là (seulement dans mes rêveries). Personne n'avait manifesté un quelconque élan vis-à-vis de moi.

En fait, tout ce fit en douceur. Je me libérai petit à petit de mon carcan de timidité et de réticences. Au fur et à mesure des soirées organisées chez nous, Jérémy et moi fîmes un peu plus connaissance. Entre nous c'était installé une affinité basée sur une certaine complicité dans des délires infantiles. Il avait beau avoir 5 ans de plus que moi, cela ne se voyait pas. Nous étions de vrais gamins. En plus de cela il était galant et attentionné, ce qui ne gâchait rien. Mais l'une des qualités que je lui reconnais encore maintenant, c'était sa patience. Car pour tout ce qui touchait au domaine des relations humaines et plus particulièrement à celui des sentiments, j'étais loin d'être dégourdie. Notre premier baiser ne vint qu'au bout de quelques semaines et dans des conditions bien particulières puisque lui comme moi, nous étions complètement saouls. Une chahuterie de trop entre nous, et nous nous étions tout naturellement retrouvés enlacés. Cela m'avait laissé un souvenir doux et chaleureux. Mais avec le recul, je ne savais pas si c'était l'émotion de vivre cela pour la première fois ou bien de réels sentiments qui faisaient battre mon cœur. Mais sur le moment, ce que je me disais, c'était que l'on m'aimait enfin. Me basant sur ce simple fait, j'étais prête à aller jusqu'au bout de " l'aventure ".

Il me semblait que je m'épanouissais enfin. Même mes parents, que j'avais retrouvés pour les fêtes de fin d'année, ne me reconnaissaient plus (en dehors, bien sûr, de mon apparence physique). Ils semblaient heureux pour moi.

En bref, si je devais décrire l'état d'esprit de mon couple en un mot, je dirais : ludique. Notre quotidien était rythmé par nos âmes d'enfant, et tous les lieux que nous fréquentions résonnaient de nos éclats de rire incessants. Même notre sexualité était reléguée au second plan. Bien sûr, nous avons eu notre période de jeu " touche pipi ", puis notre premier rapport, comme un " accident ". J'avais eu un peu mal, je n'avais pas ressenti l'excitation que les confidences d'Agnès m'avaient décrite. Mais nous n'en faisions pas état. Notre complicité et nos témoignages d'affections nous suffisaient.

 

Tout le reste de l'année, je jonglai donc entre les cours, le boulot, l'appart et le sien. Et tout se passa pour le mieux.

Puis, vint le jour de la présentation à ses parents. Cela se ferait lors des vacances d'été, en Ardèche où ses parents possédaient une somptueuse villa où toute la famille, au sens large, se retrouvait. Parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins et cousines : tout le monde serait là. Je ne l'appris que tardivement, mais Jérémy était fils unique. Sa mère étant de nature possessive, Jérémy m'avait subtilement prévenu qu'elle pourrait me paraître froide et distante au début, mais que mon charme naturel ferait son effet. Je n'avais pas à m'inquiéter.

Et tout ce qu'il m'avait décrit se vérifia. Je n'avais cependant pas envisagé, que parmi tout ce beau monde, ma timidité naturelle reviendrait à l'assaut. Mais tous furent chaleureux avec moi. Et au bout de quelques jours, j'étais comme un poisson dans l'eau. Seule deux de ses cousines avaient pu se libérer cet été là. Toutes deux avaient à peu près mon âge. Mathilde, une grande blonde d'un an mon aîné, fut particulièrement accueillante vis-à-vis de moi. Avec son humour, qui caractérise apparemment toute la famille, elle m'aida à me sentir plus à mon aise. Ses airs de " lolita " cachaient en fait une grande sensibilité. Ce qui la caractérisait, en fait, le mieux, c'étaient ses grands yeux, d'un bleu profond, qui m'envoyaient constamment des regards complices. Avec elle, tout était occasion à blaguer et s'amuser. Il me semblait, qu'elle avait une humeur à toute épreuve.

Puis, un jour, mon point de vue à son sujet changea. Depuis le début des vacances, Jérémy me confiait régulièrement à ses bons soins, devant s'absenter pour remplir quelques obligations familiales (la famille possédait un grand verger et nous étions en pleine saison de cueillette). Très vite, s'était instauré, entre Mathilde et moi, une grande complicité. Nous passions toutes nos journées au bord de la piscine, à discuter, partageant même quelques secrets inavoués. Pour ma part, j'y avais mis quelques limites de peur de la choquer. Et un jour, alors que je me croyais seule à la villa, je m'étais accordée une petite sieste à l'abri d'un arbre, au milieu d'un carré de verdure. Cela allait faire passer le temps plus vite. Je ne l'entendis pas venir. Elle avait pris soin de ne pas faire de bruit, pour pouvoir me surprendre dans mon sommeil. Manque de chance, j'étais réveillée. Je l'accueillis donc avec un sourire, qu'elle me rendit. Puis sans dire un mot, elle s'allongea à côté de moi et se lova délicatement au creux de mon épaule. Ainsi installées, nous nous laissâmes bercer par les bruits de la nature dans un silence religieux. Au bout de quelques minutes, avec sa main restée libre, elle commença à caresser mon bras qui entourait ses épaules. Ce simple contact fit naître en moi un frisson qui parcouru tout mon corps. Mes vieux démons d'adolescente revenaient à la charge. Je rougis de honte d'avoir une telle sensation dans ces circonstances, car elle était comme une soeur pour moi, comme la meilleure amie que je n'avais jamais eu.

Soudain, elle rompit le silence.

" Tu as déjà eu envie de coucher avec une femme ? "

Je restai soufflée par cette question et ne pu que bredouiller une réponse.

" Bah ! Laisse tomber ! C'est une question complètement idiote ! ". Tout en disant cela, elle se releva et s'assit à califourchon sur mon ventre. Puis elle éclata d'un rire nerveux. Je ne pouvais détacher mes yeux de sa robe qui, du fait de sa position, était remontée le long de ses cuisses. Je ressentis une tension dans mon bas ventre qui n'était pas dû à son poids plume, au contraire. J'étais comme en transe et mon cerveau comme déconnecté.

Sans réfléchir une seconde, je lui dis :

" Si ! J'ai déjà eu cette envie dans le passé... euh... de coucher avec une fille je veux dire ". Alors que j'entendais encore mes paroles résonner dans mes oreilles, je devins rouge écrevisse.

Se penchant alors au dessus de mon visage, elle me répondit : " Ah ouais !!! ", avec ce ton coquin qui promettait des événements du même ordre. Ses cheveux longs et ondulés me caressaient les joues. Nous étions tellement près l'une de l'autre, que je pouvais sentir son souffle chaud sur mon visage. Elle avait un sourire adorable et délicieux accroché à ses lèvres et son regard se planta dans le mien, ce qui finit de me troubler. Le pire, et cela j'en étais sûre, c'est qu'elle en était pleinement consciente. Puis, sans crier gare, elle déposa un baiser sur mes lèvres. Mon cœur se mit à battre à tout rompre. C'était tellement doux, chaud et excitant à la fois. Je n'avais jamais ressenti cela auparavant, mise à par la fois où... Au mon Dieu !

Je ne lui laissai pas le temps de s'éloigner et, passant ma main dans sa nuque, je lui rendis son baiser avec une fougue non dissimulée. Elle se laissa faire et m'encouragea même à prolonger cette étreinte en me caressant les joues, le cou puis les épaules. Ses mains commençaient à prendre un chemin dangereux et sans retour possible pour la suite des événements. Je m'écartai alors un peu, interrompant ainsi tous nos élans.

" Tu es sûre que.....? "

Posant un doigt sur ma bouche, elle me dit une chose que je n'oublierais jamais de ma vie : " Chhhuuuttt !!! Depuis la première fois que je t'ai vu, j'ai eu envie de toi ! ".

Ces simples mots eurent un effet explosif sur moi. Je ne pus me contenir plus longtemps et je l'embrassai à nouveau, mes mains se transformant en caresses qui n'avaient pour autre but que d'ôter le peu de tissus qui recouvraient son corps intégralement bronzé. Elle était d'une beauté à couper le souffle.

En un éclair, nous nous retrouvâmes toutes deux nues. J'oubliai alors tous mes complexes n'ayant qu'en tête la quête d'un plaisir encore inassouvi. Les événements qui suivirent furent les plus excitants et charnels de ma vie. Encore maintenant, je conserve intact dans ma mémoire, les moindres gestes, caresses et baisers que nous avons eu ce jour-là. Ce fut à cette occasion que je ressentis pour la première fois cette fameuse explosion orgasmique dont on m'avait, tant de fois, parlé. Mais cela alla bien au-delà des descriptions qu'on m'en avait faites.

Mathilde aussi sembla partager le même bonheur que moi.

Le corps rompu de fatigue, nous nous endormîmes ainsi, sur place, prenant juste le soin de nous rhabiller.

A mon réveil, je me retrouvai seule, allongée sur l'herbe. Avais-je rêvé ?

Il semblait que non, au vu de mon état vestimentaire. Mais où était donc Mathilde ? Je n'eus pas le temps de la chercher dans la maison : tout le monde rentrait déjà du verger. Je dus attendre le soir, au repas, pour avoir l'occasion de croiser à nouveau son regard. Mais celui-ci avait changé. J'y lisais maintenant de l'indifférence. Immédiatement, mon cœur se remplit d'une profonde tristesse. L'avais-je déçu d'une quelconque manière ? Était-ce de ma faute ? Pour ne pas rester ainsi, comme traumatisée, je devais en avoir le cœur net. Je n'eus pas longtemps à attendre. Le soir même, alors que tout le reste de la famille était partie se coucher, je la retrouvai seule, allongée sur le canapé du salon, plongée dans un livre.

Sans détours, je lui demandai: " Pourquoi tu ne m'as pas réveillée tout à l'heure ?.... T'ais-je, d'une quelconque manière que ce soit, déçue ? "

Après un petit moment qui me parut d'une longueur interminable, elle se décida tout de même à me répondre :

" Non ! T'inquiète ! Tu n'y es pour rien. C'est de ma faute en fait... Je voulais juste savoir ce que ça faisait... et maintenant je sais. C'est tout ce qu'il y a à savoir ".

Ma déception fut immense. Ne voulant pas en entendre plus, je me précipitai dans la chambre que je partageai avec Jérémy. Je passai toute la nuit à pleurer en silence pour ne pas éveiller les soupçons. Moi aussi j'avais eu des réponses, mais je ne considérais pas ce qui c'était passé de manière aussi anodine. Car d'une part, j'avais trahi la confiance de Jérémy et, pire que tout, je ressentais un profond désir pour les femmes et mon épanouissement dépendait de celui-ci. En fait, j'en voulais plus à Mathilde d'avoir révélée cela chez moi, que de m'avoir utilisée pour ses expériences sexuelles.

 

Tout le reste des vacances, je le passai isolée dans mon coin, à réfléchir à la façon dont j'allais l'annoncer à Jérémy. Cela suscita beaucoup d'interrogations de la part de tout le monde et j'avouai ne pas m'être souciée de la façon dont Jérémy se débrouilla pour dissiper tout ça.

Chaque jour était une véritable torture de lui mentir.

Je trouvai enfin le courage de lui parler la veille de notre départ. Mathilde, encore une fois, y mis son grain de sel. Il s'était confié à elle un soir, à mon sujet et au cours de leur discussion, elle lui avait raconté que je lui avais confié mes questionnements concernant ma sexualité. Un pieux mensonge, mais qui m'aida en fin de compte.

Entre Jérémy et moi, cela se fit sans heurts. Il ne me cacha pas sa peine, et moi je ne lui mentis pas, allant même jusqu'à lui raconter mes tourments de lycéennes. Il était maintenant le seul à savoir. Et j'avoue, avec beaucoup de honte, que cela me soulagea de le dire enfin à quelqu'un, sachant qu'en même temps je le faisais énormément souffrir. Nous pleurâmes beaucoup cette nuit là. Et au petit matin, nous avions convenu de prendre nos distances, car, me dit-il, il souffrirait trop de ne me voir qu'en tant qu'amie. Pourtant, avec le recul, on aurait pu penser que notre relation n'était en fait qu'une grande amitié profonde et réciproque entre deux êtres qui ne voulaient pas grandir.

 

C'est ainsi que commença ma nouvelle vie, encore une. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai fait que multiplier les conquêtes féminines, tentant de m'épanouir selon mes plus profonds désirs et de me prouver que je pouvais enfin plaire telle que j'étais. Mais tout cela n'était qu'à moitié satisfaisant.

La stabilité, je la trouvai dans ma profession: après l'école d'art, j'avais entamé des études pour devenir prof d'art plastique dans les collèges et après plusieurs affectations dans les différents coins reculés de la France, je revins à mes origines, ma ville natale. Je n'entendis plus parler de Magalie, Agnès et Mathilde. Seul Jérémy me donnait encore de ses nouvelles de temps à autre.







Depuis le 26/06/2009