Mes premiers émois

Chapitre 3




 

Avec le désir de remettre les choses à plat dans ma vie, j'emménageai donc dans la ville qui m'avait vu grandir. J'avais 29 ans et n'avais pas encore connu l'amour, le vrai.

Ce retour aux origines me rendait à la fois heureuse et triste. Heureuse car je retrouvai ma famille, qui m'avait accueilli comme l'enfant prodigue. Je les avais petit à petit affranchi des changements qui s'étaient effectués dans ma vie, et la distance toute relative du début s'était muée en acceptation inconditionnelle, et pour cela je ne cesserai de les en remercier. Malgré tout, l'installation dans cette nouvelle vie ne fut pas pour autant facile. Je me retrouvais seule. Le peu de monde qui avait partagé une part de mon passé, avait suivi le même chemin que moi, mais, eux, n'étaient pas revenus. J'appris par mes parents que untel habitait maintenant Toulouse, qu'un autre travaillait dans un grand laboratoire pharmaceutique aux USA ou qu'une encore gérait un dispensaire au fin fond du Cambodge. Oui, j'étais bien seule et je passai toutes les vacances d'été à ruminer tout cela dans mon petit appartement, menant une véritable vie d'ascète durant deux longs mois. Qu'est-ce-qui m'avait pris d'accepter de revenir ici ?

Heureusement, le jour de la pré-rentrée arriva enfin, et ce fut avec la mine défaite et le bronzage d'un croc mort, que je me présentai devant mes futurs collègues. Nous avions tous à peu près le même âge, à l'exception du professeur de science et de celle d'anglais. C'était encourageant.

Soudain, parmi tous ses visages inconnus, j'en reconnu un. Il s'agissait de Laurette, la fille d'amis de la famille, avec qui j'avais sympathisé à l'époque où nous même étions au collège. Puis nos chemins s'étaient séparés au lycée. Elle n'avait, pour ainsi dire, pas changé. Elle était l'une des trois profs de français qui exerçaient dans l'établissement.

Ce fut elle qui fit le premier pas.

" Tu ne serais pas Chloé, la fille d'Alain et Martine ? 

- Si c'est bien moi.

- Quel heureux hasard de se retrouver ici, après tout ce temps ! "

Puis elle éclata de rire et spontanément me pris chaleureusement dans ses bras. Elle avait gardée cette même jovialité que je lui avais connue par le passé. Ces retrouvailles finir de me rassurer.

" Écoute, là on aura pas trop le temps de discuter, mais je te propose qu'on se retrouve après, au café du coin ! Ça te dit ?

- Avec plaisir, lui fis-je "

Après la réunion, qui fut d'un ennui mortel, nous nous retrouvâmes comme promis au " Bar des vieux amis ", qui, pour le coup, portait bien son nom.

Nous fûmes prises d'une logorrhée sans limite. J'appris qu'elle était mariée, depuis six ans maintenant et qu'elle avait deux enfants de sept et cinq ans ; une fille et un garçon. Pour ma part, tellement heureuse de la retrouver, je ne lui cachai rien de mon passé, souhaitant repartir sur des bases sincères avec elle.

" Bah, on peut dire que ça te réussi bien ! Je ne t'ai jamais connu aussi bien dans ta peau, finit-elle par me dire. Et aurais-je l'occasion de bientôt rencontrer ton amie ?

- Malheureusement, de ce côté là c'est un peu le désert pour moi en ce moment.

- Oh ! Je ne me fais pas de soucis, tu vas vite retrouver tes marques et nous dégoter une jolie demoiselle ! "

Je ne m'attendais pas à un tel accueil de sa part. En même temps ça ne me surprenait pas, car c'est elle qui avait toujours défendu toutes les causes à l'époque où je l'avais connu. Ça en était même devenu une obsession chez elle à un moment. Maintenant, elle semblait s'être calmée. Enfin c'était ce que je croyais. Elle m'expliqua qu'elle faisait partie d'un groupe de lecture dans son quartier et qu'elle était vice-présidente du centre socio-culturel. Rien que ça !

Ce ne fut qu'au bout de trois heures de discussion acharnée, pleine d'éclats de rire, que nous nous rendîmes compte qu'il était temps de quitter les lieux.

" Tu ne vas rentrer et te retrouver seule après de telles retrouvailles, me fit-elle, alors que nous étions sur le point de nous séparer. Viens manger avec nous, vas ! Je vais te présenter à ma petite famille ! ". En fait, elle ne me laissa pas le choix.

Elle habitait un coquet pavillon en périphérie de la ville. Son mari et elle semblaient y partager les joies simples de la vie. Très vite, je tombai en amour pour leurs magnifiques enfants, qui avaient tous deux, dans les yeux, ce petit éclat de malice qu'ont les enfants élevés dans l'éveil le plus complet. En bref : la petite famille idéale. J'avoue que pour la plupart des choses, je ne partageai pas la conception de vie " bien rangée " de Laurette, mais le plaisir d'avoir une amie de sa qualité, surpassait ce détail. L'accueil fut à son image : chaleureux et rassurant, et nous passâmes le reste de la soirée à nous souvenir des bons moments partagés. Et ce fut le sourire aux lèvres que, ce soir là, je retrouvai mon petit chez moi, qui du coup m'a parut moins petit et triste qu'auparavant.

 

La rentrée se passa sans gros problèmes, malgré l'assiduité toute relative qu'ont les élèves pour les arts plastiques. L'expérience que j'avais maintenant acquise, m'aida très vite à établir un bon contact avec eux.

Côté personnel, c'était le calme plat, en dehors de quelques relations sans lendemain. J'occupai donc le plus clair de mon temps à satisfaire les moindres caprices des " adorables " bambins de Laurette, pour qui j'étais un peu devenue leur marraine de cœur, les emmenant à droite et à gauche selon leurs bons plaisirs.

C'était la transition qu'il me fallait.

Et comme si ce n'était pas assez, Laurette m'entraîna dans ses activités associatives.

Un jour, alors que nous prenions notre pause en salle des profs, elle me demanda :

" Dis ! J'ai un service à te demander ! Au centre, on souhaiterait monter un atelier d'art plastique pour adultes, car c'est ce qui nous manque pour proposer un panel complet d'activités. On a le budget, mais il nous manque l'animateur qualifié ! Ça ne te dirait pas ? 

- Bah, tu sais, moi et les adultes... j'ai pas trop l'habitude...

- Oh, n'essaye pas de trouver une mauvaise excuse, s'il te plaît ! Il y a des participants de tous âges et tu y trouveras peut-être même ta future moitié ! "

Cet argument me fit éclater rire, car quand il s'agissait de mettre le paquet pour convaincre quelqu'un, elle n'y allait pas de main morte.

" Bon, bah alors c'est oui, allez !!!! "

J'abusai de sa patience...

" Bon, c'est ok... mais pour un essai !

- Super ! Tu ne vas pas le regretter. "

Je n'en étais pas aussi convaincue.

L'atelier se tenait tous les mardis soirs. Il est vrai que le petit groupe était relativement homogène.

Dès le début de la première séance, l'ambiance fut bon enfant. Laurette était présente pour m'apporter un peu de l'aplomb qu'il me manquait.

Alors que nous avions entamé la présentation de chacun depuis une bonne demi-heure, on frappa à la porte.

" Ah ! Ça c'est une amie ! A la bourre, comme d'habitude !... Ne t'interromps pas Chloé, je vais lui ouvrir. "

Et alors que je poursuivais ma présentation, je l'aperçus. Celle qui avait réveillé tous mes émois s'installait discrètement dans un coin de la salle. Elle n'avait pas changé, en dehors d'un petit voile de tristesse qui semblait avoir laissé des traces dans son regard.

Je ne la quittai pas des yeux. Elle était toujours aussi jolie. Seul son magnifique sourire me manquait. Un silence pesant s'était installé dans la salle.

" Excusez-moi pour mon retard ! " fit-elle d'une petite voix à peine audible. Cela suffit à me réveiller de ma torpeur.

Nous reprîmes alors les présentations. Puis arriva son tour : " Je m'appelle Catherine. Je suis professeur de biologie en lycée. J'ai un enfant. Je suis ici car une amie m'a dit que j'avais du talent et elle m'a donc poussé à venir dans ce groupe. ". Je vis Laurette acquiescer de la tête avec un petit sourire au coin des lèvres. Durant tout son petit discours, je la détaillai du regard sans vergogne.

Nous finîmes la séance par l'énumération du matériel à fournir pour participer à l'atelier.

Après cela, certains partirent et d'autres restèrent pour discuter encore un peu. Ce fut le cas de Catherine : une fois sonnée l'heure du départ, Laurette s'était précipitée vers elle. Leur discussion paraissait sérieuse et je n'osai les interrompre. Puis Catherine partit sans que je puisse lui adresser la parole. Quant à Laurette, elle ne s'adressa à moi qu'une fois sorties des locaux que nous étions les dernières à quitter.

" Je t'ai vu regardé Catherine, tu sais ?

- Ah bon ? Fis-je avec un petit sourire gêné.

Mais elle, elle était plus que jamais sérieuse.

" Tu sais Chloé, elle vit une période difficile en ce moment. Elle vient de prendre la dure décision de quitter son mari, qui, après la naissance de leur fils était devenu jaloux et possessif, voire même violent par moment. Elle lui a longtemps pardonné. Mais il y a quelques semaines, elle l'a mis à la porte et a entamé une procédure de divorce. Depuis, elle s'est complètement refermée sur elle-même. C'est pour cela que je l'ai forcé à s'inscrire à cet atelier... pour qu'elle sorte un peu et voie de nouvelles têtes. Je te demande de prendre plus particulièrement soin d'elle, s'il te plaît. "

Sachant cela, je ne pouvais faire autrement. Mais comment allais-je pouvoir garder mes distances. Tout était confus dans ma tête. Je rassurai Laurette en lui disant que j'allais faire pour le mieux.

Lors des séances qui suivirent, je tentai diverses approches sans en faire trop non plus. A chaque fois, je la valorisais dans son travail. C'était étrange comme les choses s'inversaient : hier encore, c'était elle qui me soutenait et me réconfortait. Maintenant, c'était moi qui me penchais sur son travail pour lui dispenser des conseils. Petit à petit, il s'instaura entre nous une relation de confiance. Pour autant, nous n'eûmes jamais l'occasion de discuter en tête à tête. Du moins jusqu'à une certaine soirée de décembre, où tout le groupe s'était donné rendez-vous au restaurant pour fêter la fin de l'année. Nous nous étions assises l'une à côté de l'autre à table et, le vin aidant, elle s'était laissée aller à quelques confidences. Nous discutâmes tout au long de la soirée, comme si nous n'avions été que toute les deux. Je l'écoutai avec une attention bienveillante. Pour ma part, je parlai peu de moi, gardant même le secret de notre passé commun. Dès que je l'avais revu, mes sentiments étaient revenus comme au premier jour. Mais, de peur de l'effrayer et de réveiller en moi la honte de mes actes de l'époque, je ne dévoilai rien de ma personne. La soirée prenant fin, ce fut avec une tristesse partagée que nous nous dîmes au revoir.

Voulant profiter de l'air hivernal pour me rafraîchir les idées, après cette soirée riche en émotions, j'entrepris de rentrer chez moi à pieds. J'avais à peine marché quelques mètres qu'une voiture s'arrêta à mon niveau. La fenêtre passager s'ouvrit et une petite voix me dit : " Viens ! Je te raccompagne ! Tu ne vas pas rentrer à pieds par ce froid ! ". C'était elle. Je n'osai refuser. Tout au long du trajet, contrairement au reste de la soirée, nous gardâmes le silence. Ce ne fut qu'arrivées devant chez moi qu'elle se décida à le rompre. " Je voulais te remercier de m'avoir écouté toute la soirée. En y repensant j'ai dû te saouler, non ? Mais, c'est étrange, je me suis tout de suite sentie en confiance avec toi.

- Non ! Rassure-toi ! Tu ne m'as pas du tout saoulé !  Et si un jour, il te vient l'envie de parler à nouveau... tu connais mon adresse à présent... alors n'hésites pas ! Pour toi, je serai dispo à n'importe quelle heure du jour et de la nuit ". Craignant d'en avoir trop fait en lui disant cela, je ne lui laissai pas le temps de répondre, lui fit la bise et sortis précipitamment de la voiture. Quand elle démarra, je lui fis encore un petit signe de la main en guise d'au revoir. Encore tremblante d'émotions, j'eus toutes les peines du monde à insérer la clé dans la serrure de la porte d'entrée. Ce soir là, en me couchant, j'étais loin de m'imaginer, qu'une semaine plus tard, elle allait répondre à mon invitation.

 

Nous étions à quelques jours de noël, quand, à 10h du soir, elle vînt frapper à ma porte. Surprise, je ne pris même pas le temps de me changer et ce fut en caleçon et tee-shirt (ma tenue favorite pour traîner dans mon appart surchauffé, les soirs d'hivers) que je l'accueillis.

J'eus à peine le temps d'entrouvrir la porte qu'elle se précipita dans mon entrée. Elle semblait bouleversée et ses yeux rougis témoignaient d'une récente crise de larmes.

" Je suis désolée de débarquer chez toi à l'improviste et à cette heure... fit-elle nerveusement.

- Et moi de t'accueillir dans cette tenue...

- ...tu m'avais dit un jour que, si j'avais besoin de parler, je pouvais venir...

Tout en me disant cela, elle se dirigea vers le salon que je lui indiquai, et s'effondra en pleurs sur le canapé.

Moi, restant debout, je n'osai m'approcher d'elle pour la réconforter. J'attendis de longues minutes que ses larmes se tarissent, avant de lui adresser enfin la parole.

" Raconte-moi tout ! Et en détail !... Mais avant cela, je vais nous faire un petit café. "

 

Une fois le café prêt et servi, je m'installai à ses côtés. Elle sanglotait encore. Je lui posai, alors la main sur son épaule, pour lui signifier que j'étais là et qu'elle pouvait se confier à moi.

" Il est venu le chercher, fit-elle alors qu'elle retrouvait enfin un semblant de calme. Nous avions convenu, ensemble que Julien, notre fils, passerait la veillée de noël chez ses grands-parents avec lui et qu'il me le ramènerait le 25. Je m'y étais préparée... Mais quand il est venu, tout à l'heure, et que je me suis retrouvée seule, sans Julien, je n'ai pas supporté. C'est la première fois que je me sépare de lui aussi longtemps... J'ai peur que mon ex-mari change d'avis, et qu'il ne veuille pas me le rendre.

- Pour ça tu n'as rien à craindre... si cela a été convenu devant le juge, il ne fera pas cette bêtise au risque de perdre définitivement le droit de garde. En plus, il est avec ses parents... tu t'entendais bien avec eux ?

- Oui !

- Alors ils feront tout pour que ça se passe bien, ne t'inquiète pas !

- Mais c'est tellement dur d'être séparée de Julien. J'aurais aimé lui épargner tout ça... "

A nouveau, elle fondit en larmes. D'un geste, je lui entourai les épaules d'un bras que je voulais rassurant. Elle ne s'en contenta pas et, prenant ses aises, elle se lova tout contre moi. Mon cœur allait exploser. Je tentai tant bien que mal de me contrôler. Ce serait abuser de la situation que d'éprouver de tels sentiments. Mais elle ne facilita pas la tâche. Sentant qu'elle se détendait progressivement, elle s'installa plus confortablement et s'allongea, posant la tête sur mes cuisses. Sans plus réfléchir, je me mis à lui caresser doucement les cheveux. Elle, comme pour me restituer cette tendresse spontanée, posa une main sur mon genou faisant jouer ses doigts sur ma peau. Un frisson me parcouru le dos. Je n'osai bouger.

" Tu sais, me dit-elle soudain d'une voix douce, j'ai parlé de toi avec Laurette. Elle m'a tout raconté et m'a dit qu'on pouvait te faire confiance.

- Mais quand tu dis " tout "...c'est vraiment tout ?

- Oui ! Mais tu ne dois pas lui en vouloir, elle a fait cela pour notre bien à toutes les deux, car elle m'a dit que tu n'oserais sûrement pas me l'avouer. Elle savait que ça ne m'effrayerait pas, au contraire. "

Puis après un moment de silence, elle rajouta :

" Je suis bien avec toi. Cela fait longtemps que ça ne m'était pas arrivé "

Elle se tut. Au bout d'un moment, sa tête se fit plus lourde. Elle s'était endormie. Immobile comme une statue, je n'osai esquisser le moindre geste. Les idées se bousculaient dans ma tête. Elle, qui fut et qui était encore l'objet de tous mes émois, était là, allongée, si près. Elle savait tout de moi, ou presque, et ça ne lui faisait pas peur. Pourtant, je ne méritais pas une telle confiance, car je n'osais lui avouer que j'étais celle, qui quelques années plus tôt, c'était trahie par un honteux baiser. A force de réfléchir, je devins nerveuse et, de peur de la réveiller, je me substituai délicatement à son étreinte, l'installant confortablement sur un coussin et la recouvrant d'une couverture de peur qu'elle ait froid.

Quand elle se réveilla, il était minuit passé. Elle me trouva faisant les cents pas dans la cuisine en train de marmonner un charabia que seule moi pouvais comprendre. Elle avait les yeux encore plein de sommeil ce qui la rendait encore plus adorable.

" Que fais-tu là, à parler toute seule? me demanda-t-elle. Il y a un souci ? ".

Cela faisait au moins deux heures que je tournais et retournais le problème dans la tête.

Je m'approchai d'elle, plantant mon regard dans le sien. Je pouvais y lire de la surprise.

" J'ai quelque chose d'important à te dire. "

Je pris encore quelques secondes pour réfléchir, puis me lançai :

" Tu m'as accordé tout de suite ta confiance et je t'en remercie. Mais j'estime que je ne la mérite pas complètement. Si notre amitié nouvelle doit perdurer, elle doit passer le cap de la sincérité... Je sais que tu es dans une période difficile, mais si par la suite, je dois continuer à te soutenir, je dois t'avouer ce que j'ai au fond de mon cœur... Je tiens énormément à notre amitié, mais... voilà... ce que je ressens pour toi va bien au-delà. ".

Ma voix tremblait. Je ne la laissai pas répondre et rajoutai : " Je te dis cela car je ne souhaite pas qu'il s'instaure entre nous un jeu ambigu, car je sais que c'est plus destructeur que tout. Je te l'ai déjà dit, mais je tiens à notre amitié, je tiens à être sincère avec toi pour que tu puisses savoir à quoi t'attendre avec moi... Après, je n'attends rien de ta part.... Je sais que c'est égoïste ce que je fais et que je choisis le mauvais moment pour te le dire. Mais je pense que si j'avais attendu plus longtemps, il y aurait eu des malentendus entre nous et là, je pense que ça nous aurait fait plus de mal qu'autre chose. "

Elle resta tout d'abord interdite puis s'approchant de moi, elle me prit dans ses bras, me déposa un baiser sur la joue et me glissa à l'oreille : " Merci d'être sincère avec moi. J'apprécie. "

Nous restâmes ainsi enlacées pendant plusieurs minutes. Elle ne semblait pas vouloir interrompre ce moment que je trouvais terriblement agréable. Je sentais tout son corps presser contre le mien. Nous nous séparâmes doucement comme pour prolonger l'étreinte. Puis nos regards se croisèrent. Et là, je commis la même erreur qu'il y a quelques années et déposai un doux baiser sur ses lèvres. Il me sembla qu'elle y répondit. Mais quand elle s'écarta de moi, elle se retourna, partit prendre son manteau dans le salon et quitta mon appartement sans dire un mot. Moi, je n'avais pas bougé d'un pouce.

Mon Dieu ! Qu'avais-je fait ? J'avais tout gâché !

 

 

Pendant les jours qui suivirent, je n'eus pas une seule nouvelle de sa part. Effondrée, je passai les fêtes à repenser à ce qui c'était passé et surtout au moyen de m'excuser. J'en étais sûr, je l'avais perdu et mis en péril notre amitié naissante par pur égoïsme.

Un matin, Laurette m'appela : " Qu'est-ce-qui s'est passé avec Catherine ? Je ne l'ai jamais vu aussi bouleversée ! Elle m'a expliqué que c'était lié à l'absence de son fils pour Noël, mais je sens qu'il y a autre. Tu n'as pas fait de bêtises au moins... Je t'avais demandé de prendre soin d'elle.

- Ce n'est rien ! J'ai eu une parole malheureuse, mais je compte bien me faire pardonner, t'inquiète.

- Je peux compter sur toi ! Hein ?

- Oui, tu le peux. "

J'avais minimisé l'ampleur des dégâts. Mais moi-même, je ne savais pas quoi penser : Catherine était bouleversée. C'était pire que ce que je n'osai imaginer.

 

La veille de la reprise des cours, elle m'appela. Sans en dire plus, elle me demanda si elle pouvait passer chez moi. " Bien sûr que tu peux venir ! Mais... ". Elle avait déjà raccroché.

J'avais à peine reposé le combiné qu'on frappa à ma porte.

C'était elle. Immobile sur le pas de la porte, elle ne me lâchait pas du regard. J'y lisais à la fois de la colère et de la peur. Je lui fis signe d'entrer.

A peine nous étions rentrées dans le salon qu'elle se tourna vers moi et me fixa à nouveau sans dire un mot. Je n'osai moi-même interrompre ce silence qui, étonnamment, était loin d'être pesant.

" Que ressens-tu vraiment pour moi ? ", dit-elle soudain. Sa voix exprimait une certaine détermination.

" Je te l'ai dit, cela va au-delà de l'amitié. "

Elle avança d'un pas vers moi, ne me quittant toujours pas des yeux. Il y avait comme du défi dans son regard.

" Mais encore ? 

- Je ressens cela au plus profond de moi. Un trouble que je ne peux contrôler, un frisson qui envahi tout mon corps dès que tu es près de moi... ". Je ne pouvais continuer de peur de la choquer à nouveau.

Elle avança à nouveau d'un pas. Nous nous trouvions alors à quelques centimètres l'une de l'autre.

Elle me défiait toujours d'un regard.

Elle enleva alors son manteau qu'elle laissa tomber négligemment sur le sol. Elle en fit de même pour son gilet et elle faisait déjà descendre les bretelles de sa robe quand je l'arrêtai, posant mes mains sur les siennes. Que faisait-elle ?

" Non ! Arrête !, lui fis-je, essayant de mettre le plus de douceur possible dans ma voix. Ce n'est pas ce que je souhaite. Surtout si toi, tu ne le veux pas. "

Je pus lire alors la panique dans ses yeux.

" Je ne t'ai pas tout dit la dernière fois. ". Il était temps de lui dire qui j'étais vraiment.

" Te souviens-tu d'une élève qui, il y a quelques années maintenant, avait osé te faire ce que j'ai fait l'autre jour ? Et bien cette élève, c'était moi. A l'époque déjà, je ressentais une attirance qui me terrifiait, par son intensité. Tu me faisais trembler dès que tu t'approchais de moi et mon cœur chavirait dès que tu me souriais. Bien sûr, je n'aurais jamais osé te l'avouer à l'époque, c'était inconcevable. Sachant que je n'allais plus jamais te revoir, je n'avais juste osé que te voler un maladroit baiser... Mais quand je t'ai revu la première fois à l'atelier... tout est revenu à la surface. Et ce que je pensais n'être qu'un amour d'adolescente, s'avérait plus profond que jamais. Je suis désolée de te l'avoir caché, tellement désolée... !!! "

Maintenant que j'étais délivrée de ce pesant secret, je me laissai envahir par mes émotions. Sans que je ne puisse les contrôler, les larmes inondaient déjà mes yeux.

La surprise passée, elle exprimait maintenant une infinie tendresse. Elle me caressa la joue, essuyant ainsi le flot de larmes.

" Chhhuuuttt ! Ne pleurs plu s! " fit-elle doucement.

Son visage s'approcha alors du mien et elle déposa un tendre baiser sur mes lèvres. Submergée par tant d'émotions, je ne pu m'empêcher de répondre à cet élan d'affection, l'enlaçant de peur qu'elle ne m'échappe à nouveau. Elle ne résista pas, au contraire.

Puis elle s'écarta de moi. Mais cette fois ne me tourna pas le dos. Elle prit ma main qui se trouvait encore posée sur ses hanches et la fit remonter, en une caresse langoureuse, le long de son corps, pour s'arrêter sur sa poitrine. Elle m'envoyait une invitation.

" J'ai terriblement envie de toi ! ", fit-elle dans un murmure chargé de désir. Je n'en croyais pas mes oreilles : elle était sincère. Cette phrase avait décidément un effet torride sur moi.

" Tu es sûre ?

- Oh que oui ! "

Et elle m'embrassa à nouveau avec fougue. Je crus défaillir.

Me ressaisissant, j'osai enfin exprimer toutes mes émotions profondément enfouies.

Profitant de cet instant magique, j'entrepris de lui ôter lentement sa robe. Mes mains tremblaient non pas de peur, mais d'un désir devenu difficile à contenir. La moindre de mes caresses la faisait soupirer de plaisir.

Magnifique dans son entière nudité, je l'enlaçai à nouveau et tout en l'embrassant tendrement, je le conduisis vers le canapé où elle s'étendit avec une lenteur mesurée. Elle m'entraîna dans sa " chute ".

Notre peau à peau, n'était qu'un maigre filtre à toutes les émotions qui nous envahissaient. Elle tremblait.

" Ça va ? pris-je le temps de lui demander.

- Oh que oui ! Ne t'arrête surtout pas maintenant, car je crois que j'en mourais. "

Ces simples mots suffirent à faire exploser mon envie de la posséder, mon sexe palpitant au contact du sien.

Je la couvris de caresses et de baisers, m'attardant sur les endroits qui lui arrachaient des soupirs de plaisir, passant de son cou à ses seins puis à son ventre pour finir à son entre-jambes. L'extase fut immédiate et partagée. Nous fîmes l'amour encore et encore. Et ce ne fut qu'au petit matin que, nos corps rompus de fatigue, mais le cœur débordant d'un bonheur partagé, nous nous endormîmes.

 

Un rayon perçait à travers les volets entre-ouverts. J'étirai doucement mon corps endolori par de violentes courbatures. Je me tournai dans le lit. J'étais seule.

Avais-je rêvé cette nuit d'amour torride ?

Prise de panique, je me levai sans prendre la peine de me couvrir. Dans le salon ? Personne.

Je la retrouvai dans la cuisine. Elle se tenait debout devant la fenêtre, une tasse la main. M'entendant arriver, elle se tourna vers moi. Un tendre sourire éclairait son visage.

" Tu veux un café ? ". Sans attendre une réponse de ma part, elle s'avança vers moi, m'enlaça et tout en m'embrassant, elle me dit doucement: " Habille-toi, sinon je crains de ne pas pouvoir me contrôler plus longtemps. "









Depuis le 26/06/2009